Un voyage subtil…

C’est d’un film très atypique dont j’ai envie de parler cette fois. A la fois émouvant, profond et poignant, il m’a transportée dans un univers poétique et singulier.

L’histoire débute inexplicablement en pleine mer, par une nuit d’orage. Une silhouette frêle se débat, violentée par de gigantesques vagues, et finit au petit matin échouée sur une plage. Seul sur l’île, le personnage explore les lieux, découvrant le goût des fruits, la force brutale de la pluie tropicale et les difficultés de la vie en autarcie.  Rapidement, l’homme se met à l’ouvrage et construit un radeau en bambou. Il embarque à bord, le radeau glisse vers le large, et, alors que tout semble aller pour le mieux, sa tentative d’évasion est soudainement anéantie par une mystérieuse créature insaisissable… Il se remet à l’ouvrage, mais se confronte pourtant à la même situation encore, et encore. Alors qu’il est à deux doigts d’abandonner, il se retrouve nez à nez avec son adversaire…
Une splendide tortue rouge.

En 2016, ce film d’animation de Michael Dudok de Wit fait une entrée fracassante au festival de Cannes. Il parvient à nous embarquer dans cette histoire captivante par sa simplicité narrative, par la qualité des images et la beauté du récit. L’immersion en est totale : comme dans une bulle, nous partons à la découverte de ce personnage intriguant, et sommes plongés dans les émotions et les sensations de l’histoire.

Ce film dépourvu de paroles, nous montre avec finesse ce qui n’est pas percevable par les mots, et nous ramène à l’essentiel. Parfois la parole peut être une barrière plus qu’un moyen d’expression ; elle n’est pas toujours utile à la compréhension d’un individu. Il n’y a plus que nous et la nature. Finalement, la parole serait ici dénuée de sens. On y découvre alors une nouvelle manière de rencontrer, de vivre, et d’apprécier ; hors du temps, face à la vitesse de nos vies connectées.

La beauté établie dans la relation entre l’homme échoué et le nouveau personnage est développée avec poésie et douceur. L’absence de mots ajoute une atmosphère unique et plus personnelle. Ce lien exceptionnel aborde les sentiments d’une manière très singulière : on ressent que derrière tout animal, il y a une âme, des perceptions, et de l’intelligence.

La proximité qu’ont les personnages avec la nature amène également à revoir le lien que notre société entretient avec elle et à mieux la considérer. Ici, la préserver et vivre plus proche de ce qu’elle nous apporte en privilégiant les circuits courts est essentiel pour revenir à la source de notre existence. Les dessins d’animations sont réalisés à la main ce qui procure des traits plus fluides et doux pour le déroulement et la construction de l’histoire.

De plus, ce film représente de façon délicate les différents cycles de vie de l’être humain ; les cycles de la naissance, de la mort et de la renaissance. Un chef-d’œuvre d’une simplicité brillante et d’une profondeur perspicace, pourvu de sensibilité et de sagacité.

Si vous souhaitez découvrir l’évolution et la transformation de ce personnage si mystérieux dont je ne vous ai volontairement pas parlé, je vous recommande de tout cœur ce film d’animation bouleversant aux messages saisissants.

Louison JACQUOT – DN MADe 2 – Décembre 2021

Un génie sans cerveau ?

Présent sur Terre depuis près d’un milliard d’années…
Ni animal, ni plante, ni champignon…
Un
 des êtres vivants les plus primitifs et des plus simples avec son unique cellule…
Vous l’avez ?

LE PHYSARUM POLYCEPHALUM.

Quoi, vous ne le connaissez pas ? C’est peut-être parce qu’on l’appelle plus communément le « blob ». Cet organisme passionne les chercheurs. Thomas Pesquet, célèbre spationaute français, en a même glissé dans ses bagages pour l’ISS afin d’étudier son comportement dans l’espace.

