« Helianthus annuus »

Ou les tournesols…

Si vous avez entendu parler de soupe à la tomate sur des tournesols c’est que les activistes de « Just stop oil » ont réussi leur mission. Et oui ! Pour rappel, ce 14 octobre dernier, deux jeunes femme se sont introduites dans la National Gallery de Londres et ont aspergé de soupe à la tomate une œuvre de Van Gogh :

Vase avec quatorze tournesols

Vase avec quatorze tournesols, Van Gogh, National Gallery, Londre

Petit récap’ de l’œuvre d’ont il est question aujourd’hui. Van Gogh peint cette toile avec 5 autres qu’il présente comme une série. L’amour que l’artiste porte aux tournesols lui vient de ses études du baroque flamand à Anvers. De ses Tournesols ressort une impression de vivant : certains ont cru reconnaître des yeux, une bouche, une barbe. De plus, les fleurs sont peintes à différents stades de leurs évolutions : bourgeon, ouvert, fané. On remarque aussi l’exploitation des couleurs orangées qui rappellent le soleil. L’artiste a même affirmé que cela permettait d’habiller de lumière l’hiver. Ainsi, au sein de ses tableaux, il représente la vie, la nature ainsi que le soleil.

Mais alors… Pourquoi s’attaquer à d’innocentes toiles ?!

« Qu’est-ce qui a le plus de valeur, l’art ou la vie ? »

Cette phrase résume parfaitement ce geste. Et oui ! Si tout le monde est mort à quoi ça sert d’avoir des œuvres à plusieurs milliers d’euros ? C’est suite à la déclaration de la première ministre britannique, Liz Truss, qui a laissé entendre que l’extraction de gaz par fracturation hydraulique pourrait être autorisée que le groupe just stop oil a décider d’intervenir. Just Stop Oil c’est un groupe militant pour le climat au Royaume-Uni qui utilise la désobéissance civile dans le but de s’assurer que le gouvernement britannique s’engage à arrêter les nouvelles licences et la production d’énergie fossile. Viser le tableau de Van Gogh qui représente la nature et donc la vie n’est pas un hasard !

Logo du mouvement JUST STOP OIL

Le groupe est créé en février 2022 et l’attaque dees tournesols de Van Gogh n’est pas la première action de cette coalition militante ! Beaucoup d’autres ont eu lieu ce mois d’octobre mais n’ont pas fait de bruit. Par exemple deux d’entres eux ont escaladé un pont autoroutier au-dessus de la Tamise, près de Londres, provoquant d’importants embouteillages ! D’autres actions on été menées et pourtant… En avez vous entendu parler ?! Le monde a retenu son souffle pour de la peinture craquelée, protégée par une vitre en verre ( les militants étaient au courant). Pourtant personne ne se souvient de cet individu défendant la même cause et qui s’est attaché à un poteau durant un match de foot en février dernier ! Comment se fait il qu’on lève plus de fonds pour la reconstruction de Notre Dame que pour la lutte contre le cancer ? Peut être que l’art a un prix potentiellement plus élevé que la vie ? A méditer…

En cette saison automnale, les actions se multiplient. Le 23 octobre c’est la statue du Roi d’Angleterre qui a été « attaquée » par une tarte à la crème. Le choix d’utiliser de la nourriture fait réagir mais surtout la manière de communiquer de Just Stop Oil (bien que cela semble être la seule qui fait du mouvement.) Malheureusement, la plupart du temps on retiendra uniquement deux personnes en colère, hors de contrôle, ont hurlé et saccagé le patrimoine culturel.

Pourtant ce n’est pas si simple! On peut avoir le plus beau des messages à faire passer, si le messager est mauvais jamais celui-ci ne passera . Les activistes semblent avoir trouvé une méthode qui fait « parler » . La société n’est elle pas encore prête pour ouvrir les yeux ? La colère est plus ou moins puissante que la diplomatie ?

Que pensez-vous de ces actions… L’espace commentaire est là pour ça 🙂

Eve.B DNMADE 2 horlo – Octobre 22

L’indépendance : une histoire monumentale

Ah ! New York, 1930 ! La découverte par l’astronome américain Tombaugh de la neuvième planète du système solaire Pluton, le début de la construction de l’Empire State Building, et bien d’autres… Mais qu’en est-il de l’art, l’écologie New-yorkaise ?

Aujourd’hui Louise Nevelson est à l’honneur, née en 1889, sculptrice et peintre New-Yorkaise d’origine Ukrainienne. En 1920, elle étudie le chant, le dessin, mais aussi l’art dramatique. Elle suit des cours de peinture à « L’art Students League » de New York. C’est à partir de 1933, qu’elle expose ses œuvres picturales aux États-Unis. Entre 1934 et 1945, elle se tourne vers la sculpture. Dès lors elle étudie tous les matériaux en rapport avec son nouveau métier, la terre cuite, l’aluminium, le bronze, au « Sculpture Center ».

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This is Louise Nevelson by Pinterest.

Elle est qualifiée comme l’une des premières femmes à montrer ses sculptures dans les années 50. Elle n’est pas très connue en Europe, car les dimensions de ses œuvres sont monumentales et compliquées à transporter.

Ses œuvres (boîtes) font partie du mouvement de l’expressionnisme abstrait. Son but artistique était d’utiliser des objets du quotidien mis à la décharge, ou des objets trouvés, et créer des assemblages pertinents. Elle utilise des caisses en bois qu’elle imbrique selon un dessin réalisé au préalable, elle cloue, colle, rive, d’autres déchets, en ajoutant du plexiglas ou des miroirs… Elle recouvre ses sculptures d’une couche de peinture noire dans un premier temps puis par la suite, elle utilisera du doré ou du blanc. Elle qualifie le noir comme étant dédié à l’aristocratie, le blanc par le deuil et les promesses. Plus tard, elle introduira le plexiglas pour des effets de transparence. Ses sculptures sont alors plus lumineuses et rencontrent un énorme succès. Son but est de supprimer la fonction initiale de l’objet, le recycler et le détourner du fait que l’on ne puisse plus ou très peu le reconnaître. 

(attention histoire…)

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Louise Nevelson, Chapel II, 1959.

« Il était une fois une jeune Ukrainienne du nom de Louise Nevelson qui se mariait avec un homme beau et riche. Elle était vêtue de blanc. Quelques années plus tard, la jeune femme divorçait en noir de cet homme qui voulait la contrôler. » À cette époque, le divorce n’était pas très courant ni bien perçu. Par la suite, elle construit une Chapelle-Blanche illustrant son mariage.

Un peu répétitif non ? Tous ces objets entassés symbolisent des autels laïcs mystérieux pouvant être destinés à l’industrialisation naissante.

À partir de 1957, elle se démarque des autres avec son style : des immenses sculptures murales, avec la même valeur ritualiste ou totémique que les œuvres de ses collègues expressionnistes abstraits, c’est-à-dire l’utilisation de ce mouvement en arme politique.

Remarquons l’esprit avant-gardiste de cette Ukrainienne, qui représente l’indépendance, la force (porter des objets lourds pour ses sculptures monumentales), la mixité avec sa culture incluse dans l’art New-yorkais. Elle apporte un nouveau style tant dans la réutilisation d’objets défectueux, que dans l’emploi de ces couleurs sobres qui sont toujours d’actualité. L’emploi de formes géométriques démesurées.

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Louise Nevelson, Sky Cathédral presence, 1951-64.

En appréciant ses sculptures, on peut comprendre les valeurs que cette femme veut nous faire passer, l’idéologie politique des États-Unis durant la Guerre Froide.

Ses œuvres ont été remises au goût du jour, grâce à la fondation Louise Nevelson qui met en relation les problématiques actuelles comme l’écologie, l’indépendance des femmes, et l’excentricité humaine. Le seul endroit où nous pouvons admirer les œuvres de Louise Nevelson en France est au Musée de Peinture et de la Sculpture, à Grenoble.

À votre avis ? Comment peut-on exploiter les objets jetés dans l’art contemporain ?

Par Mia Bonnetti DNMAde24 Horlogerie Octobre 2022.

Comment deux petits français sont entrés à jamais dans l’histoire de la musique ? 

Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, vont se rencontrer au collège-lycée Carno à Paris en 1986. Ils se trouvent plusieurs passions communes, dont la musique. Ils en écoutent très souvent à tel point qu’ils décident de monter un petit groupe de rock avec un certain Laurent Brancowitz, qu’ils décident d’appeler « Darling’». Ils passent beaucoup de temps chez des disquaires, dont Daniel Dauxerre. Ils vont aller enregistrer et publier leur 45 tours qui est composé de 2 titres ; « Cindy so loud » et « Darlin 2 ». Ce groupe ne fait pas beaucoup de bruit en France, mais un peu en Angleterre, en tout cas assez pour que le magasine Mélodie Maker publie en 1993 un article sur les dernière créations des jeunes, dont celles de « Darlin’ ». Ils vont en faire une critique qui va rester dans la légende : 

« The two Darlin’ tracks are a daft punky thrash called « Cindy So Loud » ( that’s the title and the sole lyric ), and a bizarre fuzz-guitar reading of The Beach Boys’ « Darlin’ ». 

« Punk foireux, punk débile, punk stupide », qui va blesser les deux adolescents et mettre fin à leur petit groupe. Quelques années plus tard, ils découvrent les « ravers », les débuts de la musique techno, c’est nouveau, c’est frais, c’est de leur époque. Ls aiment, ça les inspire, ils vont vouloir explorer cet univers, et créer leur première maquette. Ils font partie de la génération issue de la scène électro-française, en être un de leur meilleur représentant à l’inter-national de ce que les gens ont appelé la « French-Touch ». Lors d’une « rave », d’une soirée, ils vont rencontrer quelques personnes qui gèrent un label écossais Duophonic, et vont leur faire écouter leurs maquettes. Ces derniers sont emballés par le talent et la détermination des deux amis, et en 1994 sort le premier projet, trois titres. Ils commencent à se produire en tant que DJ, et répondent maintenant sous le nom de « Daft Punk » pour faire un hommage à cette critique qu’il avaient reçus quelques années plus tôt. Il y a une effervescence autour d’eux, dans ce qu’ils proposent ; ils ont quelque chose que les autres n’ont pas, une rigueur, une inspiration, une technique. En 1995, tout commence à s’accélérer, on les appelle d’un peu partout, mais surtout ils sortent la musique « DA Punk » qui fait vraiment décoller leur groupe. Elle est jouée et écoutée un peu partout, en Europe, aux États-Unis, et mine de rien, ils ont déjà cette vision de l’international ; de la musique électronique, des titres en anglais, le fait de ne pas signer en France… ils ont aussi cet aspect avant-gardiste de créer leurs musiques dans leur chambre, leur appartement ; ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui le « Home Studio » ! 

Leur premier album d’ailleurs, qu’ils vont appeler « HomeWork » justement, va sortir en 1997 et va être distribué dans des dizaines de pays, et se vendre à plus de 2 millions d’exemplaires. Voyant leur notoriété monter, ils comprennent et se rendent compte qu’ils veulent se cacher le visage pour protéger leur vie, leur liberté. Pour conserver leur anonymat, ils n’ont pas encore l’idée des casques à cette époque, car leur succès arrive trop vite. Ils commencent donc à se cacher le visage lors d’interview ou de reportages avec des masques banals qu’ils trouvent dans des magasins. En gardant leur liberté, ils veulent gardent le contrôle. 

Ce contrôle, ils le veulent depuis déjà le commencement. Ils sont indépendants de l’industrie vorace de la musique, mais aussi entre eux ! Thomas Bangalter est le créateur du titre annexe « Music Sounds Better With You » qu’il a mis sous le nom d’un autre groupe créé exclusivement pour ce morceau : « Stardust ». Après l’explosion de leur premier album, ils vont trouver l’histoire parfaite à raconter ; Thomas nous dit « Nous n’avons pas choisi de devenir des robots. Il y a eu un accident dans notre studio. Nous étions en train de travailler sur le sampler quand, le 9 septembre 1999, à 9h09 très exactement, il a explosé. Quand nous avons repris conscience, nous étions des robots. » . Fasciné par toute cette technologie, ils vont décider de s’en imprégner afin d’être faits de métal et de son, tout comme leur musique. Cette décision va avoir plusieurs avantages : 

  • Ils rendent leur image et l’image de leurs albums intemporels
  • Cela les protègent du « star-système » qu’ils refusent 
  • Ils gardent 100% du contrôle de leur image
  • Et le choix de la voix robotique et du reste deviennent cohérent avec cette icône de la techno qu’ils représentent 

Anti-systèmes, indépendants, ils deviennent donc des robots qui portent des jugements et des messages sur les êtres humains. Cela renforce leur pouvoir musical et c’est une position, qui artistiquement, et doublement plus impactante. 

En 2001, ils décident de mettre la barre très haut et sortent leur deuxième album « Discovery ». Leur album ( qui est vraisemblablement le plus culte) se vend avec une nouvelle tournure, un nouveau virage dans leur style musical en choisissant de se tourner vers des sons beaucoup plus pop et mélodique qu’avant. Cependant, ils montrent toujours leur execellente maîtrise du « sampling ».

 

Malgré cet énorme succès, leur nom commence à s’effacer, et les projets qu’il sortent ensuite, comme leur album « Humain After All » en 2005 ou Électroma en 2007, vont beaucoup moins plaire à leur public. Ils décident alors de reprendre la scène et le live, chose qu’il faisaient beaucoup plus avant d’avoir cette notoriété. En 2006, ils commandent à tous les fournisseurs des États-Unis, et payent une vraie fortune des LED, jusqu’à ce qu’il y ai des ruptures de stock, pour créer d’immenses écrans géants lumineux. Ces écrans, ils vont les utiliser lors d’un concert inoubliable au Festival Coachella tout proche de Los Angeles. Ce concert marquera les esprits et redéfinira les codes des représentations musicales publiques, et même les boîtes de nuit jusqu’à aujourd’hui. C’est maintenant vu, revu, encré dans nos habitudes, mais à cette époque, personne n’y avait encore pensé ; ils décident de mettre une claque visuelle, et une claque auditive en créant de toute pièce un immense remix de leurs trois derniers albums. Les Daft Punk sont de retour pour en mettre plein les oreilles mais maintenant plein la vue. 

Pour ce qu’il s’en suit, ils vont décider de collaborer avec un orchestre et donc de revenir à cette industrie de la musique qu’ils critiquaient jusque là. En 2013, ils annoncent leur 4ème album : « Random Access Memories ». Ils réalisent leurs rêves de gamins en travaillant avec des grandes figures de la musique et en faisant hommage à de nombreux noms. Les années s’accélèrent ensuite, et ils vont réaliser encore d’autres nombreuses collaborations, pour finalement se séparer le 22 février 2021. 

Après leur annonce par le biais de l’extrait du film « Électroma » ; on peut dire que « la boucle est bouclée ». 

En effet, ils incarnent cette image de robots, de casseurs de codes, d’avant-gardistes, mais en même temps, de rêveurs. Ces rêveurs ont pu passer de samples d’artistes qu’ils admiraient réalisés dans leur chambre, avec qui ils ont fini par travailler des années plus tard. Ils s’apparentent à réaliser un rêve, à l’ambition d’une vie, d’une passion qu’ils ont pu mener jusqu’au bout en imposant leur vision des choses, en restant fidèles à eux mêmes du début à la fin. Nous pouvons les remercier de laisser derrière eux ce bel héritage musical, et d’ainsi nous montrer que malgré le succès, la notoriété, on peut tout à fait faire des choix qui vont, soit, impacter notre vie,(  positivement ou négativement d’ailleurs ) en gardant nos valeurs, en gardant ce pour quoi nous avons commencé. Ce n’est pas une recherche du meilleur projet, du meilleur tube, de la meilleure idée, mais simplement deux amis qu’on a critiqué avec de la pure méchanceté dès leurs débuts, et qui ont su montrer de quoi ils étaient capable en gardant tout au long de leur carrière. Cette moquerie qui les a détruits ils l’ont travestie et en ont fait une icône mondiale gravée dans l’histoire de la musique, ce qui est une belle revanche et une belle fin d’histoire en soit.

