Alpine x Arne quinze

Entre sport automobile et art contemporain

A110 Metamorphosis, Alpine x Arne Quinze, 2023.

Vous connaissez très certainement le constructeur automobile Alpine représenté notamment en Formule 1 par Esteban Ocon et Pierre Gasly. Mais l’histoire d’Alpine débute en réalité 33 ans plutôt avec Jean Rédélé, concessionaire Renault, qui se lance dans l’aventure des rallyes en 1952 en participant au Mille Milles sur une Renault 4CV. Petit à petit il effectuera de nombreuses autres courses et réalisera ses meilleures sur les piste sinueuses et entrelacées des Alpes. En référence à ces épreuves, ses automobiles se sont appelées « Alpine ».

« C’est en sillonnant les Alpes à bord de ma 4 CV Renault que je me suis le plus amusé. j’ai donc décidé d’appeler mes futures voitures, Alpine. Il fallait que mes clients retrouvent ce plaisir de conduire au volant de la voiture que je voulais construire »

Jean Rédélé, fondateur d’Alpine.

En 1955 est alors fondé Alpine, basé sur trois piliers : agilité, élégance et esprit de compétition.
En 1973, Alpine devient le premier constructeur sacré Champion du Monde des rallyes.

La légende Alpine est née.

Alpine A110, 1962.
Alpine GTA, 1982.
Alpine A110, 2017.
Alpine Alpenglow, concept.

Vous allez me demander où se trouve l’art dans tout ça ? Même si le lien entre sport automobile et art ne parait pas simple à faire j’aurais pu vous parler du design et des courbes fluides et agréables réinterprétées par Antony Villain, directeur design Alpine depuis 2012. Mais je vais plutôt vous présenter l’étonnante collaboration entre le constructeur automobile et l’artiste Arne Quinze.

Qui est Arne Quinze ?

Arne Quinze est un artiste contemporain belge. Son travail passe de petits dessins et peintures, aux sculptures de taille moyenne, jusqu’aux installations massives. Il a commencé sa carrière dans les années 1980 en tant que graffeur, pour évoluer du Street Art à l’Art Public avec des thèmes récurrents comme l’interaction sociale, l’urbanisation et la diversité.

 » Des villes comme des musées en plein air – cela ressemble à un rêve idéaliste, mais je m’efforce de réaliser ce rêve. Se confronter chaque jour à un public entouré d’art. L’art a une influence positive sur les gens et leur développement personnel: il élargit leurs horizons et les rend plus tolérants envers les différences de la société. »

Arne Quinze.

En 2006, il réalise la gigantesque construction en bois intitulée Uchronia pour le festival Burning Man dans le desert du Nevada. Monumentale à tous les aspects cette oeuvre permettra à Arne Quinze de se faire connaitre et reconnaitre en tant qu’artiste.

Uchronia, Arne Quinze, 2006.

À l’heure actuelle, beaucoup de ses installations sont considérées comme des points de repère qui présentent une dynamique différente pour le développement urbain : à Paris, Shanghai, Beyrouth, Washington DC, Bruxelles, Mumbai, Sao Paolo,… Quinze intervient dans les villes depuis plus de 25 ans.
Parallèlement à ses installations de bois et de métal, il est également peintre. Très attaché à la nature il représente constamment les paysages de son jardin par des touches aux allures impressionnistes, dont on pourrait y prêter des airs de Monnet, mais également colorés et d’une sensibilité touchante.

Série Ipomoea, Arne Quinze, 2023.

Alpine x Arne Quinze, A110 Metamorphosis

Alpine et Arne Quinze se sont donc rencontrés autour d’un concept, à l’occasion d’Art Paris 2023.


