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La dette souveraine et le règne de la rigueur

Posted by maule64 on in Eco...nnerie lue ou entendue |

La dette souveraine est une dette  principalement garantie par un Etat. Par exemple, quand la France ou la Grèce empruntent pour combler leurs déficits, elles créent de la dette souveraine. Celle-ci  séduit généralement les épargnants, « un placement royal » m’a dit un jour un conseiller bancaire, et surtout, les intermédiaires financiers qui achètent ces titres.  On sait qu’ a priori, c’est un placement moins risqué qu’une créance envers des entreprises. Les Etats ne peuvent pas disparaître comme de simples entreprises, même en grandes difficultés, ils trouveront de l’aide comme la Grèce, l’Irlande ou aujourd’hui le Portugal.

Pourtant, ces prêts peuvent avoir des effets pervers. On peut comprendre que des pays qui ont consenti de gros efforts budgétaires et de compétitivité comme l’Allemagne, exigent que les pays aidés fassent à leur tour des efforts de réduction des déficits.

A la dette souveraine doit correspondre le règne de la rigueur.

Le problème, c’est que ces efforts affectent le pouvoir d’achat dans ces pays, tout comme les dépenses publiques. Dans ces conditions, la recherche de plus de vertu économique se traduit par une faible croissance qui elle-même réduit les rentrées fiscales, ce qui fait s’accroître le …déficit public. Il ne faudrait pas que ces saignées prétendant soigner le malade, finissent par le tuer.

On se dit que les responsables de la fragilisation de l’Euro sont les pays qui n’ont pas su gérer leurs finances publiques (Grèce) ou ont laissé se développer la spéculation immobilière (Irlande) ou encore l’endettement  des particuliers (Espagne), mais on peut se demander si cette construction de l’Union Européenne et de l’Euro sans politique économique forte,  n’est pas aussi à pointer du doigt. Si tel est le cas, la France, l’Allemagne ont aussi leur part de responsabilités et on peut se demander si des solutions plus inventives que la seule rigueur ne doivent pas être envisagées: dette restructurée voire annulée? BCE finançant en partie les Etats? intérêt d’une inflation modérée? Autant de tabous passés en revue par L’EXPANSION (voir ici)

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4 Comments

  • Mél dit :

    Bonjour Maule !

    Excellent article ! La dernière caricature est énorme et résume à elle seule, à mon sens, les problèmes de l’UE !

    Plus sérieusement, on sait que la dévaluation de l’Euro est impossible, mais la question que je me pose c’est : est-ce que l’on pourrait revenir à une sorte de SME, Serpent monétaire Européen tout en gardant la zone euro, donc en instaurant des marges de fluctuation pour l’Euro ? Bien évidemment cela poserait le problème de l’indépendance de la BCE… Mais du coup, cela revient à jouer avec l’inflation et il me semble que ce pourrait être une solution ? Qu’en pensez-vous ?

    Après, un autre problème que vous soulevez indirectement est le fait que la France et l’Allemagne soient responsables des politiques de rigueur en Europe (rappelons que Cameron et nos amis anglais ne sont jamais loin quand il faut parler de rigueur 😉 ) – en tout cas le couple franco-allemand s’est ressoudé pour nous proposer ou plutôt nous imposer le « pacte de l’euro » qui est terrible… – il faut voir que l’Allemagne joue vraiment à contre-courant ! On sait que les allemands ont fait des efforts démesurés pendant 10 ans sur les salaires…etc. Donc, en montrant aux autres pays membres de l’UE que la rigueur est possible pour (re)devenir compétitif, avoir une flexibilité du travail (en cassant la rigidité à la baisse des salaires)…etc., il légitime cette politique… Mais le paradoxe de l’Allemagne c’est qu’elle a une balance commerciale qui est excédentaire, elle mise sur ses exportations ! Sauf que 2/3 de ses exportations se font aux autres pays de l’UE ! Donc, en voulant imposer de la rigueur aux autres pays de l’UE en difficulté, elle va finir par s’auto-condamner ?! Donc miser une politique économique fondée sur la demande extérieure semble risquée, et cela ne protège pas/peu la demande intérieure…

