Francette Edet

25 05 2014

 Francette EDET

     Professeur de sciences, formatrice à l’antenne d’Auxerre de l’E.S.P.E. de Bourgogne, Francette Edet, cosigne, chez l’éditeur Hatier, avec Bruno Hennoque, deux ouvrages de la collection Les petits Archimède. Elle a plus particulièrement dirigé la conception du Vivant, pendant que monsieur Hennoque concevait La Matière. Ces ouvrages, destinés au cycle III de l’école élémentaire se déclinent en une version papier et une version numérique (premier exemple par un auteur icaunais d’une tentative de publication adaptée aux nouvelles technologies).

Extrait de la présentation de l’éditeur : « La licence élève est proposée à – 50%, soit 1.50 €, pour tout achat de 15 manuels papier minimum. Un manuel interactif assorti : – d’outils de navigation (sommaire, liens hypertextes, recherche…) – d’un mode d’affichage en plein écran des doubles pages et un outil « zoom » pour agrandir une zone de la page – d’une palette graphique (cache, surlignage, annotations…) .

Les bénéfices pour l’enseignant et l’élève : ? Toute la richesse pédagogique Hatier en version vidéoprojetable ? Une attention plus facilement captée, en phase avec l’appétence numérique de leur génération. Disponible en ligne avec téléchargement et version tablette inclus »

1/ La Matière, Hatier, parution mars 2014, manuel, 64 pages, 22 cm x 28 cm, ISBN : 978-2-218-97961-3

manuel numérique, ISBN : 978-2-218-98237-8

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2/ Le Vivant, Hatier, parution juin 1964, manuel, 64 pages, 22 cm x 28 cm, ISBN : 978-2-218-97962-0

manuel numérique, ISBN : 978-2-218-98240-8edet_vivant

 




La méthode Saturnin

17 02 2014

    La méthode de lecture SATURNIN

de l’oral vers l’écrit

      Habituellement, en matière d’apprentissage de la lecture, la première question est « syllabique ou globale ? » Avec la méthode de Mme Saturnin, cette distinction n’est pas pertinente. Mme Saturnin vise d’abord la maîtrise et l’étude de la langue orale ; maîtrise et étude qui se transposent naturellement à l’écrit et conduisent à lire, écrire des syllabes, des lettres, mais ces exercices viennent après un travail oral où le sens prime et reste une référence qui ne doit pas être oblitérée par les problèmes techniques nombreux que pose le passage à l’écrit.

             Grande section de maternelle :

     Les cinq périodes sont construites de façon homogène, ce qui rassure maîtres et élèves ; la maquette est claire et soignée, ce qui participe au confort d’utilisation. Chaque période s’ouvre sur une comptine (ill. 1, ci-dessous) et la présentation d’un album et un conte liés au thème (ill. 2), puis se décline en deux chapitres liés au thème se décomposant chacun en : l’histoire à écouter (ill. 3), quelques exercices de compréhension du sens de l’histoire (ill. 4), quelques exercices techniques sur le fonctionnement (oral) de la langue (ill. 5), quelques exercices techniques préparant le passage à l’écrit (ill. 6-7). Le nécessaire pour comprendre est là, sans recherche excessive, sans virtuosité inutile.

            Cours préparatoire :

L’élève retrouve au CP la démarche de grande section : cinq thèmes, du sens, de la technique… Bien armé par les exercices de grande section, il peut rapidement accéder à l’étude technique des lettres, des syllabes, toujours en lien avec le sens. Les 36 phonèmes sont présentés (8) et balisent le parcours, mais il n’est pas question de faire une étude complète des exceptions orthographiques, la simplicité, gage d’efficacité, reste de mise. La clarté éditoriale est la même que pour les ouvrages de grande section.

Moyennant quoi, l’auteure remplit le contrat qu’elle affiche dans son avant-propos : « une méthode de lecture, conforme aux programmes du Ministère de l’Éducation nationale* /…/, adaptée aussi bien à l’enseignant débutant qu’à l’enseignement chevronné. »

Au cours préparatoire, les élèves sont entraînés à déchiffrer seuls les mots. Cette compétence a été apprentissage de la relation entre sons et lI.O. juin 2008]

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De Fourier à Marijon

13 05 2012

De Fourier à Marijon,
la transmission des idées

Les auteurs de manuels connaissent les éditions en usage dans leur domaine ; ils peuvent les suivre ou les renier ; les éditeurs incitent leurs auteurs à regarder les manuels en vogue et à s’en inspirer pour obtenir le succès commercial qu’ils escomptent. Il est donc tentant, par delà les changements de programmes, de rechercher des filiations entre les divers auteurs et de rechercher ce que l’un emprunte à l’autre pour le plus grand profit des élèves.

