Episode 32 : Fiche d’identité des grands courants économiques
| ECOLE de PENSEE | Courant LIBERAL | Courant MARXISTE | Courant KEYNESIEN |
| Date d’apparition | Fin XVIII ème, en même temps que la révolution industrielle. Depuis de nombreuses variantes se sont succédé. | Au cours du XIX ème siècle, et prolongements au XXème avec la révolution russe. | Après la crise de 1929, et surtout après 1945 |
| Un nom | Adam Smith (1723 1790) considéré comme le fondateur de ce courant avec notamment son livre de 1776 :« Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations » | Karl Marx …bien sûr né à Trèves en 1818 mort à Londres en 1883 | John Maynard Keynes (1883 1946). Ces thèses novatrices ont fortement influencé la politique du XXème siècle au-delà du clivage droite / gauche |
| Leur regard sur le système capitaliste | C’est le meilleur des systèmes qu’il faut laisser fonctionner naturellement car il permettrait de rendre compatible recherche de l’intérêt personnel et l’intérêt général | Système particulièrement injuste basé sur l’exploitation des hommes et qu’on ne pourrait pas amender. Il faudrait le détruire probablement par une révolution pour le remplacer par le socialisme | Keynes défend le système capitaliste contrairement à Marx, mais contrairement aux libéraux, il pense que spontanément il n’atteindra pas la situation optimale (forte croissance et faible chômage) |
| Le rôle du marché | Rôle essentiel. Croyance absolue dans les vertus du marché (cf métaphore de la main invisible). La flexibilité des prix, la variation de l’offre et de la demande doivent permettre d’avoir une situation optimale (croissance et faible chômage) | Rejet total de la propriété privée, du marché symboles d’une organisation économique et sociale qui conduisent à l’exploitation des travailleurs | Les entrepreneurs, le marché ont un rôle essentiel dans l’économie capitaliste mais rien n’assure que leur action conduira spontanément à un équilibre de plein-emploi |
| Le marché du travail | Le travail doit être considéré comme une marchandise comme les autres. S’il y a déséquilibre, il faut que le prix de cette marchandise (donc le salaire) varie pour retrouver l’équilibre | La bourgeoisie (qui détient les moyens de production) est en position de force, les salariés mal organisés se concurrençant entre eux, n’obtiennent que de salaires de misère | Ce marché ressemble certes à un autre marché, mais il n’a pas la flexibilité requise par les libéraux. Il est illusoire de croire que c’est sur ce marché qu’on trouvera la solution au problème du chômage |
| Le rôle de l’Etat | Puisque l’économie fonctionne bien toute seule, l’intervention de l’Etat doit être minimale. A l’époque on parlait de l’Etat-gendarme, aujourd’hui il s’agit de réduire son influence sur l’économie (il faudrait baisser impôts et dépenses) | L’Etat était pour Marx au service de la classe dominante, d’où la nécessité de renverser le système capitaliste et l’organisation étatique qui en découle | Rôle essentiel. Pour que l’économie fonctionne bien, il faut stimuler la demande et c’est l’intervention de l’Etat qui le permettra. L’Etat intervenant de plus en plus, a été qualifié d’Etat-providence |
| Influence actuelle |
Très grande. Si l’Université lui a toujours accordé une grande place, c’est au cours des années 80 que les hommes politiques se sont montré beaucoup plus réceptifs au discours libéral( cf thème du désengagement de l’Etat). Beaucoup d’experts d’organisations internationales (FMI, OCDE, U.E ?) relaient ces analyses, d’où le reproche qu’on leur adresse de diffuser une « pensée unique » |
A fortement décliné avec l’effondrement des pays de l’Est et des P.C occidentaux, mais reste une référence non négligeable pour ceux qui ont un regard très critique sur le système capitaliste (extrême-gauche, altermondialistes …) |
On a parlé de révolution keynésienne, de triomphe keynésien de 45 aux années 70. Années 80, mise en avant des limites réelles de cet interventionnisme(risques inflationnistes, prélèvements élevés), mais fort rares sont ceux qui estiment que l’Etat n’a pas encore un rôle important à jouer dans l’économie capitaliste |
Bastien pensa : Finalement ce tableau est plus riche que je ne le pensais. Comment va-t-on s’en sortir ? Pas de scrupules, le classique a toujours du bon, je vais poser des questions. Avec un peu de chance, j’aurai quelques réponses.
