Princesse Dragon

Princesse Dragon, le nouveau film d’animation des studios Ankama réalisé par le duo Anthony Roux et Jean-Jacques Denis comme leurs précédentes productions, ce film se démarque des projets habituels d’Ankama par son côté plus classique.

Princesse Dragon commence avec Dragon, l’animal le plus puissant de la forêt se trouvant en manque d’une famille, pour cette raison il passe un marché avec La sorcière Sorcenouille afin d’obtenir trois œufs. Lorsque les œufs éclosent Dragon se retrouve avec trois petits : Zéphyr et Rock deux jeunes dragons tout ce qu’il y a de plus normal et Poil une petite fille dépourvue d’écailles et d’ailes mais possédant une impressionnante chevelure verte et le pouvoir de cracher du feu. Dragon est pris de surprise et de colère lorsqu’il découvre l’aspect humanoïde de sa fille, en effet il hait les humains.

Malgré ses différences Dragon accepte et élève Poil jusqu’au jour où elle rencontre Princesse, la princesse d’un royaume proche et la ramène dans la caverne de son père pour la protéger d’une tempête. Pris de colère Dragon décide de donner Poil à la Sorcenouille comme paiement, entendant cela Poil s’enfuit avec Princesse et découvre le monde des humains.            Dans le monde des humains Poil est confronté à la violence d’Albert, le futur mari de Princesse, à la cupidité du roi et au rejet.

Ce film a été pensé pour un jeune public avec une structure simple qui diffère des projets habituels d’Ankama notamment des univers Dofus et Wakfu qui ont leur propre histoire et une mythologie complexe. Princesse Dragon repose sur des principes simples : un Dragon, une sorcière et un roi cupide qui sont évidemment tirés du monde des contes, et c’est là la nature du film ; un conte pensé pour les enfants. Cette nature explique aussi bien les choix esthétiques tels que le design très simple et classique des personnages et le format choisi : un film 1h15 avec une narration linéaire.

Princesse Dragon c’est un film pour enfants qui n’a pas eu peur de l’animation 2D et d’un dessin rond et doux mais avec un style marqué là ou le marché est inondé de dessin animé en 3D et lissés. Dans le film on découvre des décors inspirés des forêts européennes remplis de détails, des personnages expressifs et uniques le tout accompagné d’une bande son douce crée une ambiance particulière se rapprochant de certaines productions Ghibli.

Le film reste très simple et il est évident qu’il à été créé pour un jeune public ; l’intrigue est simpliste, l’histoire peu développée et de nombreux archétypes sont utilisés pour gagner du temps et rendre le film facilement compréhensible. Malgré cela le film introduit des concepts tel que l’acceptation de la différence et l’émancipation.

Les défauts qu’un adulte peut trouver à Princesse Dragon sont justifiés par sa nature de conte pour jeunes enfants et compensés par une grande qualité de production, en conclusion un film à voir avec des yeux d’enfants

C. Masson – DNMADe23Ho – Déc 21

In Waves

In Waves, un roman graphique puissant, émouvant et juste.

AJ Dungo raconte son histoire d’amour avec Kirsten, atteinte d’un cancer et en parallèle l’histoire du surf. Quel lien entre les deux ? L’amour de Kristen pour le surf qu’elle a fait découvrir à AJ et qu’il avait choisi comme sujet pour son projet de fin d’étude et c’est ce qu’est ce livre, une fusion de son amour pour Kristen et de son projet. Le surf sert de lien à l’histoire, entre les périodes de rémission et la mort, entre AJ et Kristen, il emporte le lecteur et transforme une histoire d’amour et de deuil en un récit tourbillonnant.

L’histoire est plutôt classique Kristen et AJ se rencontrent lors d’une soirée au lycée, il tombe immédiatement amoureux, elle pas vraiment mais après quelques temps AJ se rapproche du frère de Kristen puis d’elle peu de temps avant que l’adolescente développe un cancer. C’est pendant cette première période de maladie et d’incertitude que le couple se forme. On suit donc leur huit ans d’amour de manière non chronologique et toujours avec une grande pudeur. L’auteur qui a écrit ce roman graphique quelques mois après la mort de sa fiancée se livre avec délicatesse sans tomber dans le larmoyant et pourtant les sentiments, surtout la peine, restent fort. Cet équilibre vous happe et vous submerge dans une vague d’émotions.

AJ effrayé par l’eau enfant vainc sa peur grâce à Kristen et au surf, ensemble sur leur planche ils sont libres. Kristen suite à sa maladie et à l’amputation d’une jambe a un objectif : remonter sur une planche, être libre malgré un corps diminué et AJ lui surfe pour Kristen. Pour les deux le surf semble être une forme de thérapie, pour surmonter la maladie, pour ne pas oublier, pour ne pas s’effondrer.

In Waves c’est aussi un style particulier, l’histoire est racontée par vagues qui s’alternent et se chevauchent rarement ; bleues pour l’histoire d’AJ et Kristen et sépia pour l’histoire du surf, le tout dans un style précis et lisible. Le dessin montre avec facilité la maladie qui avance, pousse le corps à bout mais aussi le surf, la beauté de la mer et la liberté.

