Quand noir c’est blanc et vice versa
J’imagine la tête incrédule d’un profane écoutant le débat économique sur France inter (voir ici émission du 24 Mars) entre deux journalistes commentant le budget anglais et les mesures de rigueur italiennes.
E Lechypre de « L’expansion » s’en félicitait . Pour lui, cela prouve qu’il faut faire une politique de l’offre privilégiant les entreprises, la réduction des impôts. Il ajoutait prenant Thatcher et Reagan en exemple, que « c’est la seule politique qui marche à long terme ».
On pourrait ainsi illustrer cette approche:
Ch Chavagneux « d’Alternatives économiques » lui n’était pas du tout d’accord. Il affirmait que les mesures anglaises derrière un affichage de réduction des taux d’imposition vont en fait demander plus aux plus riches et aux entreprises. Ce serait en réalité, une forme de relance par la fiscalité. Il dénonçait ensuite la logique des mesures italiennes visant à flexibiliser un marché du travail déjà en difficulté. Il pensait que cette logique du laisser faire conduit inévitablement à des dérives qui se transforment en graves crises et on demande alors à l’Etat de parer au plus pressé et de maintenir le capitalisme à flots.
Illustrons ainsi sa pensée:
Prenons un peu de recul:
On a ici de manière très tranchée pour ne pas dire de manière caricaturale, deux approches théoriques qui continuent de structurer les décisions économiques et les débats.
Dans une optique libérale Lechypre fait confiance aux marchés, à leur autorégulation. L’Etat serait plus un problème qu’une solution, sauf quand on est au bord du précipice comme en 29 ou en 2008.
Chavagneux lui se souvient des préceptes keynésiens et estime sans condamner le capitalisme qu’il faut le réguler économiquement et redistribuer socialement pour garantir la prospérité économique et maintenir un lien social suffisamment fort, au point de ne pas trop s’alarmer du moins dans ce débat, des déficits et dettes publiques.
Finalement, on n’était pas dans le nuancier de gris mais dans un débat où l’un voyait blanc et l’autre noir.
Bien sûr, une discussion plus longue les amènerait à rapprocher leurs points de vue. Le premier concédant que l’intervention de l’Etat aide à surmonter les à-coups conjoncturels et qu’il peut favoriser par la formation, la recherche les moteurs de la croissance de demain.
L’autre reconnaîtrait qu’une politique fiscale ne doit pas décourager les initiatives et que toute dépense de l’Etat n’est pas forcément bonne, mais leur appartenance à ces journaux ne relève pas du hasard, il y a bien deux conceptions marquées de l’économie et des choix sociaux à privilégier!
Pour aller plus loin un rap savoureux opposant Keynes et Hayek champions des 2 écoles évoquées (voir ici).
