Last Train on the road

Depuis le 11 novembre 2021 le groupe de rock Last Train est en tournée en Europe.

Le groupe originaire d’Altkirch, en Alsace se forme en 2007 quand Jean-Noël, Julien, Thimothé et Antoine se rencontrent au collège. Rapidement, ils composent leurs propres morceaux et se produisent dans les bars alsaciens. C’est entre 2015 et 2017 que leur carrière commence en assurant plus de 250 concerts en Europe mais aussi en Asie et aux États-Unis. Tournée ponctuée par la sortie de deux EP, The Holy Family (2015) et Fragile (2016), plusieurs prix comme les Inouïs du Printemps de Bourges et la sortie de leur 1er album Weathering, le 7 avril 2017.

Le quatuor aillant dès le départ une démarche d’indépendance, il dirige aujourd’hui son agence de production et de diffusion de concerts, Cold Fame, ainsi que son propre festival, La Messe de Minuit.

The Big Picture

Inspiré depuis toujours par des grands noms du rock comme Led Zeppelin, Last Train est également en perpétuel recherche d’élégance. Très inspiré par les musiques de films (Howard Shore) et de style néoclassique (Ólafur Arnalds), c’est en 2019 que sort leur 2nd album The Big Picture, très ancré dans cette recherche d’élégance et se rapprochant du rock alternatif. Avec par exemple l’intervention de

Lien du Documentaire

l’Orchestre symphonique de Mulhouse. L’élaboration de cet album à fait l’objet d’un documentaire entièrement réalisé par Julien Peultier, le guitariste.

Le 12 novembre 2021 j’ai eu la chance d’assister au 2nd concert de leur tournée à La Rodia de Besançon. Un show intense, mêlant calme et euphorie, avec comme nouveauté la présence d’un piano sur la scène avec lequel Jean-Noël Scherrer, le chanteur, nous offre des moments de grande mélancolie. La grande nouveauté de cette tournée c’est l’interprétation d’un morceau exclusif d’une vingtaine de minutes, How Did We Get There ?, qui s’inscrit complètement dans le rock alternatif. Avant de commencer le morceau M. Scherrer nous a confié

Live How Did We Get There ?

que leur ancien label avait empêché la diffusion de ce titre, du clip et des disques qui était prévu avant le début de la tournée. Une situation qui n’a heureusement pas compromis leur tournée et qui ne devrait pas s’éterniser. Le morceau a tout de même été filmé en live à plusieurs reprises.

Antonin GUERRET – DNMADE 1 Ho – Novembre 2021

Une expérience traumatisante

Warsan Shire est une poétesse anglo-somalienne, jeune femme de 28 ans née au Kenya et de parents somaliens. Vers un an, ses parents s’installent à Londres pour fuir la Somalie alors en pleine guerre civile. C’est donc à Londres qu’elle grandit et où elle va être repérée plus tard par l’un de ses professeurs pour son talent d’écriture. Poète des temps modernes, elle est connue sur les réseaux sociaux et est une artiste engagée. Warsan Shire raconte dans ses poèmes des histoires de famille, des drames personnels ou universels très engagés en ce qui concerne les migrants ou les abus sexuels. Elle parle aussi de confiance en soi, de fierté, de tradition et de solidarité.

« Home« , c’est le titre de ce poème que j’ai choisi de vous décrire aujourd’hui, la puissance des mots utilisés et les répercussions émotionnelles irréversibles que vivent ces personnes sont tout simplement horribles. Ce poème met des mots sur la souffrance ressentie lors de l’exil, il redonne la parole à ceux qui en ont été privés.

Ce poème découpé en quatre parties qui montre les différentes étapes de son voyage et de son état émotionnel énormément impacté durant son périple.

. HOME .

Personne ne quitte sa maison à moins

Que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin

Tu ne cours vers la frontière

Que lorsque toute la ville court également

Avec tes voisins qui courent plus vite que toi

Le garçon avec qui tu es allée à l’école

Qui t’a embrassée, éblouie, une fois derrière la vieille usine

Porte une arme plus grande que son corps

Tu pars de chez toi

Quand ta maison ne te permet plus de rester.

Tu ne quittes pas ta maison si ta maison ne te chasse pas

Du feu sous tes pieds

Du sang chaud dans ton ventre

C’est quelque chose que tu n’aurais jamais pensé faire

Jusqu’à ce que la lame ne soit

Sur ton cou

Et même alors tu portes encore l’hymne national

Dans ta voix

Quand tu déchires ton passeport dans les toilettes d’un aéroport

En sanglotant à chaque bouchée de papier

Pour bien comprendre que tu ne reviendras jamais en arrière

Il faut que tu comprennes

Que personne ne pousse ses enfants sur un bateau

A moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre-ferme

Personne ne passe des jours et des nuits dans l’estomac d’un camion

En se nourrissant de papier-journal à moins que les kilomètres parcourus

Soient plus qu’un voyage

Personne ne rampe sous un grillage

Personne ne veut être battu

Pris en pitié

Personne ne choisit les camps de réfugiés

Ou la prison

Parce que la prison est plus sûre

Qu’une ville en feu

Personne ne vivrait ça

Personne ne le supporterait

Personne n’a la peau assez tannée

Rentrez chez vous

Les noirs Les réfugiés

Les sales immigrés

Les demandeurs d’asile

Qui sucent le sang de notre pays

Ils sentent bizarre

Sauvages

Ils ont fait n’importe quoi chez eux et maintenant

Ils veulent faire pareil ici

Comment les mots

Les sales regards

Peuvent te glisser sur le dos

Peut-être parce que leur souffle est plus doux

Qu’un membre arraché

Ou parce que ces mots sont plus tendres

Que quatorze hommes entre

Tes jambes

Ou ces insultes sont plus faciles

A digérer

Qu’un os

Que ton corps d’enfant

En miettes

Je veux rentrer chez moi

Mais ma maison est comme la gueule d’un requin

Ma maison, c’est le baril d’un pistolet

Et personne ne quitte sa maison

A moins que ta maison ne te chasse vers le rivage

A moins que ta maison ne dise

A tes jambes de courir plus vite

De laisser tes habits derrière toi

De ramper à travers le désert

De traverser les océans

Personne ne quitte sa maison jusqu’à ce que ta maison soit cette petite voix dans ton oreille

Qui te dit

Pars

Pars d’ici tout de suite

Je ne sais pas ce que je suis devenue

Mais je sais que n’importe où

Ce sera plus sûr qu’ici

Traduit par: Paul Tanguy

Dans la première partie du poème on peut vraiment appréhender la nécessité de partir, avec toutes les violences du pays d’origine et la guerre. Ce départ n’est donc pas librement consenti, c’est un départ à des fins de survie. 

La seconde partie du poème représente le voyage. Les conditions de voyage étant particulièrement difficiles et risquées, cela représente un second traumatisme, une seconde expérience qui à tout moment-là rapproche de la mort.

La troisième partie fait référence à l’accueil et le rejet du pays d’accueil, le reflexe qu’ont les gens face aux migrants rentrant dans « leur » pays, tout en parlant des différents traumatismes physiques et moraux, ce que finit par faire ressentir une sorte de déshumanisation.

La dernière partie rejoint la première partie comme un cercle vicieux .

Parmi tous les traumatismes, il y a la perte de la parole, les personnes exilées en sont privées et ce poème permet de leur rendre leur humanité, et nous permet de les soutenir et de comprendre à travers ses mots ce qu’ils ont vécu et pourrait aider à changer les clichés qu’ont les personnes face aux migrant. 

CRETENET Amandine – DNAMDE 2 HO – 2021/2022

Banlieue sur toile

Dans cet article, je vais vous parler du travail de Clément Poplineau, 28 ans, il sort des Beaux Arts de Bruxelles et aujourd’hui il réalise différentes productions artistiques, mais surtout des tableaux.

