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Episode 33 : Le courant (libéral) continue…de dominer

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

Bastien aurait pu apporter des nuances en particulier sur la formule du laisser faire, mais déjà heureux qu’il y ait eu échanges entre les élèves, il allait se contenter de poursuivre ses questions ; pourtant Claire intervint dans son style habituel.

–          Eh Monsieur, c’est quoi cette « pensée unique » ?

–          Je ne pensais pas l’avoir mise dans le tableau, fit Bastien un peu agacé par son propre zèle.

–          Ben si ! Juste au fond de la première colonne. Faut pas en tenir compte ?

–          Disons que ce n’est pas essentiel pour nous, mais puisque je l’ai mis et que vous l’avez remarquée, on peut en dire deux mots. La théorie libérale est indispensable, incontournable quand on étudie l’économie…

–          Et pas les autres ? Interrogea Claire qui manifestement cherchait à repérer les connaissances superflues.

–          Si, les autres aussi ! Mais la théorie libérale structure l’enseignement de l’économie dans le supérieur ce qui ne veut pas dire que tous les enseignants adhèrent aux conclusions du discours libéral, c’est-à-dire en schématisant qu’il faut accepter le système capitaliste et que la trop grande intervention de l’Etat nuit au bon fonctionnement de l’économie.

–          Où est le problème ?

–          C’est que certains trouvent que surtout depuis les années 80, trop de dirigeants politiques, trop d’experts qui conseillent les institutions qui orientent le fonctionnement de l’économie (FMI, OCDE, BCE..) défendent sans sourciller la logique libérale.

–          Si elle est logique, ce n’est pas un problème.

–          Il faut entendre logique ici, comme une approche cohérente mais discutable. Ceux qui la contestent disent que  ce système produit trop d’effets nocifs comme l’exploitation, les inégalités, les dégâts environnementaux…

–          C’est un discours de gauchiste, dit faiblement mais quand même de manière audible, François, un fils d’huissier.

Bastien se sentit visé :

–          Attention, je ne dis pas que c’est la vérité. Il faudrait faire un bilan objectif et complexe de l’impact de cette politique. Disons pour conclure momentanément (du moins Bastien l’espérait) que par pensée unique, on veut signifier qu’alors que certains après Mai 68 voulaient changer de société, beaucoup aujourd’hui, y compris à gauche chez ceux qui ont gouverné ou pourraient gouverner, on accepte assez volontiers que les contraintes imposées par l’économie capitaliste réduisent sensiblement les marges de manœuvre des décideurs. Le social ne pourrait découler que de la prospérité économique qui elle-même serait conditionnée par le bon fonctionnement de l’économie capitaliste qui lui-même imposerait un désengagement de l’Etat sous forme de privatisations ; il faudrait aussi réduire  les déficits, l’endettement, les impôts et au préalable le nombre de fonctionnaires.

Bastien pensa : « ouf ! Ma tirade les a assommés ». François lui voulait qu’on établisse que derrière les « ceux qui dénonçaient la pensée libérale » se cachaient à peine, les gauchistes. Il demanda :

–          Qui critique la pensée unique, comme vous dites ?

Bastien n’apprécia guère ce « comme vous dîtes ». Il répondit cependant comme si de rien n’était.

–          Il y a bien sûr l’extrême-gauche, les communistes, beaucoup de verts, certains socialistes qui estiment que désormais leurs dirigeants comprennent trop bien la logique capitaliste, les altermondialistes…

 –          Alter ou anti-mondialistes Monsieur ?

–          Ce sont les mêmes sauf qu’au départ, ils s’appelaient les anti-mondialistes pour montrer qu’ils étaient farouchement hostiles à la mondialisation qu’ils qualifiaient de libérale.

–          Et alter, c’est mieux ?

–          Ca veut dire quoi, demanda Bastien ?

–          Autre.

–          Bien ! Donc si on est pour une autre mondialisation, c’est plus positif que d’être contre. On a un projet alternatif. Et qui symbolise ce courant ?

–          Bové ! Dirent en chœur les quatre cinquièmes de la classe.

Bastien désabusé,  pensa : Démonter ou plutôt saccager un Mc Do, c’est symboliquement fort, et plus parlant qu’un livre de 400 pages sur le sujet. Ca parle bien aux lycéens, question de références, de culture. Il observait aussi François qui semblait satisfait d’avoir pu mettre au clair sa petite liste de gauchistes invétérés dans la quelle il devait y faire figurer bon nombre de professeurs.

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2 Comments

  • Mél dit :

    Bonjour Maule !

    Pour le premier passage en rose : c’est tellement vrai ! Même si quelques étudiants et étudiantes aimeraient que cela change et que l’équilibre (entre les différents paradigmes économiques) revienne un peu plus dans le « sentier »! 😉

    Concernant le mouvement altermondialiste, et son essence, c’est souvent assimilé à la grande mobilisation de Seattle en novembre 99 avec une banderole restée célèbre outre-atlantique : « Teamsters and Turtles Together at Least », où des ONG et le syndicat des routiers étaient ensemble contre le FMI entre autre.

    Et juste pour vous taquiner, la critique est facile, proposer une alternative c’est mieux, effectivement ! Du coup, mettre dans la même phrase, l’extrême gauche les communistes, les verts et quelques socialistes, c’est dur à avaler parce que si on comprend derrière le terme « extrême-gauche » le nom du NPA, alors il y a plus une critique qu’un réel effort de proposition alternative, et sans défendre tous les autres partis mentionnés, ils essaient pour la plupart de proposer des alternatives sauf peut-être le PS (dans sa globalité) qui replonge dans une pseudo-guerre de chef, dont l’UMP se gargarise facilement…

    Au plaisir de vous lire, encore et toujours !

    A+

    Mél

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