Plongez dans un monde fantastique au cœur d’une joaillerie enchantée

Lors de l’exposition GemGenève qui a eu lieu en novembre dernier, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux joailliers, dont Elena Okutova, qui m’a fortement marquée. C’est pour cette raison que je souhaite partager avec vous cette rencontre surprenante. En effet, le travail de la créatrice est bien connu des amateurs de bijoux, en Russie, pour son caractère unique, son identité culturelle et son souci du détail. Ses bijoux sont comme des peintures, des croquis inspirés de la nature, de l’architecture et du ballet russe.

Qui est Elena Okutova ?

Elena Okutova est une artiste moscovite ayant fondé sa propre marque de joaillerie en 2009. Elle travaille aux côtés de sa famille et de maîtres joailliers dans son atelier à Moscou. Elle est diplômée du Département de métallurgie artistique de l’Université d’État d’art et d’industrie de Moscou.

Ses sources d’inspiration :

Les sources d’inspiration de son travail sont le romantisme du Moyen Âge, les ornements médiévaux, la Renaissance et l’art japonais. Pour créer ses bijoux, elle utilise une variété de motifs de l’art byzantin aux traditions de l’Extrême-Orient.

Les bijoux d’Elena s’inspirent de la musique baroque, des tissus anciens, de la littérature classique et d’autres objets exotiques qu’elle voit dans ses voyages à travers le monde. Elle utilise des éléments stylistiques et des techniques typiques de certaines période de l’histoire.

 

Les techniques :

Tous les bijoux créés par la marque d’Elena sont sculptés en cire, à la main, sans l’utilisation des logiciels de CAO.

Le travail de la joaillière se caractérise par l’utilisation de l’émail chaud en combinaison avec des pierres colorées, souvent ornementales et d’une taille importante. L’élaboration détaillée au dos de tous les bijoux leur donne un côté personnel, secret, presque mystérieux. Plusieurs modèles de boucles d’oreilles ont deux faces et permettent à celle qui les porte de changer d’image selon son humeur et son envie.

Chaque bijou a sa propre palette de couleurs et de motifs ce qui le rend unique. En effet, Elena Okutova ne fabrique jamais deux fois le même bijou, à chaque fois, le design, les motifs en émail et les pierres doivent être adaptés au tempérament, au caractère et aux idées du clients.

« Nous voulons créer des bijoux intemporels qui vivraient dans la famille, qui se transmettraient de mère en fille », a expliqué Elena. « Nous aimons les idées de continuité et de respect de la tradition dans la fabrication de bijoux, et ressentons une affinité pour les pièces faites à la main et le soutien aux métiers en train de mourir. Nous utilisons l’émail à chaud, la sculpture à la main sur cire et les techniques de gravure, en accordant une attention particulière aux réglages et aux proportions. Car en plus d’être une parure frappante, chaque bijou doit être confortable à porter et de bonne taille ».

La joaillière russe ne fait pas que dessiner et diriger l’équipe de maîtres. Elle fait pleinement partie du processus créatif. Lors de notre discussion, elle m’a expliqué comment elle a résolu les difficultés et les moments délicats du travail du métal ou de l’émaillage. Un anneau, par exemple, peut avoir 3 à 4 techniques innovantes en plus d’une technique traditionnelle. De plus, elle articule toute une histoire derrière chaque petit détail de ses bijoux.

Une notoriété internationale:

Le travail et les pièces uniques d’Elena Okutova ont été remarqués au-delà de la Russie. Ses créations font partie des collections privées de clients du monde entier. De la Russie, à la Grande-Bretagne, en passant par la Suisse, la Suède, la Slovénie, la France, l’Espagne, les États-Unis, le Mexique, le Chili, le Japon ou encore, la Malaisie, Elena Okutava s’est fait un nom auprès des plus grands et mêmes les célébrités veulent s’offrir un bijou de la créatrice.

L’actrice française Eva Green est une grande fan du talent d’Elena.

« J’aime la magie des anneaux, comme s’ils auraient pu appartenir à une sorcière ou à une fée. De cette façon, j’ai l’impression que je peux être moi-même. Je me sens protégée, comme si je portais un talisman. »

 

 

La joaillière a obtenu plusieurs prix, notamment en 2019, sa bague « Bakst » a eu la 3e place dans la nomination « Techniques de joaillerie : Traditions dans l’artisanat de la Russie ». La même année, sa broche « Lotus » est devenue lauréate du concours « Russian Diamond Line 2019 ».