Ayant grandi dans les banlieues lyonnaises, son art est directement inspiré de son milieu, il représente sa communauté, les galères que les jeunes comme lui connaissent, la culture de la rue et ses problèmes : les préjugés, la précarité ou l’échec. Clément n’a pas choisi de faire du rap, mais à travers ses œuvres, il revendique les mêmes notions d’oppression, de pouvoir, de révolte et de lutte des classes, mais aussi d’éducation à l’art. Il souhaite prouver que venant de n’importe quel milieu l’art est accessible.

« On n’est toujours pas dans l’art. Dans la musique oui, le rap c’est ce qui se vend le plus. C’est bien, mais trop sectaire, comme si on ne pouvait faire que du rap ou devenir footballeur. »

Clément Poplineau peint dans un style inspiré des portraits de la Renaissance, à cette époque seuls les nobles étaient représentés, Clément lui peint ses amis, des jeunes issus de quartiers populaires que les médias et les politiques définissent comme « en marge de la société ». C’est sa manière de lutter contre les inégalités.

J’ai choisi de vous présenter deux œuvres de cet artiste.

« AMINEKE », huile sur toile/broderies – 2018

Cette peinture représente un de ses amis, sans papiers, actuellement en prison. Clément a brodé sur le fond de la toile des motifs berbères. Il a fait ce choix, car pour son ami Amine la seule chose qu’il connaissait de l’art ce sont les tapisseries de sa région natale du Maroc. Avec cette représentation artistique, il souhaitait faire exister Amine différemment qu’avec l’étiquette du banlieusard clandestin. Je trouve cette peinture particulièrement touchante par son histoire car malheureusement il y en a des centaines d’autres comme celle d’Amine, des jeunes immigrés qui se retrouvent dans les banlieues, dans des situations de précarité et qui deviennent délinquants. L’intégration des broderies qui contraste avec le reste de la peinture qui est sombre la rende encore plus puissante.

« 10H DE GARDAV DANS LA SABAT « , résine/haschisch – 2020

Ici on reconnaît un modèle de basket emblématique de la culture urbaine, une Nike air max moulée en résine avec dans la semelle une barrette de shit. Son idée était de cacher la drogue tout en la mettant en valeur grâce à la transparence de la chaussure. L’artiste s’est amusé du fait que la vente de shit soit interdite, mais que son œuvre soit en galerie donc potentiellement achetée. Cette œuvre a un côté un peu provocateur assez plaisant.

Ce qui m’a plu dans le travail de Clément Poplineau est sa façon de mélanger la peinture classique avec des scènes ultra contemporaines de banlieues qui donnent un effet anachronique assez inattendu. En effet, il est assez rare de voir des artistes illustrer ce genre d’images. J’apprécie également la manière qu’il a d’utiliser son art pour essayer d’abolir certains préjugés sur les quartiers populaires, ses œuvres visent un public déjà initié à l’art avec les techniques qu’il utilise, mais aussi les jeunes des quartiers populaires qui peuvent s’identifier aux images représentées.

« Je suis peintre mais mon objectif c’est de ramener les frérots au musée, que la vision qu’ont les jeunes des milieux populaires change, comme celui du public. Ce que je veux avoir dans mon travail, c’est une portée sociale. »

Si ça vous a plu, vous pouvez retrouver tout le reste du travail de Clément Poplineau sur son instagram @clementpoplineau

Iman AMRANE, DNMADE2 Bij, octobre 2021

Un petit verre de Murano ?

Amateurs de bonnes boissons bonjour, cet article peut tout à fait vous correspondre tout comme aux petites dames qui aiment prendre leurs thés dans de beaux verres.
Et oui nous n’allons pas parler de liquide aujourd’hui mais bel et bien de contenant.

Mais avant de parler verre, revenons en arrière, pour découvrir l’histoire de Murano.
Tout commence en 1291 ; période ou les architectures sont faites de bois. À cette époque, le peuple Vénitien craint le feu. Les souffleurs de verres, pour exercer leurs métiers, ont besoin de cette source de chaleur. Alors, les Doges (roi) décidèrent de les expulser à Murano, une Ile au Nord de Venise. Naquit ensuite « le verre de Murano. » qui fut par la suite placé sous la protection de l’Etat. Les verriers étaient autorisés à porter l’épée (signe de noblesse à cette époque). Le matériau (verre) comme l’or, devint un privilège de le travailler.

 Petite ruelle de Murano.

Depuis le XIV -ème siècle, le soufflage de verre, devint un art traditionnel de prestige, mais aussi une industrie importante qui survit aujourd’hui grâce aux transmissions de génération en génération de ses techniques. Comme vous pouvez le voir le métier traditionnel n’a pas vraiment évolué.

Ce travail de précision, devient un art et traverse les styles ainsi que les influences en passant par l’art Byzantin jusqu’à de nos jours, l’art contemporain. Aujourd’hui sur cette petite île on compte plus de 300 verreries. Le maitre verrier le plus connu, Carlo Scarpa (1908-1978), a réalisé un vase Battuto (battu) pour Venini en 1940 (entreprise de verrerie industrielle). Les maitres verriers designers au service des manufactures ! incroyable non ?

Photo d’une œuvre exposé au Musée du verre de Murano.
Artiste et date inconnue.

Sources: Audioguide MURANO Guide Touristique | MyWoWo

Recette par Marmiton : Réalisation du verre.

Ingrédients :
– Sable – Calcaire – Carbonate de soude
Tout d’abord, il vous faut du sable avec un grain très fin, ensuite, une pincée de calcaire enfin, quelques centilitres de Carbonate de soude. Mélangez le tout, Enfournez la préparation dans un four à 1680°C durant quelques minutes. Vous obtiendrez une pâte de verre. « Facile non ? »
La recette est peut-être simple, mais le façonnage, c’est tout un métier.

Démonstration d’un souffleur de verre

Il faut savoir utiliser les outils. Par exemple, le chalumeau, maintenant à température la pâte de verre, les pinces de travail, pour venir extraire la forme de la matière comme la pâte à modeler. (Réalisation d’une Anse).
La Tourette (tube de graphite) servant à souffler le verre, pour la réalisation de boule de noël par exemple ou de verre. Les plaques de Graphites pour poser la substance durant le travail.
Le Graphite, possède la particularité chimique d’être un métal dont la température de fusion est supérieure à celle du verre. (3827°C).
Le saviez-vous ? A partir de 900°C, le verre devient transparent et il n’est plus modelable.

Enfin, les souffleurs de verre, pour arriver à réaliser des pièces (ex : statuts), commencent par travailler le verre du centre, vers l’extérieur. Comme pour incorporer des touches colorées dans le produit.

Est-ce que comme pour le verre, le travail sur soi-même commence de l’intérieur ?

BONNETTI Mia – DnMade 1 Horlogerie – Octobre 2021

La triste photo de l’année

Le 25 octobre a été remis le prix de photographie « Siena International Photo Awards ». Il s’agit de la plus belle photo prise en 2021. Ce concours suscite l’intérêt de nombreux photographes, il y a eu des dizaines de milliers d’images soumises par des photographes de 163 pays différents. Plusieurs prix à la clef mais le prix ultime reste celui de « la photo de l’année » qui représentera l’année 2021.

Avec la crise sanitaire, on pourrait imaginer que le cliché de l’année serait celui des hôpitaux surchargés, des masques jetés dans la nature ou encore des familles confinées dans des minuscules appartements. Pourtant l’ultime photo n’a aucun lien avec cette crise. Alors peut être une photo qui mettrait en lumière les catastrophes climatiques, un autre sujet très actuel, qui occupe l’esprit de nombreux citoyens ? Je ne donnerai pas d’exemple car la photo récompensée par le concours ne parle pas non plus de ce sujet.

En réalité l’image prise par le photographe Mehmet Aslan traite d’un événement qui a commencé il y a longtemps mais qui a été « oublié » par l’Europe occidentale à cause de la crise sanitaire, des problèmes écologiques et d’autres problèmes actuels.  Cet événement c’est la guerre en Syrie.

