Quand les femmes parlent du fond de leur cœur, en chœur.

La bande dessinée dont je vais vous parler aujourd’hui, elle me fait de l’œil depuis un moment pourtant j’ai tardé à sauter le pas. Peut-être étais-je intimidée par cette œuvre que j’admirais avant même d’avoir pu dévorer son histoire au travers de ses cases gracieusement illustrées par Aude Mermilliod. Cette histoire, ces histoires de femmes c’est Le Chœur des femmes et c’est ce livre qu’on va découvrir ensemble et je l’espère que vous aussi l’apprécierez.

« Le Choeur des femmes » est l’adaptation du roman éponyme de Martin Winckler, illustré par Aude Mermilliod et paru en avril 2021.

 

Le choeur des femmes c’est l’histoire de Jean, major de promo, elle se retrouve à faire 6 mois en médecine pour son internat. Jean, écouter « des bonnes femmes se plaindre à propos de leur pilule, de leurs seins douloureux ou je ne sais quelle connerie » ca ne l’intéresse pas, mais alors pas du tout, non Jean son truc à elle c’est les scalpels, les ciseaux, du fil et les aiguilles. C’est aussi l’histoire du docteur Karma, lui c’est un soignant il ne « joue pas au docteur« , précurseur il va montrer une face de la gynécologie à Jean auquel elle ne s’attendait pas.

Mais avant tout le Choeur des femmes c’est l’histoire de toutes ses femmes entre contraception, maternité, violences conjugales, avortements, violences gynécologiques… C’est l’histoire de Sabrine, de Catherine, de Madame A, de Geneviève, de Cécile, de Marie… De toutes ces femmes, de tant de femmes, de nous toutes.

J’ai énormément apprécié les personnages notamment Franz Karma, soignant dans l’âme, il apporte une autre vision de la gynécologie, domaine ou des pratiques persistent en dépit du bien-être des femmes. La position gynécologique par exemple, couchées sur le dos, cuisses grandes ouvertes, avec des patientes à qui on demande souvent de se mettre à nue plus que nécessaire ou des examens trop vite demandés sans parler assez à la patiente, bref tant de choses qui pourraient être changées pour le meilleur confort de la patiente sans pour autant gêner le praticien. L’humanité, la douceur et la compréhension du Docteur Karma m’ont touché tout au long de la bande dessinée, ce personnage est la pour nous montrer que d’autres pratiques sont possible, qu’on peut examiner différemment, qu’on peut soigner différemment.

Une autre chose très appréciable est ces histoires de femmes narrées tout au long de l’histoire qui permettent de balayer beaucoup de domaines de la gynécologie, c’est elles qui font que cette œuvre est un chœur, ce sont ces histoires qui nous lient au livre, ces histoires si variées font peut etre écho à des choses qu’on à nous meme subies, on apprend avec elles qu’on peut envisager la gynécologie autrement, avec plus de douceur et d’écoute.

Le livre au delà de son coté éducatif suit un fil rouge qui le relie aussi à la fiction ce qui le rend plaisant à lire, on lit la vie des personnages pas un livre de médecine et pour moi cela renforce l’humanité de cet ouvrage.

Je vous encourage donc vivement à vous procurer « Le Choeur des femmes » que ca soit le roman ou son adaptation en bande dessinée, et si ces sujets vous plaisent je vous conseille « Ecumes » de Ingrid Chabbert et Carole Maurel, récit de deux femmes qui traversent la joie de la grossesse et ses malheureuses complications. Et dans le domaine du soin, l’Homme étoilé, lui aussi soignant malgré tout, qui couche sur le papier sa vie de soignant en soins palliatifs avec humour et beaucoup de délicatesse. Bonne lecture à vous en espérant que vous aussi tomberez amoureux comme moi de ces livres.

Solène L. DNMADe1 JO – Avril 2022

Chaos is what killed the dinosaurs darling !

Il y a des jours où je me perds sur internet, c’est comme ca que je suis tombée sur des chansons d’un musical en anglais, intriguée comme souvent je me mets à chercher les paroles, les traduire enfin bref de fil en aiguille me voilà à regarder un musical complètement en anglais avec une qualité vidéo au ras des pâquerettes sur Dailymotion et c’est comme ca que j’ai découvert…

Heathers ou Fatal Games en français est un « teen movie »  et une comédie noire sortie en 1989, film indépendant américain il a été écrit par Daniel Waters et réalisé par Michael Lehmann.

Trigger warnings! Ce film peut-être dur à regarder si tu est sensible à des sujets comme le suicide, la discrimination et les abus sexuels.