Sa première apparition dans les médias se déroule dans les années 70 au Texas. Une dame trouve dans son jardin un drôle de mélange entre une omelette et ce que l’on pourrait qualifier de cookie jaune… En essayant à plusieurs reprises de le retirer de son jardin, les résultats n’en sont que peu concluants : il double de volume à chaque tentative, jusqu’au jour où il disparaît mystérieusement. Dans les journaux, on en vient jusqu’à parler d’extraterrestre… Intriguant non ? Pas tellement quand on voit l’image qui en est faite par la suite. En 1988, dans « The Blob » de Chuck Russel, un monstre gluant venu tout droit de l’espace s’incrustant par les interstices de votre cinéma, inspire à un film d’horreur et de science-fiction. Pourtant, ce n’est pas exactement l’idée qu’en a Audrey Dussutour…

Cette scientifique française est chercheuse au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) à Toulouse, spécialiste des fourmis et des organismes unicellulaires, coéditrice de revues scientifiques et aussi l’heureuse auteure du livre « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Blob sans jamais oser le demander ». C’est une grande passionnée du blob !

Mais c’est quoi exactement le blob au fait ?

Pour être plus précis, il faut faire un tout petit peu de biologie, rien de bien méchant ne vous inquiétez pas ! Voici la carte d’Audrey Dussutour des « eucaryotes ».
Ce sont des organismes dotés d’un noyau qui renferme l’information génétique. Tout comme nous faisons partie du règne des Animaux, de la classe des Mammifères, et de l’espèce Homo Sapiens Sapiens, le Blob fait parti du règne des Amibozoaires, de la classe des Myxomycètes et de l’espèce Physarum Polycephalum (là, vous l’avez !). Il est apparu il y a environ 1 milliard d’années, bien avant le champignon, datant d’il y a 800 millions d’années, et les premiers animaux ressemblant à des hominidés, il y a 6 millions d’années. Il peut être de plusieurs couleurs et déteste la lumière. Il vit dans la nature souvent sur les écorces d’arbre humides, se nourrit de bactéries et de champignons (des flocons d’avoine en laboratoire) et peut atteindre 10m² !

Aussi, le Blob possède 1 seule cellule pour respirer, manger et se reproduire contre 100 000 000 000 000 de cellules pour l’être humain… Ce qui lui permet d’atteindre cette taille impressionnante ? La multitude de noyau que possède la cellule. En effet, le Blob se déplace en créant un réseau veineux et tout comme le font nos muscles, il contracte ses veines ou pseudopodes (les « bras » du blob) et fait aller et venir le cytoplasme qui le compose, ce qui lui permet de se déplacer jusqu’à… 1 cm à l’heure, voir 4 cm à l’heure lorsqu’il est trèèèès affamé ! Ainsi, le Blob avance grâce à de petites contractions et par ses flux de liquide ; il est animé au rythme de pulsations qui le font doubler de taille tous les jours.

Et puis pourquoi parle-t-on du Blob d’abord ?

Depuis le 12 octobre, ma mère – qui est institutrice – et sa classe participent à l’expérience éducative « Élève ton blob » lancée par le CNRS et le CNES consistant à envoyer un Blob à bord de l’ISS, et à inviter des classes à mener la même expérience que celle qui est menée en micropesanteur. Menée par Thomas Pesquet dans l’espace, elle est également réalisée sur la Terre par Audrey Dussutour et 4 500 établissements scolaires français.
Devant ce projet blobesque, ma curiosité et ma passion pour la nature m’ont tout de suite embarquée à suivre leurs expériences…

Physarum démontre une capacité fascinante à sortir d’un labyrinthe élaboré et complexe pour trouver de la nourriture en trouvant même le chemin le plus court pour optimiser le transfert de nutriments au sein de son organisme. Le blob part à la recherche de nourriture, et développe son réseau de pseudopodes jusqu’à trouver les flocons d’avoine. S’il a pris la mauvaise direction, il laisse sur son chemin un mucus répulsif qui lui sert de mémoire externe pour marquer les territoires déjà explorés. Cela lui évite ainsi de retourner là où les chemins sont vains. De quoi étonner, venant d’une cellule sans cerveau, ni neurones…

Sur cette photo prise par l’école, on voit le Blob commencer à résoudre le labyrinthe puis… le contourner vers le bas pour emprunter le chemin le plus pratique et efficace.
Le Blob nous a pris à notre propre jeu…

Mon expérience préférée est celle du biologiste Nakagaki. Celui-ci a souhaité comparer les réseaux créés par le Blob au réseau ferroviaire japonais, reconnu comme l’un des plus performants au monde. Sur une carte du Japon, le Blob a été placé sur Tokyo et les flocons d’avoine ont été placés sur les villes principales autour de la capitale.

