La Bourse et tant pis pour la vie
Une mamie m’a interpelé sur le marché: » vous y comprenez quelque chose vous? Les japonais, ils font péter leur centrale nucléaire et le prix du pétrole baisse ».
J’ai pensé, mamie voit des kamikazes partout et elle n’ a pas bien compris la loi de l’offre et de la demande.
Si le nucléaire inspire moins confiance, on va se rabattre sur le pétrole, la demande augmentant, son prix va lui aussi augmenter. Eh bien, c’est la mamie qui avait raison.
Dans un premier temps les spéculateurs ont pensé que l’économie japonaise serait sensiblement affectée, que la croissance mollirait et que donc la demande de pétrole serait plus faible et par conséquent son prix pourrait baisser.

Mais très vite les spéculateurs ont dû penser que les difficultés politiques au Moyen-orient et en Lybie notamment, pouvaient justifier qu’ils spéculent à la hausse et le prix du pétrole a à nouveau augmenté (on peut lire ici une chronique de France Info)
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Ajoutons à ce tableau pas très glorieux les baisses puis rebonds de la bourse japonaise. Les spéculateurs ont sûrement un coeur et ont été émus par les conséquences du tsunami, mais ils ont surout un portefeuille de titres à valoriser.
Nikkei niqué?
On sait bien que morale et économie n’ont rien en commun. On peut cependant, ne serait-ce que sur le terrain de l’économie préciser 3 points qui ne pourraient qu’exaspérer la Mamie déjà passablement irascible.
– Le marché du pétrole n’est pas qu’un marché concernant une marchandise comme les autres. L’économiste Ph Chalmin rappelle, je cite: » C’est donc le marché qui détermine le prix du pétrole ou, plutôt, les marchés dérivés, ceux du Nymex (New York) et de l’IPE (Londres), fonctionnant en temps réel sur la planète entière, échangeant avant tout du « papier », mais où toutes les transactions physiques de la planète viennent s’arbitrer ». Autrement dit, c’est un marché sur lequel les spéculateurs interviennent beaucoup, au point de faire varier les cours parfois sans correspondance avec les quantités produites, et tant pis si cela pénalise l’économie mondiale.
– La spéculation en soi se comprend dans une économie capitaliste. On achète aujourd’hui pour revendre plus cher (si possible) demain. La spéculation devient critiquable quand elle détourne les capitaux de l’activité productrice (celle qui crée des biens et services et donc des emplois). Or ces dernières années, elle a explosé conduisant à des dérapages dont le dernier est la crise des subprimes. N’oublions pas que la crise bancaire et financière a été rapidement maîtrisée mais beacoup oublient de préciser que cet épisode a durablement affecté la croissance et donc les salariés et ceux qui cherchent un emploi.
– De même, on s’interrogera dans un autre post sur l ‘utilité de la Bourse (voir ici).
Au détour d’un étal, la mamie m’ a foncé dessus:
« Il y a 2 heures les pommes étaient à 2,5 € le kilo, le vendeur m’a dit qu’il n’en vend pas beaucoup et leur prix ne baisse pas, vous trouvez ça normal » me demanda-t-elle hargneusement?
Un angoisse me saisit, et si la loi de l’offre et de la demande dont on nous rebat les oreilles ne fonctionnait pas ? On y revienda plus tard dans ce blog…