La cote XIX des écrits de Fourier mis en ligne sur le site Gallica, propose 104 vues de manuscrits de Fourier. Parmi ces vues, on trouve plusieurs états de ce qui semble être le début d’un traité de géométrie ; sans que l’on sache ni l’origine, ni la destination de ces écrits, on constate que Fourier est revenu dessus à plusieurs reprises avec pour chaque reprise des ratures, signe manifeste d’intérêt. Voici ainsi transcrit un extrait de l’un des états les plus abouti (vues 27 à 30), les autres états présentant sous une écritures plus rapides de nombreuses corrections ou ratures :
La géométrie considère les propriétés des figures tracées dans l’espace.
Le volume est une partie de l’espace. Lorsqu’un volume est divisé en deux parties, ce qui est commun à ces deux parties est une surface ; les surfaces terminent les volumes.
Si une surface est divisée en deux parties, ce qui est commun à ces deux parties est une ligne ; les lignes terminent les surfaces.
Lorsque qu’une ligne est divisée en deux parties, ce qui est commun aux deux parties est un point.
Lorsque les deux extrémités d’une ligne a b peuvent coïncider par superposition avec les deux extrémités a’ et b’ d’une autre ligne ; a sur a’, b sur b’ on exprime cette relation en disant que la distance ab des points a et b est égale à la distance a’b’ des points a’ et b’ (cette notion de l’équidistance ne dépend aucunement de la nature des lignes qui joignent l’une les points a et b, l’autre les points a’ et b’, elle exprime uniquement la possibilité de superposer en même temps les deux points a et a’ et les deux points b et b’.
Si l’on marque dans l’espace un point fixe A et si l’on considère tous les points m m’ m’’ etc tels que les distances Am, Am’, Am’’, Am’’’ sont égales entre elles la suite de tous ces points m m’ m’’ m’’’ etc forme la surface sphérique. Cette surface termine la sphère. Le point fixe A est le centre de la sphère.
Si l’on marque dans l’espace deux points A et B et si l’on considère tous les points m m’ m’’ m’’’ etc tels que la distance Am est égale à la distance Bm, la distance Am’ est la même que la distance Bm’, la distance Am’’ la même que la distance Bm’’, ainsi de suite pour tous les autres points m m’ m’’ m’’’ etc la sutie de tous ces points dont chacun est aussi éloigné de A que de B forme la surface plane ou le plan.
Si ayant marqué sur un plan deux points A et B, on considère tous les points m m’ m’’ m’’’ etc dont chacun est aussi éloigné de A que de B, la suite m m’ m’’ m’’’ etc forme une ligne droite.
Si ayant marqué sur un plan, un point A, on considère tous les points m m’ m’’ m’’’ etc tels que toutes les distances Am, Am’, Am’’, Am’’’ etc soient égales entre elles, la suite de tous ces points m m’ m’’ m’’’ etc est la circonférence du cercle. Elle termine le cercle dont A est le centre. La distance commune Am est le rayon.

Fourier est décédé en 1830, son introduction à la géométrie (où une autre similaire de lui-même ou d’un autre auteur) a sans doute été diffusée, puisqu’on trouve dans un manuel d’enseignement du début du XXe siècle destiné aux élèves préparant le brevet élémentaire (A. Marijon, Géométrie du brevet élémentaire, ouvrage conforme aux programmes de 1920, Hatier, 1923) une présentation qui s’en inspire manifestement, même si Marijon, qui s’adresse à de jeunes élèves est contraint de revenir à des considérations moins théoriques que celles qui animent Fourier dès qu’il lui faut définir la ligne droite.

A. Marijon, Géométrie du brevet élémentaire, Hatier, 1923, p.9 à 12

La filiation entre J. Fourier et A. Marijon étant constatée, reste à établir comment les idées du géomètre, théoricien de la chaleur, ont été transmises, un siècle plus tard, à l’auteur de manuels scolaires.




