Aucune Raison

Je vais vous parler de « Rubber », un film sorti en 2010 et réalisé par Quentin Dupieux.

Affiche du film

A ce nom, les amateurs du cinéma se doutent peut-être déjà du caractère insolite de ce long métrage. Il faut dire que ce réalisateur en a fait sa marque de fabrique car selon lui « il n’y a rien de plus beau dans l’art que de ne pas réfléchir». Et tout est dit ou presque car « Rubber » en est la parfaite illustration.

Alors avis aux adeptes de la cohérence et de la raison, cette comédie d’horreur est faite pour mettre vos nerfs à l’épreuve.

Entrons dans le vif du sujet, l’histoire est celle de Robert, un pneu psychokinétique lancé dans une frénésie meurtrière en plein désert californien…

Comme vous je suppose, j’étais sceptique la première fois que l’on m’a résumée ce film où il serait question d’un pneu tueur aux pouvoirs paranormaux puis j’ai éclaté de rire en apprenant qu’il s’agissait d’un western. Ma curiosité attisée, j’ai fini d’être convaincue avec cette bande annonce aux petits oignons que je vous recommande vivement.

Reprenons le scénario, parce que oui, il y en a un ;

On suit donc Robert qui, en plus de tuer à tout-va, poursuit une jolie fille à ses heures perdues. Des comédiens conscients d’en être tentent de l’arrêter tandis que des spectateurs en jumelles observent le tout. Apparaît alors une double intrigue, l’une autour du pneu et l’autre autour des spectateurs. Les comédiens chercheront d’ailleurs à éliminer les spectateurs espérant ainsi mettre fin à leur travail d’acteurs mais rien dans ce film ne se passe comme prévu.

On pourrait tout à fait résumer ce film à du grand n’importe quoi et pourtant, je trouve qu’il y a un certain génie dans la manière de mettre en scène ce délire assumé. Il faut déjà savoir que Rubber a été tourné à Los Angeles en 14 jours avec seulement deux appareils photos. Les trucages quant à eux sont presque entièrement mécaniques. Pour exemple, le pneu avance avec un moteur et une télécommande à distance tandis que les têtes qui explosent sont des ballons de baudruche avec de l’air comprimé.

Le film dure 1h18, il est donc assez court mais le rythme reste lent avec de nombreuses scènes contemplatives qui mettent l’accent sur l’absurde de la situation. Concernant les cadrages et mises en scène, on observe des reprises des codes du film d’horreur avec par exemple Robert qui apparaît derrière les personnages en fond de plan. On remarque aussi des références au western de par le décor désertique américain et ce qui ressemble à des confrontations de regard. Ces procédés renforcent le décalage entre l’absurde des situations et le sérieux avec lequel elles sont prises, au point qu’elles en deviennent comiques. C’est un humour qui n’est cependant pas au goût de tout le monde.

La confrontation, Robert face à la Police

Concernant la bande originale, elle est signée par Mr. Oizo, le pseudonyme de Quentin Dupieux en musique, l’ambiance vacille entre tranquillité et épouvante. Les acteurs eux ne manquent pas de justesse et dépeignent des personnages à la fois caricaturaux et consternants.

Présentation faite, intéressons-nous au fond ;

Le lieutenant Chad, comédien

Dès le départ, on est prévenu. Pris à parti parmi les spectateurs qui constituent à eux seuls une étrange mise en abîme, on nous assomme d’un :

« Tout les grands films, sans exception, contiennent une part importante de Aucune raison, et vous savez pourquoi? Parce que la vie elle-même est une succession de Aucune raison. Le film que vous vous apprêtez à voir est un hommage à Aucune raison, cette figure de style d’une puissance fantastique.»

Lieutenant Chad

Le ton est donné et il est cohérent avec la gimmick du réalisateur ; faire du contemporain sans spécialement chercher du sens dans ce qu’il entreprend. Il n’empêche que l’on peut se poser la question ; quel sens y-a-t-il à faire un hommage à l’Aucune raison ? Aucun peut-être mais à m’y tenter, j’avancerais l’hypothèse d’une sorte de satire du cinéma en particulier américain, je m’explique ;

  • Le fait que l’« Aucune raison » soit traité comme une figure de style dont l’usage est d’accentuer un propos signifie qu’il y a bien un propos à traiter ici. Or un propos est un discours ayant un but fixe et il me semble que l’on ne se fixe pas de but sans raison.
  • Parmi les grands films cités en introduction, 4 sur 5 sont américains. Et en effet, l’influence du cinéma américain est majeure au point qu’il en mène encore aujourd’hui les tendances et codes.
  • Dans le même esprit, la réplique : « Tu peux si tu le veux mais c’est contre les règles », m’est apparue comme un manière de dénoncer le formalisme des productions cinématographiques.
  • La mise en abîme avec les spectateurs et le fait que l’un des comédiens déclare qu’ils ne sont pas dans la vraie vie tout en demandant à ses camarades de sortir de leur rôle est également un élément mettant en évidence le caractère irréel de l’histoire comme dans toute autre fiction.
  • Un autre point est le traitement des spectateurs, ils nous sont présentés comme des personnes crédules et voraces de spectacles. L’un d’entre eux, mécontent du manque d’action, ira jusqu’à directement s’en plaindre auprès des comédiens et leurs demandera d’accélérer les choses. Cette image peu flatteuse semble ici dénoncer le ridicule d’un public prés à se jeter sur tout ce qu’il leur sera proposé quand certains iront jusqu’à invectiver les réalisateurs lorsqu’un contenu ne répond pas à leur attente.
  • Enfin, le dernier plan du film présente une horde de pneus roulant sur une route menant vraisemblablement à Hollywood, l’iconique panneau étant bien mis en évidence au fond de la scène. Alors a priori, soit l’absurde s’apprête à lancer un assaut sur le cinéma américain trop fermé au concept, soit il s’agit d’une manière saugrenue d’expliquer pourquoi ça serait déjà le cas sans qu’il en ait conscience. L’inconscience serait appuyée par le fait que les comédiens à la fin croient que l’histoire est terminée, Robert le pneu et les spectateurs ayant été éliminés, mais à tort, l’irréalisme poursuivant son invasion en toute impunité.

L’aucune raison serait-elle donc à la fois une manière de lutter et le sujet de dénonciation contre des règles cinématographiques imposées par une hégémonie américaine ? Ou tout cela n’aurait-il réellement aucune raison ?

Solveig DUBOIS – DNMADe24HO – Octobre2022

Qui pensez-vous être ?