L’histoire du surf est elle racontée de manière chronologique commençant en 1800 jusqu’à la moitié du vingtième siècle. Dans ces parties historiques l’amour de l’auteur pour le sport est évident si bien qu’on découvre avec plaisir les premiers surfeurs hawaïens, les Beach Boys et les figures mythiques du surf Duke Kahanamoku et Tom Blake.

On sent un travail énorme sur cette histoire, d’abord de recherches historiques mais surtout le deuil et la manière juste de l’exprimer. Le thème du deuil dans les arts à déjà été exploité mais In Wave se démarque par sa pudeur et sa justesse ; c’est une ode à Kristen aussi bien en bleu qu’en sépia AJ raconte son bouleversement et sa douleur. Il emporte le lecteur avec lui et le touche.

Une lecture que je conseille vivement, mais attention vagues d’émotions garanties.

Charlotte M. – DNMADe2 – Octobre 21

A Young Doctor’s Notebook

Que diriez-vous d’une série médicale déjantée ? C’est ce que propose la série « A Young Doctor’s Notebook » disponible  gratuitement sur Arte.tv. La série est adaptée des récits de Mikhaïl Boulgakov en nous racontant les aventures d’un jeune docteur Russe, Vladimir Bomgard, en 1917 se retrouvant dans un hôpital isolé et de sa décente dans l’enfer de l’addiction à la morphine. Vladimir Bomgard est joué des âges différents par deux acteurs Daniel Radcliffe et John Hamm.

« A Young Doctor’s Notebook » commence à Moscou en 1934 où l’on voit une version plus âgée de Vladimir Bomgard dont le bureau est en train d’être fouillé par la police secrète. Durant cette perquisition il se plonge dans les souvenirs de ses débuts en 1917 dans un hôpital au fin fond d’une Russie en pleine révolution. C’est alors que commence une confrontation entre celui qu’il a été est celui qu’il est devenu. Alors que le jeune Vladimir Bomgard devient peu à peu addict à la morphine, sa version plus âgée apparait pour lui servir de guide et lui éviter de commettre des erreurs. Le tout donne lieu à des conversation burlesques ponctuées de scènes d’opérations gore avec pour résultat une série grotesque et caustique sans pour autant perdre le fil de l’histoire.

La série se compose de deux saisons de quatre épisodes, durant chacun 22 minutes. Ce format court permet une bonne adaptation des nouvelles de Mikhaïl Boulgakov dont est issu « A Young Doctor’s Notebook » en transposant leur densité originale. La série est aussi fidèle sur le fond elle reprenant le fait que la morphine semble devenir un personnage à part entière comme dans la nouvelle éponyme. Dans la série cette personnification est apportée par la confrontation du docteur Bomgard de 1934 avec lui-même dans son passé. Alors que le jeune docteur devient de plus en plus dépendant on finit par ne plus savoir quelle version du docteur a des visions et qui est la vision.

La réussite de cette série c’est justement ce personnage double du médecin ; d’abord jeune et naïf puis durci et désabusé. L’alternance entre des scènes se déroulant en 1934 et 1917 n’aurait selon moi pas permis à cette série à elle seule d’être ce qu’elle est. Ce qui la rend réellement intéressante c’est le dialogue entre l’homme mûr et sa version jeune en 1917. Ce dialogue entre le jeune docteur en train de devenir dépendant et sa version plus âgée, offre un double regard sur la situation. D’un côté le jeune homme prétentieux et ignorant se complaisant dans la drogue et de l’autre l’homme mûr et sevré tentant d’empêcher celui qu’il à été de commettre des erreurs.

« A Young Doctor’s Notebook » est une série au concept intéressant et qui avec sur un sujet sérieux, l’addiction à la morphine, reste drôle le tout dans un format court la rendant peu chronophage.

Charlotte Masson-DNMADe1 HO-Avril 2021

La solitude à portée de main

« J’ai perdu mon corps » est le premier long métrage d’animation de Jérémy Clapin. Présenté au festival du film d’animation à Annecy en 2019 il séduit le public puis est couvert de prix à Cannes et ailleurs.

Ce film suit les errances d’une main coupée et d’un jeune homme solitaire. Cette main c’est celle de Naoufel, livreur de pizzas maladroit et prêt à tout par amour. Lors d’une livraison il rencontre Gabrielle et suite à un dialogue drôle et charmant au travers d’un interphone, il tombe follement amoureux. Mais « j’ai perdu mon corps » avant d’être l’histoire d’une main empotée à la recherche de son propriétaire ou une histoire d’amour c’est celle de Naoufel, jeune homme différent, perdu.

Le film alterne plusieurs cycles d’une vie. En noir et blanc, Jérémy Clapin nous décrit l’enfance de Naoufel. En couleurs, son adolescence et sa rencontre avec Gabrielle. En couleurs également, le parcours pleins d’embûches d’une main coupée. Le réalisateur utilise le périple de cette main coupée comme toile de fond pour dire la solitude, la dislocation du réel, la fragilité des souvenirs et l’inconsistance du présent.