Elie Ernest Hanriot

9 11 2011

Élie Ernest HANRIOT

(1850 – 1928)

       Né le 8 septembre 1850 à Bercenay-en-Othe (Aube), Élie Ernest Hanriot commence sa carrière dans l’enseignement secondaire comme répétiteur aux lycées de Troyes puis de Grenoble entre 1870 et 1873 tout en poursuivant des études de lettres à l’université. Sa licence obtenue, il enseigne entre 1874 et 1878 à Avallon puis Auxerre, il continue sa carrière dans l’instruction publique en devenant inspecteur de l’enseignement primaire à Avallon puis Auxerre entre 1878 et 1880. Après des responsabilités équivalentes à Clermont-Ferrand, Melun puis Boulogne-sur-mer, il termine sa carrière comme directeur d’école normale à Saint-Lô puis Orléans et enfin Rouen de 1895 à 1910 comme noté dans son dossier de Légion d’Honneur. En 1897, paraît la première édition de son dernier manuel pour l’enseignement primaire Choix de maximes, de pensées et de préceptes pour aider à l’enseignement de la morale.  Il décède le 7 mai 1928 à Héry (Yonne).

          Son ouvrage Vive la France ! paru en 1885 est destiné à entretenir un esprit de Revanche contre l’Allemagne qui passe par un culte envers la Patrie. Outre Cours régulier de langue française édité en 1896 qu’il cosigne avec Emmanuel Huleux, on lui doit De l’Explication des noms géographiques et des noms de lieux qui en 1887 vulgarise auprès d’un public d’adultes les bases de la toponymie mais aussi une carte géographique de l’Yonne paru en 1882 et gravée par l’habile Georges Erhard Schièlbe peu avant sa mort.

                      L’épouse d’Ernest Hanriot est originaire d’Héry dans l’Yonne, ce qui explique le choix de ce département lors de ses premiers postes d’enseignant et son retour à Héry après sa cessation d’activité. Hanriot bénéficie de jugements curieusement nuancés de la part de ses supérieurs : « Professeur laborieux, il a beaucoup gagné et est aujourd’hui à peu près à la hauteur de sa classe. Sa conduite et sa tenue sont irréprochables. » (1876)

« M. Hanriot est sensé et instruit, c’est à dire curieux d’information et au courant de détail géographique et économique, mais il est froid, son enseignement n’a rien de personnel, aucun point de vue de critique ou de morale ; ce n’est en histoire que la substance du précis et pour la description du pays le relevé de tableaux statistiques. Sa parole assez nette, mais d’un accent vulgaire est dépourvue d’animation et d’originalité. Il obtient du travail de ses élèves et des succès dans les concours et examens. C’est un estimable professeur de collège, nous douterions de son succès dans un lycée. » (1876)

 « N’est nullement à la hauteur de cet enseignement – manque de savoir et de jugement – il ne parle pas, il lit et dicte. Les fausses appréciations, les anachronismes, les fautes de goût et de mesure abondent dans cette dictée. Ne peut rester professeur d’histoire à Auxerre. Il vaut mieux le charger d’un cours de grammaire, même dans un lycée ou plutôt dans quelque grand collège communal puisqu’il est licencié. » (1877)

            Comme ses inspecteurs l’y invitent, Hanriot va abandonner l’enseignement en lycée pour lequel ceux-ci ne le jugent pas à la hauteur [?!], mais il ne les suivra pas lorsqu’ils le poussent vers les collèges : il s’oriente vers l’école normale. C’est ainsi qu’on le retrouve directeur de l’École normale de Rouen, ville où au moins un de ses enfants va se fixer pendant que lui-même va revenir finir ses jours dans le pays de son épouse, à Héry, dans l’Yonne.

Sources Dossier AJ 16/ 1131 et F 17/ 22905 des archives nationales. [Alain Chiron]

Il publie Choix de maximes, de pensées et de préceptes pour aider à l’enseignement de la morale, lib. A. Picard & Kaan, Paris, 1897, 70 pages,  pour lequel nous ne pouvons fournir d’illustration.

Par ailleurs, nous connaissons, sous la seule signature d’Hanriot, un manuel d’éducation civique « Vive la France ! », recueil de lectures, récitations et chants patriotiques, ainsi que deux manuels de français co-signés par Hanriot & Huleux (Hanriot semble donc montrer plus de penchant pour l’enseignement de la langue française que pour celui de l’histoire-géographie qu’il enseignait au lycée d’Auxerre en 1875  :

– E. Hanriot, E. Huleux, Cours régulier de langue française, cours préparatoire et élémentaire, lib. A. Picard & Kaan, Paris, vers 1890, 168 pages

– E. Hanriot, E. Huleux, Cours régulier de langue française, cours intermédiaire, lib. d’Éducation nationale (A. Picard & Kaan), Paris, vers 1896, 256 pages

Un examen sommaire du contenu de ses ouvrages conduit à s’interroger sur les jugements émis dans un rapport d’inspection à propos de d’Hanriot au début de sa carrière et notamment l’absence de jugement moral dans ses cours. En effet, la seule morale qui puisse s’exprimer est la morale normée : 

 

Toute déviance avec la morale en usage conduit à l’affrontement avec les autorités de tutelle, comme on pourra le voir un peu plus tard avec Hervé et Clémendot, ou à une censure de la part de l’éditeur.

