les salariés veulent-ils faire augmenter le chômage?
Augmenter les salaires?: »la dernière bêtise à faire » a déclaré JC Trichet le gouverneur de la BCE ou banque centrale européenne (a).

Le raisonnement a sa cohérence. Les prix des matières premières augmentant, le pouvoir d’achat des salariés baisse, ils veulent une hausse des salaires qui va se traduire par une augmentation des coûts de production et de ce fait, les prix vont augmenter entraînant la hausse …des salaires pour compenser cette nouvelle hausse (on parle désormais d' »effet de second tour »). On risquerait alors de voir se déclencher la fameuse spirale inflationniste à laquelle s’était habituée la France et qu’on a réussi à juguler énergiquement (voir ici) dans les années 80 par une politique de rigueur, créeant mécaniquement une forte poussée du chômage (voir ici).
Ce qui agace, c’est le ton de Trichet. Si on fait une bêtise, on gronde. Finalement, les salariés seraient des garnements inconséquents. En réalité, on sait bien que la situation est compliquée pour beaucoup, et être tenté d’obtenir une augmentation salariale est légitime. Gauche et gouvernement sont montés au créneau soit pour fustiger cet avis, soit pour prendre des distances. A terme, nous voulons augmenter les salaires a dit un ministre. La gauche gouvernementale ne va pas jusqu’à dire qu’il faut les augmenter mais évoque un partage plus juste, et en tout cas plus efficace de la valeur ajoutée (en gros, moins de dividendes et plus d’investissement).
Les contraintes économiques internationales limitent les marges de manoeuvres, mais on attend plus de pédagogie et des perpectives à la place d’un discours infantilisant, surtout venant de ceux qui n’ont pas un besoin immédiat de voir augmenter leurs rémunérations. Conforter le sentiment que les élites sont coupées des gens « normaux » ne peut que favoriser les extrêmes.



2 Comments
Bonjour Maule64,
Cela faisait un moment que je n’avais pas eu le temps de revenir sur votre blog, lire vos billets !
J’ai vu également cette (presque) injonction de Trichet… Mais, je suis sceptique, effectivement, le cas échéant, on pourrait se trouver dans un cercle vicieux si l’on augmente les salaires et les conséquences que cela engendre, c’est typiquement le cadre friedmanien de référence (même si Tichet n’évoque pas devant les caméras, toute l’explication : les négociations des agents sur le salaire nominal…etc.) la BCE ne fait que suivre en un sens la doxa érigée par les instantes financières actuelles… (je dis cela sans aucune péjoration). Mais que pourraient faire d’autres les Etats/gouvernements ?
Si on n’augmente pas les salaires, on risque une perte du pouvoir d’achat (déjà effective dans certains pays…), réduire les impôts seraient absurdes et cela aurait pour conséquence de réduire les recettes de l’Etat, voire ce serait un argument pour ensuite imposer une politique de rigueur à tous les secteurs et en particulier aux services publics. Du coup, qu’elle(s) alternative(s) reste(nt) possible(s) à votre avis ?
Je vois difficilement comment on peut contrôler l’inflation importée… Ou alors augmenter les « w » d’un côté et trouver des solutions pour diminuer les coûts de production de l’autre (ce qui paraît impossible) mais par exemple en jouant sur les marges arrières des firmes… (et encore, le postulat ici serait que les firmes ne sont que des grandes multi-nationales avec des marges de profit exorbitantes… sauf que le tissu économique français ne se situe pas dans ce cadre…). C’est un peu la quadrature du cercle ! 😉
Au plaisir de vous lire denouveau !
Bon week-end
Mel
PS : le dessin de Plantu est excellent !
Il n’y a pas bien sûr de solution simple; les contraintes économiques existent bel et bien.
Ceci dit, cet avis en partie fondé économiquement, est assez emblématique de la morgue de ceux qui ont un pouvoir d’achat qui résiste à l’inflation importée et qui manquent de compassion pour ceux qui souffrent le plus; sans compter qu’ils savent revaloriser leurs revenus.
Ensuite, dans cette approche il n’y a aucune place pour la question de la répartition de la valeur ajoutée. On peut aussi espérer une réorientation des dividendes vers l’investissement et d’autre part les allemands montrent dans l’automobile que des primes sont possibles (6500€ pour les salariés d’Audi!); j’imagine que cela est possible dans certains secteurs, mais Trichet doit craindre la contagion.