Un artiste qui ne manque pas d’air !

Salvatore Garau secoue le monde de l’art avec des œuvres… invisibles !

 

C’est en 2020, à la Piazza Scala de Milan, que sont exposées pour la première fois les Invisibles Sculptures de l’artiste italien Salvatore Garau. Ces sculptures sont d’autant plus étonnantes qu’elles ont été créées à partir de… rien et de vide ! Le monde de l’art s’émoustille alors pour ces œuvres façonnées dans le néant, à tel point qu’à Milan en Mai 2021, un chanceux collectionneur privé réussit à obtenir une de ces raretés intitulées « Io sono » (traduction : Je suis) pour la modique somme de 15 000 $. Bien qu’impalpable, la pièce unique se voit livrée, accompagnée d’un certificat d’authenticité en bonne et due forme sur lequel sont apposés les schémas détaillés et des instructions très précises pour la bonne présentation de l’objet. Des éléments qui, sans le moindre doute, rassureront l’acquéreur lors de sa future exposition.

Mais la question que l’on se pose est « que représente-elle ? ». L’artiste répond : « Io sono est le portrait de quiconque prononce ou pense au titre devant l’espace vide. La liberté d’interprétation est totale. Qu’elle serve à se penser autrement, en s’abstrayant de tout et surtout des images ». Néanmoins il affirme : « Ne rien voir rend fou. S’il est mal interprété, le vide crée des angoisses ».

Si le vide crée des angoisses, alors les presque 6 mois de travaux, durée qu’a mis l’imaginaire de Salvatore Garau à être sculpté, sont justifiés ! Mais l’artiste rassure, son œuvre est chargée d’intentions car elle cherche à faire ressentir aux gens « la proximité des amours et l’énergie sentimentale qui peut exister dans les pensées, dans les moments de distanciation sociale, dans le monde à cause du Covid19 ». Le travail de Garau vise également à être un défi à l’œuvre numérique NFT qui, selon lui, « provoque une forte pollution, une surconsommation d’énergie et fait, paradoxalement, allusion au culte des restes qui les considère comme sacrés quelle que soit leur nature réelle ».

Quand l’invisibilité bouleverse les droits d’auteur 

Formé à l’Académie des beaux-arts de Florence et récemment connu pour ses œuvres dépassant l’entendement, Salvatore devra tout de même faire face à une rivalité bien visible. Depuis quelques semaines, l’originalité de la performance de l’artiste est remise en question, l’italien se voit pris dans un tourbillon médiatique mais cette fois, pas fait que de vent : Un sculpteur américain, Tom Miller l’accuse de plagiat pour son oeuvre « Io sono » estimant que cette oeuvre est belle et bien une contrefaçon de sa sculpture invisible « Nothing » exposée en 2016 à Gainesville aux États Unis. L’élaboration de l’œuvre de Tom Miller avait fait l’objet d’un court documentaire fictif représentant la construction de la sculpture invisible par des constructeurs mimant l’installation de bloc d’air… Cette actualité soulève alors la très grande question pas moins intéressante de la protection des performances d’art contemporain et a fortiori celles invisibles ! 

Plagiat ou pas, ce qui est sûr c’est que ces œuvres ne risquent pas d’être volées, pas pour leur côté « air de rien », mais on imagine bien qu’un nouveau « titre devant l’espace vide » pourrait les faire changer de place comme par enchantement. Alors, bonne chance les !

Emma Y.V. – DNMADe23JO – Déc 21

À table !

« Le changement, ce n’est pas se débarrasser de quelques individus comme Weinstein, mais changer le système. »

L’artiste américaine Judy Chicago, de son vrai nom Judy Cohen, naît le 20 juillet 1939 à Chicago.

Tout au long de sa carrière, Judy Chicago s’implique dans des expositions à thème, qui se révèlent la plupart du temps résolument féministes. Elle est déterminée à mettre la thématique et l’iconographie de l’univers féminin au sein du monde de l’art, un monde qui a toujours été dominé par des hommes, qu’ils soient artistes ou historiens de l’art.

 

 À la différence de beaucoup de créatrices, elle n’est pas dans le récit autobiographique, pas plus que dans la performance ou le body art. Elle agit plutôt en chercheuse, traquant les angles morts de l’Histoire. Judy consacre cinq ans à son projet le plus célèbre, The Dinner Party, exposé en 1979 au Brooklyn Museum à New York.