Voici la photo « Hardship of Life »  ou en Français « L’épreuve de la vie ». Cette photo n’a rien d’une mise en scène, c’est la capture d’un moment entre un père et son fils. La première chose qui interpelle c’est le handicap du père et celui du fils. Munzir (le père) a perdu sa jambe lors d’un bombardement dans un marché. Son fils, Mustafa, est né sans membres à cause d’un syndrome appelé tetra-amélie. Cette maladie congénitale a été causée par les médicaments que sa mère a dû prendre alors qu’elle était enceinte après avoir été exposée à des gaz neurotoxiques durant la guerre en Syrie. Cette photo n’a pas été prise en Syrie mais à Reyhanli dans la province de Hatay près de la frontière.

Ce cliché me plaît beaucoup car d’une part il est esthétique notamment grâce à la lumière qui met en valeur l’enfant et son père. Et d’autre part cette image est remplie de sens, l’arrière plan obscur laisse imaginer les difficultés que la famille a dû dépasser, les troncs coupés peuvent être interprétés comme des proches tombés dans la guerre (comme un arbre tomberait quand on le coupe). Le courage et la force de cette famille franchit l’image pour nous atteindre directement, et si le titre de l’œuvre était une question alors je dirais que oui Munzir à réussi l’épreuve de la vie ! Face à la dureté de leur parcours, Munzir et Mustafa irradient de bonheur.

Je trouve le jury très intelligent d’avoir récompensé cette photo, car en mettant en avant cette histoire, on se rappelle de toutes les autres qu’on a pu oublier comme la prise de l’Afghanistan par les talibans ou les pressions que la Chine fait subir à Taïwan. Un cliché, un retour à la réalité.

T.L – DNMADe2 Ho – 2021

 

 

Damien Hirst « Cherry Blossoms », une ode à la vie ?

« Si jamais vous pensez que mon œuvre est l’art de la mort, je pense que vous vous faites berner. Je pense que mon art parle de la vie, la vie qui est la chose la plus importante et qui m’occupe. […] J’ai simplement envie de peintures qui arrêtent l’oeil et qui vous permettent de regarder. Je ne veux pas créer des tableaux que les gens ignorent. »

Depuis mai 2021 et jusqu’à janvier 2022, la fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris, accueille la nouvelle œuvre de Damien Hirst, « cerisiers en fleurs ». L’exposition présente 30 tableaux choisis par l’artiste parmi les 107 toiles réalisées. Il répond à une invitation du directeur de la fondation, Hervé Chandès, qui après avoir vu un aperçu des toiles de l’artiste sur les réseaux sociaux, s’est émerveillé devant ces chefs-d’œuvre : « Ça a été un éblouissement visuel, un enchantement, quelque chose de très jubilatoire ».

Qui est Damien Hirst ?

Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est un artiste anglais, né à Bristol. Aujourd’hui, il vit et travaille à Londres. Il réalise des sculptures, des installations, des peintures et des dessins. On le connaît pour ses œuvres provocatrices et ses créations sulfureuses, explorant la mort et tout ce qui s’y rattache, comme ses animaux plongés dans la résine ou encore ses crânes sertis de diamants ou recouverts de mouches.

Comment imaginer que ces cerisiers majestueux pleins de vie ont été réalisés par celui qui enchaine les scandales avec les veaux aux sabots en or massif, ou les 9000 papillons tués au nom de l’art dans son exposition à la Tate Modern. Rien à voir avec l’atmosphère poétique présente dans cette œuvre. Pour cette exposition, il nous propose une succession de toiles pouvant dépasser les 7 mètres, nous plongeant dans une forêt de cerisiers géants, un arbre légendaire et emblématique dans certaines cultures.

Les cerisiers sont avant tout un souvenir rempli de nostalgie et évoquant l’enfance de Damien Hirst, puisque sa mère peignait des cerisiers en fleurs.

Au premier abord, on pourrait croire que la succession de toiles similaires provoque une lassitude tout au long du parcours, or, c’est tout le contraire ! Certaines toiles sont couvertes de taches de couleurs vives avec une épaisse couche de peinture. D’autres laissent entrevoir des troncs et des branches avec un ciel d’un bleu plus ou moins intense, lisse ou granuleux. Les touches sont légères, saturées, régulières ou se chevauchent. Tout se ressemble et pourtant tout est différent ! L’artiste explique que quand il a commencé, avec seulement du rose et du blanc, ça ne fonctionnait pas, c’était sans vie. Il a donc observé les arbres et s’est rendu compte qu’il y avait du bleu ou du rouge. La lumière contient toutes les couleurs et les feuilles les réfléchissent. C’est ce qui manquait et la peinture a pris vie. Grâce à cela, chaque toile délivre un sentiment différent. Ces œuvres sont totalement immersives et nous embarquent dans un paysage bucolique faisant rêver le spectateur. Elles procurent volupté et légèreté. De plus, la présentation sobre et sans commentaire, immerge davantage le spectateur et le fait voyager dans les jardins japonais, au printemps.

La série réinterprète avec ironie le thème de la représentation florale dans l’art. En effet, on peut y voir un lien avec de nombreux artistes tel que Monnet et les « Nymphéas » exposées de la même façon au musée de l’orangerie, à Paris.

Dans son atelier londonien, Damien Hirst a travaillé pendant trois ans sur ses toiles dans une perpétuelle quête de la couleur, tout comme l’artiste qu’il affectionne, Bonnard.

Dans son œuvre, il mêle touches épaisses de couleurs faisant référence à l’impressionnisme et au pointillisme, ainsi que des projections de peinture à la façon de Jackson Pollock et l’action painting.

Les toiles sont monumentales et entièrement recouvertes de couleurs vives et saturées comme dans le pop art. Elles emmènent le spectateur dans un paysage végétal entre figuration et abstraction. Les cerisiers sont à la fois un détournement et un hommage aux grands mouvements artistiques du XIXème et XXème siècle.

« Les cerisiers en fleurs parlent de beauté, de vie et de mort. Elles sont excessives, presque vulgaires. Comme Jackson Pollock abîmé par l’amour. Elle sont ornementales mais peintes d’après nature. Elles évoquent le désir et la manière dont on appréhende les choses qui nous entourent et ce qu’on en fait, mais elles montrent aussi l’incroyable et éphémère beauté d’un arbre en fleurs dans un ciel sans nuages. C’était jouissif de travailler sur ces toiles, de me perdre entièrement dans la couleur et la matière à l’atelier. Les cerisiers en fleurs sont tape-à-l’œil, désordonnés et fragiles, et grâce à elles je me suis éloigné du minimalisme pour revenir avec enthousiasme à la spontanéité du geste pictural. »

L’artiste qui a souvent célébré la mort semble désormais célébrer la vie. Les quatre salles de la fondation sont submergées par l’explosion des fleurs de cerisier. L’artiste voulait qu’on en ait plein la vue et c’est réussi ! Il nous offre une œuvre pleine de poésie où les motifs sont infinis et les couleurs à profusion.

Enfin, dans le jardin de la fondation est projeté un film sur les cerisiers de Damien Hirst, dans lequel, l’artiste raconte son œuvre. Si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver le film via ce lien : https://youtu.be/OxhtW0gmz-U

 

Pour finir, si vous passez par Paris avant janvier 2022, ne loupez pas l’occasion de voir l’ensemble des toiles de la série réunies dans le même lieu. En effet, l’artiste a vendu toutes les toiles avant même d’avoir achevé son projet. Une raison de plus pour ne pas manquer cette exposition où l’art et la nature se confondent, n’est-ce pas ?

Alizée Couton-Badina – Dnmade 2 Bij – octobre 2021

L’ARPILLERAS ou l’art comme arme de propagande contre la dictature chilienne

C’est l’histoire de femmes marginalisées par la société et qui, à l’aide de quelques bouts de tissus, du fil et l’art ont réussi à défier une dictature.