TheBreakfast Club – John Hughes – 1985

Depuis quelques années déjà, nous remarquons un grand retour des années 1980 et ce phénomène touche tous les domaines : cinéma, mode, musique … Le succès de la série Netflix « Stranger Things »en est l’un des meilleurs exemples. C’est d’ailleurs suite à la série que je vous propose de replonger en 1985 avec la (re)découverte d’un teen movie culte. Nous essaierons de voir en quoi The Breakfast Club est universel et ci celui-ci est toujours transcriptible en 2022.

Le film débute un samedi 24 mars 1984 au lycée de Shermer aux Etats-Unis; cinq adolescent se retrouvent en retenue pour des motifs différents et doivent passer toute la journée de samedi ensemble dans la bibliothèque. Les 5 adolescents ne se connaissent que de vue, chacun portant des a priori et des préjugés sur l’autre. Pour les occuper, le proviseur Vernon décide d’imposer un devoir de dissertation avec pour thème : « Qui pensez-vous être ? ».

Alors que la discussion semble compromise entre les jeunes, ceux-ci vont au fil de la journée déconstruire leurs barrières et dépasser leurs différences par la parole. Les discussions se font autant sur un ton humoristique que dramatique quand chacun évoque ses difficultés. Cet exercice qu’ils décident de mettre en commun en ne rendant qu’une seule rédaction permet à ces jeunes de se découvrir, découvrir l’autre ainsi que de s’interroger sur leur place dans la société et comment veulent-ils changer leurs futurs. 

« L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire.» François Truffaut

 Les personnages 

Chaque élève correspond à un archétype prédéfini :

-Allison Reynold, l’excentrique considérée comme une “weirdo”

-John Bender, le rebelle provocateur 

-Claire Standish, la fille populaire d’une famille bourgeoise

-Andrew Clark, le sportif 

-Brian Ralph Nelson, l’intello coincé

Ils sont chaperonnés par Mr Vernon, proviseur du lycée qui représente l’adulte donc dans leurs pensées l’ennemi commun. 

En effet le film se construit sur l’opposition des adolescents aux adultes, ces derniers représentent à la fois ce dont ils ont horreurs mais aussi ce dont ils aimeraient s’éloigner en tant que futurs adultes. Notons que ce sont souvent les adultes qui sont la conséquence directe de leur mal-être, Allison par exemple se montre étrange, parfois animale dans le but d’attirer l’attention de ses parents négligeants. 

Loin d’être un simple « teen movie », The Breakfast Club en reprend certes les codes mais propose un point de vue centré sur les états d’âmes des jeunes adolescents. L’absence de regard moralisateur permet d’être dans une empathie totale avec les sujets, chacun évolue avec ses difficultés, ses craintes ce qui permet encore aujourd’hui d’aborder les thèmes de l’adolescence avec bienveillance. 

Le Réalisateur

John Hughes est né le 18 février 1950 dans le Michigan aux Etats-Unis. Commençant sa carrière au sein d’un journal humoristique, son écriture intéresse les studios de production qui lui propose rapidement des contrats. Dès le début des années 1980, John connaît un succès considérable en tant que scénariste mais aussi réalisateur avec pour spécialité le teen movie. Il se retire peu à peu de la scène médiatique dans les années 1990, lui qui n’a jamais voulu vivre à Hollywood. Il décède en 2009 à tout juste 59 ans laissant derrière lui une filmographie devenue culte.

Filmographie

Réalisateur:

Seize bougies pour Sam, 1984

The Breakfast Club, 1985

La folle journée de Ferris Bueller, 1986

Un ticket pour deux, 1987

Scénariste:

Class Reunion, Michael Miller, 1982

Pretty in Pink, Howard Deutch, 1986

Maman j’ai raté l’avion, Chris Columbus, 1990

Beethoven, Brian Levant, 1992

Le Teen Movie

Le teen movie est un terme qui désigne des films faits pour et avec des adolescents qui connaît un grand succès dans les années 1980 bien que présent dès les années 1950 en Amérique. Ces films prennent en compte les difficultés que rencontrent la plupart des adolescents; l’adaptation dans un milieu social, les préoccupations, les états d’âme, les premiers amours,…Le teen movie investit pratiquement tout les genres cinématographiques; le film d’aventure (Les Goonies), la science-fiction (Retour vers le futur), la comédie musicale (Dirty Dancing), le fantastique (Carrie), l’horreur (Scream),…

Il repose sur des codes bien définis où l’on retrouve toujours la même catégorie de personnages clés (le nerd, le sportif, l’intello, la Pom-Pom girl idiote) les adultes sont toujours représentés comme des adversaires et des individus incarnant l’ordre et l’autorité bien que souvent ridiculisés. 

Un film universel 

The Breakfast Club est une œuvre culte car elle reprend un ensemble de codes ritualisés qui offre une ressource identitaire forte, en effet chacun trouve dans un ou plusieurs personnages des points communs, des ressemblances par leurs goûts mais également par leurs expériences. L’adolescence est une étape clé de la vie, à mis chemin entre l’enfance et le monde adulte, cette période d’évolution comporte des changements (biologiques, sociales, psychiques) complexes mais nécessaires. C’est durant cette phase transitoire que se construit la personnalité de chacun avec la difficulté de ne pas avoir de point de repère. 

« Les gens oublient que quand vous avez 16 ans, vous êtes plus sérieux que vous ne le serez jamais. Vous réfléchissez sérieusement aux grandes questions ». John Hughes 

Dans le film, les personnages expriment un ensemble de sentiments que chacun connaîtra dans son adolescence; la peur de l’échec, l’envie de rébellion, l’angoisse d’être perçu comme faible ou étrange…

C’est en effet ici la proposition d’un scénario basé sur l’affecte qui autorise le spectateur à s’identifier facilement. On pourrait pourtant croire qu’après 38 ans la sortie du film bon nombre de changements dans la société creuseraient un écart dans l’identification des jeunes d’aujourd’hui. The Breakfast Club propose avant tout un message universel, celui de casser les codes que l’on se fait des autres et de nous-mêmes. On questionne, on analyse la différence et la singularité de chacun dans le but d’en faire une force et non plus une faiblesse. Les personnages évoluent à partir du moment où ils conversent ensemble, c’est ainsi que chacun se livre sur ce qu’ils sont vraiment; on voit alors le plus rebelle se prendre d’affection pour l’histoire de celui qui avoue être au bord du suicide alors qu’il passait son temps à le ridiculiser. Ne pas se fier à ce que l’on pense percevoir de l’autre, creuser et prendre le temps d’apprendre à se connaître, voilà des thèmes qui parlent aux adolescents encore en 2022. Il permet aux adultes de replonger dans une jeunesse parfois oubliée, d’avoir un regard plus conciliant avec la jeunesse actuelle tout comme il exerce un rôle de boussole chez les adolescents. 