 

On peut également lire de nombreux avis et critiques sur les créations complexes d’Elena. Elles sont décrites de diverses manières. Certains y voient un conte de fées russe, «l’âge glorieux» de l’Empire ottoman, un «voyage en Indochine» ou encore les artefacts de la Renaissance et du Moyen Âge. Personne ne semble être d’accord sur ce qu’il voit. Soit vous aimez ce que vous voyez, soit vous trouvez que c’est « trop ».

La célèbre critique de bijoux, Melanie Grant, y voit un « univers gothique fantasque et baroque ». Elle fait une allusion aux personnages de Tim Burton.

Une philosophie de vie remarquable :

Pour la créatrice, rien n’est impossible, ses bijoux le montrent, ils sont d’une finesse et d’une précision incroyable. Son expérience en tant que créatrice de bijoux lui a montré que c’est son projet d’artiste qui lui donne la liberté nécessaire dans la mise en œuvre de ses idées.

C’est en étant très ouverte d’esprit qu’elle puise son inspiration, tout ce qu’elle voit en est une source et lui sert de base à la création de ces chefs d’œuvre. Je pense que l’on peut réellement parler d’œuvre d’art car ses créations sont dignes de peintures et de sculptures de maîtres.

De plus, elle est toujours positive et elle ne s’arrête pas sur des échecs, elle tire toujours le meilleur de ses expériences afin de s’améliorer dans ses créations suivantes. C’est une personne optimiste, souriante et passionnée.

Parler avec Elena a été un moment très enrichissant pour moi et je suis ravie d’avoir pu faire sa connaissance. Son discours passionné et passionnant m’a plongé dans son univers unique et m’a fais rêver le temps d’une discussion.

Enfin si vous voulez suivre le travail d’Elena, vous pouvez la retrouver sur son site internet ou sur Instagram: @elena_okutova_jewellery, vous pouvez également voir ses inspirations sur son compte : @elenaokutova.

Merci pour votre lecture !

Alizée CB – DNMADeJO23 – Déc 21

Damien Hirst « Cherry Blossoms », une ode à la vie ?

« Si jamais vous pensez que mon œuvre est l’art de la mort, je pense que vous vous faites berner. Je pense que mon art parle de la vie, la vie qui est la chose la plus importante et qui m’occupe. […] J’ai simplement envie de peintures qui arrêtent l’oeil et qui vous permettent de regarder. Je ne veux pas créer des tableaux que les gens ignorent. »

Depuis mai 2021 et jusqu’à janvier 2022, la fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris, accueille la nouvelle œuvre de Damien Hirst, « cerisiers en fleurs ». L’exposition présente 30 tableaux choisis par l’artiste parmi les 107 toiles réalisées. Il répond à une invitation du directeur de la fondation, Hervé Chandès, qui après avoir vu un aperçu des toiles de l’artiste sur les réseaux sociaux, s’est émerveillé devant ces chefs-d’œuvre : « Ça a été un éblouissement visuel, un enchantement, quelque chose de très jubilatoire ».

Qui est Damien Hirst ?

Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est un artiste anglais, né à Bristol. Aujourd’hui, il vit et travaille à Londres. Il réalise des sculptures, des installations, des peintures et des dessins. On le connaît pour ses œuvres provocatrices et ses créations sulfureuses, explorant la mort et tout ce qui s’y rattache, comme ses animaux plongés dans la résine ou encore ses crânes sertis de diamants ou recouverts de mouches.

Comment imaginer que ces cerisiers majestueux pleins de vie ont été réalisés par celui qui enchaine les scandales avec les veaux aux sabots en or massif, ou les 9000 papillons tués au nom de l’art dans son exposition à la Tate Modern. Rien à voir avec l’atmosphère poétique présente dans cette œuvre. Pour cette exposition, il nous propose une succession de toiles pouvant dépasser les 7 mètres, nous plongeant dans une forêt de cerisiers géants, un arbre légendaire et emblématique dans certaines cultures.