Esther Loras, DNMADe2024Jo

Une rencontre bouleversante ; projet Strong&Precious

A l’occasion de l’édition Gemgenève du début d’année, nous avions pu rencontrer de nombreuses personnalités et innovations. Les vitrines et l’histoire de Strong&Precious avez attiré notre attention. Fin octobre, une autre édition du salon se tiendra. Peut-être aurez-vous la chance de les rencontrer et de leur parler! En attendant, voici quelques mots; malheureusement toujours d’actualité; rédigés lors de notre passage sur la poignante histoire de ces créateurs ukrainiens.

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Une laine qui a du chien !

Vraiment ? Une laine faite à partir de poils de chiens ?! Hé oui, étonnant mais bien réel ! On parle bien de ces même poils qui nous chatouillent le nez !

Il s’agit des deux designers allemandes Ann Cathrin Schonrock et Franziska Uhl qui ont souhaité trouver une alternative face à la maltraitance animalière tout en recyclant une matière. L’objectif de cette marque est de sensibiliser le grand public à la protection des animaux et de l’environnement.

L’idée est simple : récupérer la laine peignée et tondue des animaux de compagnie par le biais d’un réseau de propriétaires d’animaux privés, de salons de toilettage, d’associations, d’écoles canines, de vétérinaires, pour en faire de la laine tout aussi efficace que celle du mouton.

chaussettes en laine de chien

L’entreprise appelée Modus Intarsia propose ce textile affin de remédier à la maltraitance de l’élevage d’animaux et d’upcycler cette matière, jusque là peut intéressante. Amusant et innovant vous ne trouvez pas ?

pelote de laine de chien

De cette manière, le projet contribue à économiser les ressources. Cette laine peut être mise à la disposition de l’industrie textiles en tant qu’alternative durable et ainsi réduire les importations de matériaux nuisibles au climat.

Les poils de chien de toutes les couleurs sont lavés, traités et teintés pour fabriquer des vêtement jusqu’à « 80% plus chaud que la laine de mouton »

Le saviez-vous ?

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Parlons peu, parlons art, parlons écologie!


« Et c’est à ce moment-là, en le ramassant et en le retournant dans vos mains, que vous avez réalisé que vous aviez là quelque chose de vraiment mortel. Mais c’était quelque chose que vous pouviez démonter, que vous pouviez déconstruire. C’était un matériau que vous pouviez utiliser pour le façonner et en faire une déclaration. »

groupe Ghost Net

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JGM Gallery en Australie « incoming tide »

Plongez au fin fond des océans au travers de merveilles de la nature, d’animaux, de coraux et de plastique!

Ce n’est pas la fin que vous attendiez ? et bien c’est exactement le but recherché au travers des œuvres du groupe d’artistes que je vous propose de découvrir aujourd’hui.

Alors, on parle écologie?



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RAIE AIGLE ORNÉE, 2022
Filet fantôme, corde de plage et cadre métallique
77cm x 87cm x 13cm



Le groupe « Ghost Net » est un collectif qui rassemble des artistes australiens, autochtones dans un travail autour de la faune marine dans une nouvelle exposition : incoming tide (qui signifie marée montante), avec une nouvelle manière d’alerter sur les problèmes écologiques en nous transportant au fin fond des océans à travers l’art et de somptueuses sculptures imposantes, extravagantes et plastifiées !

Leur but ? dénoncer l’un des plus gros problèmes écologiques : LE PLASTIQUE dans les mers et océans, et plus précisément les filets fantômes.

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Les œuvres d’art sont faites à partir de filets de pêche appelés aussi « filets fantômes » qui sont des objets dangereux mais surtout qui sont invisibles au travers des profondeurs océaniques , causant la mort de tellement d’espèces aussi petites que gigantesques.

Cette gamme de déchets dits « fantômes » représenteraient 46% du continent de plastique du Pacifique Nord. Des filets que les pécheurs perdent ou qui, lors d’une pêche illégale, vont être abandonnés volontairement dans les abysses des mer et océans, et qui viennent s’échouer avec les marées montantes sur les plages (d’où le nom de l’exposition).

Les engins fantômes représenteraient 10% de la pollution marine. Ce qui est énorme ! (Greenpeace)

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FRAGMENT DE RIDEAU 1, 2021/2022
Filet fantôme et corde de plage
155cm x 110cm

Des oeuvres qui dénoncent et que je trouve très intéressantes personnellement, par le fait qu’elles représentent plastiquement l’être tué avec l’objet tueur. Cette oeuvre montre bien cette idée que le filet est dangereux pour toutes les espèces, les oiseaux, les coraux, les poissons. Les prédateurs deviennent des proies à cause de l’homme. C’est une oeuvre qui fait réfléchir sur l’impact de l’homme sur la faune marine. Mais à une échelle plus réduite si l’on réfléchit à nos propres actions, on se dit alors que l’on peut faire des choses, l’oeuvre marche, on peut recycler, réutiliser, avant même de devoir les ramasser sur les plages.. !!! . On peut à notre petite échelle, et si l’on se relie tous, faire beaucoup.

Plusieurs associations ont été créées pour justement recycler ces objets fantômes. Le groupe d’artistes récupère ces tonnes de filets recyclés pour les tisser autour de tiges métalliques et recréer ces animaux des mers et océans.



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Jimmy K. Thaiday, ‘Kenny’, 2022, 152cm x 48cm x 54cm

Ce sont des sculptures colorées, entremêlées, représentant des animaux marins. L’objet se forme par un tissage, comme le filet qui s’enroule autour du corps de l’animal, poissons, requins, raie Manta..  Des sculptures imposantes et colorées qui attirent et percutent l’œil, qui alertent, voguant, toutes espèces confondues, dans la même direction : la mort. C’est alors une métaphore. L’objet tueur, prédateur se transforme alors par le prisme de l’art et de la sculpture en proie océanique.

Plus qu’une œuvre qui dénonce, une œuvre qui agit.

Cette exposition a été installée à la JGM Gallery en Australie de septembre à octobre 2022.

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Cette exposition ne réprésente qu’une partie de l’art du ghostnet, soyez curieux, n’hésitez pas à vous renseigner, et à aller voir ces somptueuses sculptures tissées.

Pour en savoir plus sur les filets fantômes.https://blog.sinplastico.com/fr/toute-la-verite-sur-les-filets-fantomes-les-dechets-plastiques-marinsles-plus-dangereux-puor-les-animaux/

Et sur le travail du ghost net : https://www.museum-lehavre.fr/fr/expositions/lart-des-ghostnetshttp://www.artsdaustralie.com/ghostnet.html



Noelie. C – DNMADE2 – Octobre 2022

Qui pensez-vous être ?

TheBreakfast Club – John Hughes – 1985

Depuis quelques années déjà, nous remarquons un grand retour des années 1980 et ce phénomène touche tous les domaines : cinéma, mode, musique … Le succès de la série Netflix « Stranger Things »en est l’un des meilleurs exemples. C’est d’ailleurs suite à la série que je vous propose de replonger en 1985 avec la (re)découverte d’un teen movie culte. Nous essaierons de voir en quoi The Breakfast Club est universel et ci celui-ci est toujours transcriptible en 2022.

Le film débute un samedi 24 mars 1984 au lycée de Shermer aux Etats-Unis; cinq adolescent se retrouvent en retenue pour des motifs différents et doivent passer toute la journée de samedi ensemble dans la bibliothèque. Les 5 adolescents ne se connaissent que de vue, chacun portant des a priori et des préjugés sur l’autre. Pour les occuper, le proviseur Vernon décide d’imposer un devoir de dissertation avec pour thème : « Qui pensez-vous être ? ».

Alors que la discussion semble compromise entre les jeunes, ceux-ci vont au fil de la journée déconstruire leurs barrières et dépasser leurs différences par la parole. Les discussions se font autant sur un ton humoristique que dramatique quand chacun évoque ses difficultés. Cet exercice qu’ils décident de mettre en commun en ne rendant qu’une seule rédaction permet à ces jeunes de se découvrir, découvrir l’autre ainsi que de s’interroger sur leur place dans la société et comment veulent-ils changer leurs futurs. 

