La soif d’or noir bientôt étanchée ?

C’est au moment où il vient à manquer que du pétrole jaillit dans un film à la mesure de la fièvre qu’il a propagée tout au long de ce dernier siècle. Nous sommes en 2008.  There will be blood, « il y aura du sang » promet le titre et c’est vrai que le sang des hommes coule. Mais le film de Paul Thomas Anderson est d’abord irrigué par le « sang de la Terre », ce précieux « or noir », matière première indispensable dans l’industrie, enjeu de puissance ou d’instrument de pression. Les sources se tarissent, la fin est annoncée depuis déjà quelques décennies alors à quand la pénurie et la vie sans pétrole ?

Paul Thomas Anderson signe une saga américaine magistrale, adaptation du roman Pétrole d’Upton Sinclaire de 1927, qui obtient 2 oscars.

Le film commence dans le désert, dans les dernières années du XIXème siècle, à l’heure du boom pétrolier, où les découvertes du petit miracle entrent dans l’histoire. Un prospecteur solitaire, Daniel Plainview, racle les dernières pépites laissées par la ruée vers l’or. Il le fait au prix de risques insensés puis décide d’aller tenter sa chance en Californie où l’on dit qu’un océan de pétrole coulerait dans le sol.

Cette première longue séquence du film muette, scandée par les bruits des machines rudimentaires, nous plonge tout de suite dans le décor vers cette nouvelle ruée vers l’or et retrace le dur labeur du mineur et la compétition entre les hommes pour l’accès aux ressources pétrolières.

En effet, entré dans l’histoire vers la fin du XIXème siècle mais utilisé depuis la plus haute Antiquité, on ignore encore, à cette époque là, qu’il repose en immenses gisements sous formes liquides ou gazeuses, dans les profondeurs de la Terre puisqu’on exploite que les nappes superficielles ! La recherche de pétrole de Daniel Plainview, personnage principal du film, débute en 1902 et on se rend bien compte que la tâche est difficile, le matériel rudimentaire, les rivalités certaines et que le sang effectivement coule, le sang des hommes avant le sang de la Terre . On voit donc le parcours de ce pétrolier D. Plainview qui créé une société de forage en Californie du Sud et se donne beaucoup de mal pour satisfaire sa soif d’argent et de pouvoir, comme beaucoup l’on fait à cette époque là et essaie de le faire encore !

A quand la véritable fin de l’or noir ?

Contrairement aux prévisions sombres des années 70, l’humanité continue de brûler du pétrole à un rythme soutenu. A priori, il y a encore de la marge pour tenir jusqu’en 2040 et de la marge surtout pour faire du profit ! En prenant en considération qu’aujourd’hui, le pétrole ne représente plus qu’un tiers de la consommation totale d’énergie grâce aux progrès des voitures gourmandes et à la disparition progressive du fioul dans les chaudières. Mais c’est sans compter sur l’explosion de la consommation de plastique en particulier en Inde et en Afrique. Et pas de plastique sans pétrole ! Les besoins futurs de la planète sont durs à évaluer mais ce qui est certain, c’est la raréfaction des nouveaux gisements. 

L’accroissement des préoccupations environnementales et la prise de conscience concernant le danger climatique ont conduit à un ralentissement de cette activité. 64 gisements pétroliers, gaziers sont aujourd’hui en exploitation. La dépendance de la France au pétrole est très importante. La transition énergétique vise donc à préparer « l’après pétrole » non seulement pour instaurer un modèle énergétique durable face aux enjeux d’approvisionnement mais aussi pour la protection de l’environnement en favorisant des économies d’énergies et le développement des énergies renouvelables. Mais sommes nous prêts à laisser tomber nos intérêts personnels et financiers pour se préoccuper des intérêts de la planète ? Je ne pense pas, nous sommes encore trop  « des Daniel Plainview » !

Les cassandres prévoyaient déjà l’épuisement des réserves pour la fin du siècle dernier pendant le choc pétrolier des années 80. Elles vont bien finir par avoir raison ! La panne sèche pour les industries du pétrole est surement inéluctable mais en attendant cette échéance, les Emirs sont toujours « Les rois du pétrole ». Des gisements encore découverts et la pandémie de covid 19 ont repoussé la fin de l’ère du pétrole. La seule panne sèche à prévoir pour l’heure, est celle du citoyen qui a besoin de faire le plein de son réservoir…

Peut-être est-ce quand même le moment de revoir nos priorités et de modifier notre consommation…Surtout quand on sait que la production de pétrole est toujours largement incompatible avec les objectifs de l’accord de Paris et sachant qu’aucun substitut avancé pour le remplacer (agrocarburants, voiture électrique, …) n’est, pour l’instant, à même de prendre le relais d’une prochaine ruée ! Et qu’en est-il des produits du quotidien fabriqués par la pétrochimie : des plastiques pas si fantastiques aux cosmétiques, du caoutchouc pas si doux aux pesticides, du bitume pas si écologique aux textiles, et même la lingerie qui fait tant fantasmer, c’est du pétrole !

There will be blood est une exploration sinistre de la moralité et des motivations d’homme noyés dans leur propre système. Inspiré d’une histoire vraie ou pas, ce film dépeint fidèlement la dangereuse industrie pétrolière et ses barons. Il transcrit de manière réaliste ce que la découverte et le forage du pétrole signifiaient pour différentes sections de la société. La ruée vers le pétrole a transformé de façon permanente les terres de la Californie. Il m’a fait comprendre les enjeux de cette découverte à cette époque , enjeux mondiaux mais aussi enjeux personnels . Si vous ne l’avez pas encore vu, je vous le conseille : embarquez -vous pour 2h40 d’immersion dans le monde impitoyable de cette ruée vers l’or noir. 

Nous allons donc vivre une époque bouleversante en devant sans doute suivre une forme de chemin inverse, « Nous n’héritons pas de la Terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants » – Antoine de Saint-Exupéry.

Quelques pays ont déjà commencé cette transition, je vous laisse la découvrir avec ce documentaire qui présente des solutions pour vivre sans pétrole…

https://www.facebook.com/capital.m6/videos/125471582731428/?t=0

BOULET Valentin DN MADE 2 Horlogerie, octobre 2021

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