Les cerisiers sont avant tout un souvenir rempli de nostalgie et évoquant l’enfance de Damien Hirst, puisque sa mère peignait des cerisiers en fleurs.

Au premier abord, on pourrait croire que la succession de toiles similaires provoque une lassitude tout au long du parcours, or, c’est tout le contraire ! Certaines toiles sont couvertes de taches de couleurs vives avec une épaisse couche de peinture. D’autres laissent entrevoir des troncs et des branches avec un ciel d’un bleu plus ou moins intense, lisse ou granuleux. Les touches sont légères, saturées, régulières ou se chevauchent. Tout se ressemble et pourtant tout est différent ! L’artiste explique que quand il a commencé, avec seulement du rose et du blanc, ça ne fonctionnait pas, c’était sans vie. Il a donc observé les arbres et s’est rendu compte qu’il y avait du bleu ou du rouge. La lumière contient toutes les couleurs et les feuilles les réfléchissent. C’est ce qui manquait et la peinture a pris vie. Grâce à cela, chaque toile délivre un sentiment différent. Ces œuvres sont totalement immersives et nous embarquent dans un paysage bucolique faisant rêver le spectateur. Elles procurent volupté et légèreté. De plus, la présentation sobre et sans commentaire, immerge davantage le spectateur et le fait voyager dans les jardins japonais, au printemps.

La série réinterprète avec ironie le thème de la représentation florale dans l’art. En effet, on peut y voir un lien avec de nombreux artistes tel que Monnet et les « Nymphéas » exposées de la même façon au musée de l’orangerie, à Paris.

Dans son atelier londonien, Damien Hirst a travaillé pendant trois ans sur ses toiles dans une perpétuelle quête de la couleur, tout comme l’artiste qu’il affectionne, Bonnard.

Dans son œuvre, il mêle touches épaisses de couleurs faisant référence à l’impressionnisme et au pointillisme, ainsi que des projections de peinture à la façon de Jackson Pollock et l’action painting.

Les toiles sont monumentales et entièrement recouvertes de couleurs vives et saturées comme dans le pop art. Elles emmènent le spectateur dans un paysage végétal entre figuration et abstraction. Les cerisiers sont à la fois un détournement et un hommage aux grands mouvements artistiques du XIXème et XXème siècle.

« Les cerisiers en fleurs parlent de beauté, de vie et de mort. Elles sont excessives, presque vulgaires. Comme Jackson Pollock abîmé par l’amour. Elle sont ornementales mais peintes d’après nature. Elles évoquent le désir et la manière dont on appréhende les choses qui nous entourent et ce qu’on en fait, mais elles montrent aussi l’incroyable et éphémère beauté d’un arbre en fleurs dans un ciel sans nuages. C’était jouissif de travailler sur ces toiles, de me perdre entièrement dans la couleur et la matière à l’atelier. Les cerisiers en fleurs sont tape-à-l’œil, désordonnés et fragiles, et grâce à elles je me suis éloigné du minimalisme pour revenir avec enthousiasme à la spontanéité du geste pictural. »

L’artiste qui a souvent célébré la mort semble désormais célébrer la vie. Les quatre salles de la fondation sont submergées par l’explosion des fleurs de cerisier. L’artiste voulait qu’on en ait plein la vue et c’est réussi ! Il nous offre une œuvre pleine de poésie où les motifs sont infinis et les couleurs à profusion.

Enfin, dans le jardin de la fondation est projeté un film sur les cerisiers de Damien Hirst, dans lequel, l’artiste raconte son œuvre. Si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver le film via ce lien : https://youtu.be/OxhtW0gmz-U

 

Pour finir, si vous passez par Paris avant janvier 2022, ne loupez pas l’occasion de voir l’ensemble des toiles de la série réunies dans le même lieu. En effet, l’artiste a vendu toutes les toiles avant même d’avoir achevé son projet. Une raison de plus pour ne pas manquer cette exposition où l’art et la nature se confondent, n’est-ce pas ?

Alizée Couton-Badina – Dnmade 2 Bij – octobre 2021

What Happened to Monday ?

Surpopulation, inégalités, surconsommation, liberté, oppression, régime totalitaire, trahison, solidarité, mensonge, nombreux sont les thèmes abordés par le film de science-fiction Seven Sisters.