« L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire.» François Truffaut

 Les personnages 

Chaque élève correspond à un archétype prédéfini :

-Allison Reynold, l’excentrique considérée comme une “weirdo”

-John Bender, le rebelle provocateur 

-Claire Standish, la fille populaire d’une famille bourgeoise

-Andrew Clark, le sportif 

-Brian Ralph Nelson, l’intello coincé

Ils sont chaperonnés par Mr Vernon, proviseur du lycée qui représente l’adulte donc dans leurs pensées l’ennemi commun. 

En effet le film se construit sur l’opposition des adolescents aux adultes, ces derniers représentent à la fois ce dont ils ont horreurs mais aussi ce dont ils aimeraient s’éloigner en tant que futurs adultes. Notons que ce sont souvent les adultes qui sont la conséquence directe de leur mal-être, Allison par exemple se montre étrange, parfois animale dans le but d’attirer l’attention de ses parents négligeants. 

Loin d’être un simple « teen movie », The Breakfast Club en reprend certes les codes mais propose un point de vue centré sur les états d’âmes des jeunes adolescents. L’absence de regard moralisateur permet d’être dans une empathie totale avec les sujets, chacun évolue avec ses difficultés, ses craintes ce qui permet encore aujourd’hui d’aborder les thèmes de l’adolescence avec bienveillance. 

Le Réalisateur

John Hughes est né le 18 février 1950 dans le Michigan aux Etats-Unis. Commençant sa carrière au sein d’un journal humoristique, son écriture intéresse les studios de production qui lui propose rapidement des contrats. Dès le début des années 1980, John connaît un succès considérable en tant que scénariste mais aussi réalisateur avec pour spécialité le teen movie. Il se retire peu à peu de la scène médiatique dans les années 1990, lui qui n’a jamais voulu vivre à Hollywood. Il décède en 2009 à tout juste 59 ans laissant derrière lui une filmographie devenue culte.

Filmographie

Réalisateur:

Seize bougies pour Sam, 1984

The Breakfast Club, 1985

La folle journée de Ferris Bueller, 1986

Un ticket pour deux, 1987

Scénariste:

Class Reunion, Michael Miller, 1982

Pretty in Pink, Howard Deutch, 1986

Maman j’ai raté l’avion, Chris Columbus, 1990

Beethoven, Brian Levant, 1992

Le Teen Movie

Le teen movie est un terme qui désigne des films faits pour et avec des adolescents qui connaît un grand succès dans les années 1980 bien que présent dès les années 1950 en Amérique. Ces films prennent en compte les difficultés que rencontrent la plupart des adolescents; l’adaptation dans un milieu social, les préoccupations, les états d’âme, les premiers amours,…Le teen movie investit pratiquement tout les genres cinématographiques; le film d’aventure (Les Goonies), la science-fiction (Retour vers le futur), la comédie musicale (Dirty Dancing), le fantastique (Carrie), l’horreur (Scream),…

Il repose sur des codes bien définis où l’on retrouve toujours la même catégorie de personnages clés (le nerd, le sportif, l’intello, la Pom-Pom girl idiote) les adultes sont toujours représentés comme des adversaires et des individus incarnant l’ordre et l’autorité bien que souvent ridiculisés. 

Un film universel 

The Breakfast Club est une œuvre culte car elle reprend un ensemble de codes ritualisés qui offre une ressource identitaire forte, en effet chacun trouve dans un ou plusieurs personnages des points communs, des ressemblances par leurs goûts mais également par leurs expériences. L’adolescence est une étape clé de la vie, à mis chemin entre l’enfance et le monde adulte, cette période d’évolution comporte des changements (biologiques, sociales, psychiques) complexes mais nécessaires. C’est durant cette phase transitoire que se construit la personnalité de chacun avec la difficulté de ne pas avoir de point de repère. 

« Les gens oublient que quand vous avez 16 ans, vous êtes plus sérieux que vous ne le serez jamais. Vous réfléchissez sérieusement aux grandes questions ». John Hughes 

Dans le film, les personnages expriment un ensemble de sentiments que chacun connaîtra dans son adolescence; la peur de l’échec, l’envie de rébellion, l’angoisse d’être perçu comme faible ou étrange…

C’est en effet ici la proposition d’un scénario basé sur l’affecte qui autorise le spectateur à s’identifier facilement. On pourrait pourtant croire qu’après 38 ans la sortie du film bon nombre de changements dans la société creuseraient un écart dans l’identification des jeunes d’aujourd’hui. The Breakfast Club propose avant tout un message universel, celui de casser les codes que l’on se fait des autres et de nous-mêmes. On questionne, on analyse la différence et la singularité de chacun dans le but d’en faire une force et non plus une faiblesse. Les personnages évoluent à partir du moment où ils conversent ensemble, c’est ainsi que chacun se livre sur ce qu’ils sont vraiment; on voit alors le plus rebelle se prendre d’affection pour l’histoire de celui qui avoue être au bord du suicide alors qu’il passait son temps à le ridiculiser. Ne pas se fier à ce que l’on pense percevoir de l’autre, creuser et prendre le temps d’apprendre à se connaître, voilà des thèmes qui parlent aux adolescents encore en 2022. Il permet aux adultes de replonger dans une jeunesse parfois oubliée, d’avoir un regard plus conciliant avec la jeunesse actuelle tout comme il exerce un rôle de boussole chez les adolescents. 

La question du  « Qui suis-je » nous interroge directement sur notre identité, sommes-nous le même à travers le temps ? On pense alors à Socrate qui dit connaît toi toi-même et invoque alors de repérer l’Homme qui est en nous. Notre singularité est une prise de conscience nécessaire, il faut nous explorer, faire une introspection. Ces questions peuvent être délicates à l’adolescence, période de doutes, de transitions et de changements. L’adolescence est un thème encore très peu exploré par la philosophie car récente ( XIXème siècle).

Les limites du temps

Bien que le message du film soit finalement universel, celui-ci comporte aussi des barrières avec le monde d’aujourd’hui. 

Ce qu’on remarque de suite c’est que le film ne représente pas toutes les communautés et minorités, ce qui en 2022 est de plus en plus rare et de moins et moins acceptable. Certains décèleront peut-être une part de sexisme, d’homophobie dans certains dialogues ou mises en scènes. Il faut avoir conscience que les sujets d’importances de 2022 n’était pas les mêmes que ceux de 1985 ce qui n’altère pas une prise de conscience lors du visionnage. Néanmoins, ces scènes sont d’une importances capitales pour John Hughes qui dénoncent par celles-ci le manque de recule de toute une génération.

J’ai eu la chance d’avoir visionné ce film à des âges et étapes de la vie différentes ce qui m’a permis de voir et comprendre toujours différemment les personnages. Je recommande vivement à quiconque de prendre 1h37 de son temps à regarder ce film, que l’on soit en pleine adolescence ou que l’on soit maintenant adulte. Je vous promets de passer du rire aux larmes et de passer par une multitudes d’émotions.

“L’adolescence est une période où un jeune garçon se refuse à croire qu’un jour il sera aussi idiot que son père.” Anonyme

Pour continuer :

La B.O. du film avec en titre principal  « Don’t you forget about me » de Simple Minds qui annonce et clôture The Breakfast Club.

« Au sortir de l’enfance », Paul Audi, éditions Verdier (2017)

La saga Antoine Doinel (un des premiers teen movie français) de François Truffaut qui comporte 5 films:

Les quatre cents coups, 1959

Antoine et Colette, 1962

Baisers Volés, 1968

Domicile Conjugal, 1970

L’Amour en fuite, 1979

Diane C. – DNMADe2JO – Décembre 2022

L’art brut alias « L’art des fous »

L’attrait pour la folie, est depuis longtemps romantisé par l’art. La folie symbole d’imaginaire développé et décomplexé, et pourtant celle ci ne suffit pas à définir l’acte de création.

Le lien entre l’art brut et la folie se veut étroit, car tout être jugé « fou », « aliéné » ou « différent » au XIXème siècle et une bonne partie du XXème siècle aussi, sont expédiés en asile, lieu d’émergence des premières productions issues de la pulsion créative à l’état pur ; c’est donc ces personnes qui sont à l’origine de cet art, prénommé auparavant « l’art des fous ».

L’intérêt pour les créations graphiques et picturales des aliénés, se lit dans les ouvrages des psychiatres français dans les dernières décennies du XIXème siècle.