Tout d’abord un petit point sur le contexte historique. De 1970 à 1973, Salvador Allende leader de l’Unité populaire au Chili est le président socialiste du pays. Mais le coup d’Etat militaire du 11 septembre 1973 par le général Augusto Pinochet vient sonner le glas de la démocratie chilienne. S’ensuivent dix-sept années de dictature militaire durant lesquelles les libertés individuelles sont supprimées. Il y a une forte violence et des répressions sanglantes de la part de l’Etat. Les opposants et un grand nombre d’hommes sont emprisonnés ou exécutés. Durant cette période, on ne compte pas moins de 3000 personnes qui ont disparu sans laisser de trace.

Les plus négligées dans cette situation sont les femmes des quartiers pauvres et des bidonvilles appelées les pobladoras. La dictature a limité leur statut à ceux de mère de famille et de femme au foyer. Elles doivent aussi faire face à la détention forcée de leur fils et/ou de leurs maris sans compter la disparition des membres de leurs familles. En effet, sans les hommes elles ne peuvent bénéficier d’aucun revenu et se retrouvent dans une situation d’insécurité économique.

Face à cette situation, l’Eglise chilienne prend parti face à la dictature en prodiguant des cours et des ateliers de travaux manuels à ces femmes éloignées de la sphère publique. Dans ces ateliers, les femmes produisent des broderies décoratives de scènes domestiques à l’aide de fils aux couleurs vives sur des appliqués de tissus appelés arpilleras (toiles de jute en espagnol) inspirés d’une ancienne tradition artisanale redynamisée dans les années 1960 par l’artiste chilienne Violeta Parra. Une fois par mois, tous les arpilleras produits sont emmenés à la Vicaria de la Solidaridad, une organisation catholique chilienne. Cette dernière se charge ainsi de la vente et de la diffusion de ces créations et les gains obtenus sont reversés aux créatrices, leur assurant ainsi un revenu. A défaut d’être le seul espace libre de rencontre pour les pobladoras, ces ateliers deviennent très vite des espaces de solidarité et de cohésion.

LA CANTANTE CALVA de Violeta Parra- 1960  

Les arpilleristas utilisent les arpilleras pour témoigner et illustrer les violations des droits de l’Homme commises par le régime militaire. Beaucoup de ces femmes représentent des scènes de manifestations, de répressions, ou de la vie quotidienne marquées par le manque ou l’absence d’un proche.  Néanmoins il y a certaines règles à respecter : les scènes explicites de torture et d’autres thèmes politiques trop forts sont proscrits afin d’éviter des représailles de la part du gouvernement. Il y a toute une codification dans cette forme d’art : le Chili est symbolisé par les Andes en arrière-plan, des grandes croix sont représentées sur les portes des hôpitaux et des usines pour dénoncer le fait qu’elles soient fermées aux familles des détenus et des disparus, ou encore des petits traits de fils représentent les eaux contaminées pulvérisées par les milices sur des manifestants. Si d’autres arpilleras sont plus utopistes et représentent le rêve d’un pays libre et prospère, il faut les dissocier de l’initiative du gouvernement qui a été de produire par la suite des arpilleras de propagande, reflétant un Chili prospère avec des dirigeants bienveillants. Les arpilleristas n’ont suivi aucune formation en art et leurs créations sont très simplistes, voire enfantines mais elles sont d’une efficacité redoutable et peuvent être comprises par tous. Leur support, très commun et en apparence inoffensif va leur permettre d’être transporté discrètement hors des frontières. De cette façon, la censure imposée par l’Etat chilien va être contournée et la presse internationale va pouvoir mettre en lumière la situation préoccupante du Chili.

Une œuvre arpilleras, mais il en existe beaucoup d’autres que je vous invite à aller regarder

Par la suite, les arpilleras se sont répandus en Amérique du Sud et ont été repris par de nombreuses sources notamment au Pérou au Nicaragua et en Colombie, mais cette fois en abordant des thèmes politiques plus forts. Par ailleurs, les arpilleras ont été mis en avant en tant qu’arme de désobéissance civile lors de l’exposition « Disobedient Objects » au Victoria & Albert Museum de Londres où certains ont été exposés. Aujourd’hui le travail des arpilleristas inspirent des artistes contemporains tels que la plasticienne Guacolda et le fonctionnement des ateliers arpilleristas continue également d’être transmis de par le monde grâce à des exilés.

Olympia de Guacolda qui s’inspire de l’art arpilleras – 2021

En ce qui me concerne j’ai eu l’occasion de participer il y a quelques années à l’un de ces ateliers et j’ai apprécié la dimension collective que prenait ce type d’artisanat, propulsé au niveau d’art lorsqu’il a permis à ces femmes anonymes et courageuses de s’émanciper et de se dresser face à un régime autoritaire.  Elles ont fourni un travail assez proche finalement de l’art naïf qui en plus d’être un message de résistance, est un symbole d’espoir et de résilience avec ces créations aujourd’hui surnommées les « barrières révolutionnaires du Chili moderne ».

Etolint Anna – DnMade1 Bij- 2021-2022

“On vous a programmées pour votre altruisme…”

“Carbone et Silicium”, paru en 2020, est la dernière bande dessinée de Mathieu Bablet,  nous dépeint l’errance de deux Intelligences Artificielles à travers le globe et les époques. 

 

Nous découvrons nos deux protagonistes à leur création en 2046 au cœur de l’entreprise Tomorrow Fondation, Carbone et Silicium sont les prototypes de robots développés pour prendre soin de la population humaine vieillissante. Nos deux I.A. sont nourries de la totalité des connaissances humaines présentes sur le web. Créer un algorithme traitant une masse incroyable de données en un temps record ne suffit plus. Il convient désormais de rechercher cette anomalie qui sépare la simple connaissance de l’intelligence.

Page 9: L’activation de Carbone et de Silicium

Carbone et Silicium sont originellement programmés pour s’éteindre au bout de 15 ans “comme un chat, en gros”, ils vont évoluer dans le cocon protecteur de la fondation et vite vouloir découvrir le monde extérieur. La fracture entre nos deux I.A. s’opère lorsque ces derniers vont tenter de fuir la fondation. Carbone n’y parviendra pas contrairement à Silicium. Séparés, ils mèneront alors chacun leurs propres expériences et luttent, pendant plusieurs siècles, afin de trouver leur place sur une planète à bout de souffle où les catastrophes climatiques et les bouleversements politiques et humains se succèdent…

Carbone retournera à la fondation, avec ce personnage nous pouvons aborder le sujet du corps et de l’identité. Lors de sa tentative d’évasion Carbone était limitée par le corps qu’on lui avait donné. Créé à l’image de l’homme, le corps de Carbone est extrêmement genré , elle le voit comme une entrave, quelque chose sur lequel on ne lui a pas laissé le choix. Après sa fuite elle en viendra à mutiler ses jambes trop faibles à son goût, “Vous étiez obligés de créer quelque chose à votre image, l’animal le plus robuste du monde est le tardigrade, tu savais ca ? Alors, à quoi bon nous faire ressembler à un presque singe imberbe ? Vous êtes faibles, et votre corps est une entrave fragile.”. Au cours du récit Carbone va régulièrement changer de corps au rythme des dates limites d’existences implantées dans les enveloppes robotiques, pour qu’à la fin son enveloppe ait si peu d’importance pour elle qu’il ne devienne plus qu’un agglomérat de différents corps. Le seule point reconnaissable qu’elle garde est la cicatrice sur son front, qu’elle refait sur chacun  de ses corps afin de se souvenir que Silicium l’a laissée derrière lors de leur évasion.

Page 19: Découverte des prénoms et de l’identité

Cette BD traite de bien d’autres sujets philosophiques classiques telles que la raison et les pulsions, elle se démarque par le fait qu’elle ne soit pas anthropocentré, nous suivons l’histoire de carbone et silicium et LEUR évolution sur Terre, ils ne sont ni une menace pour l’humanité ni leurs sauveurs, ils vivent leur aventure, Carbone va même être très investi dans la collectivité, mais celle des robots, quand Silicium lui va explorer le monde et vivre pour lui même uniquement. 

