L’inconfort moderne selon Tati

« Mon Oncle » est un film devenu culte réalisé par Jacques Tati en 1958. Le film ne vous dit rien, peut-être, mais vous connaissez obligatoirement son thème iconique réalisé par Franck Barcellini (Vous l’aurez dans la tête pendant un petit moment).

Synopsis : Fin des années 50, Monsieur Hulot (joué par Tati), singulièrement rêveur et sans emploi, vit simplement dans un vieux quartier populaire de Saint-Maur. Sa sœur, Madame Arpel, est mariée à un riche industriel : Charles Arpel. Elle vit dans une villa ultra-moderne d’un quartier résidentiel. M. Hulot entretient une relation complice avec son neveu, Gérard, qui adore le suivre dans le vieux quartier. M. Hulot est inadapté aux codes de la société moderne. M. Arpel l’embauche dans son usine de plasturgie pour essayer de l’intégrer sans cette nouvelle société, mais en vain… La maladresse de M. Hulot est bien supérieure à sa bonne volonté.

Dans « Mon Oncle », deux mondes s’opposent, ancienneté contre modernité, les vieux quartiers face à la nouvelle société. M. Hulot essaye d’évoluer tant bien que mal dans ce monde antagonique changeant à grande vitesse.

Tati, impuissant, observe le grand changement de son époque : développement des usines, la nouvelle société de consommation, la destruction des vieux quartiers, bétonisation massive, arrivée de l’électroménager dans les foyers… Il nous livre dans « Mon oncle » sa critique moraliste de la modernisation de la vieille France (un peu à la manière des naturalistes avec l’arrivée des usines à charbons.)

Tati dépeint une modernité froide, austère et stérile via la villa Arpel. M. Arpel nouveau riche, pour montrer sa réussite sociale doit être à la mode. Ce qui est à la mode est moderne, mais ce qui est moderne n’est pas forcément pratique et confortable. On fait du beau, pas forcément du pratique. C’est la société du paraître.

C’est grâce à son complice Jacques Lagrange, que Tati réalise les décors. Le mobilier est inconfortable au plus haut point comme le rocking-chair de M. Arpel et le fauteuil « Haricot ». L’interaction des acteurs avec le mobilier est juste hilarante.

Il tourne en ridicule également l’électroménager et les nouvelles inventions qui font plus perdre du temps qu’en gagner. Les scènes de la porte électrique de garage, de la fontaine poison ou de la cuisine robotisée en sont de bons exemples.

Tout est caricaturé, exagéré par Tati, mais cela fonctionne. Celui-ci nous prouve que rien ne sert de regarder chez le voisin par-dessus la clôture. Non, l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs.

Je pourrai vous parler de ce film et des scènes qui m’ont fait hurler de rire pendant des heures mais l’article a une fin. Je vous laisse visionner la bande annonce pour le film restauré et je vais finir par un petit complément.

En 2009, La villa a été reconstituée grandeur nature au Cent-quatre à Paris, celle-ci était visitable et tellement bien réussie qu’on aurait cru entendre Mme Arpel : « C’est si pratique, tout communique ! ». Dans le même esprit, les trois sièges iconiques de « Mon Oncle » (Le canapé-lit de M. Hulot dit « Haricot », le rocking-chair jaune de M. Arpel et le canapé tubulaire vert de Mme Arpel) ont été refabriqués par Domeau & Pérès. Ces sièges sont toujours aussi inconfortables, mais on les achète toujours pour être à la mode. Au final non rien n’a changé, tout a continué comme diraient les Poppys.

PS : Si vous en voulez plus ? Allez voir Monsieur Hulot en vacances ! Vous avez de la chance, il est culte également.

Antonin FALK / DNMADe 2 / 2019

L’histoire liée de la toile et du textile

C’est en 1965 qu’on observe le mariage entre la mode et l’art grâce à Yves Saint Laurent, et sa célèbre robe Mondrian, ce fut un tel succès qu’on peut même dire qu’YSL a popularisé le peintre néerlandais (pionnier de l’abstraction).