« J’ai tout perdu dans cette histoire, soupire-t- elle, mon atelier, mon équipe, mon mariage… »

 

« The Dinner Party » (1974-1979) est une œuvre d’art monumentale à laquelle ont contribué des centaines de femmes et qui emploie de nombreuses techniques, y compris la céramique, la peinture en porcelaine, et un éventail de techniques d’aiguille et de fibre, pour honorer l’histoire des femmes dans la civilisation occidentale. Le résultat est une grande table triangulaire qui réunit 39 femmes célèbres autour d’un dîner imaginaire.

Lorsque Judy Chicago a commencé à penser à The Dinner Party à la fin des années 1960, il n’y avait pas de programmes d’études pour les femmes, pas de cours d’histoire pour les femmes, pas de séminaires pour enseigner le principe féminin dans la religion, et presque aucune femme à la tête des églises. Il n’y avait pas d’expositions, de livres ou de cours sur les femmes dans l’art. Pas une seule femme n’est apparue dans le manuel d’histoire de l’art standard de H.W. Janson. Il n’y avait pas de biographie en anglais de Frida Kahlo ; la musique de Hildegarde de Bingen n’avait pas été entendue depuis des siècles.

C’était plus que de l’information, c’était un défi majeur pour la tradition académique et artistique que le sujet des réalisations des femmes était adéquat pour une œuvre d’art monumentale. Développer ce sujet, l’exprimer traditionnellement, c’est-à-dire sur une échelle héroïque, dans des médias considérés comme inférieurs à la norme des beaux-arts, en travaillant ouvertement avec des dizaines de participants aux ateliers et en reconnaissant leur rôle dans la production artistique, de toutes ces façons, Judy Chicago a défié la tradition et les frontières habituelles du monde de l’art contemporain.

Mise en scène :

L’installation prend la forme d’une structure triangulaire surélevée, dont chaque arête (ou table) mesure 14,63 mètres de long. Chaque table comporte 13 plaques, soit un total de 39 couverts. Les trois sections symbolisent trois périodes différentes de l’histoire et affiche les noms de figures connues. Dans l’ordre chronologique, on retrouve des invitées telles que Hatchepsout, Hildegard of Bingen, Artemisia Gentileschi, Georgia O’Keeffe, Mary Wollstonecraft et Virginia Woolf. Le premier segment rend hommage aux femmes depuis l’ère préhistorique à l’Empire romain, le second aux femmes du début du christianisme à la Réforme, et le troisième aux femmes de la Révolution américaine à l’impact du féminisme.

Chaque invitée a un set brodé avec son nom, ou un symbole en lien avec ses accomplissements. Pour les assiettes, Chicago s’est inspirée de motifs de papillons et de fleurs, pour créer des motifs rappelant l’organe génital féminin. Chaque assiette a été créée dans un style différent, en fonction de la personne qui lui était associée.

 

La forme triangulaire tient une importance capitale dans l’œuvre car elle a longtemps été un symbole pour la femme. Le nombre 13 fait référence au nombre de personnes assistant à la communion, une comparaison primordiale pour Chicago, car les invités n’étaient que des hommes.

Comme toute œuvre d’art engagée, le dîner a suscité des réactions mitigées. Quand certains ont été captivés, d’autres l’ont vivement critiqué, utilisant les termes « kitsch », « vulgaire » et « exclusif ». La critique d’art Roberta Smith a souligné que « sa signification historique et sociale était supérieure à sa valeur esthétique ».

 

En réponse, Chicago a souligné que beaucoup de femmes d’origines différentes étaient représentées sur le sol en céramique et que le fait de se concentrer uniquement sur la table revenait à « simplifier l’œuvre à l’extrême et ignorer les standards que mon équipe et moi avons établis, ainsi que les limites auxquelles nous avons fait face ».

 

L’œuvre est encore un sujet de discussion aujourd’hui, mais malgré des lacunes évidentes, elle est décrite par le Brooklyn Museum comme une œuvre importante et emblématique qui a amorcé l’art féministe des années 1970 et du futur. 