Alliant art contemporain et automobile cette sculpture reprend la mythique Alpine A110 totalement dépouillée pour en faire une oeuvre à part entière, intitulée Alpine A110 Metamorphosis. Cette sculpture nous offre alors une oeuvre d’art en mouvement, où Quinze parvient à capter avec justesse la sensation de vitesse et de flou qui accompagne une course automobile, créant une harmonie entre la voiture et la nature. Il recherche ainsi l’équilibre parfait entre l’expression de la fragilité et de la puissance de la nature mis en regard avec la technologie automobile. Pour lui, les formes organiques de la nature sous-tendent les développements aérodynamiques et technologiques contemporains.

« Cette œuvre est le fruit d’un dialogue passionnant avec Alpine pour imaginer une forme inédite qui représente ce qui symbolise pour moi la magie de la course : la vitesse et la fusion entre le pilote et sa voiture, entre l’homme et la technologie, entre la vitesse et la nature. Je suis convaincu que c’est en regardant la nature que l’on trouve les solutions plus techniques, c’est ce que j’ai voulu représenter ici. »

Arne Quinze.

Par ce projet, Arne Quinze veut exposer cette puissance naturelle et organique sous-jacente de la technologie des voitures de course combiné à la vision de l’avenir et de son développement. Pour lui, l’utopie est de glisser dans les airs, sans roues, et ce aussi vite que la lumière.

« Arne Quinze a su faire dialoguer la technique et la création dans une art car sensationnelle qui nous emmène dans un futur fantasmé. Son œuvre résonne avec notre ambition, créer une voiture ne faisant qu’un avec le mouvement »

Laurent Rossi, CEO d’Alpine.

Eve LACROIX – DN MADe 1 Jo – Avril 2023

L’Orient-Express, le retour d’un mythe

L’histoire de l’Orient-Express débute en 1867 lorsque Georges Nagelmackers, un jeune ingénieur belge quitte son pays pour rejoindre les Etats-Unis à la suite d’un chagrin d’amour. Fasciné par les chemins de fer et les voitures-lits, c’est à son retour en Europe qu’il concrétisera le projet de sa vie : créer une ligne ferroviaire luxueuse en direction des Portes de l’Orient.
C’est ainsi qu’un train mythique voit le jour. Un mythe qui débutera en 1883 à Paris, gare de l’Est.

L’orient-Express, 1883

Le 4 octobre 1883, l’Orient-Express et ses quarante passagers quittent Paris pour rejoindre Constantinople. Le voyage dure 7 jours (aller-retour), ce qui est pour l’époque une réelle avancée qui bouleversera la notion de voyage et ouvrira la société à de nouvelles perspectives.
Ce train connaitra un énorme succès jusqu’en 1977. Le développement du marché aérien fragilisera et aura raison de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits qui se verra contrainte de vendre la plupart de ses voitures.

Au fil du temps, ce train deviendra une référence culturelle et artistique incontestable.
Symbole intemporel de l’art du voyage à la française, il constituait l’un des joyaux du patrimoine ferroviaire français.
De nombreuses personnalités voyageront dans ses couchettes comme notamment l’actrice américaine Marlene Dietrich, le roi Ferdinand de Bulgarie, Léon Tolstoï ou encore Lawrence d’Arabie. Ce sont toutes ces célébrités influentes de l’époque qui ont permis à l’Orient-Express de s’inscrire dans l’histoire, mais pas seulement.
Le mythe s’est aussi construit autour de la littérature et du cinéma. L’Orient-Express est une source d’inspiration inépuisable et ses lignes seront retranscrites dans une multitude de films, romans, bd, etc. Ainsi trois romans de la britannique Agatha Christie qui s’y déroulent deviennent rapidement cultes et inspirent par la suite de nombreuses adaptations cinématographiques.

Surnommé « Le roi des trains, le train des rois », c’est grâce à son élégance que le train a connu un si grand succès. Ce train qui conjugue à la fois innovation et raffinement est pourvu de ce qui se fait de plus moderne pour l’époque et son aspect luxueux souligné par des détails pointilleux et des matériaux d’exception (draps en soie, marbre, coupes en cristal et couverts en argent) ravie les voyageurs.
En 1920, la Compagnie Internationale des Wagons-Lits fait appel au Maître verrier René Lalique et au décorateur René Prou pour aménager certaines voitures en créant de véritables chefs d’œuvre de raffinement et de luxe à la gloire de l’Art déco. Il devient ainsi un terrain d’expression pour l’Art.

