12.05.15 – JB Bullett – Je suis Charlie

 

J’ai pas peur de toi l’extrémiste
Qui vient descendre nos journalistes
Crois-tu passer pour un croisé
En butant nos gardiens d’la paix?

Penses-tu vraiment avoir des couilles
Quand c’est ton frère que tu zigouilles
Pendant qu’à terre il t’implorait
C’est bon chef… J’en ai eu assez

Si tu t’demandes où est Charlie
À jamais dans nos esprits

Un coup d’kalach pour un coup d’crayon
Tu salis ta religion

Partir en Syrie, faire le Djihad
Et rev’nir faire des fusillades
C’était ça ton plan de carrière
Penses-tu aux familles qu’y a derrière?

T’es-tu vraiment senti menacé
Par un pauvre crayon à papier
Faire de l’humour dans un journal
Mérite-t-il la peine capitale?

Si tu t’demandes où est Charlie
À jamais dans nos esprits

Un coup d’kalach pour un coup d’crayon
Tu salis ta religion

Tu débarques froid’ment depuis Reims
Armé, cagoulé comme un prince
En scandant le nom de ton Dieu
Qui n’voudra même pas d’toi aux cieux

C’est d’respecter nos différences
Qui fait la beauté de la France
Mais toi c’matin t’as tout gâché
C’est la haine que tu as semée

Si tu t’demandes où est Charlie

À jamais dans nos esprits

Un coup d’kalach pour un coup d’crayon
Tu salis ta religion

J’m’en fous d’où tu vas à la messe
Mais ne t’en prends pas à la presse
Car quand c’est la guerre qu’y a là-bas
T’es content qu’y ait des caméras

Ne viens pas m’parler d’religion
C’t’excuse est complêt’ment bidon
J’pense pas qu’il existe de bouquin
Qui dise de flinguer son prochain

Si tu t’demandes où est Charlie
À jamais dans nos esprits

Un coup d’kalach pour un coup d’crayon
Tu salis ta religion

Même si j’ai envie d’crier aux armes
J’mets pas tout l’monde dans l’même panier
C’est en partant d’un amalgame
Qu’on fabrique des croix gammées

Mais j’ai pas peur, je suis français
Et c’est debout qu’tu vas m’trouver
Contre toi je lève mon stylo
Je suis aussi Charlie Hebdo

Si tu t’demandes où est Charlie
À jamais dans nos esprits

Un coup d’kalach pour un coup d’crayon
Tu salis ta religion

Bafouer notre liberté d’expression
C’est s’en prendre à toute la nation
On est 66 millions, et on te dit
Moi aussi… Je suis Charlie

Cette chanson hommage a été écrite suite à l’attentat qui a visé Charlie Hebdo et a fait 12 morts.

11.05.15 – Bernanos, l’illusion de la liberté

Une autre forme d’engagement :

« Paris-Marseille en un quart d’heure, c’est formidable ! » Car vos fils et vos filles peuvent crever : le grand problème à résoudre sera toujours de transporter vos viandes à la vitesse de l’éclair. Que fuyez-vous donc ainsi, imbéciles ? Hélas ! c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes — chacun de vous se fuit soi-même, comme s’il espérait courir assez vite pour sortir enfin de sa gaine de peau… On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles ! »

Erratum

L’information est présente sur école directe, mais au cas où :

La salle Campan est réquisitionnée pour le spectacle de fin d’année mercredi – nous sommes donc tenus de libérer la salle. La performance de mercredi (3B) est donc reportée jusqu’à nouvel ordre ou jusqu’à ce que je trouve une autre salle.

TNO : La Fontaine, « Les deux Coqs » in Fables

Les Deux coqs

Deux coqs vivaient en paix: une poule survint,
Et voilà la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troie ; et c’est de toi que vint
Cette querelle envenimée
Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe teint.
Longtemps entre nos coqs le combat se maintint.
Le bruit s’en répandit par tout le voisinage,
La gent qui porte crête au spectacle accourut.
Plus d’une Hélène au beau plumage
Fut le prix du vainqueur. Le vaincu disparut:
Il alla se cacher au fond de sa retraite,
Pleura sa gloire et ses amours,
Ses amours qu’un rival, tout fier de sa défaite
Possédait à ses yeux. Il voyait tous les jours
Cet objet rallumer sa haine et son courage;
Il aiguisait son bec, battait l’air et ses flancs,
Et, s’exerçant contre les vents,
S’armait d’une jalouse rage.
Il n’en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits
S’alla percher, et chanter sa victoire.
Un vautour entendit sa voix :
Adieu les amours et la gloire;
Tout cet orgueil périt sous l’ongle du vautour
Enfin, par un fatal retour
Son rival autour de la poule
S’en revint faire le coquet :
Je laisse à penser quel caquet;
Car il eut des femmes en foule.
La fortune se plaît à faire de ces coups;
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
Défions-nous du Sort, et prenons garde à nous
Après le gain d’une bataille.

Jean de La Fontaine, Fables

TNO : La Fontaine, « L’Avare qui a perdu son trésor » in Fables

L’Avare qui a perdu son trésor

L’Usage seulement fait la possession.
Je demande à ces gens de qui la passion
Est d’entasser toujours, mettre somme sur somme,
Quel avantage ils ont que n’ait pas un autre homme.
Diogène là-bas est aussi riche qu’eux,
Et l’avare ici-haut comme lui vit en gueux.
L’homme au trésor caché qu’Esope nous propose,
Servira d’exemple à la chose.
Ce malheureux attendait
Pour jouir de son bien une seconde vie ;
Ne possédait pas l’or, mais l’or le possédait.
Il avait dans la terre une somme enfouie,
Son coeur avec, n’ayant autre déduit
Que d’y ruminer jour et nuit,
Et rendre sa chevance à lui-même sacrée.
Qu’il allât ou qu’il vînt, qu’il bût ou qu’il mangeât,
On l’eût pris de bien court, à moins qu’il ne songeât
A l’endroit où gisait cette somme enterrée.
Il y fit tant de tours qu’un Fossoyeur le vit,
Se douta du dépôt, l’enleva sans rien dire.
Notre Avare un beau jour ne trouva que le nid.
Voilà mon homme aux pleurs ; il gémit, il soupire.
Il se tourmente, il se déchire.
Un passant lui demande à quel sujet ses cris.
C’est mon trésor que l’on m’a pris.
– Votre trésor ? où pris ? – Tout joignant cette pierre.
– Eh ! sommes-nous en temps de guerre,
Pour l’apporter si loin ? N’eussiez-vous pas mieux fait
De le laisser chez vous en votre cabinet,
Que de le changer de demeure ?
Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure.
– A toute heure ? bons Dieux ! ne tient-il qu’à cela ?
L’argent vient-il comme il s’en va ?
Je n’y touchais jamais. – Dites-moi donc, de grâce,
Reprit l’autre, pourquoi vous vous affligez tant,
Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent :
Mettez une pierre à la place,
Elle vous vaudra tout autant.

Jean de La Fontaine, Fables

TNO : Rimbaud, « Le dormeur du val » in Poésies (1870) – Rimbaud a alors 16 ans !

le_dormeur_du_val

Le dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.