Le point d’auto-inflammation

Fahrenheit 451 c’est le genre d’ouvrage qui laisse une trace indélébile dans votre esprit sans qu’on puisse l’expliquer directement. En fait, la raison est plutôt simple : ce roman dystopique aborde un sujet qui concerne chacun d’entre nous, notre liberté d’expression, de réflexion et notre unicité en tant qu’individu.

C’est dans une société étouffée par les réseaux sociaux, le divertissement et l’amusement que Guy Montag vit sa best life de pompier. Cependant, le détachement dont il fait partie est peu commun. Ce dernier, créé par le gouvernement étasunien pour qui la littérature est source de questionnement et d’idéologies déviantes, a pour mission de brûler tous les livres dont la possession est interdite. Comblé Guy Montag est à l’aise dans son travail, compétent, marié et heureux de remplir ses missions quotidiennes (des autodafés), il vit un bonheur simple. C’est quand, au détour d’une rue pour rentrer chez lui, Montag rencontre une jeune fille singulière, qu’il va se mettre à penser, à imaginer et à comprendre ce qui l’entoure. Elle va lui parler de ce qu’il regarde tous les jours sans rien voir : la vie. Il comprend qu’il ne sait rien, ne connait rien du monde, des gens, des autres, du passé, de l’histoire ou de la culture des Hommes… Rien de tout ça, mis à part son quotidien à lui. Un jour la jeune fille disparait mystérieusement, et là, il prend conscience de sa société de consommation et du bonheur factice qu’elle impose à ses gens.

Un rappel à l’ordre pour éviter le pire

Ce roman prend place dans une société qui nous parait corrompue dès lors où les pompiers n’ont pas pour mission d’éteindre les incendies, mais de les allumer. Où le gouvernement exclut la possibilité de détenir des livres : ils donnent la possibilité d’apprendre et de connaître le monde par soi-même, de développer son esprit critique, son imagination, tout un tas de chose en fait… C’est ce « tas de chose » que le gouvernement retire à ses citoyens dans Fahrenheit 451, il a censuré la pensée, la connaissance et les droits du peuple, de manière douce et progressive, en changeant les lois et la constitution au fil des années. C’est un génocide culturel qui vise à effacer les différences entre individus, la possibilité du dilemme, du choix, et à les rendre plus heureux. Cependant un bonheur conféré par la tromperie en est il vraiment un ? Bref, le livre ne se résume pas qu’à cela, mais c’est aussi une mise en garde contre les régimes totalitaires et extrémistes qui visent une unité de la population au mépris de l’individu.

Une intrigue qui résonne à toutes époques

Le propos de Fahrenheit 451 est devenu de plus en plus pertinent au fil des ans, la fiction qui en est porteuse est devenue l’une de ces fables intemporelles où l’Histoire peut venir se mirer.

Farhenheint 451, préface, Jacques CHAMBON

Il est vrai que ce roman d’anticipation dystopique, paru en 1953, se déroule dans un futur lointain dont les dates restes floues. Pourtant aujourd’hui, en 2022, on pourrait penser que c’est une réalité parallèle, ou même une situation actuelle dans certains pays où la liberté d’expression est réduite à son minimum. Il est aussi question de la suprématie des médias, fait bien réel dans notre société ultra-connecté, « du grand décervelage auquel procèdent la publicité, les jeux, les feuilletons, les informations télévisées… » (préface de Jacques Chambon). Par une paresse mentale qui gagne un peu plus chaque nouvelle génération, on préfère écouter ou regarder les informations qui nous sont servies sur un plateau plutôt que chercher par nous même la vérité, la réalité ; c’est un désintérêt envers la littérature qui nous gagne. Est ce parce que cette dernière ne nous est pas bien présenter quand on est encore à l’école ? A savoir… Pour sur, de grands textes nous paraîtrons plus ennuyeux et moins amusants que des vidéos « short » sur internet, mais il nous feraient plus cogiter, ça c’est certain.

Il y a plus d’une façon de brûler un livre.

Ray Bradbury

C’est la psychologie de Guy MONTAG que l’on suit à travers ce récit, sa réaction face à la prise de conscience du fonctionnement de sa société, l’angoisse qui le consume, de se retrouver seul face à des gens qui ne l’écoutent pas, qui sont aveugles et sourds au monde qui les entoure, à lui…

Montag nous montre la voie…

Personne n’écoute plus. Je ne veux pas parler aux murs parce qu’ils me hurlent après. Je ne peux pas parler à ma femme ; elle écoute les murs. Je veux seulement quelqu’un qui écoute ce que j’ai à dire. Et peut-être que si je parle assez longtemps, ça finira par tenir debout. Et je veux que vous m’appreniez à comprendre ce que je lis.

Guy MONTAG, FAHRENHEINT 451

On ressent l’angoisse à laquelle fait face le personnage car on s’identifie à son sentiment d’être seul contre tous, comme dans un drame apocalyptique où l’on est seul et à bout face aux zombies par exemple. Bref, Bradbury nous fait prendre conscience de la chance que l’on a de pouvoir profiter, au travers des livres, de réflexions, de paroles philosophiques qui développent notre esprit critique, de visions du monde propre à d’autres, d’avoir accès à d’autres cultures, d’autres langues etc, etc… Cet ouvrage est une apologie de la liberté d’expression et nous montre que la plupart des traces que nous laissons derrière nous sont fragiles et si on ne veut pas qu’une civilisation, qu’une idée, qu’une ethnie ou autre trace de vie disparaisse, il faut veiller à garder les objets littéraires intacts.

Un livre à lire au moins une fois

Je vous ai présenté ce livre, tant bien que mal, car je pense qu’il doit être lu, sans nécessité vitale, bien entendu (quoique…), mais au moins une fois dans sa vie, même si l’on n’aime pas lire, que ce n’est pas notre style ou qu’on le trouve trop monotone. Il vous marquera pour de bon.

Vous admirerez la virtuosité de Ray Bradbury dans les moments les plus insupportables de l’histoire (pour ma part) : les conversations entre la compagne de Montag et lui même en sont un bel exemple. Ces dernières sont une retranscription de la mentalité engendrée par le manque de culture et de maturité qu’à imposé le gouvernement : les échanges du couple sont plats, sans intérêt, ils ne nous apportent rien et ne font pas avancer Montag dans sa quête de vérité, bref une belle torture mentale que nous sert l’auteur ! Il faut parfois relire certains passages pour en comprendre toutes les nuances, mais surtout pour ne pas perdre le fil de l’histoire ! Enfin ce livre est tout de même incontournable si vous voulez prendre conscience de la chance que l’on a de vivre dans des pays où la liberté d’expressions à tout de même une grande importance, et que l’on es toujours libre de nos choix, avec la capacité d’explorer et de choisir nos influences, nos milieux et nos façons de vivre !

Guenaelle G. – DNMADe1JO- Octobre 2022

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