Wölfli, Adolf - Les onze fleurs, 1922

« Bien que l’attention n’ait été jusqu’ici fixée que sur les écrits des aliénés, je ne crains pas de dire que l’on rencontrera souvent un intérêt réel à examiner les dessins et les peintures faites par les fous. Que l’on combine par la pensée, que l’on imagine par la fantaisie, les choses les plus impossibles, les images les plus bizarres, on n’arrivera jamais à l’espèce de délire qui se peint sur la toile ou sous la main de l’aliéné, à ces créations qui tiennent du cauchemar et donnent le vertige. » Ambroise Tardieu, Étude médico-légale sur la folie, Paris, J.-B. Baillière et fils, 1872, p. 610.

Wölfli, Adolf – Les onze fleurs, 1922

Le terme « d’art brut », apparaît seulement le 28 août 1945, lorsque le peintre Jean Dubuffet baptise cet art, qu’il collectionne depuis déjà plusieurs années, un art qui comprend à la fois l’art des fous et celui des marginaux de toutes sortes, tels que des prisonniers, des anarchistes ou des révoltés.

Malgré ça, Dubuffet établit que ce n’est pas la folie en soi qui donne sa valeur à l’œuvre, mais plutôt la force d’expression et l’extrême nouveauté qui la constitue.

« Le vrai art est toujours là ou on ne l’attend pas. Là ou personne ne pense à lui, ni ne prononce son nom. » J.Dubuffet

Comme Prinzhorn, il n’assimile pas les actes créatifs des malades à la dégénérescence de leur esprit. Au contraire, il est persuadé qu’ils sont plein d’enseignements sur le processus de créativité, moins bridé chez les malades que chez les personnes saines

L’art brut se place en contradiction avec l’art culturel : le mimétisme de la nature et des grands maîtres, n’y ont pas leurs places ; pas de style défini, de techniques ou encore de théories communes aux artistes bruts.

Willem Van Genk – Leningrad, ca. 1955

Souvent considéré comme relevant d’un art-thérapie, car cet art se veut libérateur, quelle que soit la nature du déséquilibre intérieur ; comme une marginalité sociale, un isolement ou enfermement, physique ou mental, un côté obsessionnel voir maniaque dans l’œuvre.

L’objectif est d’utiliser la création au sens large, afin de dévoiler les problématiques profondes de l’individu, ses douleurs, ses violences et ses contradictions, et peut être le conduire à une transformation positive de lui-même.

Tiphaine Dausseing, DNMADEJO2 – Décembre 2022

Un animal peut-il faire de l’art ?

Prenons l’exemple de Desmond Morris. C’est un zoologiste et peintre surréaliste anglais qui a consacré sa vie à démontrer qu’on peut apprendre à un singe à peindre.

Desmond Morris et Congo
Congo, 3 ans, 1957

De 1956 à 1959, Desmond effectua des ateliers de peinture avec Congo qui finit par s’intéresser à l’activité . «Congo devenait de plus en plus obnubilé par ses séances régulières de peinture. Si j’essayais de l’arrêter avant qu’il ait fini une toile, il se mettait à hurler. Si j’essayais de le pousser à continuer à peindre alors qu’il considérait avoir terminé, il refusait sans concession», raconte le scientifique.

Congo avait, selon le zoologiste, un sens de la composition et de l’équilibre aiguisé et était maître de sa production. Il peindra plus de 400 toiles, qui attirent rapidement la curiosité du monde de l’art.

30e séance de peinture, 11 décembre 1957

En effet, ses peintures ont suscité un engouement tel qu’en 1957, l’Institut d’Art Contemporain de Londres expose une grande partie de ses toiles se classant dans le style « expressionniste abstrait ».

Desmond publie un livre intitulé « The Artistic Ape » en 2013 suite à son expérience avec Congo.
Malgré sa volonté de se séparer des peintures et dessins réalisés par Congo, Desmond Morris ne s‘est pas résolu à vendre « Split Fan Pattern with Central Black Spot » qui signifie « Motif en éventail fendu avec tache noire » que Congo a réalisée en 1957. Pour la première fois, le chimpanzé modifie son motif en éventail classique. C’est un geste que les singes font lorsqu’ils étalent des feuilles pour faire leur nid.
C’est la première fois que Congo prend une décision purement artistique, ce qui montre, selon Desmond Morris, un désir d’organiser des modèles visuels.

Des lors, nous pouvons nous demander si l’animal a réellement conscience de ses décisions artistiques ou s’il a fait preuve d’Instinct ?

L’instinct se définit par une part héréditaire et innée des tendances comportementales des animaux ou comme une impulsion souvent irraisonnée qui détermine les actes et les comportements.
Cela peut également être un don ou une aptitude à sentir ou à faire quelque chose comme par exemple avoir l’instinct du beau.

La conscience est une connaissance intuitive que chacun a de son existence et de celle du monde extérieur.
En psychologie cela se décrit comme une fonction de synthèse qui permet à un sujet d’analyser son expérience actuelle en fonction de la structure de sa personnalité et de se projeter dans l’avenir.

Dès la naissance, les animaux ont des comportements innés, c’est-à-dire qu’ils agissent de manière instinctive, sans réfléchir.
En sachant la définition de ces deux termes, on peut en déduire que Congo faisait en réalité plus preuve d’instinct lorsqu’il a modifié sa composition en forme d’éventail classique pour imiter les feuilles du nid.

En ce qui concerne ses autres toiles, nous pouvons également nous demander si son art ne provient pas d’un comportement acquis.

Un comportement qui a nécessité un apprentissage est un comportement acquis. L’animal apprend de différentes façons. Il peut apprendre en prenant des habitudes dues à la répétition d’un comportement, par imitation en apprenant les gestes d’un animal ou humain maîtrisant un comportement ou encore par imprégnation ou l’animal ne peut se défaire d’un premier objet qu’il perçoit.

Plus le système nerveux central d’un animal sera développé, plus il sera en mesure de faire de nouveaux apprentissages, les emmagasinant dans sa mémoire.En analysant les propos de Desmond à l’égard de Congo on peut facilement comprendre qu’il s’agit d’un comportement acquis.
En effet, le singe ne s’est jamais détaché de son matériel de peinture, il répétait souvent l’acte de peindre et était accompagné de Desmond. Nous pouvons donc conclure qu’il a, dans un premier temps, acquis son comportement en imitant l’humain puis en répétant des habitudes.

Lisa BRIDAY DNMADE Jo 2 – Décembre 2022

Toc, sexe, Londres et Marnie

Je pense, donc je suis. Mais si mes pensées sont envahissantes, incontrôlables et à caractère sexuel, alors qui suis-je ?

Vous-est-il déjà arrivé qu’on vous conseille d’imaginer les gens nus pour vous déstresser lors d’un discours ou d’un exposé ? Ce n’est pas un conseil à donner à Marnie. Marnie, des gens nus, elle en imagine tous les jours. Amis, collèges, inconnus, c’est son quotidien, mais tout dérape pour Marnie quand ce sont ses parents qui se retrouvent dans ses pensées.

« Pure » est une série télévisée britannique, sortie en 2019 et produite par Channel 4 elle est désormais disponible sur Arte.tv gratuitement. Basé sur le livre éponyme de Rose Cartwright, la série est composée de 6 épisodes de 30 à 40 min.

La série s’ouvre sur Marnie, jeune femme de 24ans, accompagné de ses parents, qu’elle emmène à leur fête d’anniversaire de mariage organisée par ses soins. Cela aurait pu être une très belle journée et de bons souvenirs jusqu’à ce que tout dérape. En plein discours devant tous les convives, Marnie est assaillie de pensées dans lesquelles ses parents se livrent à des ébats torrides accompagnées des invités… et d’elle même. Ces pensées irrépressibles sont celles de trop, Marnie fuit la fête et l’Ecosse pour partir à Londres et commencer une nouvelle vie en quête de réponses sur ce qu’il se passe dans sa tête.

Parcours initiatique, quête de réponse sur ce qui se passe dans sa tête, « Pure » est une série qui ose parler de ce trouble obsessionnel compulsif dont souffre Marnie dans la série aurait pu s’avérer compliqué, mais la façon dont il est abordé nous emmène dans la tête de Marnie, et nous permet de nous mettre ne serait ce qu’un petit peu à sa place. Brisant le tabou de ce trouble la série vaut le détour, restant assez courte je la pense relativement accessible, bien qu’à ne pas placer entre toutes les mains, la série restant assez graphique.