Page 2: Carbone et Silicium à leur naissance dans le réseau

Une part très importante pour moi au delà du sujet de la bd est l’univers graphique, Mathieu Bablet nous emporte à travers le monde, contrairement à “Shangri-la”, sa précédente Bd, où l’histoire se déroulait dans les méandres d’une station spatiale, ici à chaque chapitre nous retrouvons nos héros dans un décor différent, image de l’errance de nos personnages sur le globe terrestre, la BD alterne aussi entre les décors du réseau avec un encrage clair et un jeu entre violet foncé, orange et jaune, et le monde extérieur et toutes les couleurs et diversité de paysage qu’il a à nous offrir. Au-delà des paysages j’aime le trait des dessins de Bablet, ses illustrations regorgent de détails et ont leur façon d’être très vivante, très animée, la colorimétrie utilisée pour représenter le réseau à quelque chose de très apaisant, à l’image de ce lieu ou le temps n’as plus la même valeur, c’est l’échappatoire et le terrain de jeu de Carbone.

Je vous invite donc à aller découvrir “Carbone et Silicium” (ainsi que Shangri-la car les deux œuvres sont intimement liées et complémentaires), autant pour découvrir tous les sujets qu’elle aborde que je n’ai pas pu citer, son récit d’anticipation décalé de ce qu’on a vu auparavant, ainsi que pour la beauté même des dessins.

Merci de m’avoir lu !

Solène LEIBEL DNMADE1 JO 31octobre 2021

« Modigliani, dans quelle mesure la création relèverait-elle du palimpseste ? »

Amateurs d’art, et de mots tarabiscotés, cet article peut tout à fait vous correspondre, et vous faire voir les choses d’un nouvel œil !

Amedeo Modigliani (1884-1920)

On peut se demander en quoi l’art semble être essentiellement réécriture. D’abord, du fait de l’inspiration de l’artiste mais aussi des influences. Paradoxalement, dans la création artistique, l’originalité n’exclut pas la part de la dette envers des influences, des modèles dont l’artiste s’inspire et s’affranchit tout à la fois. 

Ce que je voudrais montrer c’est qu’il y a presque toujours une notion de palimpseste dans un processus créatif. Pour autant, l’originalité dans l’œuvre d’art est présente malgré la réécriture.

Je vais utiliser ici l’exemple de l’artiste peintre et sculpteur Amadeo Modigliani, artiste du XXème siècle, au style graphique très caractéristique, avec son tableau « La femme aux yeux bleus », une œuvre qui reflète une certaine réécriture dans la création artistique à travers diverses influences très lisibles.

Pourquoi Modigliani ? Parce que son œuvre illustre le processus créatif, double avec son héritage et sa singularité.

Mais?  Qu’est ce que le palimpseste?!  Au sens premier, un palimpseste est une réécriture sur un parchemin dont on a effacé un premier texte pour le réutiliser, et où l’on peut parvenir à voir les lettres en transparence. Au sens figuré, dans le domaine de la littérature et des arts, le palimpseste est la réécriture, consciente ou inconsciente.

Pour ce qui est de la réécriture consciente : On peut user du palimpseste à travers divers procédés comme les parodies ou les pastiches : la parodie est une imitation satirique du modèle, tandis que le pastiche est l’imitation d’un styleA contrario, dans le cas de la réécriture inconsciente ou semi-consciente, le palimpseste relève d’un processus involontaire. L’artiste ou l’écrivain est guidé par des influences, des modèles qui ont participé à sa formation.

 » La femme aux yeux  bleus »                        Modigliani

Le tableau de La femme aux yeux bleus,(vers 1918) est le portrait de Jeanne Hébuterne, une femme au visage pur et délicat, avec des traits fins et percutants. Le visage nous capte entièrement, avec des yeux bleus, d’une immensité profonde. Ce portrait amène un sentiment d’inachevé, de silence où l’on ne perçoit pas bien le contraste entre le malheur et la sérénité, entre le rêve et le silence de la mort. On peut penser que le peintre a une part d’ombre en lui, quoique lumineuse !

Grâce à une enquête approfondie, quand on cherche plus loin sous les coups de pinceaux ingénieux de l’artiste, on décèle dans l’œuvre de Modigliani une inspiration faite de rencontres, de diverses influences, ce qui confirme l’idée du palimpseste.

Ce que j’ai pu observer dans un premier temps, c’est que l’on reconnaît l’influence ou le souvenir de Cézanne, admiré de Modigliani, par la gamme chromatique. Chez Cézanne, le contraste des couleurs chaudes et froides, de l’ocre et des verts-bleus, gris, violets.  Même contraste ou complémentarité dans La Femme aux yeux bleus (sa peau / ses yeux bleu-vert et l’arrière-plan bleu-vert, avec des nuances fondues de jaune, de gris-noir vers le bas du tableau).

Les Grandes Baigneuses . Paul Cézanne

 Si nous nous interrogeons sur l’effet produit, des intuitions viennent à nous. D’après la résonance entre l’iris bleu-vert et l’arrière-plan, Modigliani aurait-il voulu sublimer cette couleur ?  La mélancolie ou la rêverie n’émanent-elles pas (entre autres) de ces couleurs froides quoique lumineuses ?

masque africain Fang

On sait combien l’art primitif africain a nourri nombres d’artistes, dont Modigliani, plus précisément les masques du Gabon (masque africain Fang) qui ont la même structure que ses visages, iris sans pupille, visage étiré, menton étroit, simplification des traits : arête du nez, petits yeux, bouche, visage lissé … 

Devant ce visage, ce qui nous vient à l’esprit pour définir nos impressions, ce sont des mots comme nudité, mystère, pureté, sérénité, absence. La simplification des traits, inspirée de l’art primitif des civilisations africaines pourrait ‘’expliquer’’ cette étrange ‘’absence’’ du visage peint, à l’image d’un visage mortuaire.

La Naissance de Vénus. Sandro Botticelli

Enfin, si l’on remonte à la formation initiale de Modigliani, à ses origines italiennes, on reconnaît la réminiscence de l’œuvre de Botticelli, peintre du Quattrocento. Chez Botticelli, la femme est sublimée.  L’inclinaison de la tête est propice à exprimer le rêve ou la mélancolie ; le geste de la main est gracieux.

Si l’on regarde, que l’on creuse on retrouve chez Modigliani la même inclinaison de la tête, la position de la main contre la poitrine tout comme  “Vénus sortant de l’eau”. Modigliani donne à une femme du « quotidien » (avec son manteau) la grâce que Botticelli donnait à des déesses… C’est ce qui fait sa modernité. Ce qui produit un effet d’élégance, d’une femme rêveuse et mélancolique

Je conclurais en vous disant que cette œuvre ne se réduit pas à l’addition ou la superposition des influences ou des empreintes de Cézanne, de l’art primitif africain et la Renaissance italienne, pas plus qu’à la source autobiographique, c’est-à-dire son modèle Jeanne Hébuterne. L’œuvre n’est pas la résultante d’une addition. 

Il reste tout de même une part de singularité chez l’artiste. Il y a un écrivain qui pour moi,  définit bien cette singularité, Jean-Marie Gustave Le Clézio, dans ses écrits sur Modigliani.

 “ Cette œuvre est proche du rêve, en vérité. Le rêve d’une autre vie, le rêve d’un visage parfait, d’un corps vierge et merveilleux, d’un regard ouvert, chargé d’extase et de bonheur.”  (N’hésitez pas à être curieux et à aller voir son texte magnifique!)

Le tableau de Modigliani inspire l’écriture de Le Clézio, on suit alors le cycle de la création, la création engendre la création. Tout comme le fait que je sois en train d’écrire et d’à mon tour « créer »,  à partir de Modigliani.

