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Episode 37 : La demande, c’est fondamental !

Posted by maule64 on in Un feuilleton économique |

–          Bastien cherchait une réponse claire. L’interrogateur reprit la parole :

–         Mais si ce n’est pas important…

–         Bastien dans ses pensées, se ressaisit :

–         Mais si, au contraire, c’est très important…Il fut interrompu.

–          C’est fondamental, reprirent en chœur une demi-douzaine de voix qui savaient que leur prof avait tendance à abuser de cet adjectif. Sans se démonter celui-ci enchaîna :

–          On sait que c’est … fondamental, dit-il en esquissant un sourire, mais expliquons pourquoi. Sur un marché, vous savez que se rencontrent l’offre et la demande. Ceci dit, libéraux et keynésiens ne leur accordent pas la même importance. Pour les libéraux ce qui est fondamental (celui-ci s’était échappé de la bouche de Bastien), c’est le rôle joué par les entreprises et les entrepreneurs, autrement dit par l’offre. Si on les laisse faire, agir, sans trop de contraintes fiscales ou autres, poussés par l’appât du gain, ils sauront prendre les bonnes décisions qui feront que la demande s’ajustera à l’offre. Il y aura croissance économique et prospérité. Au contraire, pour les keynésiens, c’est le rôle de la demande qui est …fondamental (Bastien se rendit compte en le redisant qu’il avait bien du mal à se défaire de cet adjectif). S’il y a demande, il y aura production (les économistes disent offre); s’il y a production, il y aura création d’emplois et en principe baisse du chômage. D’où la question…

–         Fondamentale…

–         Bon, ça va. Dites moi plutôt, Paul, quelle question nous devons nous poser ?

–         Peut-être, pourquoi la demande augmente ou pas ?

–         Très juste. Les entrepreneurs pour Keynes, n’investiront et embaucheront que s’ils pensent que la demande va augmenter. Or, en période de faible croissance économique, leurs pronostics, on dit leurs anticipations, seront pessimistes. Qui peut les rendre plus optimistes ?

–         L’Etat bien sûr dit Clément, le désormais spécialiste de la question.

–         Absolument, renchérit son prof. L’Etat peut engager des fonctionnaires, se lancer dans une politique de travaux publics, et essayer par différents moyens d’augmenter le revenu des ménages, des consommateurs. Ainsi la consommation, la demande en général, va augmenter ce qui devrait inciter les chefs d’entreprise à prendre des risques. L’Etat doit essayer de réduire l’incertitude des décideurs.

–         En résumé dit Clément, si on mise sur l’offre, c’est qu’on fait confiance à la main invisible, au marché, pour que l’économie fonctionne bien, alors que si on mise sur la demande, c’est l’Etat interventionniste ou providence qui joue un rôle fondamental.

Bastien ne releva pas le dernier fondamental. Etait-ce une taquinerie ou l’adhésion d’un élève à la démarche de son professeur ? Il se disait que recourir trois ou quatre fois à cet adjectif pour expliquer un point délicat comme celui-ci, c’était un minimum. D’autre part, malgré sa jeune expérience, il avait acquis la conviction qu’un tic de langage, une maladresse devenait une faute quand on s’en excusait. En revanche, assumer ce petit travers devenait une marque de fabrique qui aide à construire une personnalité.

Un peu perdu dans ses pensées, Bastien n’avait pas vu entrer Toscano. Il venait lui rendre les clés. Il avait un soi-disant rendez-vous qui l’obligeait à écourter son cours. Bastien pensa : « il est vraiment gonflé ! ». Il refusa de se déplacer et lui dit simplement : « envoie ».

Il avait remarqué que déplacer énergiquement une table ou un bureau, faire  virevolter une craie ou la brosse donnait de lui une image avantageuse, de sportif. Il voulut rattraper avec maestria les clés, mais ce fainéant de Toscano les envoya trop mollement. Elles s’écrasèrent lamentablement et bruyamment sur le sol carrelé alors que Bastien emportait deux chaises en tentant vainement de les rattraper. Les élèves étaient hilares. En les ramassant piteusement, Bastien pensait que ses théories pour faire jeune et dynamique en avaient pris un coup.

Bastien chercha à reprendre l’initiative. Il savait que dans quelques minutes la sonnerie retentirait, et avec son accord ou pas, une classe de terminale fait une pause. Il lui restait peu de temps pour boucler ce qu’il avait prévu.

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