J’ai apprécié particulièrement la façon de nous emmener dans le cerveau de Marnie ces pensées qu’elle a, nous les avons avec elle, inattendues et crues, le choix de représenter l’invasion de ces pensées dans le quotidien de Marnie et dans la série de notre point de vue de spectateur nous laisser comprendre ce que Marnie vit avec ce trouble.
Aujourd’hui je pense qu’il est important de déstigmatiser ces troubles, que ce soit un Toc comme dans le cas de Marnie ou toutes autres conditions mentales, elles touchent une si grande partie de la population qu’il est important de les mettre en lumière et lever le tabou, de faire reculer la psychophobie et pour ca il faut représenter ces conditions, montrer qu’elles existent, que ce n’est pas une fatalité, ni une maladie à guérir et ne serait ce que pour les personnes atteintes montrer qu’elles ne sont pas seules.
La série n’ayant pas pour autant la vocation de documenter le trouble qu’a Marnie je pense que de ne pas tourner toute la série uniquement autour de ca est important, la partie « récit initiatique » ou l’on suit Marnie construire une nouvelle vie à Londres montre que la vie continue que son trouble ne l’arrête pas et ne doit pas la définir.

Je vous souhaite un bon visionnage de « Pure » et vous laisse le lien vers Arte.tv de la serie =)

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-022411/pure/

Solène L. DNMADe2 JO – Decembre 2022

DAVID HOCKNEY, de l’œuvre classique à l’œuvre digitale 

L’artiste, David Hockney, casse les codes de l’art.

Cette figure majeure du mouvement Pop Art des années 1960 et de l’hyperréalisme est un des peintres les plus influents du XXe siècle. Ses œuvres colorées de portraits et de paysages mélangent la peinture et la photographie. Étant sensible à son environnement (East Yorshire, UK), au travers de ses œuvres nous pouvons voir la métamorphose de la nature.

Voici quelques unes de ses œuvres emblématiques : 

A Bigger Splash 1967 David Hockney born 1937 Purchased 1981

C’est la troisième toile d’une série sur le thème des piscines. Son œuvre étant la plus connue est tout en géométrie avec seulement le « splash » de l’eau qui vient troubler cette vision représentatif du style californien. Le tableau est bordé d’un cadre clair à la manière d’un Polaroïd que l’artiste commence à utiliser. Il photographie souvent ses idées pour après les retranscrire en peinture : cela l’aide à la vision de sa toile et aux perspectives.

Portrait d’un artiste ( Piscines avec deux personnages ) 1972

L’œuvre est née de deux photographies prises par l’artiste lui-même. Un personnage fixant le sol, la piscine avec un nageur, deux personnes pouvant s’apparenter à un couple. Cela donne une œuvre énigmatique dans ce paysage montagneux.

Après avoir utilisé de l’huile, de l’acrylique et de l’aquarelle comme médium, David Hockney suit l’air du temps et découvre le numérique. Il s’approprie progressivement les techniques de peinture via l’iPhone et l’iPad. La pandémie et les confinements successifs l’ont conduit à un auto-apprentissage intensif de l’Ipad. Ce moyen offre davantage de fonctionnalité et de finesse. Il publie alors une multitude de séries d’œuvres faites à l’iPad (Yosemite suite, Arrival of spring in woldgate). David Hokney apprécie la rapidité de l’œuvre digitale comparée à l’aquarelle et la retranscription de qualité de la lumière. Son application favorite est Brushes car il affectionne particulièrement comment elle retranscrit l’aspect de la trace du médium choisi : les effets de brosse et de lumière sont conservées. Ainsi cet outil de dématérialisation lui permet de saisir l’instant fugace d’un levée de soleil, d’une allée en fleurs….. En conservant la naturalité de son trait, puisqu’il joue avec les nombreuses fonctions de l’application qui retranscrivent sa vision.

David Hockney, Yosemite, 2011

David Hockney est un artiste qui vit avec son temps. Lui-même exprime cette idée : « L’art ne progresse pas mais c’est l’artiste qui évolue ». Aujourd’hui la question n’est pas de savoir si c’est un artiste mais si son œuvre digitale peut-être considérée comme une œuvre d’art ? Les fichiers numériques ont-ils une valeur artistique ?

Mathilde Petit – DN MADE 2 JO – DEC 2022

Shocking ! ou comment transcender la Haute Couture

Retour sur l’exposition au MAD qui fait honneur à une des créatrices de génie du XXème dont on ne fait pas assez l’éloge aujourd’hui.

Les croquis de la créatrice issus de la donation de l’UFAC.


  Pour beaucoup, la créatrice de renom du XXème siècle est sans hésitation Coco Chanel, celle-ci a révolutionné et allégé la garde-robe féminine et elle marque les mémoires encore aujourd’hui. Pourtant, il convient de rendre hommage à sa grande rivale, Elsa Schiaparelli. Née le 10 septembre 1890 et décédée le 13 novembre 1973, cette créatrice de mode au style provocant fonde la maison Schiaparelli en 1927.

Très vite elle se démarque des autres créateurs et s’attire les bonnes critiques de ses contemporains grâce à son regard novateur. Sa première collection “Présentation “ regroupe des chandails ou des sweaters tricotés à la main en trompe l’œil pour imiter des vêtements marins. Elle insère dans cette collection des références à l’Art Déco à l’aide des motifs géométriques inhérents à ce mouvement. Elle présente également des maillots de bains pour femmes une pièce. C’est une des toutes premières créatrices à oser recycler le vestiaire masculin et marin pour élaborer des vêtements de sports pour les femmes, pratiques et esthétiques. Cette entrée dans le cercle très fermé de la Haute Couture ne marque que le début de ses extravagances.

  En effet, Elsa a parfaitement compris comment assurer le succès de sa maison et s’assure d’être toujours bien entourée. C’est la coqueluche des artistes, tous veulent échanger, collaborer avec elle que ce soit pour des portraits et des croquis ou des créations couturières toutes plus osées et extravagantes les unes que les autres. “Travailler avec des artistes a quelque chose d’exaltant” explique celle qui fut une grande amie de Jean Cocteau ou de Salvador Dalì. Dans son réseau figurent également d’autres grands noms tels qu’Alberto Giacometti, Andy Warhol, René Magritte ou encore Pablo Picasso. Sa facétie et son envie de toujours repousser ses limites dans ses créations s’accorde à merveille avec l’esprit touche-à-tout et l’excentricité de ces personnages illustres. Ce mélange fertile entre art et mode lui a valu d’être qualifiée par sa concurrente Coco Chanel d”artiste qui fait des vêtements”.

  Petit à petit, la créatrice chevronnée développe une certaine identité autour de sa marque. Elle mélange des longues coupes noires avec l’aspect pétillant de son célèbre rose Shocking. Elle s’essaie aussi aux parfums. Superstitieuse, les premiers commencent tous par la première lettre de son nom, S, Sans Soucis, Schiap, et bien sûr Shocking. Pour ce dernier, elle collabore avec les ateliers Lesage qui confectionnent des petits bouquets de fleurs, destinés à orner le haut du parfum et c’est le peintre Leonor Fini qui dessine les contours du flacon d’après le buste de l’actrice sulfureuse Mea West. On parle également de la “silhouette Schiaparelli”, reflet de ce que la créatrice considère être la parfaite façon de se vêtir pour une femme. Elle inclue un vêtement sublimé par de nombreux accessoires tels qu’un chapeau, des gants et bien sûr des bijoux . Car ce qui fait véritablement le style de la maison, ce sont ses nombreux petits bijoux et éléments décoratifs dorés qui viennent s’insérer dans ses vêtements. Le parurier derrière la plupart de ces petites créations se nomme Jean Schlumberger. Il fait partie de ces nombreux paruriers qui comme lui travaillent dans l’ombre, éclipsés par la solaire créatrice. 