La question du  « Qui suis-je » nous interroge directement sur notre identité, sommes-nous le même à travers le temps ? On pense alors à Socrate qui dit connaît toi toi-même et invoque alors de repérer l’Homme qui est en nous. Notre singularité est une prise de conscience nécessaire, il faut nous explorer, faire une introspection. Ces questions peuvent être délicates à l’adolescence, période de doutes, de transitions et de changements. L’adolescence est un thème encore très peu exploré par la philosophie car récente ( XIXème siècle).

Les limites du temps

Bien que le message du film soit finalement universel, celui-ci comporte aussi des barrières avec le monde d’aujourd’hui. 

Ce qu’on remarque de suite c’est que le film ne représente pas toutes les communautés et minorités, ce qui en 2022 est de plus en plus rare et de moins et moins acceptable. Certains décèleront peut-être une part de sexisme, d’homophobie dans certains dialogues ou mises en scènes. Il faut avoir conscience que les sujets d’importances de 2022 n’était pas les mêmes que ceux de 1985 ce qui n’altère pas une prise de conscience lors du visionnage. Néanmoins, ces scènes sont d’une importances capitales pour John Hughes qui dénoncent par celles-ci le manque de recule de toute une génération.

J’ai eu la chance d’avoir visionné ce film à des âges et étapes de la vie différentes ce qui m’a permis de voir et comprendre toujours différemment les personnages. Je recommande vivement à quiconque de prendre 1h37 de son temps à regarder ce film, que l’on soit en pleine adolescence ou que l’on soit maintenant adulte. Je vous promets de passer du rire aux larmes et de passer par une multitudes d’émotions.

“L’adolescence est une période où un jeune garçon se refuse à croire qu’un jour il sera aussi idiot que son père.” Anonyme

Pour continuer :

La B.O. du film avec en titre principal  « Don’t you forget about me » de Simple Minds qui annonce et clôture The Breakfast Club.

« Au sortir de l’enfance », Paul Audi, éditions Verdier (2017)

La saga Antoine Doinel (un des premiers teen movie français) de François Truffaut qui comporte 5 films:

Les quatre cents coups, 1959

Antoine et Colette, 1962

Baisers Volés, 1968

Domicile Conjugal, 1970

L’Amour en fuite, 1979

Diane C. – DNMADe2JO – Décembre 2022

Toc, sexe, Londres et Marnie

Je pense, donc je suis. Mais si mes pensées sont envahissantes, incontrôlables et à caractère sexuel, alors qui suis-je ?

Vous-est-il déjà arrivé qu’on vous conseille d’imaginer les gens nus pour vous déstresser lors d’un discours ou d’un exposé ? Ce n’est pas un conseil à donner à Marnie. Marnie, des gens nus, elle en imagine tous les jours. Amis, collèges, inconnus, c’est son quotidien, mais tout dérape pour Marnie quand ce sont ses parents qui se retrouvent dans ses pensées.

« Pure » est une série télévisée britannique, sortie en 2019 et produite par Channel 4 elle est désormais disponible sur Arte.tv gratuitement. Basé sur le livre éponyme de Rose Cartwright, la série est composée de 6 épisodes de 30 à 40 min.

La série s’ouvre sur Marnie, jeune femme de 24ans, accompagné de ses parents, qu’elle emmène à leur fête d’anniversaire de mariage organisée par ses soins. Cela aurait pu être une très belle journée et de bons souvenirs jusqu’à ce que tout dérape. En plein discours devant tous les convives, Marnie est assaillie de pensées dans lesquelles ses parents se livrent à des ébats torrides accompagnées des invités… et d’elle même. Ces pensées irrépressibles sont celles de trop, Marnie fuit la fête et l’Ecosse pour partir à Londres et commencer une nouvelle vie en quête de réponses sur ce qu’il se passe dans sa tête.

Parcours initiatique, quête de réponse sur ce qui se passe dans sa tête, « Pure » est une série qui ose parler de ce trouble obsessionnel compulsif dont souffre Marnie dans la série aurait pu s’avérer compliqué, mais la façon dont il est abordé nous emmène dans la tête de Marnie, et nous permet de nous mettre ne serait ce qu’un petit peu à sa place. Brisant le tabou de ce trouble la série vaut le détour, restant assez courte je la pense relativement accessible, bien qu’à ne pas placer entre toutes les mains, la série restant assez graphique.

J’ai apprécié particulièrement la façon de nous emmener dans le cerveau de Marnie ces pensées qu’elle a, nous les avons avec elle, inattendues et crues, le choix de représenter l’invasion de ces pensées dans le quotidien de Marnie et dans la série de notre point de vue de spectateur nous laisser comprendre ce que Marnie vit avec ce trouble.
Aujourd’hui je pense qu’il est important de déstigmatiser ces troubles, que ce soit un Toc comme dans le cas de Marnie ou toutes autres conditions mentales, elles touchent une si grande partie de la population qu’il est important de les mettre en lumière et lever le tabou, de faire reculer la psychophobie et pour ca il faut représenter ces conditions, montrer qu’elles existent, que ce n’est pas une fatalité, ni une maladie à guérir et ne serait ce que pour les personnes atteintes montrer qu’elles ne sont pas seules.
La série n’ayant pas pour autant la vocation de documenter le trouble qu’a Marnie je pense que de ne pas tourner toute la série uniquement autour de ca est important, la partie « récit initiatique » ou l’on suit Marnie construire une nouvelle vie à Londres montre que la vie continue que son trouble ne l’arrête pas et ne doit pas la définir.

Je vous souhaite un bon visionnage de « Pure » et vous laisse le lien vers Arte.tv de la serie =)

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-022411/pure/

Solène L. DNMADe2 JO – Decembre 2022

Girl Meets World : Simple programme jeunesse ou oeuvre éducative ?

Peu ou largement connue suivant le pays et la région, ce sucesseur de la fameuse série Boy Meets World ou en français Incorrigible Cory a accompagné et aidé d’innombrables enfants à grandir.
Souvent ce n’est que plus tard, en jetant un second oeil sur les oeuvres cinematographiques que l’on comprend le message caché, et il est souvent beaucoup plus profond que l’on peut le croire à première vue.

