Le covid… Source d’inspiration ?

Souvenez vous ! Pendant les temps forts de la pandémie de coronavirus, la grande majorité du monde fut confinée, les grandes villes se retrouvaient alors désertées. De nombreuses photos troublantes ont circulé, montrant des rues de grandes métropoles totalement vides. Les œuvres de l’artiste dont je vais vous parler aujourd’hui m’évoquent directement cette période. En effet, dans cet article nous allons passer au peigne fin le travail de Rumi Ando.

Cette photographe casse les codes de son domaine en ne s’intéressant pas à la foule ou encore aux couleurs vives. Le principe même de son expression artistique est de représenter les formes géométriques qu’on retrouve dans les rues de Tokyo avec des couleurs très pastels qui rendent la scène plutôt inquiétante. Ici le pastel ne semble étonnement pas nous communiquer une idée d’innocence. Bien au contraire…

Pour renforcer cette idée de photographie angoissante, l’artiste supprime les habitants, les panneaux publicitaires, les pylônes électriques, les portes et les fenêtres. Un décor presque post apocalyptique qui attire notre attention sur la déconnexion sociale présente au sein de cette ville. Le plus beau dans tout ça ? C’est que ces œuvres à la vision dystopique de nos métropoles ont été réalisées AVANT la pandémie. Un coup de génie ? Peut être.

On peut remarquer que cette artiste semble appartenir au surréalisme. Ce mouvement artistique a pour but de redécouvrir une sensibilité perdue, de retrouver les facultés humaines annihilées, réprimées par des siècles de civilisation et d’accéder à un univers régi par le merveilleux, l’imagination, le rêve et l’amour. Quoi de mieux que de supprimer directement à la source le problème ? L’artiste nous fait réfléchir. A-t-elle voulu supprimer toute forme de vie en ne laissant que les créations humaines pour dénoncer un sentiment d’oppression ? Une autre hypothèse plus probable : L’artiste dénonce l’évolution de la société qui tend à être de plus en plus asservie par internet, et qui peut à peu nous isole de nos congénères réels. Faut-il s’inquiéter d’un avenir urbain qui pourrait conduire à une distanciation sociale volontaire, ou ne voir que la dimension sereine, paisible, qui se dégage de ces photographies ? Suite aux récents évènements sanitaires cette question est d’autant plus renforcée.

Eve BIELHER – DNMADe1 Ho – Avril 2022

Art savant ou art populaire ?

Le pop art

Histoire Design : Le Pop Art - Atelier Germain

Mouvement de création plastique essentiellement anglo-américain, le pop art présente des compositions artistiques faites à partir d’objets du quotidien. En effet « pop » est tout simplement l’abréviation du terme « popular » qui désigne donc le terme « populaire ».  

Eduardo Paolozzi,1947, I was a Rich Man’s Plaything

Contrairement à ce qu’on pourrait croire ce n’est pas aux Etats Unis que naît le pop art mais en grande Bretagne. Le Groupe Indépendant (IG) apparait à Londres en 1952, il est considéré comme le précurseur du Pop Art. Ce groupe était composé des peintres Paolozzi et Hamilton, ainsi que du couple d’architectes Smithson et du critique d’art Lawrence Alloway.  Eduardo Paolozzi a initié ce courant en présentant lors de la première réunion de l’IG une série de collages composés d’objets trouvés et intitulés « superposés ». Il s’agissait de publicités, de personnages de bandes dessinées et de couvertures de magazines. La première œuvre d’art à inclure le mot « Pop » est d’ailleurs un collage d’Eduardo Paolozzi de 1947 : « I was a Rich Man’s Plaything » [J’étais le jouet d’un homme riche]. Dans cette œuvre, un nuage de fumée sur lequel le mot « Pop» a été écrit sort d’un revolver. Le titre est très provocateur car ce sont essentiellement des collectionneurs riches qui achètent ce genre d’affiches. Le groupe poursuit ses provocations en sortant une série de collages ou le mot « bunk » est retrouvé. Bunk, signifie en anglais « foutaise », le message est clair :l’histoire c’est de la foutaise, il faut vivre le moment présent, et à partir de là, le pop-art était lancé.