Il n’y a pas longtemps, Seven Sisters a été diffusé à la télévision. J’ai beau l’avoir vu plusieurs fois, je le trouve toujours aussi exceptionnel et captivant. Je ne pouvais donc pas ne pas vous en parler.

L’intrigue se déroule dans un futur dystopique en 2073, la terre est surpeuplée et le gouvernement décide d’instaurer une politique de l’enfant unique. Elle est appliquée par le Bureau d’Allocution des naissances, dirigé par Nicolette Cayman (Glenn Close). Nous suivons une intrigue familiale où Terrence Settman (Willem Dafoe) est confronté à la naissance de septuplés. Il décide de garder secrète l’existence de ses sept petites filles. Elles sont chacune nommée par un jour de la semaine et sortent de l’appartement où elles sont confinées, uniquement le jour qui leur est dédié. Elles simulent alors l’existence d’une seule et même personne, Carren Settman (Noomi Rapace). Leur secret demeure intact pendant des années. Cependant, un jour, Lundi disparaît mystérieusement et tout bascule…

Le film a beaucoup fait parler, effectivement, on peut trouver beaucoup d’articles, sur internet, qui parlent de scénario facile en ce qui concerne les sept sœurs. En effet, chacune est différenciée par une caractéristique : la geek, la garçonne, la fêtarde, la sportive, la carriériste, …

Mais je ne suis pas d’accord avec le terme « facile », au contraire c’est une manière intelligente de les distinguer et cela amène une dynamique au film. En effet, si elles avaient le même caractère et la même personnalité, le film serait plat et sans intérêt. Je dirais même que ce film, réalisé par Tommy Wirkola, est un véritable défi technique autant pour l’équipe de production que pour la comédienne Noomi Rapace.

L’équipe de tournage a dû faire preuve d’inventivité et de créativité. Le directeur de photographie, José David Montero, a expliqué lors d’un interview : « Dans un film traditionnel, on peut se permettre de tricher sans arrêt avec la lumière et l’arrière-plan. Mais ici, c’est impossible parce qu’une fois qu’on stabilise la caméra et qu’on augmente la luminosité, on ne peut plus rien toucher jusqu’à la fin de la séquence. Avec l’effet de duplication et les différentes couches qui se superposent, si on change quoi que ce soit, ça ne fonctionne plus, et il faut tout recommencer, ce qui nous fait prendre un retard monstre. L’autre difficulté, c’est de tourner dans un espace clos et restreint. On veut donner l’impression que les plafonds ont des profondeurs dissimulées, si bien que l’espace rétrécit. Il nous fallait trois caméras, parfois quatre, un fond vert, un fond bleu, et de l’éclairage. Autant dire que c’était très compliqué de gérer tout ça en même temps ».

Quant à Noomi Rapace, elle réalise une performance époustouflante, arriver à jouer sept personnages en même temps, tout en incarnant sept personnalités différentes avec une telle justesse de jeu rend le film encore plus captivant et réaliste, et cela nous permet de nous attacher à chacune des sœurs. Nous sommes alors d’autant plus concerné par le destin de chacune d’elles. Pour jouer ses sept rôles, Noomi Rapace a trouvé des stratagèmes, elle explique, dans un interview, qu’elle mettait par exemple des parfums différents en fonction des personnages ou elle s’isolait et écouter un style de musique différent.

Les scènes d’action sont nombreuses et parfois un peu longue, mais cela nous emporte, du début à la fin. Les rebondissements sont extrêmement bien pensés, à aucun moment je me suis ennuyée. Tout est rythmé par les musiques qui défilent, ce qui rend les scènes palpitantes. On est inquiet de ce qui pourrait arriver aux sept sœurs. Les thèmes abordés peuvent paraitre banals mais ils sont très bien réfléchis et exploités. Qu’en penserez-vous ?