C’est le cas du Monde de Riley, série américaine précédemment diffusée sur la chaine Disney Channel de 2014 à 2017 et actuellement disponible sur l’application Disney+.

La série propose de suivre la protagoniste Riley Matthews, fille de Cory et Tapenga (Topanga en VO, toujours incarnée par Danielle Fishel), qui, accompagnée de sa meilleure amie Maya, va découvrir le monde.

C’est à travers les épreuves auxquelles elles font face, et les explications des dites épreuves, que l’on découvre au fil des épisodes que le spectateur est amené à réfléchir.

Du domaine physique au domaine émotionnel aux relations avec les autres, chaque cours enseigné par Cory semble particulièrement bien aller avec les réels obstacles rencontrés par Riley et ses amis, et servira finalement comme exemple afin qu’ils puissent les comprendre, surmonter et grandir.

Même moi en tant que jeune adulte j’éprouve de l’empathie et apprends encore des épreuves des personnages de cette série initialement dédiée aux enfants.

Alors, s’y cacherait-il quelque chose de plus profond? A vous de voir et décider.

Sybilla Novak, DN MADE 1 HO, Octobre 2022

Wes Anderson, un réalisateur qui renouvelle le cinéma

Qui est Wes Anderson et qu’a-t-il de plus qu’un Steven Spielberg ? C’est ce que nous allons découvrir ci-dessous…


Wes Anderson né le 1ᵉʳ mai 1969 à Houston, est un réalisateur, scénariste et producteur américain. Ses films sont reconnus dans le monde, car ils ont des visuels bien caractéristiques.

Wes Anderson n’a pas fait d’études de cinéma, mais il est parti étudier la philosophie à UT Austin où il a rencontré son colocataire et amis Owen Wilson avec qui il a décidé de faire son premier court métrage (avec le frère de Owen; Luke Wilson) « Bottle Rocket » sorti en 1993 et a pu être vu par un producteur de « Gracie films » qui est une société américaine de production de films et de télévision, créée par James L. Brooks en 1986. La compagnie a produit beaucoup de films et séries, tels que Les Simpson. Il a donc pu se lancer dans le cinéma en faisant connaître ses films lors de festivals dédiés.

A travers ses nombreux courts et longs métrages, Wes Anderson a pu explorer le monde de la création en apportant son univers singulier au 7e art (le cinéma).

Il utilise des palettes de couleurs précises, avec des nuanciers recherchés, de sorte que toutes les couleurs soient en harmonie, dans un accord sensible et agréable à la vue.

Mais aussi la symétrie et les cadres carrés, qui rendent ses films uniques et reconnaissables entre mille.

« C’est quelqu’un de très maniaque, qui ne laisse rien au hasard »

Beryl Koltz (réalisatrice belges)

En effet chaque petit détail est pensé, ce qui donne naissance à des décors presque hypnotisants, que l’on a envie de scruter.

On en apprend ainsi plus sur sa minutie, devant ses splendides décors et objets miniatures ; sa passion pour les costumes (dont certains sont même dessinés par sa conjointe, Juman Malouf); ses élans «rétro» avec l’utilisation du pastel et les couleurs, essentielles à l’articulation de ses histoires; son soin particulier pour les typographies. Ses personnages ont des aspirations littéraires.


Sans oublier les maquettes originales que Simon Weisse, artiste français installé à Berlin, fait pour les mises en scène de Wes Anderson, qui démontrent la recherche et la créativité dont à besoin Wes Anderson.


Le tout, bien sûr, enrobé dans un univers fait de « conflits », de « désordre » et de « non-sens », notamment au niveau des dialogues. Certaines informations, futiles, sont rapportées sur un ton extrêmement sérieux, alors que des faits dramatiques peuvent être montrés de manière détachée, ce qui apporte encore une touche d’originalité aux films de Wes Anderson qui sont souvent très dynamiques, grâce à ce décalage tragique-comique.

Pour finir, le style Anderson inspire

Beaucoup de designer d’intérieurs ont trouvé les mises en scène de Wes Anderson intéressantes, colorées et pleine de poésies. Alors, ils s’en sont inspirés pour créer des intérieurs, des pièces de vies pleines d’énergies.

Des photographes ont également créé la tendance « Accidentally Wes Anderson » en créant des images centrées, et avec des nuances de couleurs qui s’accordent parfaitement. 

Wes Anderson n’a pas fini de nous épater avec sa créativité et son originalité, et tout cela nous montre que ce réalisateur marque les esprits contemporains avec ses films très personnels, sensibles et inspirants.


Louise Chassy DNMADE JO 1 – OCT 2022

Pourquoi Hayao Miyazaki est considéré comme un génie du film d’animation

Hayao Miyazaki nait le 5 janvier 1941 à Tokyo, son père détient l’entreprise Miyazaki Airplanes qui fabrique des composants pour les avions de guerre japonais durant la seconde guerre mondiale. C’est durant cette période de sa jeunesse qu’Hayao va puiser l’une de ses inspirations : Les vols et autres machines volantes.

Voici un exemple d’avion tiré de l’œuvre
Nausicaä de la Vallée du Vent, réalisé en 1994 par Miyazaki

Très jeune Hayao rêve d’être mangaka, inspiré par les œuvres d’Osamu Tezuka (créateur d’Astro Boy par exemple) mais aussi par le premier film d’animation qui voit le jour : le Serpent blanc. Dès lors, il décide de tout faire pour rentrer dans ce domaine qui l’intéresse tant.

Astro Boy, Osamu Tezuka 1952
Le Serpent blanc, Taiji Yabushita 1958

Effectuant ses études à l’université de Gakushuin où il étudie les sciences politiques et économiques, il est l’un des acteurs du groupe de recherche et de littérature de son université. Ce qui lui permet de dessiner régulièrement et d’en apprendre plus sur le monde de l’animation.

Après avoir reçu son diplôme, il rejoint la Toei Animation en 1963. Pendant ses premières années au studio, il travaille comme intervalliste et collabore ensuite avec le réalisateur Isao Takahata. Au sein de Toei, Miyazaki contribue notamment aux films Doggie March et Garibā no uchū ryokō. Il fournit des animations clés à d’autres films de Toei, comme Le Chat botté et L’Île au trésor.

Hayao Miyazaki (à gauche) et Isao Takahata (à droite)

C’est en 1985 qu’il cofonde le Studio Ghibli avec son ami Isao Takahata. Studio qui deviendra l’une des références du film d’animation.

