Prime opaque pour les salariés

Après l’annonce surprise d’une prime pour les salariés à la mi-avril, j’ai eu l’occasion d’exprimer mon scepticisme (voir ici) et de souligner la quasi-unanimité contre elle. Compte tenu des précisions données en cette période pascale, le dispositif retenu est-il moins … opaque ?
Iturria nous dit à juste titre que contrairement à ce qu’on a laissé entendre, il n’ y aura pas de douceurs, de gratifications, pour tout le monde.
Précisons d’abord que comme dans une loterie, on met en avant le plus gros lot, ici 1000€, mais on sait désormais que si l’Etat encourage (par des exonérations) les entreprises à choisir ce montant, ce sont bien les entreprises qui le fixeront.
On vient d’apprendre également que la prime ne doit être versée que si les dividendes augmentent. On peut donc imaginer que bien des entreprises sauront faire preuve d’imagination pour présenter une situation comptable les dispensant de verser cette prime.
Enfin, quand viendra effectivement le moment de toucher la dite prime, la grande majorité n’aura pas droit à ces douceurs qu’on lui a fait miroiter mais à des cacahuètes (peanuts for the majority). Bien entendu, les fonctionnaires n’y auront pas droit. Dans les sociétés de moins de 50 salariés, cette prime n’est pas une obligation, et n’oublions pas qu’il faudrait que les dividendes augmentent pour déclencher son versement.
Le président Sarkozy ne s’est-il pas convaincu qu’il atteindrait son objectif par la seule expression de son volontarisme.
Mais quel est son objectif principal ? Augmenter réellement le pouvoir d’achat des français ou marquer des points en vue de la présidentielle ?
Il souhaite montrer qu’il est entreprenant, qu’il n’a pas peur de bousculer la gauche et les syndicats, et surtout, nous disent les politologues, il voit d’un bon œil les critiques du Medef. Si les patrons le critiquent, c’est un moyen de faire oublier (peut-être) qu’on l’a qualifié de « président des riches » (a).
Reste à savoir comment réagiront les français ? Se laisseront-ils séduire ou seront-ils lassés par ce qui pourrait apparaître comme un simple effet d’annonce ?
Si les résultats ne suivent pas le coup médiatique du lapin croqué par Iturria, il pourrait se transformer en coup (politique) du lapin, qui sonnerait un peu plus un président déjà en difficulté dans l’opinion publique.
(a) allusion à un livre publié aux éditions La découverte. http://www.google.fr/url?sa=t&source=web&cd=3&sqi=2&ved=0CD0QFjAC&url=http%3A%2F%2Fwww.editionsladecouverte.fr%2Fcatalogue%2Findex-Le_president_des_riches-9782355220180.html&ei=CCa7Td_TKMSW8QPEvMC2BQ&usg=AFQjCNHD55rkYHUGfoEnZLvl0j1r5PNDfw