Certaines scènes sont difficiles à regarder. Je pense particulièrement au début du film, au moment où, lors d’un flashback, une des sœurs sort en cachette faire du skate et revient avec un doigt en moins. Le grand-père est contraint à couper les doigts des six autres sœurs afin de garder l’illusion intacte. C’est un moment poignant, le jeu des acteurs nous prend aux tripes et nous ressentons presque la douleur des petites filles et du grand père. La solidarité est au cœur de la mise en scène, c’est également un tournant dans leur histoire, elles comprennent l’importance de penser aux autres avant de penser à soi. Cette scène est malgré tout très touchante et nous embarque dans l’intrigue du film. La fin tragique de lundi est également bouleversante, bien qu’elle ait trahi ses sœurs, sa mort est déchirante, d’autant plus qu’on apprend qu’elle attendait des jumeaux. A l’image de ces deux scènes, l’ensemble du film est émouvant et palpitant.

Pour finir, si vous n’avez pas vu ce film, je vous le recommande. Vous plongerez dans 2h30 de science-fiction dystopique, de suspens, d’action et d’émotion.

 

 

Alizée Couton-Badina – DNMADE 1 Joaillerie- avril 2021

L’œuvre d’une vie

« Que faire en marchant perpétuellement dans le même décor, à moins que l’on ne songe. Pour distraire mes pensées, je construisais en rêve, un palais féerique… »

     33 ans d’épreuves, 10 000 journées, 93 000 heures de travail 

Ferdinand Cheval, facteur rural de Hauterives dans la Drôme, commence son œuvre en avril 1879, à l’âge de 43 ans.

Lors de sa tournée quotidienne, il butte sur une pierre si bizarre qu’elle réveille, en lui, un rêve. Il se fait la réflexion que si la nature peut « faire de la sculpture », il pourrait lui-même devenir architecte.

Véritable autodidacte, il consacre 33 ans de sa vie à bâtir seul un Palais de rêve dans son potager. Il s’inspire de la nature, des cartes postales et des premiers magazines illustrés qu’il distribue.

Chaque jour, en pleine campagne, il parcoure une trentaine de kilomètres durant lesquels il ramasse des pierres avec sa brouette. De retour à son domicile, il travaille de nuit à la lueur d’une lampe à pétrole. En solitaire, incompris et considéré comme excentrique et fou, il inscrit sur son monument « Travail d’un seul homme ». Son palais de rêve est achevé en 1912.  

Au cœur d’un jardin luxuriant, le monument mesure 12 mètres de haut et 26 de long. Les pièces ont été construites avec les pierres ramassées sur son chemin, des armatures en métal, de la chaux, du mortier et du ciment.

Le Facteur cheval a imaginé un palais inhabitable, peuplé d’un incroyable bestiaire : pieuvre, biche, caïman, éléphant, pélican, ours, oiseaux… Mais aussi des géants, des fées, des personnages mythologiques, des cascades, des architectures de tous les continents… Un monde fantastique bâti grâce à l’imagination d’un seul homme.

Unique au monde, le Palais idéal a inspiré les artistes durant plus d’un siècle. Construit sans aucune règle d’architecture, il a fait l’admiration des surréalistes. Il a été classé en 1969, Monument Historique par André Malraux, alors Ministre de la Culture, au titre de l’art naïf.

« J’ai bâti ce palais des milles et une nuit, où j’ai gravé mon souvenir »

 

Le palais comporte quatre façades :

La façade Est, où il a passé 20 ans de sa vie, se nomme « le temple de la nature ».

« La grotte où il y a trois géants c’est un peu de l’égyptien, en dessous on voit deux momies que j’ai façonnées et sculptées. Ces trois géants supportent la Tour de Barbarie où dans un oasis croissent les figuiers, les cactus, des palmiers, des aloès, des oliviers gardés par la loutre et le guépard. À la source de la vie j’ai puisé mon génie »

Les formes de la façade ouest sont moins organiques. On y trouve une mosquée, un temple hindou, un chalet suisse, la maison carrée d’Alger et un château du Moyen Age. On accède à une galerie de 20 mètres et une terrasse de 23 mètres de long grâce à des escaliers.

 

La façade nord est composée de toutes sortes d’animaux. Tandis que la façade sud est très dégagée et ouverte grâce à son balcon et sa terrasse, qui était destiné à stocker les pierres ramassées.

