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Episode 27 Le café et l’addition… des infos

Posted by maule64 on in Non classé |

Visiblement bougon, Maurice voulait rassembler ses idées :

–          Tu m’as embrouillé avec tes explications, tes anecdotes, tes parenthèses. Résume ta position.

–          Il faut sûrement en passer par un allongement de la durée de cotisations, mais faut-il aller à 42 annuités, voire accepter que comme dans certains pays on  pousse l’âge de la retraite à 67ans ? Si c’est ça être de gauche. J’en vois pas trop l’intérêt. Il faut certainement ne pas rejeter a priori les systèmes qui encouragent la constitution d’une épargne personnelle visant à améliorer ses revenus pour la retraite. Il faut aussi tenir compte de l’allongement de la durée des études. Imagine celui qui entre dans la vie active à 25 ou 26 ans. A quel âge pourra-t-il goûter une pension à taux plein ?  Il faudra aussi tenir compte de la pénibilité du travail exercé….

–          Pour les gars du bâtiment d’accord ; pour les fonctionnaires, les profs, je suis moins chaud….

–          Et pourquoi pas ? Il faut au moins poser la question, réfléchir à leur fin de carrière face à un public qui a lui toujours le même âge et qui ne sera pas forcément plus commode à l’avenir.

–          J’imagine que tu veux aussi qu’on fasse payer les riches ?

–          Ce n’est pas parce que cela ne suffira pas qu’il faut renoncer à leur demander d’y contribuer. C’est comme les députés de droite et de gauche aussi, quand il s’agit de toucher à leur régime spécial très favorable, ils ont tendance à botter en touche. Je crois surtout que les solutions issues de la deuxième guerre mondiale ne suffisent plus. Il faudra faire preuve d’imagination, d’adaptation. La solution consistant à ce que nos élites nous disent, « payez, il n’y a pas d’autres solutions », ne peut me satisfaire, même je sais qu’il faudra aussi passer à la caisse.

–          Bravo Bastien !Tu m’as convaincue.

–          Merci Maman, et vous Ginette et Maurice ?

–          Tu parles bien, tu as mis à mal quelques unes de mes croyances….

–          Et tu en tires quoi comme conclusion électorale ?

–          La prochaine fois je voterai avec un peu moins d’enthousiasme à droite.

–          Qui sait, tu flirteras peut-être avec l’abstention.

–          C’est pas impossible.

Le temps de l’au revoir était arrivé ; pas de temps pour le dessert et le café, mais des embrassades chaleureuses. Bastien et ses cousins avaient pris plaisir à échanger des idées, à développer des arguments. Sa mère n’aimait pas que Bastien l’élève, soit en retard. De même, elle ne voulait pas que Bastien le professeur, donne le mauvais exemple ; elle l’incita à partir. Il salua la compagnie. En le raccompagnant, elle lui dit :

–          Alors tu vois que c’était une bonne idée de les inviter.

–          C’est vrai que cela s’est bien passé. J’ai un peu honte de ma réaction initiale.

–          Ce n’est pas grave puisqu’ils ne l’ont pas su. D’accord, ils sont à droite comme beaucoup dans la famille, mais à part la politique, tu  n’as jamais eu à t’en plaindre. Ils t’ont souvent rendu service.

–          Je me souviens quand je devais m’installer dans l’appartement et que vous étiez en vacances. Un prof de maths et un de philo devaient m’aider.

–          Et ça a été la « cata » ».

–          Tu peux le dire. Nos branchements électriques faisaient tout disjoncter, et impossible de monter les meubles.

–          Et bien sûr, qu’est-ce que tu as fait ?

–          J’ai appelé Maurice et Ginette qui m’ont sorti de l’embarras. Et tu sais quoi ?

–          Non.

–          Sans faire de remarques désobligeantes sur les bricoleurs très amateurs que nous étions. Bien sûr, ils regardaient un peu affligés le prof de philo, mais je les comprends, moi je l’aurais étranglé.

–          Ils voulaient aussi parler des 35 heures, je les réinvite lundi Prochain ?

Bastien ébranlé par cette suggestion, se hâta de répondre :

–          Peut-être pas de suite, il faut laisser un peu de temps.

–          T’inquiète pas, je plaisante.

–          Allez, faut que j’y aille, j’ai peur d’être en retard.

–          D’accord, deux gros bisous à ta Maman, et vas-y !

Bastien en courant, regagnait sa voiture, mais il put entendre une dernière recommandation qui ressemblait à une injonction :

–      N’oublie pas de te donner un coup de peigne !

 

Ce qu’on peut retenir du chapitre  5  (et donc des épisodes 18 à 27):

Ce chapitre fait le point sur la protection sociale à laquelle sont très attachés les français. Elle est un des ciments de notre société. L’héritage de la révolution française, les conquêtes sociales arrachées de haute lutte font que les français veulent pouvoir continuer à être indemnisés correctement s’ils sont malades ou au chômage. De même, ils trouvent normal qu’on aide les familles (cf allocations familiales) et que chacun puisse bénéficier d’une retraite disons correcte.

 

Bastien a voulu montrer que ce bon niveau de protection sociale avait un coût. Il n’aime pas qu’on parle de charges sociales (terme péjoratif), mais il veut qu’on utilise le mot correct, c’est-à-dire « cotisations » sociales. Elles correspondent à un choix de société. La France n’a pas opté pour le chacun pour soi, mais pour un financement collectif.

 

A partir de là, il a fait le point sur le RMI qui a évolué en RSA. On comprend la volonté d’aider les plus démunis en leur permettant dans une certaine mesure d’ajouter aux aides sociales (ex RMI) des revenus du travail encore modestes. Néanmoins, il  n’a pas voulu écarter les effets pervers possibles de ce dispositif. On peut craindre que des gens restent englués dans ce type de situations, comme coincés dans une trappe à pauvreté, la société ne cherchant pas vraiment à redistribuer équitablement les cartes.

 

Dans le contexte actuel, il était impossible de faire l’impasse sur  les retraites. Bastien a montré l’intérêt du système  par répartition, mais il n’a pas éludé le fait que des évolutions sont inévitables. Reste à savoir si celles qui sont privilégiées (hausse des cotisations, relèvement de l’âge de la retraite) sont efficaces et suffisamment justes.

 

C’est pourquoi il a évoqué la situation très privilégiée de certains patrons cumulant hauts salaires, et divers avantages (golden parachutes, stock options…). Sans démagogie, il a plaidé pour plus d’exemplarité dans la répartition des efforts.

 

Enfin, on sent bien que ferrailler avec ses cousins lors de sa pause de midi alors que les élèves ni peut-être sa copine ne l’aideront pas à passer une bonne journée, commence à peser sur ses épaules juvéniles.

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