Emma Y.V. – DNMADe2JO – Oct. 21

Tsang ne fait pas bonne figure !

Parmi toutes ces fois où vous vous êtes perdus sur les réseaux sociaux, vous avez sûrement déjà croisé ce fameux vase ligoté par un dragon. On a l’impression que se vase est totalement mou. Réalisées en argile cuite et pourtant bien rigide, les oeuvres du célèbre Hongkongai Johnson TSANG se démarquent par leur qualité d’exécution, leur minutie, et l’époustouflante représentation dynamique d’une matière souple, liquide ou fragile.

 

              

            A painful pot / Dragon teapot

 

Pour Tsang, qui est né en 1960 à Hong Kong et qui y vit toujours, la sculpture est le langage par lequel il peut communiquer ses observations du monde. Ses sculptures en porcelaine traitent des relations : celles entre les humains et entre les choses qui les entourent. En fin de compte, ses oeuvres parlent d’amour, même si, à première vue, l’objet ne semble pas évoquer ce sujets. Pour Tsang, l’amour est à la base même des émotions également celles qui sont négatives, telle que la peur.

          

Lucid dream II

 

De nombreuses pièces de l’artiste sont d’élégantes représentations surréalistes de la lutte – la tension d’un bol qui se « liquéfie », ses bords éclaboussants, une personne qui retire son visage comme s’il s’agissait d’une chemise, des bébés en uniforme – des pièces qui posent des questions plutôt que d’apporter des réponses. Et pourtant, il y a de la sérénité, aussi, dans les courbes lisses d’un visage, dans la peinture délicate. Tsang accorde une attention particulière à la qualité de son travail, afin de s’assurer qu’une pièce reflète la vision qu’il avait avant de la créer.

 

     

Réalisation « big fish »

 

 

La première exposition solo australienne de Johnson Tsang, Little World, a eu lieu à la galerie Beinart en mai 2019. Cette exposition, inspirée par l’enfant intérieur qui renseigne une grande partie du travail du sculpteur, a poursuivi l’utilisation de l’expression du visage de bébé dans ses nombreuses œuvres antérieures.

         “bReAK tHE ruLeS »

 

    

 

L’artiste hongkongais Johnson Tsang, qui se fait connaître sur les réseaux sociaux, a déjà remporté de nombreux prix pour son travail, notamment le Grand Prix de la Biennale de céramique de Taïwan de 2012, un Prix spécial du concours international de la Biennale internationale de céramique de Gyeonggi en Corée de 2011, et un Prix pour l’excellence de son travail au concours Tea Ware by Hong Kong Potters de 2007, entre autres. Il a également reçu la mention du secrétaire aux affaires intérieures du gouvernement de la région administrative spéciale de Hong Kong en 2009 pour ses réalisations exceptionnelles lors d’événements artistiques internationaux.

Emma YV – DNMADe1 JO – Avril 21

Plongez dans l’infiniment petit

Sous l’objectif du microscope, les choses les plus banales se transforment en un univers totalement inconnu et chatoyant. Voyagez dans l’infiniment petit, grâce au concours photos organisé par Nikon.

Cela fait 46 ans que le Concours Nikon Small World récompense les plus belles oeuvres photographiées à l’aide d’un microscope (les microphotographies). Celles-ci permettent de distinguer des détails invisibles à l’œil nu dévoilant ainsi des photos colorées par fluorescence qui apportent d’incroyables détails d’inflorescences, de solutions chimiques, d’ailes d’insectes ou de cellules neuronales. Les clichés sont jugés sur leur aspect artistique, leur intérêt scientifique et la technique de photographie en microscopie. Voici les gagnants et les meilleures photos.

                    

  • 5th Place – 2016 Photomicrography Competition, Front foot (tarsus) of a male diving beetle, Dr. Igor Siwanowicz
  • 1st Place – 2019 Photomicrography Competition,Fluorescent turtle embryo, Teresa Zgoda

                           

  •  2nd Place – 2019 Photomicrography Competition, Depth-color coded projections of three stentors (single-cell freshwater protozoans), Dr. Igor Siwanowicz
  • 1st Place – 2017 Photomicrography Competition, Immortalized human skin cells (HaCaT keratinocytes) expressing fluorescently tagged keratin, Dr. Bram van den Broek

            

  • 4th Place – 2011 PhotomicrographyCompetition, Intrinsic fluorescence in Lepidozia reptans (liverwort), Dr. Robin Young
  • 5th Place – 2011 PhotomicrographyCompetition, Microchip surface, 3D reconstruction, Alfred Pasieka

Derrière le concours Nikon Small World, il y a un objectif clairement affiché par les organisateurs : montrer au monde à quel point art et science peuvent être proches. Et avec l’évolution des techniques d’imagerie et de microscopie, les clichés proposés sont de plus en plus créatifs.