Sans transgresser aucune norme, Hanriot et Huleux font montre d’humour :

Dans leur Cours intermédiaire, Hanriot et Huleux ont fait le choix éditorial de proposer deux sujets de rédaction en parallèle. Le parallèle est souvent de pure forme :

Parfois, le parallèle des illustrations laisse au lecteur tout loisir à former son propre jugement et fournit matière à des comparaisons hardies :

 




Un manuel d’histoire socialiste

13 06 2011

Hervé G. et Clémendot G.

Histoire de France, CE et CM, Bibliothèque d’éducation, 1904

Deux enseignants socialistes: Gustave Hervé (1871-1944) fut professeur agrégé au lycée de Sens de 1899 à 1901, date à laquelle il fut révoqué pour un article antimilitariste provocateur. Gaston Clémendot (1868-1952) fit toute sa carrière dans l’Yonne comme instituteur. Tous deux sont des militants socialistes au début du XXème  siècle : l’un anime le courant antipatriotique à l’échelle nationale et l’autre dirige la fédération départementale.

Un manuel interdit: Hervé et Clémendot ont rédigé un manuel différent des autres puisque l’usage en est rapidement interdit dans les écoles par le ministre de l’Instruction Publique, Bienvenu-Martin, parlementaire de l’Yonne. L’arrêté du 5 août 1905 décrète que l’ouvrage « est non un manuel d’histoire mais un livre de propagande politique » et qu’ « il ne peut être accepté dans les écoles publiques où l’instituteur est tenu de maintenir dans son enseignement la neutralité »

arrêté d’interdiction du manuel

L’usage du mot peuple: Hervé et Clémendot utilisent souvent le mot peuple dans la deuxième acception du dictionnaire Robert : « le plus grand nombre opposé aux classes supérieures dirigeantes » c’est-à-dire les gens de modeste condition. Contrairement à Lavisse qui n’envisage que la nation France et le patriotisme qui lui est dû, ils se préoccupent des couches populaires. Dans leur préface, ils écrivent : « Considérant que l’histoire-registre des rois et des cours, des batailles et des traités, des généalogies et des dates, n’est pas la véritable histoire parce qu’elle oublie totalement la plus grande partie de l’humanité, le peuple qui travaille et qui souffre, nous avons préféré nous intéresser aux masses plutôt qu’aux acteurs en vue » Ils ne se contentent pas d’observer, ils cherchent à expliquer en ajoutant : « D’un côté, nous avons essayé de montrer les efforts des opprimés pour améliorer leur sort, et de l’autre les efforts de leurs oppresseurs pour les maintenir sous le joug » Autrement dit, même si l’expression n’est pas utilisée, pour eux, la lutte des classes est bien le moteur de l’histoire.

Le sort du peuple : A toutes les époques, leur manuel se préoccupe du sort du peuple.

« Outre les droits féodaux, les paysans payaient encore la dîme au clergé et, à partir du XIVème siècle, ils payèrent, en outre, de lourds impôts au roi. Aussi vivaient-ils misérablement …Par dérision, on appelait le paysan Jacques Bonhomme ; Jacques Bonhomme, c’était la bonne bête qu’on peut surcharger sans qu’elle se plaigne…La guerre de cent Ans mit le comble à sa misère…La bonne bête de somme, rendue furieuse par la faim, devint enragée…Ce fut la Jacquerie. Mais que pouvait Jacques Bonhomme avec sa fourche et sa faux contre les seigneurs bardés de fer…Les seigneurs en firent un horrible carnage…Et la malheureuse bête de somme se remit au travail, avec la résignation du bœuf habitué au joug » (pp. 41-43)

Les institutions du Consulat et de l’Empire sont présentées comme « une machine puissante qui permet d’obtenir facilement du peuple, non seulement une obéissance complète mais encore beaucoup d’argent et beaucoup de soldats »

Les attentes du peuple : Dans leur manuel, Hervé et Clémendot n’hésitent pas à offrir un chapitre entier sur les partis politiques au début du XXème siècle, en montrant pour chacun d’eux ce que le peuple peut en attendre. Ils distinguent les divers partis conservateurs, le parti radical et le parti socialiste ou collectiviste, à qui ils accordent une place plus grande, qu’à tous les autres réunis, détaillant ce qu’il propose pour les ouvriers de l’industrie, pour les petits cultivateurs et ouvriers agricoles, pour le commerce, et terminant sur le principe fondamental de la socialisation des moyens de production et d’échange.