Ils vont éditer alors plusieurs films, Le Château dans le ciel (1986), Mon voisin Totoro (1988), Kiki la petite sorcière (1989) et Porco Rosso (1992). Ces derniers connaissent un succès critique et commercial au Japon. Le film suivant de Miyazaki, Princesse Mononoké, est le premier film d’animation à remporter le Japan Academy Prize du film de l’année, et devient à sa sortie en 1997 le plus gros succès commercial de l’histoire du box-office japonais ; sa distribution dans le monde occidental accroît considérablement la popularité et l’influence de Ghibli en dehors du Japon.

Princesse Mononoké (1997)
Mon voisin Totoro (1988)
Le Château dans le ciel (1986)

Mais comment parler des films du Studio Ghibli sans citer l’un des plus emblématiques : Le voyage de Chihiro (2001). Il devient le film le plus rentable de l’histoire du Japon, remporte l’Oscar du meilleur film d’animation et est souvent classé parmi les plus grands films des années 2000.

Le voyage de Chihiro (2001)

Les sujets abordés dans ces films d’animations sont très avant-gardistes dans les années 80 et 90, et ils possèdent plusieurs lectures possibles. On y retrouve des thèmes tels que la relation de l’humanité avec la nature et la technologie, la salubrité des modes de vie naturels et traditionnels, l’importance de l’art et de l’artisanat, et la difficulté de maintenir une éthique pacifiste dans un monde violent.

Les protagonistes de ses films sont souvent des filles ou des jeunes femmes fortes, et plusieurs de ses films présentent des antagonistes moralement ambigus dotés de qualités rédemptrices.

C’est pour toutes ces raisons qu’Hayao Miyazaki acquiert une grande renommée dans le monde du film d’animation, et devient une source d’inspiration pour de nombreux animateurs, réalisateurs et écrivains.

Guilhem B. – DNMADe1 HO – Oct 2022

L’indémodable en noir et blanc

Qui est mieux placé que Charlie Chaplin pour parler (sans mauvais jeu de mot, étant donné qu’il ne parle pas dans ses films), de politique et de sujet qui sont victimes à son époque de nombreuses discordances, dans l’humour et la bonne humeur que lui ? En 86 ans, personne n’a su détrôner le grand Charlie Chaplin.

Charlie Chaplin est un homme tout à fait surprenant, par son caractère, ses nombreuses capacités, son talent mais surtout sa détermination qui lui ont valu son personnage historique et indémodable. Il débute en étant un simple enfant ordinaire vivant dans un contexte où il a connu la pauvreté et une enfance difficile. Puis petit à petit il entre sur scène et se fait très vite remarquer. Il commencera par des petits rôles, comme vendeur de journaux, mais il a aussi interprété le rôle de Billy dans les incontournables aventures de « Sherlock Homs ». Surprenant n’est-ce pas ? Un homme quelconque tel que vous et moi, qui ne part de rien et qui devient la référence des films muets.

Saviez-vous que le personnage de Charlot alias Charlie Chaplin a été inventé de toutes pièces par Charles Spencer Chaplin ? Cela peut vous surprendre mais Charlie Chaplin est l’éditeur même de Charlot, tout a été choisi par ses soins. Celui-ci voulait que « tout soit une contradiction : le pantalon ample, la veste étriquée, le chapeau étroit et les chaussures larges » et a même « ajouté une petite moustache ». Il n’avait aucune idée du genre de personnage qu’il avait créé mais une fois transformé en Charlot c’est comme si le personnage prenait possession de son corps et qu’il savait exactement ce qu’il fallait faire. Impressionnant n’est-ce pas ? Bien évidemment ce fut un succès puisque le personnage va continuer d’exister pendant plus de 26 ans et de nos jours il marque encore nos esprits, après 65 ans de carrière et 80 films.

Adil B. – DNMADe1Ho – Octobre 2022

27 décembre 1897 , un départ dans histoire du théâtre français

Replongeons nous dans le Paris du 19ème ; le début de la photographie, de l’automobile, de la mode scientifique, des Jules Vernes, Arthur Rimbaud et Edmond Rostand.

                                   

C’est un film qui a été réalisé par Alexis Michalik  et est sorti le 9 janvier 2019. Il s’agit d’une réadaptation d’une pièce de théâtre qu’il a lui même écrit en 2016. Les scènes principales ont été tournées au théâtre du Palais Royal de Paris, ce qui sublime d’autant plus le film. 

Je vais vous proposer dans cet article de visionner l’histoire d’un petit auteur, Edmond Rostand, ne créant que des fours et n’étant point connu du public, et qui, en trois semaines seulement va écrire l’un des plus grand chef-d’oeuvre du théâtre français, il s’agit, vous le savez j’espère, de Cyrano de Bergerac. 

Cette pièce a été pour la première fois jouée le 27 décembre 1897. Après 40 rappels, on se décidera à laisser le rideau ouvert. Les acteurs seront portés en triomphe dans les rues de Paris, Edmond Rostand recevra la légion d’honneur, et dans le siècle à venir, Cyrano de Bergerac sera joué plus de 20 000 fois et deviendra ainsi le plus grand succès du théâtre français. Quelques dates et acteurs importants : Constant Coquelin le soir du 27 décembre 1997, puis en l’an 1900, puis Pierre Magnier en 1923, Claude Dauphin en 1946, José Ferrer en 1950 ( grand acteur portoricain ! ), Daniel Sorano en 1960, Jean Piat en 1964. Mais encore Jean Marais en 1970, Jacques Weber en 1985, Jean-Claude Drouot en 1985, le grand Gérard Depardieu en 1990, Michel Vuillermoz en 2006 et encore tant d’autres. C’est une pièce omniprésente, universelle et intemporelle. C’est pourquoi ce film Edmond est très intéressant et très prenant. C’est un nouveau tournant pour le théâtre.

Mais revenons en au film voulez-vous ? 

Edmond Rostand est comme tout le monde. C’est un rêveur qui aimerait avoir du succès, mais aussi de douceur et d’aventure dans sa vie. Il a trouvé le moyen de faire tout cela ! C’est en créant des vers et des personnages. Malheureusement, les gens n’apprécient pas vraiment ses tragédies et ses histoires car la mode est à la Comédie. Après avoir parlé avec Constant Coquelin, (un grand acteur de l’époque ), ce dernier va lui commander une pièce pour avant la nouvelle année, c’est-à-dire en trois semaines seulement. Edmond n’a pas écrit depuis deux années, il est perdu. Il n’a qu’une idée, qu’un début, qu’une tirade… Il va écrire oui, mais en plus essayer de régler tous les soucis qui vont le ralentir dans son élan ; de ne pas prêter d’importance aux caprices des actrices, répondre aux exigences de ses producteurs corses, calmer de la jalousie de sa femme, suivre les histoires de cœur de son meilleur ami et essayer d’oublier le manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage… malgré tout, il sortira une pièce d’exception, de perfection. D’ailleurs le patron du café où il va souvent, Monsieur Honoré, lui dira : 

« Cette pièce est sublime. Vous avez messieurs de l’or entre les mains,  vous avez un bijou que personne ne peut estimer ! Voulez-vous qu’il disparaisse dans l’oubli ou voulez-vous qu’il soit le plus grand triomphe du théâtre français ? 