 

 

Le Facteur Cheval a inscrit plus de 150 textes poétiques sur l’ensemble du palais :

« En cherchant j’ai trouvé, 40 ans j’ai pioché, pour faire jaillir de terre ce palais de fées. Pour mon idée mon corps a tout bravé, le temps, la critique, les années. »

La Vila Alicius, a également été bâtie par le facteur Cheval, en l’hommage à sa fille Alicia décédée en 1894. Elle se situe à côté du palais, ce qui lui a permis de travailler tout en étant proche de sa famille.

 

 

 

N’ayant pas l’autorisation d’être inhumé dans son palais, il met 8 ans supplémentaires à construire de la même manière sa tombe, nommé « le tombeau du silence et du repos sans fin », au cimetière de Hauterives.

Son travail remarquable m’a impressionné lorsque j’ai visité le palais. Le nombre de détails est inimaginable et le fait de pouvoir circuler à l’intérieur est d’autant plus surréaliste. 33 ans dans une vie, ce n’est pas rien ! C’est incroyable de se dire qu’il est la création d’un seul homme. On ne peut que s’incliner devant l’immensité de ce monument. C’est un véritable chef d’œuvre !

« C’est de l’Art, c’est du rêve, c’est de l’énergie »

Si cet article vous a intéressé, je vous conseille le film biographique de Nils Tavernier, réalisé en 2018. Vous y découvrirez le travail acharné d’un personnage touchant qui a dédié sa vie à son œuvre et à sa famille.

 

Alizée Couton-Badina, Dnmade 1 Bij, février 2021

The Handmaid’s Tale : une série glaçante et profondément féministe ?

« La série nous met en garde contre notre ­désinvolture face à certains com­portements, certaines idées, certains mots sexistes. Rien de ce qui arrive aux femmes n’est pure fictionDes femmes subissent ces sévices chaque jour aux quatre coins de la planète. ­The Handmaid’s Tale ne doit jamais détourner le regard » Bruce Miller.

Imaginez, dans un futur proche, une Nouvelle République du nom de Gilead (actuels Etats-Unis), où règne une dictature dystopique et où la peur fait rage. Ce régime est né à la suite d’une baisse de la natalité, causé par la pollution. Cet évènement a poussé la population à modifier le fonctionnement de la société pour revenir à des mœurs plus saines et retrouver les faveurs de Dieu. Vous l’aurez compris, dans cette série américaine, les femmes sont les premières impactées par le régime. Elles ont perdu leurs droits et leur liberté. On trouve différentes catégories, les plus importantes sont les servantes. Ce sont les rares femmes encore fertiles. De ce fait, elles sont utilisées contre leur gré, afin de donner un enfant aux commandants et à leurs épouses, chez qui elles sont envoyées. Les Marthas quant à elles sont chargées de s’occuper de la maison de ces derniers. June (Elisabeth Moss), personnage principal et servante prend le nom d’Offred à son arrivée chez Fred Waterford (Joseph Fiennes) et sa femme Serena (Yvonne Strahovski). Mais je ne vais pas m’attarder plus longtemps sur le synopsis, je vous laisse regarder la bande annonce :

Cette série tirée du roman de Margaret Atwood a suscité de nombreuses critiques autant positives que négatives. Même si pour la plupart cette dystopie est « incroyablement réussie » avec « un casting solide et convainquant », « des décors et des lumières somptueuses » et « des costumes merveilleux », beaucoup ont trouvé la série « longue, répétitive et ennuyeuse ».

Selon moi, elle est puissante, le message est fort, elle parle de féminisme avec justesse. Aujourd’hui, c’est un sujet important et Bruce Miller le traite avec brio. Le réalisateur souligne le fait que l’on peut passer de réflexions jugées comme anodines aux plus atroces viols… En plus d’être belle visuellement, cette série est captivante bien que dure et crue. Le rythme lent et la sensation de répétition de certaines scènes n’est en aucun cas un problème à mon sens, bien au contraire, cela accentue l’oppression que subissent les femmes dans cette société. Leur corps est réduit à un objet. Elles sont dépossédées de ce dernier et privées de leur identité. Les épouses sont à la fois tortionnaires et torturées. Aucune femme n’est réellement libre et heureuse.