Emma Y. V. – DNMADe1 Jo – Février 2021

F*ck race !!!

–    FUCK RACE !!!    –

 

François PIQUET est un artiste français qui vit et travaille en Guadeloupe. Né en région parisienne, il obtient un diplôme d’ingénieur et un DESS en Design Industriel, avant de s’orienter vers le chant, la création musicale, le graphisme et le multimédia. Arrivé en Guadeloupe en 2000, il s’oriente professionnellement vers la vidéo et développe en parallèle sa production plastique, pour une première exposition de peintures en 2005.

 

 

Fuck Race est la première exposition virtuelle 3D en Guadeloupe, organisée par l’agence d’art contemporain Krystel Ann Art, curatrice spécialisée dans les arts de la Caraïbe. Surtout connu pour ses sculptures monumentales, François Piquet a choisi, cette fois, de s’exprimer à travers la technique du dessin. Dans cette série, le plasticien présente une trentaine d’œuvres originales, en couleur et en noir et blanc. Il y présente son interprétation ironique de notre société moderne et les racines  de la vision déformée du concept dit de la « race ».

FUCK RACE présente une série de dessins souvent impertinents et satyriques, prolongement de la réflexion menée suite à son immersion dans un pays où les questions de race sont des tremblements quotidiens. François Piquet questionne autant les discours que les silences de notre société sur des sujets aussi sensibles que l’esclavage, la colonisation, le racisme, la violence… Mais il interroge aussi les préjugés qui en résultent et les ambiguïtés auxquelles lui­-même n’échappe pas. Comment les traiter sans se mettre à la place de l’Autre ? Sans parler en son nom ? Sans dissoudre son propre regard dans les opinions et croyances qui peuplent nos imaginaires et débordent le réel ?

 

On est subjugué par la conceptualisation à la fois simple, artistique et humaniste et on est interpellé par les dessins à l’encre de Chine sur papier, fustigeant la suprématie de races. Piquet est un marteau qui démystifie la « blanchéité » et toute la propagande et les images véhiculées (vikings, personnages religieux, sexuels assoiffés de conquêtes). L’exposition plaisante s’adresse à tous avec un foisonnement d’identités culturelles.

« Je revendique ma production artistique comme étant une expérience de créolisation, que je parcours le long des rhizomes culturels multiples et divers, qui agitent mes identités collectives et individuelles, qui éclairent et déplacent mes rapports au monde.
Notre espace­-temps est un puzzle sans solution dont les pièces ne s’emboîtent pas. Pour espérer échapper aux catastrophes, il nous faut façonner les utopies décoloniales à même d’élaborer de nouvelles formes de sociétés. Je travaille dans le Tout Monde à faire éclore des formes imprévues et directes, des passages pour la Rencontre, des ébauches du Monde­ qui­ vient dont la créolisation est inéluctable. Tout acte de création induit une transformation du monde. Je ne peux envisager l’art sans sa dimension politique, au sens large. Je suis donc intéresse􏰂 par un art qui fonctionne, qui crée du décalage, et qui s’adresse au plus grand nombre. Un art accessible, simple, populaire et humaniste. »

L’artiste vit et crée en Guadeloupe, ce « laboratoire du monde qui vient« . Il fait le pari d’expérimenter artistiquement la « créolisation » d’Edouard Glissant, à travers une création contemporaine populaire et protéiforme, pour replacer l’art dans ses fonctions utopiques et sociales, et mettre en place les conditions de la rencontre.
« Ma pratique artistique est née ici, sur le site de l’ancienne usine Darboussier, en 2007. Je produis un art modelé par le “Tout­Monde », la Guadeloupe et ses problématiques, qui sont mon quotidien. »