Cette expérience nous montre l’extraordinaire capacité du blob à réaliser des réseaux extrêmement performants et optimaux qui rivalisent avec les meilleures ingénieurs (rien que ça) ! Audrey Dussutour a même essayé avec le réseau français et le Blob nous propose un Paris – Toulouse sans passer par Bordeaux, bonne nouvelle pour les Toulousains ! D’autres expériences ont été faites, telles que reprendre le comportement du Blob pour le coder sur un robot, l’adapter en musique ou encore en expression faciale…
La science nous mène à l’art.

Il y a quelques années, Heather Barnett met en ligne un site internet « The Slime Mould Collective » qui regroupe des scientifiques, des informaticiens, des chercheurs mais aussi des artistes, comme elle, des architectes, des designers, des écrivains, des activistes… Pour n’en citer que quelques uns. Voici quelques exemples. L’artiste Sarah Roberts peint avec des Physarum fluorescents -si si c’est possible -, dans « Fluorescent particle painting ». Le blob porte une poudre fluorescente et part à la recherche de flocon d’avoine ce qui crée différents motifs, créés par les chemins qu’il prend en réponse aux différentes conditions d’humidité, de nutrition disponible, de lumière, etc… Son comportement de recherche de nourriture peut être interprété comme un calcul et est représenté sur une carte où un cerveau est dessiné, montrant ainsi un parallèle.

Une équipe combine des modèles biologiques, électroniques et des impressions 3D dans un atelier ; c’est le cas de BioLogic, qui fait intéréagir le Physarum avec des motifs imprimés en 3D à base de gélose contenant de l’avoine. Les modèles sont issus d’algorithmes informatiques et s’inspirent du comportement des systèmes naturels. Voilà ce qu’ils ont pu obtenir du mélange entre biologie et modèles informatiques :

Des recherches fondamentales sont menées autour du Blob notamment pour comprendre et traiter certaines maladies. Par exemple, le déplacement du Blob a des similarités avec celui des cellules cancéreuses, et ses rejets de calcium laissent aussi entrevoir de potentielles études sur les maladies liées aux os.
La prochaine expérience du projet « Élève ton blob » consistera à tester les capacités d’adaptation du Physarum sous les conditions du changement climatique, sujet actuel et préoccupant qui amène donc à cette expérience. Résultats à suivre !

Ce qui est impressionnant, c’est de se dire qu’à partir d’une simple cellule, la nature arrive à créer un organisme fascinant et doté d’intelligence. En effet, le Physarum Polycephalum décentralise complètement la vision répandue de l’intelligence, fortement basée sur l’humain et le cerveau.

Pourtant le Blob est un parfait contre-exemple de cette croyance : sans cerveau il est capable d’apprendre et de mémoriser des informations, il possède une capacité redoutable d’adaptation et d’anticipation, il est capable de sentir la nourriture de loin sans même avoir l’odorat, de goûter et d’apprécier différents types d’alimentation sans pour autant avoir le goût non plus. En plus de se démultiplier à partir d’une seule cellule, il a également l’intelligence d’optimiser ses chemins pour trouver de la nourriture et pour survivre, de faire mourir une partie de lui et de laisser une trace du chemin déjà parcouru pour éviter de revenir sur ses pas. Il va préférer la nourriture qui lui est la plus nourrissante et la plus bénéfique à sa survie.

Il n’y a non pas une mais DES intelligences, ailleurs et sous d’autres formes. Cela élargit enfin ainsi, l’intelligence à tous les êtres vivants.

Louison JACQUOT – DN MADe 2 Bij – Octobre 2021

Le Chat de Geluck en exposition sur les Champs-Elysées

Une avenue complète à Paris remplie de 20 chats géants, vous y croyez ?

Sur « la plus belle avenue du monde », l’installation de Philippe Geluck intitulée « Le Chat déambule » a été inaugurée ce 26 mars après avoir été reportée lors du premier confinement. Elle met en scène le personnage caractéristique de l’artiste par des sculptures en bronze de 2m de haut alignées tous les 20 mètres, entre la Place de la Concorde et le Théâtre Marigny. De quoi mener tranquillement une promenade bien sympathique ou bien, une façon tacite et ludique de faire respecter la distanciation…

 

Réputé pour aborder les sujets les plus grinçants avec beaucoup de singularité, l’artiste reste fidèle à son humour, en affichant des sculptures humoristiques, engagées et poétiques, comme dans ses albums.