Les prises de vue des caméras sont extrêmement bien pensées. Les flashbacks nous informent sur le passé du personnage principal et nous permettent de comprendre comment la dictature s’est progressivement instaurée. Les gros plans sur June nous poussent à la regarder dans les yeux, on est subjugué par son regard puissant qui cache des émotions au monde qui l’entoure. Les pensées en voix-off d’Offred, nous plonge davantage dans l’univers de la servante écarlate.

Que vous soyez féministe ou non je vous conseille The Handmaid’s tale.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».

Une citation de Simone de Beauvoir qui colle parfaitement au thème.

Je terminerais par dire que nous avons besoin de séries engagées telles que celle-ci pour nous rappeler de ne pas fermer les yeux face aux injustices, aux violences et aux inégalités.

 

 Couton-Badina Alizée – Dnmade 1 Bij – Décembre 2020

« Feu à Volonté! »

« C’est un assassinat sans victime. J’ai tiré parce que j’aimais voir le tableau saigner et mourir ».

Non ! Niki de Saint Phalle n’est pas une meurtrière, mais une artiste engagée qui lutte contre les injustices de notre société. Grâce à l’art elle extériorise toute la colère qu’elle ressent.

Niki de Saint Phalle est une plasticienne, franco-suisse-américaine, née en 1930 et décédée en 2002. Elle est l’épouse du sculpteur Jean Tinguely avec qui elle réalise de nombreuses sculptures-architectures, telles que la fontaine de Stravinsky, le Cyclop ou encore le Jardin des Tarots. Elle est principalement connue pour les Nanas mais également pour ses performances nommées les Tirs qui vont être l’objet de mon article.

Entre 1961 et 1963 l’artiste se bat contre une société qu’elle juge injuste. C’est alors qu’elle a l’idée de créer des tableaux-performances intitulés les Tirs. La première séance a lieu dans la galerie J à Paris lors de l’exposition « Feu à volonté ». Niki de Saint Phalle tire à la carabine sur des toiles où sont accrochés divers objets contenant des poches remplies d’encres de couleurs explosant et colorant les tableaux. Le tout est peint en blanc pour représenter le masque de l’innocence que porte la société. La jeune femme invite plusieurs amis proches à tirer sur la toile, devant un public. Le but de ces performances est de choquer, surprendre les spectateurs et bien entendu de faire passer des messages.

Shooting painting american ambassy (Tir), 1961, peinture, plâtre, chaussures, ficelles, siège en métal, hache, pistolet jouet, grillage, balle et objet divers sur bois, 244,8 × 65,7 × 21,9 cm, Museum of Modern Art, New York

                 

The Construction of Boston (Tir), 1962, peinture et plâtre sur structure métallique, 193 × 63,5 × 63,5 cm, collection privée

King Kong (Tir), 1963, peinture, plâtre et objets divers sur panneau en 5 parties, 276 × 611 × 47 cm, Moderna Muset, Stockholm

 

Ces séances sont riches en émotion. La tireuse d’élite laisse éclater sa rage à travers ses œuvres :

« Papa, tous les hommes, les petits, les grands, mon frère, la société, l’église, le couvent, l’école, ma famille, ma mère, moi-même (…) »

Elle tire sur toutes les injustices qu’elle a subi, comme le viol de son propre père, alors qu’elle n’avait que 11 ans, mais aussi sur l’histoire, la religion et la politique. Elle fait sortir ses démons en faisant pleurer et saigner ses toiles et elle exprime sa révolte contre ce monde submergé par la violence qui a généré des guerres, des massacres et des bombardements :

« Victime ! Prêt ! À vos marques ! Feu ! Rouge ! bleu ! jaune ! la peinture pleure, la peinture est morte. J’ai tué la peinture. Elle est ressuscitée. Guerre sans victime ! »

Niki affirme que la vie n’est jamais comme on l’imagine. Elle vous surprend, vous étonne, vous fait rire ou pleurer quand vous ne vous y attendez pas. C’est ce sentiment qu’elle cherche à créer chez le spectateur, elle veut, surprendre et créer des émotions. Les tirs sont donc un moyen pour Niki de se libérer du chagrin et de la douleur. Et vous, quelles émotions ressentez-vous face à ces performances ? Pensez-vous que l’art peut permettre d’extérioriser notre colère ?

Alizée COUTON-BADINA, DNMADE 1 Bij, Novembre 2020