Donnez tout ce que vous avez pour cette pièce car je vous le prédis ; jamais, de votre vie vous n’en croiserez une plus belle ! « 

                               

Vous trouverez dans des petits rôles l’incarnation de certains excentriques du cinéma français ; comme par exemple Dominique Pinon en régisseur survolté et agité tout au long du film, et Jean-Michel Martial en tenancier de café rêveur et poète victime de discrimination raciale. De grandes figures du théâtre français et même de cette époque sont incarnés par de grands acteurs actuels ! Sarah Bernard par exemple qui est très importante dans cette histoire et qui connaît le petit poète est interprétée par Clémentine Célarié. 

Vous allez découvrir le vieux Paris, les bonnes manières, la mode, le pouvoir, la jalousie, l’amour, et le théâtre bien sûr ! Vous apprécierez ainsi la finesse des dialogues et la capacité du réalisateur à mettre à jour le genre du vaudeville, et ce dans un cadre lié au patrimoine de la culture française. Il est excitant, prenant, Et même si vous n’avez jamais vu la pièce, ou simplement du théâtre, ce film ne vous perdra pas. Au contraire, il vous mettra à l’aise et vous comprendrez tout. Il vous donnera même envie de voir la pièce originale !

Il est disponible sur toutes les plateformes et j’espère qu’il vous plaira. Je vous mets ci-dessous la bande annonce. Merci de m’avoir lu et bon visionnage ! 

https://www.youtube.com/watch?v=jOgoyxezMoI

Esther Loras__DNMADe14Jo__23 avril 2022

West Side Story, adaptation d’un mythe

Dans le New York de 1957, deux gangs rivaux, les Jets (immigrés d’origine européenne ) et les Shark d’origine portoricaine s’affrontent pour le contrôle d’un espace à l’abandon voué à disparaître. Cette rivalité tragique rend impossible l’histoire d’amour entre Tony et Maria, chacun membre de ces deux camps…

Le 8 décembre dernier, Spielberg nous proposait une réadaptation de la comédie musicale la plus emblématique de Broadway, West Side Story datée de 1957 et déjà reprise au cinéma en 1961 dans une adaptation de Robert Wise. Ainsi lorsque que 60 ans après, Spielberg entreprend la réalisation d’une comédie musicale, il s’attaque à un monument du genre, encore joué aujourd’hui à guichets fermés à  Broadway et dont l’adaptation cinématographique fut auréolée de 10 oscars. Encensée par la critique avant sa sortie, cette récente adaptation n’a pourtant pas bénéficié du succès attendu en salle. Il était donc nécessaire de rendre ici hommage et de mettre en valeur ce bijou injustement déprécié du public.

Pour la réouverture des cinémas, Spielberg misait sur l’afflux en salle des nostalgiques de la première version. Or cette catégorie d’âge est celle qui privilégie aujourd’hui le visionnaire de films à domicile à cause des risques sanitaires. En outre, le réalisateur s’est attelé à dépoussiérer la version de 1961 non sans dépeindre le New York de 1957. Pour ce faire il s’est aidé du dramaturge Tony Kushner (prix Pulitzer), de Justin Peck, conseiller artistique du New York City Ballet pour les chorégraphies et du compositeur David Newman pour réarranger les compositions musicales. Contrairement à la première version qui met de côté le décor pour se focaliser sur les personnages et l’intrigue, cette version a été tournée à 70% en extérieur.

Par ailleurs, le casting des membres de ces deux gangs est composé non pas d’acteurs trentenaires confirmés mais de nouveaux talents inconnus du public, venant pour la plupart du monde des comédies musicales à l’exception d’Ansel Elgort, l’interprète de Tony (connu notamment pour son rôle dans Nos étoiles contraires en 2014). Ces acteurs sont donc tous capables de jouer, chanter et danser (contrairement aux acteurs de 1961 qui ont été doublés pour les chants) et par leur talent font de l’ombre aux deux acteurs principaux. Leur jeunesse se reflète d’autant plus par l’absence de figures parentale dans cette version, ainsi les personnages semblent livrés à eux-mêmes et dirigés par leurs émotions.

Ansel Elgort et Rachel Zegler qui incarnent un Tony et une Maria touchants et modernes mais peut-être un peu trop lisses à l’image du reste du casting.

Ce film a par ailleurs sûrement hérité de la méfiance de la communauté latine, profondément écœurée par la version de 1961. En effet, cette dernière était ponctuée de clichés racistes sur la communauté et la culture portoricaine et les rôles portoricains étaient tenus par des acteurs blancs grimés pour l’occasion ce qui avait fait scandale à l’époque. Ainsi, pour cette version, les rôles des Shark sont attribués à des acteurs aux origines latino-américaines et le scénario s’immisce plus dans l’intimité de Maria et ses proches: son frère Bernardo et sa compagne Anita, et leur dépeint des rêves et des objectifs. Les personnages portoricains ont plus de temps et d’espace à l’écran et Spielberg a fait le choix de laisser les répliques des Sharks en espagnol sans sous-titres. Comme un clin d’œil au passé, Spielberg a créé un rôle sur mesure pour Rita Moreno, l’interprète d’Anita dans la première adaptation et la seule actrice réellement portoricaine du casting de 1961. Elle incarne Valentina, veuve et gérante d’un drugstore et la seule figure maternelle de ce musical qui protège et conseille Tony et Maria. Spielberg prend le parti engagé de donner le rôle d’Anybody, un personnage trans peu développé dans les autres versions à un/e interprète non-binaire ce qui a valu à son film d’être privé de sortie dans certains pays du Golfe où les LGBT sont stigmatisés.

Rita Moreno, très convaincante dans son interprétation de la vibrante Anita, un des personnages forts et émancipé de cette comédie musicale. Son personnage actif et combatif se dresse face à la violence et à la misogynie du West Side. Elle a reçu avec Rachel Zegler un Golden Globe pour son interprétation. Peut-être la meilleure interprétation de ce film.