 

Sérigraphie Le Chat par Geluck – Perdre quelque chose – Brüsel

Les musées étant fermés, les salles de spectacles, les cinémas, cette exposition en plein air ravit le public. Un art qui donne espoir à relancer la culture, à concevoir l’art et la manière de le rencontrer, d’une manière différente, et une accessibilité moins ciblée… Une initiative de l’artiste belge fortement appréciée des passants qui y retrouvent là une « bouffée d’oxygène ».

  

Le Chat de Philippe Geluck à l'assaut des Champs-Élysées à Paris

Après Paris, les 20 sculptures seront exposées à Bordeaux, Caen, puis dans une dizaine de villes françaises et européennes. Les chats rentreront finalement à Bruxelles, pour l’inauguration du Musée du Chat et du dessin d’humour, prévu pour 2024.

En espérant retrouver de plus en plus d’initiatives artistiques envahir et décorer nos espaces…

JACQUOT Louison – DN MADE 1 – Avril 2021

« Au spectacle chez soi »

Je l’avoue, ma soirée était plutôt destinée à se dérouler devant Netflix, à regarder les dernières sorties. Mais le destin a dû en décider autrement. En zappant les chaînes à la télé, mon attention s’est posée sur un concert aussi captivant qu’envoûtant, une musique déconcertante et unique…

Voici Mika à L’Opéra Royal du Château de Versailles, le 5 février 2021 sur France 5.

Dans un décor somptueux apporté par le cadre de l’Opéra de Versailles, Mika nous embarque sur la scène pour un show exceptionnel, aussi intime que grandiose. Les somptueuses lumières rouges et dorées, le cadrage, les plans, ainsi que les décors nous immergent encore plus dans le spectacle et nous captivent.

Mais bien plus qu’un spectacle, le chanteur pop nous emmène dans un voyage intense empli de poésie et d’émotions, qui nous retrace l’histoire de ses chansons aux styles et genres musicaux différents. Au-delà de ses chansons forgées par sa formation classique initiale, l’artiste nous chante son histoire et ses émotions.

Il est accompagné par l’orchestre de l’Opéra Royal et de prestigieux invités tels que le violoncelliste Gautier Capuçon, la soprano Ida Falk-Wiland, le guitariste Thibaut Garcia, le chœur Gospel Pour 100 Voix, et le contre-ténor Jakub Józef Orliński.

La virtuosité de sa voix et son impressionnante tessiture sont à couper le souffle, et il ne manque pas de fantaisie pour nous le montrer ! Mika nous offre une prestation inédite, et flirte entre la musique classique, pop et acoustique. Il nous donne parfois à être bercés par des airs poétiques, à frissonner avec des airs mélodieux ou encore à sourire par l’excentricité et la fougue de sa musique !

J’aimerais maintenant vous partager quelques extraits du concert qui m’ont particulièrement touchée et qui m’ont fait vibrer au rythme de la musique…

Tout d’abord, il y a Last Story interprétée par Mika accompagné par le violoncelliste Gautier Capuçon et par le chœur Gospel Pour 100 Voix. Frissons garantis…


Puis, mon coup de cœur, la version émouvante et mélodieuse d’Over my shoulder reprise avec le contre-ténor Jakub Józef Orliński.


Enfin, il y a Lolipop entraînante et amusante, accompagnée du chœur Gospel Pour 100 Voix, un classique de Mika.


Ce concert intitulé « Un spectacle chez soi » m’a fait aimer et découvrir autrement la musique classique. Il m’a également donné envie d’aller voir de mes propres yeux de prochains spectacles et de pouvoir en profiter, lorsque les conditions sanitaires le voudront…

Si l’article vous a plu, le concert est à voir et revoir sur france5.