    Au final, l’alternative de revoir structurellement l’Union Européenne, pour proposer une véritable politiques économiques et fiscales serait la plus judicieuse, mais on n’en prend pas vraiment le chemin ! Mais il faudra bien agir à un moment… parce qu’on ne peut rester sur un sauvetage par les pays de l’UE (avec le fonds européen qui s’est créé) et derrière du FMI pour les PIGS entre autre (voire les PECO et les gros de l’Europe demain) dans la mesure où les spéculateurs jouant sur les titres des dettes publiques par le marché de gré à gré des produits dérivées (les CDS) savent pertinemment qu’ils seront sauvés en dernier ressort et qu’ils en tireront une plus value à moins que l’on officialise d’une part le rôle de « sauveur » à la BCE, et qu’on change aussi son objectif principal (pour le rapprocher de celui de la FED).

    Le plus embêtant c’est sans doute le fait que l’on fasse autant une dramaturgie autour de la dette publique d’un Etat et des déficits publics alors que notre modèle actuel s’inscrit dans une création/destruction monétaire, donc une économie fondée sur l’endettement, le comble de l’irone c’est que ce sont les américains qui souvent se permettent de dépeindre le danger de l’endettement (et de mythifier cette image) alors même qu’ils sont typiquement l’exemple d’une économie endettée ! D’ailleurs, Obama vient de faire un virage à droite toute ! (Et pour le coup, en France, nous avons au moins, beaucoup d’épargne !)

    Bon j’arrête c’est déjà trop long !

    Au plaisir !

    Mél

  • maule64 dit :

    Le SME a disparu avec la monnaie unique et les marges n’ont plus lieu d’être, dans un système de changes flottants avec les autres grandes monnaies. La problèmatique a changé mais vous posez d’excellentes questions sur les stratégies non coopératives en Europe, avec une Allemagne qui donne le tempo. Ce qui peut se comprendre dans la mesure où la construction politique est très en retard, et la seule capable de donner une légitimité à des politiqueséconomiques plus audacieuses, avec un véritable budget européen.
    Pour exprimer mon sentiment un peu désabusé, je ferai un parallèle entre la création de l’Euro et la massification scolaire. Dans les 2 cas, c’est le sens de l’histoire et notre intérêt d’avoir une monnaie commune et des jeunes plus qualifiés, mais on a cru qu’atteindre ces objectifs serait suffisant. Non, il y a réfléchir sur le marché du travail et notre appareil productif dans un cas, et sur les différences structurelles entre pays et la gouvernance politique dans l’autre cas.
    Cordialement

  • Mél dit :

    Bonjour Maule,

    Effectivement, le SME tel qu’il existait ne pourrait être remis au goût du jour, cela n’aurait pas de sens car entre la plupart des pays concernés de l’époque, tous sont entrés dans la zone euro, sauf l’Angleterre ! Mais en fait je pense à une sorte de SME au niveau mondial, c’est à dire que l’on admette des marges de fluctuation entre les grandes monnaies comme l’euro, le dollar, le yuan et le yen ou encore le rouble…etc (et avec des monnaies d’autres pays du Sud économique). Disons, en fait que l’on officialiserait une hypocrisie actuelle, on sait que le yuan est régulièrement « dévalué » et les américains profite en profite aussi des fois pour « dévaluer » leur propre monnaie… Cela ne changera pas grand chose mais au moins cela sera une pratique officielle et permettrait de jouer un peu plus avec l’inflation.

    L’hypocrisie est souvent présente et m’énerve quelque peu ; on pourrait faire le même constat avec le protectionnisme qui est fait sous couverture entre d’un côté Boeing et de l’autre Airbus/EADS. Enfin je m’écarte…

    Je vous laisse,

    bonne fin de week-end !

    Mél

  • maule64 dit :

    D’accord avec vous pour regretter que la gouvernance économique mondiale progresse peu. L’économie ne pourrait que se porter mieux avec un SMI aux règles clairement établies. De même, sur le terrain de l’OMC, il y a beaucoup à dire.
    Je retiens aussi votre capacité à vous indigner. C’est bien, il faut la garder. Sans être naïf, je crois que les hommes politiques « bougeront » davantage s’ils sont aiguillonnés par des citoyens conscients des enjeux et problèmes.

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