Comme dit précédemment j’ai d’abord vu la comédie musicale inspirée du film donc. Mais je ne pouvais pas m’arrêter là, je voulais voir l’œuvre à l’origine, surtout que je l’avais bien aimé ce musical.

Mais du coup Heathers c’est quoi ? Heathers c’est un « teen movie » donc un film à destination des adolescents (14-19 ans) et qui a pour sujet principal l’adolescence elle-même. Jusqu’à la rien de folichon aujourd’hui on en connait pleins des teen movie comme American pie, projet X ou Grease. Dans un teen movie (spécifiquement le teen movie américain) on montre la vie quotidienne d’un adolescent ou d’un groupe ainsi que sa vie scolaire qui là-bas est en plus très codé et ritualisé, jusqu’à la le film suit ces codes mais Heathers a un twist et pour ça je pense qu’un petit synopsis s’impose :

L’histoire prend place dans le lycée de Westerberg à Sherwood, une banlieue de Columbus, dans l’Ohio. Veronica Sawyer fait partie de la bande des plus populaires du lycée composée de 3 filles toutes trois appelé Heathers, Heather Chandler, Heather Duke et Heather McNamara, trois filles riches, hautaines au possible et surtout impitoyables, plus craintes qu’aimées par le reste du lycée. Veronica lassée de leur comportement va chercher une échappatoire pour revenir à sa vie d’avant avec ses amis d’avant qualifiés de « loosers » par les Heathers. Au lycée arrive un nouvel élève, Jason Dean, surnommé JD, le cliché typique du jeune rebelle, Veronica va vite devenir fascinée par ce badboy. L’histoire dérape quand Veronica et JD empoissonnent malencontreusement Heather Chandler avec du déboucheur pour canalisation et se retrouve avec son meurtre sur les bras, pour éloigner tout soupçons d’assassinat, Veronica écrit une fausse lettre de suicide influencée par JD.

« JD that knife is filthy » -Veronica
« What do you think I am gonna do with it, take out her tonsils ? » -JD

Et c’est là que Heathers devient intéressant, on nous parle d’ado certes, mais avec un ton plus sombre que les productions de l’époque (rappelons qu’on parle d’un film qui a plus de 30 ans), on est sur un satire de l’adolescence et du lycée avec ses rituels, ses codes et ses classes sociales, quand les autres teen movie avaient des fins de films parfaites et nous montraient les manigances amusantes d’adolescents. Heathers montre la cruauté et l’obscurité des adolescents, son thème principal étant quand même le suicide, mais en gardant un ton humoristique ce qui lui vaut le titre de comédie noire.

« Whether to kill yourself or not is one of the most important decisions a teenager can make. » -Pauline Fleming

Le film nous incite à chercher un sens au drama de lycée et à la douleur avant de nous révéler qu’il n’y en a pas. On nous fait souvent croire que les personnages ont une profondeur secrète que nous avons négligée comme si la populaire narcissique avait en réalité une raison de l’être, que cette violence avait été amenée par quelques choses, mais Heathers nous montre que ce n’est pas le cas que ces personnages sont aussi mauvais de l’intérieur qu’ils le paraissent de l’extérieur. On voit cela avec la note de suicide de Heather Chandler, tout à coup le lycée se met a agir comme s’ils avaient tous eu tout faux sur le cas de Heather, qu’en réalité personne n’avait vu son mal-être. On se met à idéaliser Heather alors qu’une majorité du lycée la détestait pour ses actes et son attitude. L’entièreté du lycée se met à romancer ces personnes à cause de leur faux suicide

« Fuck me gently with a chainsaw, do I look like Mother Teresa? » -Heather Chandler

La mort d’Heather n’est pas là pour rien, le film va s’en servir pour nous présenter par la suite Marthe, dans cette myriade de personnages clichés que nous montre le film, Martha est la fille oubliée, mise de côté, cruellement surnommée Martha Dumptruck (camion benne) celle qui comprend le mieux que cette dynamique sociale est stupide. Martha n’en a que faire de la hiérarchie sociale du lycée et de ses règles, elle est celle qui a connu la vraie douleur mais qu’on a totalement ignoré contrairement aux populaires comme Heather Chandler qu’on a adulée suite à son faux suicide. Et c’est en mettant en opposition Martha et Heather que le film trouve de la profondeur dans ses propos, mais je vais m’arrêter là sinon je vais commencer à spoiler !