Le manuel d’Hervé et Clémendot ne cache pas son anticléricalisme. Certes il dénonce les méfaits de l’intolérance religieuse et du rôle politique de l’Eglise mais il reproche surtout au clergé catholique « de s’être toujours mis du côté des riches » Il établit nettement qu’à la veille de la Révolution la richesse et les privilèges du clergé ne sont pas justifiés par l’insuffisance des services rendus au peuple.

Le manuel se veut aussi nettement pacifiste. Il raconte les atrocités des guerres religieuses, la sauvagerie des combats sous Louis XIV, l’horreur des champs de bataille napoléoniens. De manière plus originale, les conséquences des conflits sont analysées en distinguant dirigeants et peuples. Dans les guerres entre seigneurs, « c’était toujours sur le malheureux paysan que retombaient ruine et dommage ; quand on voulait battre le seigneur, c’est sur le serf qu’on frappait (p. 31) La politique de guerre de Louis XIV «  a été pour le peuple une cause de maux innombrable. Que le roi soit vaincu ou victorieux, c’est toujours le peuple qui paie les frais de la guerre » (p. 94) « La guerre de 1870-71 a enrichi les gros fournisseurs de vivres, de fusils, de canons, les gros usiniers qui ont eu à refaire le matériel de guerre, les gros banquiers qui ont, pendant et après la guerre, prêté de l’argent à l’état à gros intérêt. Mais pour la grande masse du peuple français – comme d’ailleurs pour la grande masse du peuple allemand – la guerre de 1870 a été un désastre terrible » (p. 242)

Cependant la différence est criante entre les illustrations du manuel d’Hervé et Clémendot et les habituelles reproductions des tableaux manifestant la gloire de Napoléon 1er, même dans les manuels actuels.

tas de têtes de morts p. 190

La responsabilité du peuple n’est pas éludée. « Si la principale cause des guerres, ce fut l’ambition de Napoléon de devenir maître de l’Europe…le peuple français, aveuglé par un orgueil semblable, grisé par l’amour des galons, des décorations, par les victoires remportées, applaudit à ses guerres les plus odieuses, et ainsi il partage avec lui la responsabilité des injustices et des violences commises par lui contre tous les peuples d’Europe » (p. 190)

La paix, il ne suffit pas de la souhaiter. C’est au peuple de la préparer, notamment en s’intéressant aux affaires publiques. A la fin du manuel (p. 284), une illustration résume ce pacifisme militant avec l’adage subverti « si tu veux la paix, prépare la paix ! »

L’anticolonialisme et l’internationalisme sont aussi affirmés. Hervé et Clémendot écrivent que tous les peuples méritent d’être respectés « Nous n’avons pas plus le droit de nous établir de force chez les Arabes ou les Chinois que les Arabes ou les Chinois chez nous…Les expéditions coloniales ne rapportent rien au peuple français : elles coûtent aux contribuables…Il n’est pas juste que les paysans et es ouvriers qui sont pauvres, soient tenus de payer les frais de ces expéditions destinées à faire fructifier au loin l’argent des riches capitalistes » (p. 260-261)

L’internationalisme est explicitement évoqué dans un des paragraphes consacrés au parti socialiste : « Les internationalistes disent que dans tous les pays il y a, comme en France, deux classes, une classe riche qui est privilégiée et une classe de paysans, d’ouvriers, de petits fonctionnaires qui est dans la gêne et quelquefois dans la misère. Les déshérités de tous les pays sont frères ; ils ont partout les mêmes adversaires. Leur intérêt n’est pas de se faire la guerre entre eux, de pays à pays, pour le profit des classes dirigeantes de leurs patries respectives, c’est d’essayer d’établir dans chaque nation plus d’égalité, plus de justice (p. 274)

Deux pages de l‘Histoire de France annotées par l’auteur :