En 2016, un nouveau chapitre s’ouvre pour le mythe qui semblait pourtant appartenir au passé. L’Orient-Express révèle une nouvelle ligne esthétique à la Foire Internationale d’Art Contemporain (FIAC) dans une collection d’objets de voyage. Soucieux de leur héritage, ses objets se veulent élégants et contemporains.
En 2022, l’histoire du train né d’un rêve poursuit sa route et voit de nouveau le jour sous les traits de Maxime d’Angeac.

Maxime d’Angeac, 2022

Maxime d’Angeac est un architecte français passionné d’histoire. Fasciné par tous les mouvements artistiques de la Renaissance à l’art déco, il réalise en collaboration avec Joseph Hilton McConnico (designer et artiste américain) depuis vingt ans des projets de restauration et de décoration prestigieux pour Hermes ou encore Guerlain dans la somptueuse boutique des Champs-Élysées.
Amoureux de voyages et de littérature, il puise dans « l’ancien temps » pour parvenir à allier élégance, raffinement et modernité tout en préservant l’héritage et le patrimoine du lieu. Passionné de lecture se retrouvent également dans sa bibliothèque des ouvrages de Henry Miller, Agatha Christie, ou encore le livre Wagon-Lit de Joseph Kessel. Des références qui l’amènent comme par fatalité à l’Orient-Express.

Le projet de l’Orient-Express était de recréer dix-huit wagons, non pas identiques à ceux de l’Orient-Express original, mais plutôt de recréer son ambiance et son prestige, version XXIe siècle.
La Voiture-Bar prend alors place sous de larges coupoles de luminaire dans un style Second Empire aux allures chaleureuses et intimes ravivées par quelques touches de vert. Le bar est quant à lui entièrement fait de verre en clin d’œil intelligent à Lalique.
Dans les suites, les murs sont recouverts de bois précieux et de cuir pour une ambiance encore plus chaleureuse. Les têtes de lits sont ornées de broderies de bois nappées de perles de nacre et de bronze. Des niches laissent même apercevoir des panneaux de Lalique « Merles et Raisins » récupérés du Nostalgie-Istanbul-Orient-Express. Et dans chaque voiture apparait un symbole récurrent, celui du cercle, porteur de douceur et d’harmonie choisi par Maxime d’Angeac pour casser la rigidité et les lignes du train.

Le charme du passé conjugué au présent, soulignent un savoir-faire français d’exception.

Même si la finalisation du projet semble encore loin, les visuels séduisants nous permettent de patienter jusqu’à la mise en service prévue pour 2025.

Toutefois la réhabilitation de L’Orient-Express est loin d’être le seul projet en cours. L’Orient-Express compte bien élargir un peu plus ses horizons en créant une ligne d’hôtels, un tout nouveau train, l’Orient Express La Dolce Vita, qui traversera l’Italie ainsi qu’un voilier, l’Orient Express Silenseas qui voguera sur les plus belles mers du monde.
À travers ces trois nouveaux projets l’Orient-Express se fixe pour ambition d’associer l’amour du voyage au luxe. En collaboration, une nouvelle fois, avec les meilleurs artisans, ses esquisses promettent une excellence propre à l’Orient-Express.

L’Orient Express Silenseas

Si le sujet vous a intéressé, je vous propose d’aller visiter le site de Maxime d’Angeac, pour en prendre plein les yeux en cliquant sur ce lien : https://www.maximedangeac.com/projets/ , ou de vous immerger dans l’ambiance de l’Orient Express en regardant cette vidéo :

Orient Express Revelation: The New Orient Express Train

Eve, L – DNMADE1 Jo – Février 2023

The Line, utopie ou dystopie ?