En plus de sa poésie et de sa mélancolie le film à tout du film d’animation pour adulte réussi : des éléments révélés uniquement à la fin, un rythme digne et une mise en scène digne des meilleurs thrillers et une direction artistique subtile. Toute ces qualités permettent de faire cohabiter harmonieusement l’histoire de Naoufel et de sa main. Tout est juste dans ce film, à la fois naïf et pourtant sage si bien que je ne sais pas quoi en penser : naissance d’un génie de l’animation ou chance du débutant ?

Charlotte M. – DNMADe1 Ho – Février 2021

Un ailleurs improbable

« Away », un long métrage d’animation dont la seule existence semble improbable. Pourquoi ? car il a été réalisé par une seule personne Gints Zilbalodis, réalisation, montage, animation, bande son … tout par une seule personne en trois ans pour une durée d’ 1h15. Et c’est impressionnant, pour vous donnez une idée un film d’animation comme « Dragon » produit par le géant de l’animation Dreamworks a pris près de cinq ans entre l’idée originale et sa sortie en salles, avec des dizaines de personnes travaillant sur le projet.

« Away » c’est l’histoire d’un adolescent qui suite à un crash d’avion sur une île, va devoir traverser cette dernière pour s’en sortir. Poursuivi par un géant mystérieux, lent mais menaçant, il croisera en route un petit oiseau mais aussi des animaux tels que des chats vivants autour d’un geyser.

C’est aussi une absence totale de dialogue compensée par des décors au visuel soigné rappelant ceux d’un jeu vidéo. Ce sont ces deux caractéristiques qui font que ce film est soit détesté soit adoré. Forêt luxuriante, lac quasiment à sec formant un miroir parfait, village en ruine, ballet des chats autour du point d’eau créent une poésie, une ambiance. Pour moi cette ambiance vient compenser l’animation sommaire et la lenteur du film. « Away » n’est pas comme on pourrait le penser en lisant le scénario un film d’aventures mais un film basé sur la contemplation où le scénario passe au second plan.

C’est aussi un film qui laisse libre court à l’imagination du spectateur : on ne saura jamais comment le garçon est arrivé sur l’ile, qui est -il , d’où vient-il ? Et il en va de même pour le monstre qui le poursuit. Certains voient dans ce monstre lent mais se rapprochant inexorablement la pression qu’a ressenti le réalisateur durant la création de ce film d’autres l’anxiété ou encore la culpabilité.

Je n’ai pas la réponse. Tout ce que je sais c’est qu’« Away » tient la promesse d’ailleurs de son titre et sait mystérieusement captiver son spectateur.

MASSON Charlotte – DNMADe1 Ho – Décembre 2020

Double vie

Que faire quand un autre prend le contrôle de votre vie ? C’est la question à laquelle Lubin Maréchal, un jeune homme d’une vingtaine d’années, est confronté dans le roman graphique « Ces jours qui disparaissent » de Timothé Le Boucher.

 Lubin est équilibriste, lors d’une représentation il retombe mal, un coup sans conséquence d’après lui. Mais quand il se lève, le jour suivant il se rend compte qu’en réalité deux jours ont passé. Bientôt, il comprend qu’une autre personnalité prend vie pendant ses absences. Un Lubin plus sérieux, plus appliqué. Une confrontation indirecte les opposera par biais d’écrans sur des questions futiles comme d’autres plus importantes. Le pire arrive quand Lubin constate que ses absences sont de plus en plus longues…

Mais si les véritables qualités de « Ces jours qui disparaissent » ne résidaient pas vraiment dans son scénario fantastique et conceptuel dans l’air du temps ni dans son graphisme aux lignes claires et légères mais bien dans l’impact que ce livre a sur nous, dans le tourbillon de pensées où il nous plonge ?

 La première partie est divertissante, et nous présente des personnages attachants mais elle n’est pas franchement intéressante ou même innovante. C’est dans ça seconde partie que l’histoire gagne en intérêt alors que Lubin est pris dans une spirale infernale de temps perdu et de lutte contre lui-même. C’est là que le récit trouve sa force et sa profondeur : impossible de ne pas continuer la lecture qui pourtant s’apparente désormais à un long cauchemar particulièrement douloureux et surprenant, dont la conclusion ne peut être, on le sent rapidement, qu’atroce. Cette décente frénétique vers une fin redoutée est immanquablement ponctuée de pauses pour s’interroger soi-même sur sa propre existence, et surtout sur la nature de sa relation avec ceux qu’on aime et qui nous aiment.

Lire « Ces jours qui disparaissent » c’est se poser incontestablement des questions essentielles sur l’identité et la dualité qui peut parfois exister en nous et aussi notre façon de gérer notre temps, notre vie, notre propre personne, notre entourage. Mais la lecture de ce récit c’est surtout le sentiment d’avoir vécu une véritable expérience, chose rare qui en fait donc un livre différent que je recommande absolument.

Masson Charlotte DNMADE1 Ho – oct 2020