Bunk collages, Edouardo Paolozzi

 Ce mouvement est étroitement lié avec la croissance économique du monde occidental après la seconde guerre mondiale. En effet, dans cette période les privations et les traumatismes de la guerre laissent place à une vraie frénésie commerciale et donc à une production d’images de communication de masse. Le pop-art se singularise alors sous trois aspects : c’est un art urbain, d’inspiration industrielle et voué au culte du présent. Urbain parce qu’ils visent les grandes métropoles en proie au développement constant et d’inspiration industrielle parce que ses inspirations proviennent des marchandises produites en masse et des médias (la presse à grand tirage, la radio la télévision…). Ses « sources » ont toutes en commun cette dépendance à la publicité. On retrouve donc dans ce mouvement des couleurs vives issues de ces médias. Enfin, le pop-art est voué au « culte du présent » parce qu’il est indifférent au passé et à l’histoire récente. Il est de plus profondément laïque ce qui le distingue des arts et des traditions populaires ou même du folklore souvent lié à la religion ! C’est donc un art sans regard en arrière, qui n’est pas mélancolique d’une période révolue ou à venir sur la terre comme au ciel. 

 Mais alors comment sommes-nous passé du tableau néoclassique représentant les aventures des héros romains à un tableau aux couleurs vives, repris dans des publicités ?

Crying girl de Roy Lichtenstein. Cet artiste est réputé pour son style cartoon à « pois »

 L’art entretient depuis longtemps des liens avec la culture populaire, notamment avec des représentations de la vie courante (les tableaux de Gustave Courbet en témoignent). C’est aux alentours des années 1870 que l’art s’intéresse aux conditions de vie moderne notamment celles des classes les plus modestes. Dès le début du 20 siècle siècle, le mouvement cubiste rentre en jeu et c’est à cet instant qu’on retrouve des morceaux de journaux dans des œuvres. Vient ensuite le dadaïsme et le surréalisme qui amplifient cette idée de s’intéresser aux objets du quotidien.

Le pop-art c’est aussi le superficiel, le rêve américain car pop c’est le bruit d’un bouchon de champagne.  C’est aussi le bruit d’un pistolet silencieux qui essaie peut-être de nous dire que cette production en série nous tue silencieusement ?

Eve B. – DNMADe1Ho – Février 2022

Le vampirisme… mythe ou légende ? Méfiez-vous de la littérature !

Aujourd’hui nous n’allons pas passer par quatre chemins : Le vampirisme est bel et bien une légende.

Pourquoi ? Parce qu’avant d’être un roman de Bram Stocker, avant de devenir une histoire qu’on raconte au coin du feu et avant d’être un film à l’eau de rose que Clara, 12 ans, regarde avec adoration, le vampirisme est une maladie appelée la protoporphyrie érythropoïétique.

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Dracula par Bram Stoker

Les porphyries constituent un groupe de huit maladies héréditaires du sang qui se présentent sous des formes différentes. Ce sympathique groupe au nom barbare qualifie les pathologies présentant un défaut de l’heme. L’heme permet de fixer le fer dans l’hémoglobine (hémo: le sang). L’hémoglobine est une protéine qui transporte l’oxygène dans le sang. C’est la liaison entre l’heme et le fer qui donne au sang sa couleur écarlate.

La couleur du sang

C’est bien beau tout ça mais quel rapport avec ces êtres au teint pâle, craignant la lumière ?

TOUT !  Les personnes porteuses de la protoporphyrie érythropoïétique sont anémiées. Elles ont donc le teint très pâle et  une peau extrêmement sensible à la lumière. Et oui ! Si l’heme ne parvient pas à fixer le fer, le sang n’a pas sa caractéristique rouge vif ! Dans le cas de nos vampires du dimanche, leur protoporphyrine IX s’accumule dans les globules rouges. Si on expose  la protoporphyrine IX à la lumière, elle produit des molécules qui endommagent les cellules autour. Les malades se retrouvent littéralement brûlés, présentent des gonflements, des cloques… En résumé, pour eux l’enfer est bien sur terre. Ces  réactions sont très violentes bien que cela soit loin de notre traditionnel tas de cendre romanesque.