Ce film est évidemment le reflet d’une savante et minutieuse mise en scène de Spielberg, une relecture plus sombre et moderne de la comédie musicale doublée d’une «fiction politique». Derrière des plans très sombres et tragiques, une escalade de haine motivée par la peur de l’autre s’orchestre. Pour appuyer cela, le célèbre réalisateur a même fait le choix de présenter des combats physiques réels, et plus seulement en danse comme la comédie musicale ou le film de Robert Wise. Le message de son film peut se voir comme un écho de l’ère Trump, un catalogue de problèmes de sociétés américains: les origines et les appartenances, la violence, la haine, le racisme, la misogynie et les violences faites aux femmes, l’immigration, la pauvreté et tant de sujets qui divisent au pays de l’oncle Sam. Ainsi, le passé trouve son écho dans le présent. A cette situation, Spielberg, présente l’amour et la tolérance comme solution à toute cette haine.

Une figure de style visuelle de Spielberg vient ici suggérer avec ingéniosité la violence et l’issue tragique de cet affrontement entre les deux gangs par le biais de longues ombres portées qui évoquent des lames de couteaux.

Cette adaptation a pour moi toutes les caractéristiques pour être considérée comme un classique, que ce soit pour ces qualités esthétiques et musicales ou pour le message d’espoir qu’elle transmet. Elle est portée par un casting très prometteur et convaincant. Ce musical est très inspirant, moderne et d’actualité à l’inverse de la version de 1961 qui ne serait sûrement plus acceptée aujourd’hui. Evidemment, il n’y a pas besoin de voir la comédie musicale ou le film de 1961 avant d’aller le voir c’est pourquoi je vous le recommande fortement.

Anna E. DNMADe1 Jo – Avril 2022

Un cauchemar en papier mâché ?

Cristóbal León et Joaquín Cociña, le stop motion réinventé

L’un est formé en animation et l’autre en art, spécialisé dans le portrait géant. Tous deux chiliens, ils ont grandi sous la dictature de Pinochet dans les années 80. Leur coopération commence en 2007 et repose sur une idée de Joaquin Cociña : animer des dessins géants peints directement sur des murs, filmer objets et peintures ensemble, grandeur nature et en stop motion.

D’ordinaire, le stop motion ou animation en volume est réalisée à l’aide de miniatures – pâte à modeler, maquettes, figurines – et permet souvent d’intégrer à des films des scènes de grande ampleur qui demanderaient des moyens trop importants. Cristóbal León et Joaquín Cociña, quant à eux, ont choisi de faire des films intégralement en stop motion, utilisant uniquement de vieux objets au rebus, ou récupérés dans des brocantes, de la peinture, du ruban adhésif et du papier mâché. Ils s’installent dans des pièces prêtées par des musées ou des galeries et font vivre, image par image, des histoires qu’ils racontent. Presque 15 ans après leur premier court métrage commun, Lucia (disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=uAhjcsYn73M), ils ont réalisé une dizaine de films de ce type, récompensés de prix internationaux (Calgari Film Prize, Asifa Austria Award, Grand prix du Jury au festival de San Francisco…) et présentés dans de nombreux festivals.

Si leurs créations restent de l’ordre du film d’animation, l’utilisation de meubles et d’objets réels donnent un aspect étrangement réaliste aux décors. Ce sentiment d’étrangeté est amplifié par le mouvement volontairement saccadé permis par le stop motion ; les personnages apparaissent et disparaissent, se construisent sous les yeux du spectateur puis se déconstruisent, laissant voir le papier et le ruban adhésif qui les tient en place, mettant en valeur le côté profondément plastique de ces films. Tantôt peintures sur le mur, tantôt modelage en papier mâché ou moulage en plâtre, les héros ont une consistance et une existence insaisissable. L’enfance est au cœur de ces films en papier mâché – il faut y voir une référence au jeu d’enfant – qui se donnent des airs de contes… mais qu’on ne s’y trompe pas, ils sont souvent bien plus de l’ordre du film d’horreur que de celui du dessin animé.

Expressionnisme et cauchemar dans La casa Lobo (2018)

Leur long-métrage le plus important, filmé durant cinq ans en Amérique du Sud, est disponible en entier sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=e_YA-4TIwqw. Intitulé La Casa Lobo, « la maison loup » en français, il raconte l’histoire d’une petite fille, Maria, échappée d’une colonie allemande au Chili et pourchassée par « le Loup ». Elle se réfugie dans une maison visiblement abandonnée dans la forêt, où seuls deux cochons lui tiennent compagnie. Mais la maison n’est pas un refuge, puisqu’elle se confond avec le loup lui-même, qui observe chacun de ses gestes, depuis chaque recoin, des années durant. Le film se présente comme un huis clos, dont on ne sort à aucun moment : impossible de passer la porte, car la forêt est trop dangereuse, et parce que le loup l’interdit… mais l’intérieur de la maison est un cauchemar. En effet, si les références au conte pour enfant sont explicites (Le petit chaperon rouge, Les trois petits cochons), le film semble calquer ses limites sur celles du rêve et de l’imagination : les cochons se transforment en enfants, les personnages apparaissent par morceaux à partir des objets, les murs et les meubles bougent. Cette ambiance constamment oppressante fait du film entier une expression du sentiment d’angoisse. La Casa Lobo est bien un film « profondément expressionniste », comme l’indique la présentation du Festival international de cinéma de Marseille, car il donne à voir non pas une réalité physique mais mentale et psychologique, celle de l’enfermement, de l’oppression et de la manipulation.

La colonie Dignidad

Mais qui est donc le Loup ? Une courte introduction fait mine de présenter le film comme une vieille publicité pour une colonie allemande au sud du Chili, morale et heureuse. Il s’agit en réalité d’une secte religieuse constituée de descendants d’immigrés allemands, la Colonie Dignidad, fondée en 1961, où règnent le travail forcé, la manipulation psychologique et l’isolement total avec le reste du monde. A sa tête, un ancien dignitaire nazi, Paul Schäfer, accusé d’abus sexuels sur les enfants de la colonie, de rapts et de tortures ; en effet, sous la dictature d’Augusto Pinochet, la colonie tint lieu de centre de détention pour les opposants politiques, qui étaient torturés et enfermés dans des conditions sordides. La colonie parvint à exister jusqu’à la fin des années 1990, et Paul Schäfer ne fut jugé que dans les années 2000. Si le loup est le symbole du prédateur sexuel dans les contes pour enfants, celui de Cristóbal León et Joaquín Cociña s’inscrit bien dans cette tradition, et représente en même temps l’autorité omnisciente qui oblige et manipule l’esprit, pouvant même inciter les deux cochons-enfants, Pedro et Anna, à dévorer Maria qui les a élevés. Enfin, la critique porte plus généralement sur le régime dictatorial de Pinochet, décennies que nombre de Chiliens ont vécu comme un long cauchemar…

Merci pour votre lecture.

