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Episode 29 La mécanique de la crise des subprimes

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

La longueur du feu et la cohorte de voitures qui s’écoulait lentement lui laissèrent le temps d’ébaucher une réponse.

 

« D’abord, je vais à l’essentiel, en disant que c’est une crise grave puisqu’elle n’est pas restée dans le domaine financier, elle a conduit à un essoufflement de la croissance et donc le chômage a augmenté entraînant de douloureuses conséquences sociales. C’est bien, je peux ajouter qu’elle a démarré aux Etats-Unis, mais qu’ils ne sont pas les seuls responsables. On a trop laissé d’initiative aux acteurs financiers (banques, fonds spéculatifs etc…) et cela nous a conduit près du précipice.

C’est pas mal, c’est un bon début et puis j’aime bien avoir une image pour marquer les esprits ».

L’autocongratulation fut interrompue par un coup de klaxon agressif.

« Ok, j’avance de 20 mètres. T’es content, le feu est à nouveau rouge. Bon par quoi, je continue ».

Adepte des plans implacables par leur logique, il opta par se pencher sur les origines de la crise.

« Bon, je vais simplifier. Je peux dire que les banques américaines ont accordé des prêts immobiliers (les fameux subprimes) à des ménages pauvres à qui on demandait de faibles remboursements pendant 1 ou 2 ans, puis les traites augmentaient et donc beaucoup ne pouvaient pas rembourser. Ces prêts moins sûrs se soldaient par des intérêts payés par les emprunteurs et souvent (sauf si leur situation financière s’était bien améliorée) une maison récupérée par les prêteurs (les banques) qui les vendaient plus cher sur le marché immobilier ; double avantage donc pour les banques. Le problème, c’est qu’ensuite, ce marché s’est retourné puis effondré. Les banques se sont retrouvées avec des maisons dépréciées et des défauts de paiement pénalisant leurs propres bilans. ».

 

En redémarrant, il frôla un pépé à vélo qui se serait offusqué s’il avait entendu les paroles de Bastien proférées à son encontre.

« Bon, faut qu’un élève me demande pourquoi ce problème américain s’est ainsi propagé » .

Très impliqué dans son scénario, il reprit :

« Vous avez raison, on peut s’étonner que tous les pays aient été ainsi touchés. Pour comprendre, il faut s’appuyer sur 2 termes : financiarisation et titrisation ».

 

Il pila net pour laisser passer une mamie qui lui jeta un regard noir.

« Ah ces vieux ! il se prit à rêver d’en malmener un ou deux en début de semaine, ça rendrait les autres plus conciliants », comme disait son pote Paul mais sa préoccupation principale n’était pas là.

 

« Est-ce que déjà les élèves ne vont pas décrocher ? Je peux leur dire d’abord qu’avant, la richesse produite était constituée de biens et services produits, alors que de plus en plus, la richesse produite est virtuelle avec beaucoup de produits financiers de plus en plus complexes et c’est ce qu’on appelle la financiarisation de l’économie. Or, justement, les banquiers et autres experts financiers ont imaginé la titrisation. Normalement, quand une banque prête de l’argent elle a une créance, un point c’est tout. L’astuce a été de transformer des « paquets de créances  en titres négociables (pour faire de l’argent sur des créances douteuses) qui ont été prêtées à d’autres organismes financiers et ce à travers tout le monde, car n’oublions pas qu’avec la mondialisation, les phénomènes sont désormais internationaux et quand des banques européennes ou autres pensent pouvoir gagner facilement de l’argent elles le font, achètent ces titres, en fabriquent aussi, oubliant que tout ou tard ces dérives spéculatives seront sanctionnées par un effondrement, mais ces banques sont puissantes elles se doutent que les Etats ne les laisseront pas tomber si elles sont en difficulté [too big too fail dit-on, trop grosses pourqu’on les laisse couler ou échouer]. Sauf que le gouvernement américain a refusé d’aider Lehman et Brothers en septembre 2008 ce qui a provoqué la cascade de difficultés qu’on a connu ».

 

Bastien hésitait, cette présentation était-elle suffisante ? ne fallait-il pas insister sur le fait que toutes ces créances douteuses étaient imbriquées dans des montages financiers complexes qui faisaient que toutes les grandes banques étaient impliquées et pire, ne savaient pas toujours exactement qu’elle était la proportion de titres toxiques qu’elles détenaient.

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