Même un jour nuageux, il y a suffisamment d’UV pour provoquer chez les malades des cloques et une défiguration des parties exposées.»                         Affirme le Dr Barry Paw, de la division hématologie/oncologie du Boston Children’s Hospital

Mais alors que faire pour traiter cette maladie ? Des transfusions sanguines !

Les patients voient leurs états s’améliorer lorsque ceux-ci reçoivent du sang riche en heme et en fer…Ce moyen de guérison a dû activement participer à l’élaboration de notre légende. En effet, les malades devaient probablement se procurer par un moyen ou un autre du sang afin d’avoir une vie un peu moins pénible (ou juste pour rester en vie haha). De plus, à cause des rayons UV ceux-ci ne pouvaient vivre que la nuit ! Le reste vous vous en doutez bien… L’humain s’en est chargé ! «  Ce sont des monstres qui dorment dans des cercueils et qui se transforment en chauve-souris ». Aujourd’hui (enfin j’espère), on trouve ces histoires bien farfelues et pourtant on oublie souvent que par définition, une légende est basée sur des faits réels !  

Et maintenant, si je vous dis loup garou?

L’exemple des vampires ne vous a pas convaincu ? Pas de problème. Pour finir ce petit article , je vous ai déterré une  maladie derrière les lycanthropes. C’est tout simplement l’hypertrichose ! Souvent confondu avec l’hirsutisme, cette maladie provoque une pilosité extrême recouvrant tout le corps de l’individu. Les pauvres gens étaient obligés de se cacher et vivaient la plupart du temps rejetés par la société tant ils étaient craints par l’ignorante plèbe. C’est pourquoi,  une fois encore une légende a pu faire son apparition. Vous connaissez la recette on rajoute un peu de pleine lune, un peu de surnaturel et on a une bonne raison de rejeter l’inconnu. De plus, ces croyances ont été renforcées à l’apparition des « zoo humains » étant donné que de nombreuses personnes atteintes de l’hypertrichose y ont été exposées.

**Petit rappel, les zoo humains ont fait fureur au 19 siècle  !!! Plutôt récent non?:'(

Pour conclure, je vous invite à faire la parallèle entre la littérature et la science. Bien souvent on pense faire face à une histoire des plus insensée et finalement on se retrouve face à une explication des plus fondée… 

Eve B. – DNMADe14HO – Déc. 21

Faut-il brûler le Louvre ? La Joconde nous répond !

Faut il brûler le Louvre… C’est la question posée aux artistes en 1919 par la revue d’avant-garde « L’esprit nouveau ». Derrière son masque de provocation elle interroge les artistes sur le passé et les traditions.

Et oui ! Faut il se détacher du passé encombrant et asphyxiant ou le considérer comme inspirant ?  De nombreux illustres artistes comme Courbet, Pissarro, Cézanne, Marinetti ont exprimé leur envie de brûler le Louvre. Une longue liste, à tel point que l’on peut se demander s’il ne s’agit pas d’un mythe destructif, un passage obligé de l’avant-garde, de la même manière que les compositeurs brûlent une de leur partition durant leur jeunesse.

Pour avoir un autre son de cloche, il était tentant de poser cette même question cent ans plus tard aux Streets artistes qui parcourent les rues à coup de bombes de pochoirs et autres outils d’expressions. Ont-ils réussi à rebondir sur les « œuvres anciennes » pour en créer des nouvelles? La réponse est oui. En effet, le street art puise dans un  large répertoire d’image allant de la culture pop à la peinture la plus classique , dont un grand nombre est conservé au Louvre. Notamment la Joconde. Cette peinture d’une femme au regard presque effronté nous en fait voir de toutes les couleurs ! Voici donc une petite compilation des détournements les plus connus de cette œuvre emblématique. Est-ce encore une occasion pour la Joconde de faire parler d’elle ? Evidemment. Suis je jalouse ? Absolument !