  L’imagination d’Elsa Schiaparelli est sans bornes. Elle s’inspire et revisite tout, du Printemps de Botticelli, aux inspirations gréco-romaines, en passant par les papillons ou encore le cirque. Elle a l’audace de mélanger pour une collections les figures profanes de l’Antiquité avec des personnages de la Renaissance. Elle s’éloigne des standards de l’époque et innove avec des vêtements en volume, avec lequel on peut dissimuler des objets ou jouer de la musique. En 1939, elle fait sensation malgré le climat politique de l’époque en dissimulant des boîtes à musiques dans ses accessoires, ses broderies évoquant des portées ou ses petites clochettes et tambourins cousus à ses vêtements qui entraînent un doux tintement lorsqu’ils sont mis en mouvement. Avec Dalì elle conçoit une robe homard ou des manteaux et tailleurs avec des poches tiroirs, repoussant ainsi les limites de l’absurde. Pour une de ses collections de 1935, les motifs reprennent un patchwork d’articles lui rendant hommage tandis qu’une de ses dernières collections explorent l’astrologie. Elle n’a pas peur de provoquer et dénoncer, sous son air joyeux, sa collection Comedia Dell’Arte fait sarcastiquement écho à la comédie trompeuse et inquiétante de l’actualité européenne, à la suite des accords de Munich de septembre 1939. 

Un des vestes tiroirs issues de l’imagination d’Elsa Schiaparelli avec la complicité de Salvador Dalì.

  Malheureusement, la maison connaît un déclin à partir de l’après guerre puisqu’a cette période la rigueur vestimentaire devient la norme et elle doit fermer ses portes en 1954. Elle restera pendant des années un mythe jusqu’à ce qu’en 2006, elle soit rachetée par Diego Della Valle, le président de Tod’s. Pour recentrer l’attention sur cette maison déchue, il organise en 2012 l’exposition Schiaparelli-Prada, impossibles conversations au Métropolitain de New York. Petit à petit, la marque reprend des couleurs avec de nouveaux directeurs artistiques qui tentent de la mettre en avant. Mais c’est véritablement en 2019, lorsque Daniel Roseberry devient le directeur artistique de la marque, qu’elle prend son évolution. Il mise sur des collections références au style et aux préférences d’Elsa Schiaparelli pour le plus grand plaisir du public. Les plus grandes célébrités font sensation en portant des vêtements de la marque à l’image de Lady Gaga qui a arboré fièrement une tenue de la maison pour l’investiture de Joe Biden. Aujourd’hui la marque a su renaître de ses cendres pour redevenir une des maisons les plus iconiques et retrouver son label de Haute couture perdu en 1954.

L’iconique robe de la maison Schiaparelli portée par Bella Hadid lors du festival de Cannes 2021.

  Ce que j’ai particulièrement bien aimé dans cette exposition, c’est le début puisque des dessins des ses collections issus de 55 de ses albums et prêtés par l’UFAC viennent tapisser tous les espaces de la salle, et former un tourbillon de formes, styles et couleurs comme pour annoncer la donne dés le début : cette exposition est destinée à satisfaire les yeux de son public et de les faire rêver. Ce qui m’impressionne chez cette créatrice, c’est cette énergie à créer sans cesse et à combiner des vêtements confortables et avant-gardistes pour les femmes avec une fantaisie et une imagination sans borne. Si aujourd’hui cela parait naturel de voir des collaborations entre art et mode, c’était totalement précurseur à l’époque. Voir à nouveau ce style indémodable refaire surface au sein de la Haute couture est une vraie chance et un régal pour les yeux.

 Shocking ! Les mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli jusqu’au 22 janvier 2023 au MAD.

                               

  Anna E. DNMADe2024Jo-octobre 2022

L’art comme générateur de confiance

Il est dur de donner confiance aux autres d’autant plus lorsque nous manquons d’estime nous-mêmes. Beaucoup sont à la recherche de cette estime de soi et tentent toutes sortes de thérapies. Et si l’art pouvait en être une ?

C’est le défi que s’est lancé Olafur Eliasson, un artiste contemporain danois renommé. Il a comme volonté de donner plus de rôle aux œuvres d’art. Voyant au-delà de leur capacité esthétique et leur ingéniosité, l’artiste aspire à éveiller et interroger les visiteurs.

En 2014, il expose au musée d’art contemporain de Montréal Maisons des ombres multiples. L’exposition est constituée de plusieurs salles et chacune est éclairée de feux colorés. Dirigés vers un seul mur, ils se fondent entre eux pour ne former qu’une unique lumière blanche. Ces œuvres exploitent le principe de décomposition de la lumière en invitant le public à interagir avec elles. En marchant devant ces feux, les visiteurs brisent l’unification de ceux-ci faisant apparaître des ombres colorées. L’artiste n’est plus le seul à avoir une possibilité d’agir sur les œuvres. En partageant son rôle, il est le premier à donner sa confiance et encourage le génie créatif du public. Ces œuvres sont une forme d’art poussant à la communication et à la prise de décisions. Olafur Eliasson souhaite diffuser le bonheur de prendre confiance.

« Votre ombre que vous apercevez sur le mur est une preuve irréfutable de votre présence dans l’espace, dit Olafur Eliasson. C’est une conséquence de votre existence à cet endroit. Maintenant, si vous choisissez de suivre cette ombre, des phénomènes inattendus commencent à se produire. »

« Vous devenez activé par votre propre ombre, de telle sorte qu’elle n’est plus une conséquence de votre présence dans l’espace, mais que vous devenez la conséquence de sa présence. »

La même année, l’artiste investit la fondation Louis Vuitton en y installant son exposition  Contact . L’exposition promet un voyage cosmique au sein d’une architecture futuriste à l’allure de vaisseau. Cette fois-ci, ce sont de nouveau des œuvres interagissant avec les visiteurs et leurs sensations. Dans cette exposition, la confiance en soi est abordée au travers de l’exploration de l’inconnu. Le public est invité à venir toucher une météorite pour ensuite être immergé dans des salles obscures et mystérieuses. Les visiteurs sont accueillis dans un monde parallèle et encouragés à entrer en contact avec celui-ci. Olafur Eliasson explore alors « les relations qui unissent les perceptions du moi, de l’espace et de l’univers » et interroge « l’horizon qui sépare, chez chacun d’entre nous, le connu de l’inconnu».

J’aime la façon dont l’art à évolué, les libertés qu’il a pris jusqu’à son rôle dans notre société. Il est devenu un moyen de lutter contre l’isolement et est au cœur de notre sociabilisation car il nourrit les discussions, pousse à la réflexion, au débat ainsi qu’à l’exploration de notre environnement.

Je vous invite à lire Expérience Immersive, un second article du blog sur Olafur Eliasson qui dévoile une autre vision de sa démarche artistique.

Lily-Rose H. – DNMADE24JO – DEC 22

« La Favorite » de l’Orfèvrerie

Je vous invite dans cet article, à prendre part à l’émerveillement et à l’innovation dans un voyage temporel du siècle des lumières au monde contemporain.

Délicatesse, noblesse, détail et beauté enivrent le travail d’orfèvre de cet artiste qui transpose les plus beaux jardins du classicisme en ornementation de chevelure.

Le styliste barcelonais Alexis Ferrer a développé une méthode d’impression sur cheveux mettant à l’honneur certains tissus de la bourgeoisie française du XVIIIe siècle.

La série photographique baptisée « La favorite » est l’oeuvre du photographe Rafael Andreu, avec les modèles Emma Fuhrmann, Camila Ferreyro et Patrizia Lombardo.

ALEXIS FERRER

« Enfant, je passais la plupart de mon temps dans le salon de ma mère à grandir entre les coiffeurs. Je suis né à Barcelone, l’une des scènes de mode les plus avant-gardistes, ce qui m’a inspiré à repousser les limites du design dans mon imagination. Grandir au milieu de différentes disciplines artistiques telles que le surréalisme de Dalí, le modernisme de Gaudi ou la gastronomie moléculaire de Ferran Adrià, m’a beaucoup influencé, et tout mon travail est toujours lié à la nature. »

Au cours des 20 dernières années, Alexis Ferrer a travaillé sur plus de 1 200 défilés à travers le monde à Barcelone, Paris, Milan et Londres. il a participé à plusieurs événements mode pour Wella, haute-couture à Paris, cinéma et théâtre et à étudié avec Vidal Sassoon à Londres et à Los Angeles. Faisant partie depuis 2012 de la Wella Global Creative Team dirigée par Eugene Souleiman, il à également sa propre entreprise, gérant quatre salons et gérant une équipe de 54 employés. 