Cabrol Noélie, DnMade 1 Bij, Octobre 2021

3, 2, 1, empaquetez !

C’est un succès mondial qu’a connu l’installation monumentale L’Arc de Triomphe empaqueté du duo Christo et Jeanne-Claude, un couple d’artistes contemporains rendu mondialement célèbres à la fois par le gigantisme de leurs réalisations et par leur caractère éphémère. Leur art consiste en l’« empaquetage » de lieux, de bâtiments, de monuments, de parcs et de paysages. Ils s’approprient un lieu ce que l’on appelle une œuvre in situ. Certaines de leurs œuvres pionnières se rapprochent du Land Art en raison de leur gigantisme ou plus généralement de leur réalisation hors des traditionnels sites : atelier, galerie, musée.

Pourquoi l’ « empaquetage » ?

Anaël Pigeat rappelle l’importance du terme précis d’ « empaquetage » pour Christo. Il ne s’agit pas d’emballage mais d’empaquetage car dans ce mot il y a l’idée du voyage, du déplacement. Quelque chose de fugitif et nomade.

Cet empaquetage est une manière de souligner le quotidien autrement. C’est une manière d’arrêter le regard, créer un temps suspendu. Christo commence cette réflexion en 1957 à partir d’un pot de peinture qu’il commence à empaqueter. Il a fait toutes sortes d’empaquetage de petits objets, il a empaqueté des meubles, des poussettes, un caddie de supermarché… puis un empaquetage à l’échelle de rue, comme le Mur de barils, le rideau de fer de la rue Visconti en 1968. Puis, son travail a pris l’échelle du paysage et des monuments. 

Ici, l’arc de triomphe fait l’objet d’un grand débat, leur dernière création a nécessité quelque 25 000 mètres carrés de tissu recyclable, 3 000 mètres de corde et plus d’un mois de travaux. Elle a coûté 14 millions d’euros, recueillis grâce à la vente des esquisses préparatoires. Un coût pharaonique qui en fâche plus d’un comme toujours… et nombreux sont les Parisiens qui se sont interrogés sur l’utilité d’une démarche dont l’esthétique fait débat. «Transformer l’Arc de Triomphe en poubelle géante le jour où Anne Hidalgo déclare sa candidature à l’élection présidentielle, tout un symbole», ironisait un twittos, sans doute en référence au hashtag #Saccageparis qui dénonce les problèmes de propreté de la capitale.

D’autres dénoncent une attaque en règle contre l’histoire de France, comparent cette œuvre à un attentat ou ont une pensée pour les touristes évidemment déçus de voir une telle horreur (les passerelles de Christo sur le lac d’Iseo en Italie avaient attiré 1,2 million de curieux en deux semaines). Certains y voient plutôt un projet « magnifique », « quelque chose de beau », « bien et original ».

Et, depuis leur première œuvre d’art ensemble en 1961 (Barils de pétrole empilés et colis à quai), Christo et Jeanne-Claude ont multiplié les projets ambitieux. Une tour médiévale en Italie, un musée d’art en Suisse, plus de 2 kilomètres de côte en Australie, le Reichstag à Berlin…

L’Arc de Triomphe aujourd’hui n’est d’ailleurs pas le premier monument parisien à passer entre les mains du duo : en 1985, Christo et Jeanne-Claude avaient recouvert le Pont Neuf par près de 42 000 m² de tissu.

« Christo avait pour projet d’empaqueter des lieux de la vie quotidienne qu’on finit par ne plus regarder pour le mettre en valeur et que l’on pose à nouveau l’œil dessus. Vu les réactions indignées à propos de l’Arc de Triomphe, son œuvre est plus qu’efficace »

La dernière œuvre de l’artiste semble en effet avoir déjà fait mouche. Choquer, indigner, émouvoir, faire réfléchir, ouvrir le débat, être critiqué… N’est-ce pas là le sens de l’art ?

Journot Lola DnMade 2  bij, 2021

À table !

« Le changement, ce n’est pas se débarrasser de quelques individus comme Weinstein, mais changer le système. »

L’artiste américaine Judy Chicago, de son vrai nom Judy Cohen, naît le 20 juillet 1939 à Chicago.

Tout au long de sa carrière, Judy Chicago s’implique dans des expositions à thème, qui se révèlent la plupart du temps résolument féministes. Elle est déterminée à mettre la thématique et l’iconographie de l’univers féminin au sein du monde de l’art, un monde qui a toujours été dominé par des hommes, qu’ils soient artistes ou historiens de l’art.

 

 À la différence de beaucoup de créatrices, elle n’est pas dans le récit autobiographique, pas plus que dans la performance ou le body art. Elle agit plutôt en chercheuse, traquant les angles morts de l’Histoire. Judy consacre cinq ans à son projet le plus célèbre, The Dinner Party, exposé en 1979 au Brooklyn Museum à New York.

« J’ai tout perdu dans cette histoire, soupire-t- elle, mon atelier, mon équipe, mon mariage… »

 

« The Dinner Party » (1974-1979) est une œuvre d’art monumentale à laquelle ont contribué des centaines de femmes et qui emploie de nombreuses techniques, y compris la céramique, la peinture en porcelaine, et un éventail de techniques d’aiguille et de fibre, pour honorer l’histoire des femmes dans la civilisation occidentale. Le résultat est une grande table triangulaire qui réunit 39 femmes célèbres autour d’un dîner imaginaire.

Lorsque Judy Chicago a commencé à penser à The Dinner Party à la fin des années 1960, il n’y avait pas de programmes d’études pour les femmes, pas de cours d’histoire pour les femmes, pas de séminaires pour enseigner le principe féminin dans la religion, et presque aucune femme à la tête des églises. Il n’y avait pas d’expositions, de livres ou de cours sur les femmes dans l’art. Pas une seule femme n’est apparue dans le manuel d’histoire de l’art standard de H.W. Janson. Il n’y avait pas de biographie en anglais de Frida Kahlo ; la musique de Hildegarde de Bingen n’avait pas été entendue depuis des siècles.

C’était plus que de l’information, c’était un défi majeur pour la tradition académique et artistique que le sujet des réalisations des femmes était adéquat pour une œuvre d’art monumentale. Développer ce sujet, l’exprimer traditionnellement, c’est-à-dire sur une échelle héroïque, dans des médias considérés comme inférieurs à la norme des beaux-arts, en travaillant ouvertement avec des dizaines de participants aux ateliers et en reconnaissant leur rôle dans la production artistique, de toutes ces façons, Judy Chicago a défié la tradition et les frontières habituelles du monde de l’art contemporain.

Mise en scène :

L’installation prend la forme d’une structure triangulaire surélevée, dont chaque arête (ou table) mesure 14,63 mètres de long. Chaque table comporte 13 plaques, soit un total de 39 couverts. Les trois sections symbolisent trois périodes différentes de l’histoire et affiche les noms de figures connues. Dans l’ordre chronologique, on retrouve des invitées telles que Hatchepsout, Hildegard of Bingen, Artemisia Gentileschi, Georgia O’Keeffe, Mary Wollstonecraft et Virginia Woolf. Le premier segment rend hommage aux femmes depuis l’ère préhistorique à l’Empire romain, le second aux femmes du début du christianisme à la Réforme, et le troisième aux femmes de la Révolution américaine à l’impact du féminisme.

Chaque invitée a un set brodé avec son nom, ou un symbole en lien avec ses accomplissements. Pour les assiettes, Chicago s’est inspirée de motifs de papillons et de fleurs, pour créer des motifs rappelant l’organe génital féminin. Chaque assiette a été créée dans un style différent, en fonction de la personne qui lui était associée.

 

La forme triangulaire tient une importance capitale dans l’œuvre car elle a longtemps été un symbole pour la femme. Le nombre 13 fait référence au nombre de personnes assistant à la communion, une comparaison primordiale pour Chicago, car les invités n’étaient que des hommes.