Trêve de plaisanterie, attaquons les choses sérieuses. Ci-dessous vous découvrirez l’œuvre de Jo Di Bona. Très coloré et bourrée de clin d’œil à la culture pop, c’est l’exemple parfait pour nous montrer qu’on peut créer quelque chose de très décalé avec un élément classique.

« Chaque artiste a envie de prendre une œuvre capitale comme la Joconde pour en faire sa propre histoire »

Cette phrase de Jo di Bona, street artiste, nous montre qu’il est intéressant de s’inspirer du « vieux » pour créer du « neuf ». 

Jo Di Bona, Peanuts Mona

Mais comment parler de détournement de la Joconde sans parler de celui de Marcel Duchamp ? Le célèbre père du mouvement dada avait pour but de bouleverser les foules, tout le monde connait son urinoir…  Mais l’œuvre qui va nous intéresser vous vous en doutez… C’est celle ci dessous. Je vous conseille de bien lire les lettres en bas du tableau. Très provocateur Marcel Duchamp attire notre attention sur la question du  » genre ». Un fait d’actualité. Comme quoi, parfois, l’ancien influence le nouveau et lui donne des ailes.

L.H.O.O.Q.", une "Joconde" de Marcel Duchamp vendue 631.500 euros chez Sotheby's
LHOOQ, par Marcel Duchamp

Pour continuer dans cette ambiance d’humour potache, passons du constat à la démonstration avec la « Moona Lisa » de Nick Walker.  Son œuvre mi trivial mi érotique fait référence à la Vénus Callipyge , cette célèbre statue antique qui soulève son « péplos » laissant échapper… Sa lune !

Nick Walker | Mona Lisa (2006) | Artsy
Nick Walker, MOOna Lisa

« J’essaie  d’injecter un peu d’humour ou d’ironie dans certaines  peintures, histoire de dérider les murs »

On découvre que Nick Walker se sert de la notoriété d’œuvre antique pour véhiculer ses messages enveloppés dans un humour décalé. 

Toujours dans l’esprit du dadaïsme, nous allons cette fois nous tourner vers la « Pixeleted Mona Lisa with Deconstructured Donald Duck » d’Ozmo. Usant de bombes aérosols et de peinture acrylique, Ozmo nous donne l’impression que la Joconde est en cours d’achèvement d’un point de vu numérique en totale négation avec le travail manuel de l’artiste. Ainsi il remet en question la tradition de la peinture classique. Il interroge les différentes techniques artistiques mais aussi iconographiques en citant deux célèbres icônes diamétralement opposées de notre culture occidentale.

Léonard de Vinci version Art urbain s'expose sur la péniche Fluctuart
Pixeleted Mona Lisa with Deconstructed Donald Duck

 

Pour finir ce petit récit spécial Joconde intéressons-nous à une œuvre du célèbre Banksy.  Celui-ci a pris au pied de la lettre ce qui fait la notoriété de la Joconde, à savoir son sourire. Il « se contente » donc de remplacer le visage de notre star  par un smiley en respectant la technique « sfumato » empruntée à la renaissance italienne.  Ce qui fait l’œuvre ici c’est la performance de Banksy  qui consistait à aller l’accrocher furtivement au Louvre, en 2004. Le concept d’œuvre  d’art urbain se manifeste ici par la provocation, l’humour et la contextualisation de l’œuvre dans ce qui est le temple de l’art.

« il faut investir le Louvre et non pas le brûler! « 

Banksy

Banksy-louvre-monalisa-octobre-2004 - Artistikrezo
Mona Lisa smiley, Banksy

Et vous ? Seriez vous capable de brûler le Louvre  🙂 ?

Eve Biehler – DNMADE1 Jo – Oct 21