Louison JACQUOT – DN MADE 1 Bij – Février 2021

Si vous pensiez que le corona allait également nous enlever ça…

Cette année 2020, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Mesures sanitaires renforcées, confinement et bouleversements obligent, des évènements, des pratiques et des comportements repensés.

nuit blanche

Les nuits blanches à Paris, qui avaient pour habitude de se dérouler annuellement, ont bien été maintenues.
(Pour celles et ceux qui se sentent perdus avec ce terme, une nuit blanche est une manifestation artistique qui se déroule chaque année durant toute une nuit. Elle propose des accès gratuits pour des musées, des institutions culturelles et d’autres espaces publics ou privés. Elle présente des installations ou des performances artistiques ouvertes à tous en cette nuit spéciale.)
Celle de cette année s’est déroulée le 3 octobre 2020, dans une forme plus légère et limitée à 62 événements. Parmi eux, 20 œuvres et installations officielles, et 42 musées et lieux culturels. Ces derniers sont dans la sélection « OFF », qui n’a pas été commandée par la ville de Paris, pour une édition toute particulière et inédite. Une sorte de réinvention, en raison du coronavirus…

Le parcours culturel a pris une forme ciselée et bien différente, à vivre par groupes de 10 maximum, port du masque obligatoire. Les installations se sont déroulées au maximum en extérieur, dans des jardins des musées de la ville de Paris ainsi que dans d’autres lieux ouverts à tous. Avec 2 parcours – l’un rive droite et l’autre rive gauche pour éviter la foule statique -, Paris invite les artistes et collectifs à investir les rues de Paris pour se retrouver à travers tous ces bouleversements et ce, pour le plus grand plaisir et bonheur de tous.

Laissez vous tenter par une petite sélection que voici…

  1. « Oasis » d’Ariane Michel dans la Grande Mosquée de Paris.Nuit Blanche 2020 à la Grande Mosquée de Paris
    Le son aquatique, les images et les objets de cette installation sont articulés autour du cycle de l’eau, capricieuse, débordante ou rare. Entre présence et absence, on observe d’un côté le mouvement naturel de l’eau descendant des ciels d’orage jusqu’aux profondeurs de la terre et des océans, et de l’autre le mouvement inverse de l’urbanisation et de l’industrialisation qui (é)puisent l’eau. Oasis salvatrice ou désert aride, tout se conjugue, s’allie, s’épuise et recommence…

  2. « Se laisser pousser les animaux » de Françoise Pétrovitch au Petit Palais.https://sortir.telerama.fr/sites/tr_master/files/styles/media_640_auto/public/assets/images/10._francoise_petrovitch.jpg?itok=HOMJR-dQ
    Un spectacle alliant vidéo, danse, dessin et son. L’installation  suspendue comme une lanterne au dessus du bassin du Petit Palais, raconte un petit récit pendant une dizaine de minutes et éclaire et se reflète dans l’eau noire. Entre les dessins à l’encre de l’artiste sur la lanterne qui passent l’un après l’autre, les sons hypnotiques, le parcours envoûtant, et le danseur, la narration se réalise dans celui qui regarde. L’installation reflète également les inquiétudes sur l’environnement.
  3. « Companions » de Kaws dans les rues de Paris.Nuit Blanche 2020 dans les rues : les companions de Kaws en réalité augmentée
    Cette fois, c’est de votre téléphone dont il fallait vous munir pour observer les « companions » de l’artiste New-yorkais. Avec l’application mobile Acute Art, laissez vous guider en direction des lieux participants à la Nuit Blanche par ces drôles de personnages au corps de Mickey, surmonté d’un crâne de pirate avec des yeux en x.
  4. « Le sillage de la mémoire » de Guillaume Cousin à l’Eglise Saint-Eustache.
    « Le visible ne suffit pas, le visible ne s’interprète qu’en référence à l’invisible » (Pascal QUIGNARD)
    Cette ingénieuse installation rend visible et parfumé un mouvement d’air en formant un anneau de fumée qui voyage dans l’espace et le temps. Elle est le fruit d’une collaboration entre l’artiste Guillaume Cousin, le studio olfactif Magique, la parfumeuse Ane Ayo et le studio sonore Nuits Noires. Une boule de fumée étirant une traîne derrière elle, l’intérieur se vidant et laissant apparaître l’anneau net… Il voyage. Puis lentement, ralentit, s’affine et vacille, puis se rompt et se dissipe subitement. Cette fumée qui nous semble vivante, nous envoûte et attise notre curiosité, par ses mouvements normalement invisibles et pourtant tellement familiers…
  5. « Autre-Monde, rêver tout haut! » du collectif Dessin Envolé à la Canopée des Halles.