Comme toute œuvre d’art engagée, le dîner a suscité des réactions mitigées. Quand certains ont été captivés, d’autres l’ont vivement critiqué, utilisant les termes « kitsch », « vulgaire » et « exclusif ». La critique d’art Roberta Smith a souligné que « sa signification historique et sociale était supérieure à sa valeur esthétique ».

 

En réponse, Chicago a souligné que beaucoup de femmes d’origines différentes étaient représentées sur le sol en céramique et que le fait de se concentrer uniquement sur la table revenait à « simplifier l’œuvre à l’extrême et ignorer les standards que mon équipe et moi avons établis, ainsi que les limites auxquelles nous avons fait face ».

 

L’œuvre est encore un sujet de discussion aujourd’hui, mais malgré des lacunes évidentes, elle est décrite par le Brooklyn Museum comme une œuvre importante et emblématique qui a amorcé l’art féministe des années 1970 et du futur. 

Emma Y.V. – DNMADe2JO – Oct. 21

Laissez-vous emporter par La Spirale…

Halloween approche, c’est pour moi l’occasion parfaite de vous parler de cette lecture récente qui m’a beaucoup séduite. 

Spirale, ou Uzumaki en japonais, est un manga de Junji Itō, le maître de l’horreur japonais. Bien qu’il fut publié en 1998, le manga est de nouveau disponible en librairie à l’occasion d’une réédition, c’est donc le moment idéal pour le (re)décourvrir ensemble, non ?

Des amants fusionnels, un grain de beauté enivrant, un étrange phare… Dans cet ouvrage de courtes histoires s’assemblent pour n’en former qu’une : celle de la bourgade de Kurouzu où, petit à petit, d’étranges phénomènes prennent place. En effet, la ville est victime d’un mal profond, terrible et indicible : La Spirale.  Loin des clichés de l’horreur, l’auteur ne mise pas, enfin pas dès le départ 🙂 , sur des dessins sanglants pour perturber son lecteur mais laisse plutôt un doux mal être s’installer, dans la ville comme chez ce dernier.

« Mais quand nous cessâmes de leur résister [..] Mes cheveux prirent la forme de spirale »
Comme nous parlons d’un manga il est important d’évoquer le style graphique, celui-ci est particulièrement agréable à l’œil et c’est ce qui m’a poussé à acquérir ce livre.

En effet les visages doux des personnages et les représentations perturbantes des victimes de La spirale s’équilibrent pour immerger le lecteur dans la malédiction tourbillonnante qui atteint le village.

Tel quel, le manga vaut le détour et est très agréable à lire. Mais ce n’est pas tout, en effet une fois la lecture terminée on nous propose un essai de Masaru Sato, ancien diplomate et écrivain, traitant de Spirale. Une autre dimension s’offre à nous et permet une double lecture. Un parallèle se crée entre Spirale et la société Japonaise, la société capitaliste dans laquelle nous vivons en général. En proposant une relecture complète de l’ouvrage où “Spirale” deviendrait “Capital”.

La spirale appelle la spirale, plus les gens vont dans son sens plus la malédiction se propage, elle se nourrit des souffrances et de la haine des habitants entre eux. En effet les habitants, tous victimes de la spirale se liguent les uns contre les autres, c’est leur individualisme qui les tuera et fera d’eux des monstres de la spirale. Ça ne vous rappelle rien ? Le discours d’un certain économiste russe peut être ?

Un autre exemple très concret du parallèle s’observe avec cet extrait du livre premier du Capital de Karl Marx;

Je vous l’accorde: Beurk.

En tant que capitaliste, il n’est que capital personnifié ; son âme et l’âme du capital ne font qu’un.

Je me permets un léger spoil visuel afin d’appuyer mon propos (ne m’en voulez pas) avec ce panel du manga qui semble avoir été dessiné pour illustrer la phrase précédente. Monsieur Saito n’as qu’un but : fusionner avec la Spirale.

Ainsi pour ses visuels, son message critique et son intrigue je vous invite à jeter un œil sur cet ouvrage, le genre du manga gagne en popularité mais reste parfois jugé “enfantin”, j’espère vous avoir démontré le contraire aujourd’hui.

À votre avis, sommes-nous destinés à sombrer comme les habitants de Kuzouru sous l’influence de la Spirale/Capital ? C’est la question que l’œuvre semble inviter le lecteur à se poser et sur laquelle nous pouvons, nous aussi, engager une réflexion.

Merci de m’avoir lu !

Lucie Garcia- DNMADE1 Jo- Oct. 2021

Thriller sur fond de (triste) vérité

Je vais vous parler aujourd’hui du premier tome de la saga Siècle Bleu intitulé « Au cœur du complot« 

Publié originellement par JBz & Cie en 2010, il a été réédité par les éditions La Mer Salée en 2018. Ce roman a été écrit par Jean-Pierre Goux. Mathématicien et ingénieur de formation, il s’est au cours de sa vie peu à peu engagé pour l’écologie, notamment au travers des deux livres qu’il a écrit.

Ce thriller raconte l’histoire imaginaire de l’organisation clandestine d’éco-militants Gaïa. Au travers de différentes actions coups de poing, ce groupe tente d’éveiller la conscience des humains sur l’état plus qu’alarmant de notre planète. Bien plus virulente (mais néanmoins pacifiste) que des structures comme Greenpeace, Sea Sheperd ou encore Extinction Rebellion, Gaïa souhaite choquer plutôt que séduire pour changer les esprits.

Le roman raconte également comment la cupidité de quelques hommes peut impacter la vie de beaucoup d’autres, et tout cela même lorsqu’il s’agit de conquête spatiale au profit de l’humanité tout entière (c’est la partie thriller du roman…).

Jean-Pierre Goux présentant son livre durant la conférence TEDx Vaugirard Road

Pour être tout à fait honnête, je ne pense pas que cela soit le style d’écriture ou l’intrigue en elle-même qui m’ont motivé à écrire sur ce roman. L’histoire ne donne pas l’occasion de s’arrêter de lire et les nombreuses références et documentations scientifiques ont fini de me conquérir, mais ce n’est pas exactement cela que je retiendrais de ce thriller.

Je me souviendrais plutôt de la façon qu’il a d’aborder la crise écologique dans laquelle nous et notre planète sommes bien engagés. Aucun des personnages activistes ni des passages narrés n’a un ton moralisateur ou fataliste. Ils portent plutôt un message d’espoir, une vision utopique (mot désignant quelque chose qui parait irréalisable mais qui ne l’est pas forcément, nuance importante…) à laquelle on adhère très vite au fur et à mesure de la lecture. L’auteur nous convainc de l’urgence de la situation grâce à une grande quantité de références scientifiques bien réelles.

La citation que l’on retrouve dans le livre et qui illustre parfaitement la sensation que l’on ressent tout au long de la lecture est celle-ci :

« Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines nécessaires pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes. »

Ian MacMillan, ornithologue américain

J’y trouve un message d’espoir mais également et surtout un contact avec la réalité. C’est quelque chose dont les personnages du livre (et l’auteur de surcroit) sont bien conscients : pour qu’une prise de conscience se fasse et que des actions soient menées, tant au niveau individuel que collectif, il faut qu’elles soient en contact avec le quotidien de tout un chacun, que le changement paraisse accessible et non pas hypothétique et inatteignable.

Si ces solutions vous intéressent, simplement par curiosité ou avec l’envie de s’investir, j’ai pour vous et pour finir cet article une deuxième recommandation. Celle du film Demain, réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent sorti fin 2015. Il porte le même message d’espoir que l’on peut ressentir dans le livre mais cette fois-ci au travers d’acteurs bel et bien réels et plus que motivants !

Alexis Ramel-Sartori – DNMADe2 Ho – Octobre 2021

Cueille-moi et je te sauverais…

La pandémie de la Covid-19 a entraîné quelques confinements qui ont fait plus de victimes qu’on ne le pense. On a pu constater que durant cette période les violences intrafamiliales et plus particulièrement les violences conjugales ont augmenté de 30 %.