La robe Mondrian dessinée et présentée pour le défilé automne-hiver 1965, a été réalisée dans une période très particulière. Le créateur a véritablement la volonté de s’adresser à une clientèle plus jeune et pop : «J’en ai marre de faire des robes pour des milliardaires blasés » avait-il déclaré à l’époque.

Cette collection n’a rien à voir avec l’image des designers de l’époque qui, eux, continuent de travailler sur des coupes dessinant la taille de la femme pour la sculpter, tandis que la robe Mondrian, elle, est de coupe droite, des bandes de jersey de couleurs primaires sont incrustées les unes aux autres pour qu’elles paraissent immobiles lorsque la robe est en mouvement (un clin d’œil au style de Courrèges de l’époque).

Cette robe a été mûrement réfléchie notamment au niveau des matériaux utilisés, elle est faite en jersey, une matière assez rigide, qui accroche la lumière d’une certaine façon et donne un relief, une profondeur, exactement comme sur le tableau.

« Cette robe pouvait se regarder aussi comme un tableau. La question était de comment porter un tableau sur soi et Yves Saint Laurent a réussi à faire vivre un tableau tout en respectant la géométrie. C’était extrêmement nouveau. Ce n’était pas juste une inspiration d’un motif »
Mme SAMUEL

Arthur MARCHEGAY – DNMADe 2 2019-2020

Un designer de génie

GERALD GENTA

Quand on parle de designer, je pense personnellement à Andy Warhol en tant que porteur du mouvement Pop Art ou encore à Tinker Hatfield, le légendaire designer de chez Nike qui a établi les règles dans le domaine des sneakers, ou d’autres designers ayant révolutionné la discipline en créant quelque chose de personnel et reconnaissable entre mille. Gérald Genta en fais partie.
En effet, Genta était un petit génie, après sa formation d’orfèvrerie et de joaillier, il fut recruté chez Universal Genève.

A l’époque, cette manufacture horlogère était l’une des plus reconnues au monde, notamment pour ses chronographes.

Gérald Genta établit le design de la SAS Polarouter ; une montre venant commémorer les vols polaires de la compagnie Scandinavian Airlines System (compagnie aérienne suédoise). Elle venait en quelque sorte récompenser la prouesse réalisée par les pilotes de l’époque qui avaient réussi à rallier Los Angeles par Copenhague en passant par le Pôle Nord. La version Polarouter deviendra l’un des plus grands succès de la marque.

-Chrono24-

 

Après cette collaboration, Omega en 1959 demande à Gérald Genta de redonner un peu de fraîcheur à sa collection Constellation. Un premier défi de taille, car la collection constituait pour Omega l’équivalent de la Datejust chez Rolex, soit le parfait mélange entre montre sportive et élégante . C’est d’ailleurs grâce au renouveau de cette collection qu’Omega assura sa place de numéro 1 en matière de vente de chronographes, devant son concurrent Rolex.

 

-Chrono24-

En 1970, la maison Audemars Piguet contacta le designer pour dessiner la montre qui deviendra la plus iconique de la marque, la Royal Oak (1). L’histoire raconte qu’il dessina le modèle de sa vie en une seule nuit en s’inspirant d’un plongeur qui portait un ancien casque de plongée attaché au reste de sa combinaison par 8 vis. De cette idée, qui fut un véritable coup de maître, il transposa la forme octogonale en conservant les vis sur la lunette. Cette forme si moderne, à la fois élégante et sportive, reste aujourd’hui la forme qui détermine aux yeux des amateurs de belles pièces, la griffe de la marque Audemars Piguet. Elle marque aussi l’apparition de la première montre de luxe en acier.

Par la suite PATEK PHILLIPE ayant l’impression de rater un marché florissant, contacte Gerald Genta pour créer à leur tour une montre haut de gamme en acier, donnant naissance à la Nautilus (2)

-medium corporation-                   (1)                              (2)

Le travail réalisé par Gerald Genta représente la façon dont Andy Warhol voyait les choses : « l’attraction la plus excitante se trouve entre deux opposés qui ne se rencontrent jamais ».

Arthur M.

DN MADe Horlogerie 2018-2019