« Fuckrace est une série de dessins souvent impertinents et satyriques, qui jouent avec la déconstruction du racisme et notamment des mythes de la suprématie blanche. Après Équation décoloniale présentée en 2019 dans le Pavillon Guadeloupe de la 58e Biennale de Venise, c’est un autre aspect de la réflexion menée depuis un pays où les questions de race sont des tremblements quotidiens. Parce que la décolonisation ne sera pas unilatérale », explique l’artiste. « Il est facile de constater les limites sociales d’un art contemporain très porté sur l’élitisme et le luxe. J’ai choisi d’aller vers une forme plus populaire. »

Emma YVON-VIRAMIN – DNMADe1 Jo – Janvier 2021

« Mille et Un visage… »

Cindy Sherman, est une artiste et photographe américaine contemporaine née le 19 janvier 1954 à Glen Ridge. Elle vit et travaille à New York et est aujourd’hui reconnue comme l’une des photographes vivantes les plus influentes de sa génération. L’artiste est connue pour se mettre en scène dans des œuvres où elle modèle son corps grâce à différents artifices. La cinquantenaire a quelque chose de très singulier : la fantaisie ou l’audace de se métamorphoser et travaille parfois exprès à se ridiculiser. Débordant d’imagination et jamais à court d’idées, c’est avec un second degré qu’elle déconcerte l’œil du spectateur.

Fondatrice de la génération des images ainsi que de la photographie contemporaine et de l’art performance, la petite fille de Long Island est devenue une grande artiste.  Femme habile et séduisante, la signature de Sherman est de se transformer en une litanie de personnages historiques et fictifs, qui franchissent les limites du genre et de la culture. Elle a fait sursauter l’art contemporain lorsqu’elle a publié, en 1977, une série de films fixes sans titre. Fondatrice de la génération des images ainsi que de la photographie contemporaine et de l’art performance, la petite fille de Long Island est devenue une grande artiste.

 

 

 

 

 

D’une photo à l’autre, elle est tout juste méconnaissable. Pourtant, en y regardant d’un peu plus près, quelque chose nous semble familier. Dans le regard, dans l’intention. Il n’y a qu’une seule personne et c’est elle, grimée sous une panoplie d’artifices.

Par le biais de mises en scène, de maquillages et de costumes de cinéma, l’artiste traite chaque photographie comme un portrait, mais jamais comme un portrait d’elle-même. Elle incarne ses personnages même si ce n’est que pour l’image d’elle-même. En présentant la subversion par le mimétisme contre les tableaux des médias de masse et les messages basés sur l’image de la culture pop,  Sherman s’attaque à la fois à l’histoire de l’art et au monde de l’art.

« Je me sens anonyme dans mon travail. Quand je regarde les photos, je ne me vois jamais… Parfois, je disparais. »

Les influences de son œuvre sont nombreuses et se réfèrent à des imageries très différentes, de l’image picturale et cinématographique à l’image de publicité,
de magazine, ou encore à l’image érotique. La femme déclare à propos de son œuvre dont la dimension critique vis-à-vis de la société contemporaine et de
ses différents modes de représentations semble évidente :

« Bien que je n’aie jamais considéré mon œuvre comme féministe ou comme une déclaration politique, il est certain que tout ce qui s’y trouve a été dessiné à partir de mes observations en tant que femme dans cette culture. »

« Vous pouvez être terrifié, crier et vous cacher les yeux, mais vous riez, le pire c’est que c’est tellement exagéré et cathartique d’affronter ces choses qui sont vraiment dérangeantes. Ce n’est pas grave parce que ce sont des faux. Tout est arrangé. Ça fonctionne comme un conte de fées. » Cindy Sherman

En 1985, Le magazine Vanity Fair l’invite à créer une série de photographies basées sur des contes de fées pour enfants intitulée « Disasters and Fairy Tales » (catastrophes et contes de fées) de 1985 à 1989. Ses réponses théâtralement grotesques ont fait imploser les attentes sentimentales et se sont alignées plus
étroitement sur les sombres fantasmes des fables des XVIIIe et XIXe siècles des frères Grimm et Hans Christian Andersen que sur les histoires classiques pour enfants. L’artiste bouleverse le genre féérique et le rend monstrueux. Nous ne sommes plus dans un conte mais bien dans un film d’épouvante.