– Est-ce un hasard si l’économie moderne, je veux dire la science économique est née en Angleterre ? Qu’est-ce qu’il y a Pierre ?
Pierre élève de TES, était aussi un grand gaillard joueur de rugby. Comme beaucoup d’amateurs de ce sport, il avait une dent contre les british. Il marmonnait :
– Ils nous auront tout fait ces anglais.
– Mais non, dit Bastien. On peut les critiquer en rugby (Bastien était aussi chauvin que Pierre), mais pour l’économie, on peut se féliciter de leur rôle.
Devant le manque d’enthousiasme, il répéta les questions, en les invitant à regarder le tableau. Namia fit le lien entre la révolution industrielle née en Grande-Bretagne et qui marque les débuts du capitalisme moderne et une discipline qui a cherché à analyser l’émergence de ce nouveau système et qui est donc apparue là où le capitalisme a pris son essor.
Bastien redoutant une heure bien laborieuse, essayait de dynamiser son cours. Il en vint même à mimer. Les élèves dubitatifs ne comprenaient pas le lien que leur prof voulait établir entre le capitalisme défendu par les libéraux et ses doigts qu’il s’évertuait à faire successivement apparaître puis disparaître. Lassé, il finit par dire :
– Mais non ! Je ne montre pas des doigts, mais la main invisible.
– Et comment on peut montrer une main invisible, Monsieur ?
– Ca suffit ! La question n’est pas là, Célya. Je voulais simplement qu’on me dise que les libéraux croyaient aux vertus de l’économie de marché. Celle-ci, selon eux, naturellement, parviendrait à un équilibre optimal. C’est comme si chacun poursuivant son intérêt personnel, contribuait à l’intérêt général. Les individus seraient comme poussés par une espèce de main invisible à faire les bons choix. C’est un peu comme si l’économie était une machine complexe qui arriverait à se régler elle-même, à s’auto-réguler.
– C’est vrai que cela surprend un peu, nota Clément, mais on comprend mieux leur conception du rôle de l’Etat.
– Tout à fait, dit avec emphase Bastien, trop heureux qu’il y ait du répondant. Précisez ce rôle, Clément.
– Si le système fonctionne bien tout seul, pas besoin de l’aider à…fonctionner poursuivit Clément, un peu embarrassé par sa répétition. C’est ce qu’on a vu l’an dernier…
– Et plusieurs fois, y compris cette année, s’empressa d’ajouter Bastien.
– C’est la conception de l’Etat-gendarme, reprit Clément. Puisque que l’économie s’auto-régule, l’Etat n’a qu’à laisser faire, à laisser passer.
– Taratata, je suis pas d’accord, les flics, ils sont interventionnistes, dit avec une certaine véhémence Jonathan.
– Et parfois, ils verbalisent, ajouta narquois Jimmy.
– J’en sais quelque chose, reconnut Jonathan.
Sans se départir de son calme ce qui impressionna Bastien, Clément reprit.
– On sait que t’as eu des problèmes avec les flics…
– Avec les gendarmes, dut corriger Bastien.
– …mais ils se contentent de faire respecter les règles. C’est pourquoi le prof nous a dit de comparer l’Etat à un arbitre. Il contribue à ce que les acteurs, les joueurs économiques puissent s’exprimer, mais ce n’est pas lui qui fait le jeu économique. Il lui permet simplement de se dérouler en évitant en principe la loi de la jungle. Comme un arbitre, il fait respecter les règles, mais il ne fait pas le score.