LA FAVORITE

En 2012, Alexis Ferrer a été invité à interpréter une collection pour les Wella Trend Vision Awards, pour lesquels il a d’abord commencé à explorer les cheveux comme toile d’impression. « Le but du salon était d’innover avec une technique peu utilisée en coiffure, et l’impression photographique sur cheveux semblait le moyen idéal pour représenter une histoire de manière graphique et impressionnante« . Les images utilisées pour la collection Echo sont tirées des films The Shining et Psycho, tous deux en noir et blanc. Pour la Barcelona Fashion Week 2017, Alexis Ferrer a collaboré avec le designer Txell Miras dont la collection s’est inspirée des conteneurs maritimes et des pêcheurs. Des mannequins ont défilé avec des visages déguisés et des portraits de pêcheurs imprimés sur leurs extensions de cheveux également en noir et blanc.

Je dois admettre que les premières impressions sur les cheveux ont été un véritable défi. Il a fallu deux mois pour obtenir de bons résultats en haute définition, le mélange de la technologie et de nos connaissances dans la coiffure nous ont permis de recréer ces merveilleux motifs sur les cheveux.”

En 2020, après avoir revisité et perfectionné les techniques, travaillé sur l’intensité des couleurs et amélioré la définition, Ferrer a mis à jour son processus d’utilisation d’encres photographiques à des encres générées numériquement, lui permettant d’utiliser la couleur et le design à une nouvelle échelle ; une méthode qui avait été mise au point par le groupe espagnol « head hacker »X-Presion en 2011, et leur a valu un prix à l’Alternative Hair Show l’année suivante. Avec cette méthode, l’ombrage noir et blanc limité des impressions précédentes de Ferrer a été remplacé par des dégradés de couleurs et des motifs complexes numerisés sur des extensions ensuite posés sur les cheveux blonds des modèles Emma Fuhrmann, Camila Ferreyro et Patrizia Lombardo…

 » Nous nous sommes inspirés des jardins du palais du XVIIIe siècle en France », à cette époque, les fleurs et les animaux inspiraient les couturiers pour créer les meilleurs tissus pour la bourgeoisie française. »

INSPIRATION

La collection Echo lors du Wella International TrendVision Award était basée sur la beauté sombre, un voyage vers la partie intérieure de vous-même où se trouvent les sentiments les plus protégés, comme l’angoisse, la peur et la solitude. Intéressés à utiliser les cheveux comme canal pour exprimer ces sentiments intérieurs, Alexis Ferrer à imprimé des images sur les cheveux et ainsi créé l’impact recherché. « J’ai aimé l’idée que les cheveux soient une extension du patron des vêtements« , comme les tissus français qui l’ont inspiré.

L’objectif principal d’Alexis Ferrer est de travailler sur le côté expérimental de la mode est d’apporter de nouvelles idées à l’industrie capillaire. A l’aide de son carnet de croquis, il commence à chercher l’inspiration dans différents domaines artistiques et dans des collection de cheveux déjà existantes. Il se renseigne sur l’histoire, le concept et les techniques créés qui ont inspiré ces coiffeurs et créatifs.

Des oiseaux, des fleurs et des papillons aux tons chauds, des formes inspirées des estampes françaises qui au XVIIIe siècle décoraient les chambres de la bourgeoisie sont celles qui brillent désormais dans ces crinières aux coupes géométriques. Des dessins travaillés numériquement et imprimés sur les cheveux, un travail artistique éphémère et innovant.

« L’un des éléments les plus excitants lorsque vous créez une collection est de créer une nouvelle technique et de la partager. » 

La Favorite a eu un impact sur l’industrie capillaire, la collection a été créée grâce à une combinaison de styles artisanaux mélangés à la technologie. Un mélange parfait pour la nouvelle génération qui recherche de nouvelles frontières de la mode. Cela montre une fois de plus que tout dans la mode reste à inventer et à innover. 

Je vous remercie de l’attention portée à cet article, n’oubliez pas de laisser un commentaire.

Amélie T. – DNMADE2 Jo – Octobre 2022

Les yeux fermés

Prune Nourry est une artiste née à Paris en 1985. Elle vit et travaille aujourd’hui à New York. Reconnue pour ses projets d’art sur le long terme et de grande envergure, elle est par exemple à l’origine de l’Amazone Erogène, une immense installation au Bon marché Rive Gauche, évoquant l’expérience de son cancer du sein : un sein unique, géant, est la cible de 888 flèches suspendues dans les airs, tirées depuis un arc immense. L’artiste invite les femmes atteintes du cancer à se représenter comme des amazones, figures guerrières mythologiques, mutilées d’un sein comme peuvent l’être les malades, et de penser cette amazone comme symbole du combat qu’elles livrent contre leur maladie.

En 2021, Prune Nourry propose à la galerie Templon à Paris une réécriture de la relation entre artiste et modèle. Le Projet Phénix est constitué d’un ensemble de huit bustes et d’un film réalisé avec le réalisateur Vincent Lorca. Dans la galerie, les visiteurs avancent dans le noir, guidés par une corde accrochée le long du mur, et sont parfois invités à toucher, en tendant le bras, un visage en argile. En même temps, un haut-parleur diffuse les dialogues de l’artiste et de ses modèles. Le court-métrage, proposé en audio-description, montre la rencontre et la création des bustes dans l’atelier de l’artiste.

Les modèles, tous aveugles ou malvoyants, sont modelés dans la terre à partir d’une longue étude tactile de leurs visages. Prune Nourry, les yeux bandés, fait glisser ses doigts sur le nez, les pommettes, la bouche, les yeux, et reproduit dans l’argile les traits qu’elle sent. N’ayant jamais vu ses modèles, seul le sens du toucher lui permet de les appréhender, et de réaliser leur portrait. Les autres sens aussi, sans doute, puisque l’artiste les écoute en même temps raconter leur histoire, leurs pensées, s’approche d’eux, les effleure constamment. Les modèles eux-mêmes posent leurs mains sur le visage de Prune Nourry et tentent de visualiser son visage grâce au toucher.

D’ordinaire, l’artiste observe son modèle, à distance, et le regard que ce dernier peut ou non poser sur l’artiste n’a d’importance que pour la position de son propre visage et de ses yeux, que l’artiste copie. Autrement dit, seule l’image du modèle compte, et seul le regard de l’artiste importe. Dans le cadre du Projet Phénix, le portrait est conçu comme une rencontre. La relation que crée Prune Nourry avec ces huit personnes se veut égale et équilibrée ; ce rapport à l’autre que les modèles, aveugles de naissance, à la suite d’une maladie ou d’un accident, entretiennent avec leur entourage, est partagé par leur interlocuteur voyant. L’artiste fait l’expérience de ce mode de relation, qui exclut la vue mais qui, comme l’expriment certains modèles, pousse à porter une attention plus particulière au timbre d’une voix, à la pression d’une poignée de main. L’idée du Projet Phénix est de remettre au centre le contact physique et le sens du toucher dans nos relations, généralement tabou et parfaitement aboli dans le contexte de la pandémie. Naturellement, ces bustes n’ont pas vocation à être vus, mais doivent être touchés, d’où le concept peu commun de l’exposition dans le noir…

On peut imaginer la difficulté d’un tel exercice, pour l’artiste ; et celui ou celle qui a déjà dessiné, peint, sculpté ou modelé un portrait d’un modèle vivant se représente facilement à quel point l’expérience doit être différente. Appréhender un autre corps sans la vue nous semble si peu naturel qu’il nous est assez difficile de nous rendre compte du quotidien d’une personne non-voyante. L’exposition s’est déroulée du 4 septembre au 23 octobre 2021 : il n’est donc plus possible de découvrir les bustes à tâtons, néanmoins le film de Vincent Lorca est disponible sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=0oLByKfccEU) et donne une bonne idée de la démarche de Prune Nourry.

J’espère que cet article vous a intéressé, merci pour votre attention!

https://www.prunenourry.com/en/projects/projet-phenix

Lucille Gilbert, DNMADE 2 Jo, octobre 2022