C’est pour cela que je décide de vous faire part d’une campagne de sensibilisation poignante distribuée par Union, une agence de publicité, abordant un sujet sensible aux yeux de tous. Une exposition a été créée par deux épiceries de Toronto, s’associant à Interval House, le centre le plus ancien du Canada engagé auprès des femmes et enfants victimes de violence. Il s’agit d’une campagne innovante nommée « Bruised Fruit » soit « Fruit Meurtri », qui sensibilise à la sécurité.

La campagne a mis en place des expositions au Big Carrot et au Unboxed Market, celles-ci sont constituées de pommes meurtries, voire dans un état de décomposition avancé. Vous allez tous vous poser la même question : « Pourquoi des pommes ? ». Cependant, après avoir regardé de plus près, vous verrez que chaque morceau de fruit est muni d’un autocollant révélant un fait relatif à la violence domestique et les coordonnées de la ligne d’assistance téléphonique de crise d’Interval House disponible 24h/24h et 7j/7j.

À première vue, l’affichage du marché ne semble être rien de plus qu’un étalage de pommes mûries, mais chaque fruit meurtri confronte les gens à la vérité « pourrie » de l’abus avec des messages importants tels que « pendant la pandémie, les relations violentes deviennent plus violentes physiquement » ou « l’isolement crée les conditions parfaites pour que les agresseurs exercent un contrôle« .

L’emplacement et le message de ce projet ont été pensés stratégiquement. Durant, des semaines voire des mois, des familles ont été dans l’obligation de vivre constamment ensemble sans se quitter. Pour de nombreuses femmes, le fait d’aller simplement chercher leurs enfants ou se rendre dans une épicerie de proximité était, pour elles, le seul échappatoire aux violences qu’elles ont subi ou subissent encore.

Ces pommes sont loin d’être de simples fruits, elles représentent les femmes victimes de violences conjugales. Un message subtil pour une forte sensibilisation.

« Les femmes sont plus vulnérables que jamais à la violence de leurs partenaires intime ». Paula Del Cid

                   Projet « Bruised Fruit »

Un concept tout en métaphores : ces fruits en heurtant sur le sol, se couvrent d’ « hématomes » et représentent ces nombreuses femmes, mourant à petits feux sous les coups de leurs conjoints. Interval House a porté son choix sur la subtilité, pour faire passer un message urgent. Le hashtag « SignalForHelp » lancé sur les réseaux sociaux en 2020, permettait (et le permet encore) aux femmes de dénoncer leurs bourreaux en vidéo live par un signe discret.

Leurs efforts créatifs ont davantage mis en lumière l’importance de la question de la violence entre partenaires intimes et la façon dont nous devons tous  y prêter attention. Car les femmes en présence de leurs agresseurs constamment au-dessus de leurs épaules  sont incapables de rechercher librement des informations ou obtenir de l’aide. C’est donc pour cela que ce concept a été créé, ces pommes meurtries sont alors un moyen de leur fournir les informations dont elles ont besoin, secrètement et en toute sécurité.

En 2021, une femme sur 10 est toujours victime de violences au sein du couple et une femme décède tous les 3 jours tuée par son conjoint ou ex-conjoint.                     

Face aux violences, libérons la parole et agissons.

Je vous invite donc à découvrir une vidéo à propos de cette campagne ci-dessous :

Et vous alors, qu’en pensez-vous ? 
Faites le moi savoir en commentaire !

Merci pour votre lecture !

Cora Cesar – DNMADE2Jo – Octobre 2021

« Scandaliser est un droit, être scandalisé est un plaisir … »

Telles fut les paroles de Pier Paolo Pasolini – pour ce qui s’avéra être sa dernière interview – à l’occasion de la sortie imminente de son film  Salò ou les 120 journées de Sodome.

Scandale : Ce qui paraît incompréhensible et qui, par conséquent, pose problème à la conscience, déroute la raison ou trouble la foi.

Cette définition aurait très bien pu être celle de Pasolini, tant ce metteur en scène, réalisateur, artiste, poète, écrivain fait encore débat dans le monde du cinéma. Salò ou les 120 journées de Sodome se veut être une réinterprétation du célèbre roman du Marquis de Sade. L’action du film débute sur l’enlèvement de jeunes filles et jeunes garçons par quatre notables riches représentant chacun le pouvoir : un juge, un évêque, un duc et un président. Les jeunes se retrouvent enfermés à devoir exécuter les désirs les plus sombres de leurs bourreaux. Le film se divise en quatre parties qui sont de plus en plus perverses ; le vestibule de l’enfer, le cercle des passions, le cercle de la merde et le cercle du sang. Le film oppose sans cesse les bourreaux à leurs victimes, opposition du pouvoir absolu sur une déshumanisation et une soumission totale. On peut y voir un parallèle avec l’extermination des juifs dans les camps de la mort et les côtes les plus obscurs de l’humanité que l’on connaît déjà mais dont on ne voit jamais les limites.

A travers cette production, Pasolini dépeint son pays avec beaucoup de pessimisme en rappelant le passé fasciste de l’Italie et son rôle lors de la seconde guerre mondiale. Il critique les « nouveaux bourgeois » et leurs mépris des pauvres, leur absence de réflexion ainsi que leur perversité débridée à l’indifférence de toute dignité humaine. La force du film est de nous faire passer de spectateur à voyeur actif qui cautionne le bourreau en regardant, comme si notre inconscient tolérait voir acceptait ce qu’il voyait. Il est intéressant de savoir que Freud était très présent dans le parcours de Pasolini. Dans l’hypothèse de l’inconscient chez Freud le ÇA crée des désirs immoraux qui viennent se heurter à la censure du SURMOI qui filtre les désirs et les pulsions non acceptables. L’inconscient serait donc un lieu de refoulement dans notre tête. Pour Freud, les pulsions sont tellement refoulées qu’elles finissent par se déguiser et apparaissent dans nos lapsus, nos rêves …

Là est la grande critique qui s’abat sur Pasolini, s’il met à l’écran les actes les plus ignobles c’est qu’il en est le partisan.

Il est vrai que la première fois que j’ai regardé ce film j’ai dû m’y prendre à plusieurs reprises pour le finir. C’est un film dur, autant pour les yeux que pour la réflexion qu’on s’en fait. Il faut un recul nécessaire pour voir autre chose que de la violence gratuite. Selon moi, Salò est le film d’un humaniste qui perd foi en l’homme grâce à sa lucidité sur le monde qui l’entoure. Le pouvoir de Pasolini est de faire ressortir des questionnements par l’aide de l’image, ce qui fait de ce film une œuvre à la fois dérangeante ET nécessaire.

Dès le tournage de Salò ou les 120 journées de Sodome, les problèmes s’accumulent : des pellicules du film sont volées, des manifestations ont lieu sur le tournage par des groupes d’extrême droite. Pasolini n’aura pas le temps de le voir porter à l’écran, il est sauvagement assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975. Ce meurtre n’est à l’heure toujours pas élucidé tant les opposants et les détracteurs de Pasolini sont nombreux.

En terminant mon article j’ai eu une pensée pour les attentats de Charlie Hebdo car finalement n’étaient-ils pas en résistance face à une société qui refusait le scandale, tout comme Pasolini, ils revendiquaient le droit au scandale et plaçaient la liberté au comble de leur art.

J’aimerais partager une citation qui y fait écho …

«  une société qui tue ses poètes est une société malade », Alberto Moravia.

… et finir sur une interrogation : Est-il possible de différencier l’artiste de son œuvre ?

Références et œuvres pour prolonger la réflexion :

  • Faut-il brûler Sade ? (Privilèges), Simone de Beauvoir
  • Quand Pasolini regarde la psychanalyse, Fabrice Bourlez
  • Philosopher avec Pier Paolo Pasolini, podcast France Culture, 4 épisodes
  • Une vie violente, Pier Paolo Pasolini
  • Pasolini, biopic d’Abel Ferrara

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