Certains projets architecturaux, apparaissant comme futuristes, ne semblent être qu’une idée lointaine, dont on doute qu’elle aboutira un jour. Ce n’est pourtant plus le cas pour The Line, qui a vu ses travaux débuter début octobre 2022.

Vue satellite de l’excavation en cours, octobre 2022.

The line est un projet saoudien de ville écologique, qui se veut atteindre zéro émission de co2 et utiliser uniquement des énergies renouvelables pour son fonctionnement. Prévue pour accueillir près de 9 millions d’habitants, cette ville deviendrait la plus densément peuplée avec près de 260 000 personnes au km2, juste devant Manille aux Philippines, pourtant 6 fois moins élevée en densité. Située dans la region de Tabuk et allant jusqu’au golf d’Aqaba, cette ville en plein désert contiendra végétation luxuriante, logements de luxe, terrains de foot, taxis volants ainsi qu’une station d’altitude destinée à accueillir les Jeux Olympiques asiatiques 2029 pour un montant total minimal estimé à 200 milliards de dollards (les estimations les plus hautes penchant plutôt pour 1000 milliards ¨!). En bref, l’Arabie Saoudite compte bien en mettre plein la vue pour assurer son avenir économique après pétrole.

Cependant ce projet pharaonique qui annonce une multitude d’innovations techniques et écologiques est en réalité tout autre.

En effet, pour réaliser The Line, l’Arabie Saoudite fait face à un problème. Le territoire prévu pour le projet est occupé par des tribus autochtones. Il faut donc impérativement les déplacer et peu importe si les autorités doivent recourir à la violence. C’est d’ailleurs comme cela que les tribunaux d’exception ont condamné à mort trois dirigeants et à 50 ans de prison cinq représentants de Howeitat, l’une de ces tribus. Et pendant que la population pauvre se voit expulser, les grandes fortunes en profitent. Le journal Wall Street a dévoilé les rémunérations faramineuses obtenues par les plus haut cadres du projet. Et ce n’est pas très étonnant que l’on découvre que ceux-ci ne sont pas des grandes fortunes saoudiennes, mais bien des Occidentaux comme Peter Terium ancien carde de RWE (societé allemande d’énergie), Tim Shorrocks ancien d’Amazon, et bien d’autres.

Sur le plan humain et écologique se trouvent bien d’autres problèmes. Un exemple très récent a pu nous mettre en aletre sur les conditions de vie des travailleurs, en effet, il est question de la coupe du monde au Qatar et ses 7 mille employés décedés au cours de la construction des stades. On peut très facilement imaginer qu’il sera de même avec ce projet, voire pire. Le chantier est plus long et en plein désert, ce qui est encore plus difficile qu’au millieu de Doha. Mais bien sur cela ne relève encore que de suppositions.

Du point de vue environnemental, pour un projet qui se veut entièrement écologique nous sommes plus proches du greenwashing. Les moyens mis en oeuvre pour construire ce projet sont si considérables que l’aspect « écologique » affiché pour l’après ne représenterait rien. La faculté d’architecture de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud en Australie estime pour la construction un coût écologique à environ 1,8 milliard de tonnes de CO2, soit 4 fois plus que la production du Royaume Uni en un an. Et en plus de l’impact écologique, c’est la faune local qui se verra impactée. Que ce soit pour les oiseaux migrateurs de la Mer Rouge qui ne verront pas cet immense mur de verre de 500 mètres de haut ou pour les animaux au sol qui ne pourront pas le contourner.

Alors certes, ce projet est une réelle prouesse architecturale qui tente de s’immiscer au sein de l’environnement local par des jeux de reflets mais les enjeux humain, écologiques et économiques sont bien trop importants. Et ne semblent pourtant pas alerter les promoteurs saoudiens guidés par la folie de l’avant-gardisme.

Si vous voulez en savoir un peu plus sur ce projet, n’hésitez pas à cliquer ici pour visionner une analyse vidéo.

Sources :

  • Neom
  • Radio France
  • Le Monde
  • Siècle Digital
  • Numerama

Eve Lacroix – DNMADe1 Jo – octobre 2022