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Episode 26 Cantine et restaurant 3 étoiles

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

Alors qu’ils semblaient avoir fait le tour du sujet, Bastien ne put s’empêcher d’ajouter :

     –     Tu vois Maurice, même si la gauche m’exaspère souvent, quand j’aborde ce type de questions, je vois bien que je suis de gauche, et je pense en particulier que les élites arrivent trop facilement à persuader la masse que tout le monde est mis équitablement à contribution.  

–          Tu me fatigues, dit Maurice désabusé, mais explique-toi.

–          Quand on dit que le gouvernement Raffarin a été  énergique, je retiens une augmentation de 70% de la rémunération des ministres au cours de l’été 2002, une hausse des honoraires des médecins, mais  aussi des médicaments moins ou pas remboursés, des pensions de retraite qui diminuent. Autrement dit, en fait de courage politique, je vois surtout du clientélisme et des sacrifices pour les mêmes. Autre exemple en 2007 avec le bouclier fiscal auquel tient tant Sarkozy.

–          Tu schématises.

–          En partie seulement.

–          Tu es vraiment de mauvaise foi !

–          Pas tant que ça. Cette réforme des retraites est coûteuse socialement, mais j’aimerais que les efforts imposés soient plus équitables.

Ensemble Ginette et Maurice dirent :

–          Tu vas nous reparler du grand capital.

–          D’abord, je trouve que symboliquement les ministres auraient pu être mis à contribution.

–          Mais tu sais bien que ce ne sont que de petites sommes sans rapport avec les enjeux financiers relatifs au financement des retraites.

–          M’en fous ! J’aime pas cette idée qu’il y a des privilégiés qui affirment qu’il faut faire des sacrifices qu’eux-mêmes réussissent à contourner.

–          Tu l’as dit, ça va, tu es soulagé ? s’inquiéta faussement Ginette.

–          Pas tout à fait. Le patronat met toujours en avant la compétition internationale. D’un côté, il y aurait ceux qui prennent des risques et créent des richesses, de l’autre les privilégiés, les fonctionnaires. Je ne reviens pas sur le mensonge qui consiste à dire que le service public ne crée pas de richesses ; c’est faux bien sûr.

Bastien ne sut pas interpréter la moue de sa cousine . Etait-elle dubitative, ironique ou simplement interrogative ? Il enchaîna :

–          Ce que je veux dire surtout, c’est que quasiment tout le temps, c’est le facteur travail qui trinque, rarement le facteur capital.

–          Les patrons ?

–          Les dirigeants mais aussi les actionnaires qui peuvent être des salariés aisés. Tu vois qu’on s’éloigne d’une vision marxiste simpliste.

–          Admettons, mais sois plus précis ! Ordonna Maurice.

–          Quand une entreprise n’est pas assez performante, cela se traduit par des licenciements.

–          C’est malheureusement vrai. Attention, il y a aussi des chefs d’entreprises qui perdent ce qu’ils avaient créé.

–          Je ne le nie pas, mais dans de grosses boîtes cela se passe pas ainsi.

 

–          Un patron a beau avoir failli, il va quitter son poste avec des primes colossales, ce qu’on appelle des « golden parachutes » qu’il avait su se faire octroyer généreusement par des conseils d’administration ou le copinage, la cooptation dominent.

–          Vraiment colossales ? Demanda incrédule son père.

–          Il s’agit souvent de plusieurs millions d’euros.

–          C’est honteux, écoeurant, fit sa mère.

Bastien sans finesse crut amusant d’ajouter à voix basse :

–          On pourrait en faire des daubes avec tout cet argent.

–          Idiot ! Fusa. Il avait dû le dire plus fort qu’il ne le pensait. Il continua :

–          Et puis, ce n’est pas tout. Ces dirigeants se débrouillent parfois pour qu’on leur octroie un « hello parachute ».

–          C’est quoi encore ce bordel ?

–          Une prime d’arrivée dans la fonction. On le remercie d’avoir bien voulu diriger cette entreprise et donc on signe un beau chèque. Plus choquant encore, les plus favorisés se font généralement payer une retraite confortable par leur entreprise alors qu’ils estiment souvent que les salariés payés aux alentours du SMIC plus les charges pour financer la redistribution vont hypothéquer l’avenir de l’entreprise. Et je n’ai pas parlé des stock-options…

Un peu sonné, Maurice voulut reprendre l’initiative :

–     Le président Sarkozy a dit que cela aller changer, qu’il fallait moraliser ces pratiques.

–          Je veux bien qu’il y ait un effort, mais je crains que ce ne soit que de la «  com » pour rassurer les français.

–          On s’emballe pas ! Commence par m’expliquer de quoi il s’agit.

–          En français, Papa , on dit option d’achat. Disons qu’une action vaut 100 aujourd’hui. On donne la possibilité (surtout aux dirigeants) de racheter par exemple dans 5 ans ce titre à 80, et si le titre est monté à 120, on fait une plus-value de 40. On peut ainsi se constituer un joli pactole.

–          C’est bien, me semble-t-il. C’est stimulant car si l’action vaut au bout de ces 5 ans 60, le dirigeant que tu évoquais, ne gagne rien, et renonce à ses stock-options. Il doit donc agir pour que son entreprise prospère et que donc le cours des actions monte.

–          Présenté ainsi, c’est séduisant…

–          Et forcément, tu as une autre présentation.

–          Forcément ! Certains disent qu’un moyen efficace de convaincre  ceux qui interviennent en Bourse que sa société va faire  plus de bénéfices, c’est de faire des économies, notamment salariales. En résumant quand une entreprise licencie pour réduire ses effectifs et sa masse salariale, le cours de l’action augmente. Il y a donc un risque que les équipes dirigeantes soient tentées d’améliorer leur sort sur celui des salariés.

–          C’est pas un peu orienté comme présentation ?

–          Sûrement, mais c’est loin d’être faux, mais je n’ai pas envie de polémiquer sur ce sujet. Et puis je vais certainement t’apprendre quelque chose sur les stock-options.

–          Encore une fourberie du grand capital ?

–          Ta confiance dans le système est touchante. Tu dis, les dirigeants méritants seront récompensés.

–          Cela me paraît logique.

–          Sauf que si le cours de l’action tombe à 35, il leur suffit d’oublier l’ancien plan de stock-options à 80 et d’en refaire un à 40. C’est bien le diable si le cours ne remonte pas à 50 ou 60. donc le cours a pu perdre 40% et malgré tout le dirigeant va gagner au moins 20 sur ces options d’achat. Et tu dois savoir qu’un dirigeant aura reçu plusieurs centaines milliers de ces stock-options. Imagine la somme qu’il engrange ainsi.

Bastien termina son petit speech avec un sourire. Il se doutait qu’il avait ébranlé les certitudes de ses cousins. Maurice dut d’ailleurs concéder un peu timidement :

–          Ah, je ne savais pas.

Bastien avait momentanément l’avantage, il reprit :

–          Tu vois Maurice, sans diaboliser le système, je sais de quel côté sont les grands gagnants. Pourquoi étais-je dans la rue en 2003 et en 2010? Pourquoi y retournerais-je si le nouveau gouvernement exagère ? Parce qu’il est normal de défendre son bifteck, surtout quand ceux qui te culpabilisent en exigeant de toi des sacrifices, savent qu’ils en seront largement exonérés.

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