Crise de l’euro: entre architecte et pompier
C’est peu dire que la zone euro peine à trouver des solutions pour sortir de la crise de la dette, mais il ne faudrait pas oublier la crise économique qui nous frappe avec ses conséquences, le chômage et la pauvreté, fléaux indignes d’une région aussi riche.
On entend beaucoup dire par les commentateurs français, que c’est la rigidité allemande qui bloquerait face au pragmatisme français. L’Allemagne se comporterait en architecte voulant revoir les plans de la maison europe, alors qu’il y a le feu et qu’il faut l’éteindre coûte que coûte.
Traduisons: La France voudrait que la BCE ait un rôle bien plus important : qu’elle soit le prêteur ultime en créant des eurobonds (ou obligations européennes) ou d’autres astuces; elle financerait l’ensemble des partenaires y compris ceux qui ont été très laxistes d’un point de vue budgétaire. L’Allemagne elle, ne veut pas faire de chèques en blanc à ces pays peu rigoureux et argue qu’on demande à la BCE de remplir une mission qui ne correspond pas à ses prérogatives. Elle voudrait une refonte des traités, avec peut-être une BCE plus active à condition qu’il y ait des obligations budgétaires bien plus fortes, pour les pays: règle d’or ? (voir ici) et en tout cas de la transparence sur les budgets et des sanctions automatiques en cas de dépassement.
Que peut-on en penser?
Disons le tout net, nos souvenirs avec l’Allemagne ne sont pas toujours bons et il est tentant de voir en Merkel plus une intransigeante maîtresse d’école faisant la leçon ou une épicière comptant ses sous qu’une architecte ayant une vision ambitieuse pour l’avenir. On a franchi la ligne jaune avec des relents germaonophobes désolants (voir ici).
Néanmoins, il est probable que l’Allemagne traumatisée par l’hyperinflation des années 20 se trompe de priorité et sous-estime l’ampleur du problème; sa fermeté risque de conduire à une récession durable et trop coûteuse socialement pour la population européenne.
Quelques questions pour terminer:
– Comment se fait-il que tant de commentateurs présentent Sarkozy en pompier conscient des priorités et Merkel en architecte qui (je cite partiellement) souhaite construire un nouvel étage, à la maison Europe alors que l’incendie fait des ravages. On a l’impression qu’il s’agit d ‘éléments de langage habilement distillés par l’Elysée et repris assez passivement par les commentateurs.
– Ensuite, on peut craindre que le prétendu pompier malgré l’affirmation de son activisme , ne cède trop à l’architecte allemande.
– Enfin, on peut se demander si la politique menée depuis au moins 5 ans, ne serait-ce que sur le plan fiscal n’ a pas aggravé la situation? N’aurions-nous pas affaire à un pompier pyromane? Et puis rappelons-nous que notre pompier se rêve aussi architecte, puisqu’après avoir voulu refonder le capitalisme (voir ici) il souhaite refonder l’europe!