    Un spectacle de danse inouï où dessinateurs, danseurs, circassiens, musiciens et artistes sonores sont sollicités pour faire rêver les spectateurs. C’est le cas de le dire, ils explorent les limites du basculement entre la réalité et les songes en recréant l’aventure des agitations nocturnes d’un sommeil éveillé…

    Convaincus ? Rendez-vous aux Nuit Blanches prochaines !!!

Louison JACQUOT – DNMADe1 JO – Décembre 2020

« Ma théorie est simple : la vie est un récit »

J’aimerais vous parler ici, d’une certaine pièce de théâtre. Je dis « certaine », car elle est vraiment atypique. Exceptionnelle même. Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas une de ces pièces de théâtre ennuyeuses, longues et difficiles à suivre. Non, elle est de celles qui vous restent en tête, qui vous marquent, qui vous touchent, qui vous émeuvent, qui vous transportent, qui vous portent… Le porteur d’histoire. Voici le nom de la pièce dont je souhaite vous parler.

Par une nuit pluvieuse, au fin fond des Ardennes, Henri Martin doit enterrer son père. Il est alors loin d’imaginer que la découverte d’un carnet manuscrit va l’entraîner dans une quête à travers l’Histoire et les continents. Quinze ans plus tard, au cœur du désert algérien, une mère et sa fille disparaissent mystérieusement… Elles ont été entraînées par le récit d’un inconnu, à la recherche d’un amas de livres frappés d’un étrange calice, et d’un trésor colossal, accumulé à travers les âges par une légendaire société secrète.

J’ai découvert cette création il y a deux ans, lors d’un festival de théâtre. Elle a été créée par Alexis Michalik en 2011. Pour ce faire, il a mélangé une écriture à la table, et une écriture au plateau. C’est-à-dire, une combinaison entre l’écriture seul chez soi, et celle avec les comédiens, pour donner une création des dialogues en direct, par l’improvisation des acteurs, dirigée par le scénario préalablement établi par l’auteur. À mon sens, c’est ce qui rend la pièce beaucoup plus vivante et captivante.
Par la suite, la pièce connaît un immense succès. Elle reçoit deux Molières en 2014, ceux du meilleur auteur et de la meilleure mise en scène du théâtre privé, puis en octobre 2018, elle est jouée en tournée en France, au Japon, en Nouvelle-Calédonie, en Suisse, en Corse, au Liban, à Tahiti, à La Réunion, et en Israël

Un voyage unique… cinq comédiens… cinq tabourets… un plateau et deux portants chargés de costumes et du pouvoir illimité de notre imaginaire.

Le Porteur d’Histoire a cette particularité d’aviver la curiosité du public dès les premiers instants. Elle captive son attention, et le fait chercher, courir, vibrer, au rythme effréné de la pièce. On suit l’aventure comme on suivrait un film palpitant, on est pris d’intérêt pour la quête du personnage principal, et on est embarqué dans une histoire fascinante !
Le scénario est absolument sensationnel, de par ses nombreux rebondissements, et son imprévisibilité. La pièce se joue sur une vingtaine de tableaux croisés pour autant de voyages dans l’espace et le temps : des villes et des lieux, des références culturelles, des œuvres littéraires, et des personnalités de l’Histoire…
Le dynamisme de la pièce est travaillé pour éviter l’ennui au public. Michalik a voulu, par le rythme soutenu de sa pièce, combattre les clichés du théâtre interminable, et suivre celui de notre vie actuelle, animé par l’ère d’internet, des séries, des pubs, au montage très serré. Toutefois, il cherche à rendre les choses le plus clair possible à l’aide d’éléments de décor, de bande son, de vidéos, de la mise en scène, de façon à ce que la compréhension soit limpide.
Il y a une vraie volonté derrière cette pièce, de démocratiser le théâtre, et de le rendre narratif. De raconter une histoire, qui puisse émouvoir et toucher un public varié.
Tout est réfléchi pour continuellement capter et garder l’attention du spectateur, car il est impliqué dans la recherche, il se fait surprendre, il est ému, il rit, il tressaille au rythme du récit.
En espérant avoir moi 
aussi, attisé votre curiosité. 🙂

Louison JACQUOT
DN MADE 1 Bij – octobre  2020