« People will look at the ashes of Westerburg and say; « now there’s a school that self-destructed, not because society didn’t care, but because the school was society. » Now that’s deep. » -JD

Le suicide est un des sujets abordés et surement le thème le plus mis en avant dans le film, mais ce dernier aborde d’autres sujets que je vous laisse découvrir par vous même en le visionnant. Malgré ses thématiques sombres j’ai personnellement passé un bon moment devant Heathers malgré son ancienneté maintenant et c’est une des qualités de ce film : même si le temps passe il reste d’actualité et agréable à regarder, peut-être un de ses talents fut de ne pas prendre des expressions des jeunes de l’époque, mais de se créer les siennes qui sont à mon gout plutôt iconique aujourd’hui. Je vous encourage donc à aller jeter un oeil à Heathers et pourquoi pas au musical qui en découle (les musiques sont très cool =) ) Sur ce bon visionnage et restez curieux !

Solène LEIBEL DNMADEJO1 – Fev 2022

« J’ai tendance à dire que je mesure une Kylie Minogue et que j’en pèse trois. »

« On achève bien les gros » est un film de Gabrielle Deydier co-réalisé avec Laurent Follea et Valentine Oberti, sorti en 2019. Il retrace la vie de Gabrielle obèse depuis son adolescence et son parcours dans un corps que la société discrimine et cache. 

Gabrielle Deydier, autrice de « On ne nait pas grosse » nous présente aujourd’hui « On achève bien les gros » un film qui n’est pas sur la perte de poids, au contraire, il parle de son quotidien, de son adolescence. Gabrielle se présente à nous comme tel « Je m’appelle Gabrielle, j’ai 39 ans (aujourd’hui 42) je mesure 1 mètre 54 et pèse 125 kilo ». Comme le dit si bien Gabrielle on ne nait pas grosse. Les problèmes commencent à ses 16 ans, ses parents sont maigres faisant tous les deux entre du 34 et du 36 et ont la remarque facile, son père rappelait régulièrement a sa mère qu’elle avait trop de fesses, qu’elle était trop grosse, Gabrielle adolescente sportive et complexée suite à une remarque de ses parents sur son poids (à l’époque elle faisait 65 kilos)  décide d’aller chez un professionnel de santé afin de commencer un régime, ce dernier lui diagnostique à tort un problème hormonal et c’est ainsi que suite à ce mauvais diagnostic commence le parcours de Gabrielle. En trois mois Gabrielle prend ses 30 premiers kilos.

Commence alors les premières remarques grossophobes, à son arrivée au lycée en première, Gabrielle se retrouve convoquée chez l’infirmière, cette dernière lui affirme que les gros puent et qu’ils ont des mycoses malodorantes, qu’avec son poids elle ne pourrait pas faire la randonnée avec sa classe, qu’elle les ralentirait trop. Par conséquent ses années lycée furent très compliquées, alors quand suite à la parution de son livre Gabrielle est invitée par une de ses anciennes professeures à venir parler de discrimination et de grossophobie, elle va devoir refaire face à un moment particulièrement douloureux de sa vie.

Parmi les différents moments de ce documentaire un passage m’a particulièrement percuté lors de mon premier visionnage, Gabrielle nous explique que rien n’est conçu pour les personnes obèses, les sièges de cinéma de théâtre, dans les salles d’attente les chaises avec des accoudoirs, que quand elle cherche un appartement ses plus grandes préoccupations sont « Est-ce que je vais rentrer dans la douche? Est-ce que je peux rentrer dans les toilettes? » . J’ai réalisé que effectivement rien n’est fait pour eux, j’ai passé 3 ans à créer des objets, des endroits en arts appliqués et jamais on a pris en compte la contrainte du poids, on prend en compte l’accessibilité pour les personnes âgées, les jeunes enfants, etc… mais je n’ai aucun souvenir que dans le cahier des charges de nos exercices on ait pensé à eux, qu’on ait analysé des objets et des lieux en pensant à eux…

« Il y a 10 millions de personnes obèses en France et il y a personne qui se demandent où elles sont, enfin les gens sont toujours étonnés quand je donne ce chiffre mais elles sont où ?  Bah elles sont pas dans l’espace public, elles peuvent pas se l’approprier, quand elles se l’approprient elles se font insulter. »

Ceci n’est qu’un extrait des sujets traités dans ce film, Gabrielle a tellement d’autres choses à nous dire sur son long parcours entre la discrimination à l’emploi, les troubles du comportement alimentaire, la chirurgie bariatrique, et elle tient à nous rappeler que sont film est la pour lutter contre les discriminations et qui est là pour l’intégration des personnes obèses à la société, que ce n’est en aucun cas l’apologie de l’obésité, que ce n’est pas un mode de vie et qu’elle ne le souhaite à personne, mais qu’ils sont bien là et eux aussi ont le droit de vivre.

Je vous invite donc à aller voir « On achève bien les gros » disponible gratuitement sur la chaine Youtube d’Arte.

Bon visionnage !

Merci de m’avoir lu

Solène LEIBEL – DNMADE14JO – Décembre 2021