Les Contes de fées de Sherman invitent à la projection de nos propres souvenirs, fantasmes et cauchemars, ouvrant ainsi la noirceur subconsciente qui se cache derrière les images idéalisées qui envahissent notre vie quotidienne. le travail de Sherman s’est toujours concentré sur la façon dont la femme est représentée à travers différents médias : peintures, publicité, films, etc. En l’occurrence, il s’agit de la représentation du personnage féminin dans les contes de fées classiques.

Pour sa série « Disasters and Fairytales », la photographe va utiliser une grande variété de techniques de maquillage, de masques et de prothèses pour créer une représentation du corps vraiment choquante et grotesque. Joanna Lowry
décrit la collection comme allant vers « … la sombre face cachée de nos fantasmes collectifs, un lieu où les forces d’une sexualité polymorphe débridée et de la violence sont relâchées parmi les jouets de l’imagination ».

Le travail de Sherman s’est toujours concentré sur la façon dont la femme est représentée à travers différents médias : Peintures, publicité, films, etc. En l’occurrence, il s’agit de la représentation du personnage féminin dans les contes de fées
classiques. Des féministes comme Angela Carter ont repris cette idée et ont fait de la déformation du personnage féminin des contes de fées classiques un point central de leur travail.

 

Le personnage de Sherman est paralysé comme un cadavre, les yeux écarquillés vers le lointain. Avec des vêtements humides et boueux et des perles d’eau qui parsèment sa chair, c’est comme si son corps venait d’être rejeté sur le rivage par les
profondeurs. Amplifiant le malaise hitchcockien complexe de ses œuvres précédentes, Untitled #153 entre dans un nouveau territoire fascinant avec une image envoûtante qui à la fois excite, terrifie, provoque et trouble.

Achetée 2,7 millions de dollars en novembre 2010 à la maison de vente londonienne Phillips de Pury&Co, Untitled #153 est l’une des œuvres fondatrices les plus importantes de la carrière de Cindy Sherman. Incluse dans la plupart des expositions phares de l’artiste, elle est l’une des photographies de Sherman les plus acclamées et les plus analysées par la critique. Cinq
exemples de cette édition sont conservés dans des collections institutionnelles réputées dans le monde entier et représentent une contribution majeure à l’histoire de la photographie contemporaine : le Museum of Modern Art, New York ; le Musée d’Art Contemporain de Montréal ; le Museum of
Contemporary Art, Chicago ; le Israel Museum, Jérusalem ; et le Tamayo Museum, Mexico.

Cela réaffirme une fois de plus le thème féministe comme dans les Untitled Film Stills. Il y a un facteur de choc dans l’œuvre, comme on le voit dans la plupart des œuvres féministes. Il amène le spectateur à s’interroger sur ce qui est agréable et ce qui est acceptable. Il se demande en outre pourquoi nous créons ces sentiments négatifs à l’encontre de certaines choses. À un niveau plus profond, elle se demande peut-être pourquoi les femmes sont réprimées, est-ce simplement parce que nous avons une vision prédéterminée de ce qu’une femme devrait être ? Notre vision a-t-elle un sens ?

 

Dans Untitled #153, nous sommes irrésistiblement attirés par un drame captivant et séduits par notre propre lecture de la scène, mais par sa nature même, nous comprenons en même temps la fiction inhérente à ce spectacle captivant.

Il semble que l’artiste essaie de suggérer qu’il y a de la beauté même dans les choses les plus viles. Nous devons tous faire face à ces choses dans le monde, et c’est seulement la perception que nous nous imposons qui les rend viles à nos yeux.

Le travail de Sherman s’est toujours concentré sur la façon dont la femme est représentée à travers différents médias : peintures, publicité, films, etc. En l’occurrence, il s’agit de la représentation du personnage féminin dans les contes de fées
classiques. Des féministes comme Angela Carter ont repris cette idée et ont fait de la déformation du personnage féminin des contes de fées classiques un point central de leur travail.

Chromogenic color print

Dimensions: 170 cm × 120 cm

Corrompant sa propre apparence au-delà de toute reconnaissance, Sherman a ici mis en scène l’imagerie
éblouissante des films d’horreur à petit budget – à la fois séduisante et bouleversante.