Bibliographie

https://fidmarseille.org/film/la-casa-lobo/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonie_Dignidad

 

Lucille GILBERT, DNMADe Jo 1, Avril 2022.

 

La Eighty’s et Toute ses Spendeurs

À la sortie des années 70, il y a les années 80, une décennie légendaire dans beaucoup de domaines !

Pourquoi le passé serait-il mieux que le présent ? Il s’agit en effet d’une question difficile pour des gens qui n’ont pas vécu ce fameux « passé » de la funk et de la coupe mulet, de la Delorean et celle de Rocky.

Sous le biais de la richesse musicale et des photos colorées alléchantes de cette époque, il aurait été amusant de vivre les bons moments du passé auprès de la jeunesse de nos ancêtres les plus proches : nos parents.

Le Cinéma :

MIAMI VICE - Petite lucarne & Grand Ecran
Les Détectives Sonny Crockett et Ricardo Tubbs de l’incroyable série Miami Vice de 1984

Aujourd’hui, nous sommes plutôt cinématographiquement sur la perfection, plus le droit au moindre défaut et ceci avec des thèmes violents et horrifiques. Malheureusement, ceci est un régal visuel pour les amateurs des salles aux grands écrans, mais, n’est ce pas une véritable souffrance de produire de telles œuvres qui refoulent l’imperfection du monde ? Cette concurrence acharnée entre chaque entreprise ne soutiendrait-elle pas inhumanité, la pression, la dépression et la surconsommation ? La beauté est, pour beaucoup de cas un cache misère, surtout pour  les réalisations destinées aux petits Bout’choux si on peut citer Disney. 

La Zik :

Du côté musical, l’évolution des modes de loisirs a bien fait changer les choses. Le Smartphone, en 1980 ?! Smart quoi ?! Ça n’existait pas, donc il fallait s’occuper autrement en sortant les instruments de musique avec les amis par exemple. Et leur loisir là, quand on écoute du Rock des années 80, on se rend bien compte qu’il a porté ses fruits  ces fameux musiciens, si on peut citer Bon Jovi, Toto,…, qui avait un niveau et une inspiration hors norme, surtout avec l’aménagement des sons synthétiques liés au tout début de l’ère de la haute technologie.

En Tournée Avec de Bon Jovi Dans Les années 1980 ⋆ Photos historiques rares - Et l'histoire derrière eux ...
Le groupe de Rock Bon Jovi dans les années 80

Maintenant, et bien ça n’a plus l’air d’être une vrai passion pour les artiste de rap. On produit tant qu’il y a du « fric » à se faire dans les poches. De toute façon, les artistes de rap nous l’ont tellement raconté à travers leurs écrits mélodiques que c’est un argument qui n’a même plus besoin d’être souligné pour comparer cela avec les génies d’il y a quarante ans. Plus besoin de se « casser le cul » pour percer, grâce à cette recette de cuisine qui se nomme l’influence, qui sent très très fort dans la jeune société.

Julien K. – DNMADe1 Ho – Avril 2022

Lolita de Vladimir Nabokov, l’histoire d’un contresens

Dans l’imaginaire collectif une Lolita c’est une icône érotique, c’est une jeune femme séductrice, aguicheuse, blonde et jolie. Mais savez vous d’où vient ce fantasme ? Son origine ne serait-elle pas due à une série de contresens et d’incompréhensions ?

Couverture du livre Lolita de Vladimr Nabokov.

D’une écriture à la première personne Nabokov plonge le lecteur dans un jeu de piste où il se perd parfois. Il raconte l’obsession d’Humbert Humbert pour la fille de sa femme qu’il appelle Lolita. A sa mort il devient son tuteur et l’entraine dans un road trip à travers les Etats-Unis. Son désir obsessionnel le dépasse et il commet l’inceste, parfaitement conscient du mal qu’il fait à Lolita il raconte. Comment l’histoire de cette fillette a-t-elle été déformée jusqu’à en devenir un contresens ? Et faire de cette victime d’inceste une icône érotique ?

Quelques pistes….

Ce roman a été écrit par Vladimr Nabokov dans les années 1920, et publié en 1950. Refusé aux Etats Unis à cause de la censure, il a été publié en France par une maison d’édition… de livres érotiques. Premier contresens.
Bien que Nabokov ait pris soin d’insister dans la préface le fait que ce livre condamne la pédocriminalité, la subtilité de son écriture a vite fait de perdre le lecteur et de l’enfermer dans la façon dont Humbert Humbert voit cet enfant comme un objet de désir. Le narrateur raconte sa propre vision tout en niant la souffrance de sa victime, ce qui peut donner l’illusion d’une apologie de la pédocriminalité alors que c’est exactement l’inverse.

Cette vision biaisée du message de l’œuvre est aussi renforcée par les couvertures du livre ou figurent l’image d’une jeune et jolie fillette blonde au regard aguicheur. Bien que Nabokov se soit toujours opposé à ce qu’il y ait un visage sur les couverture, il n’a pu l’empêcher après sa mort.

Le film de Stanley Kubrick en 1962, intitulé Lolita a largement contribué à diffuser l’image de l’enfant séductrice et aguicheuse. En réalité il ne retrace pas fidèlement l’histoire du livre de Nabokov mais celle d’un amour impossible par une différence d’âge. Il déplace change les termes du débat tout en donnant à voir une image hyper sexualisée de cette femme aux allures d’enfant.

Affiche du Film de Stanley Kubrick en 1962.

D’une écriture envoûtante et poétique suivez les personnages de Lolita et Humbert tout au long de leur périple à travers les Etats Unis mais surtout au bout d’eux-mêmes et de l’insoutenable. Ce roman bien que magnifiquement bien écrit n’est pas à mettre en toutes les mains. Même si c’est un chef d’œuvre de littérature assurez vous d’être en capacité de recevoir cette histoire insoutenable.

Couverture espagnole de Lolita, Nabokov.

 

 

Maëlenn DNMADe HO- 2022

Boy Erased ou (le) Garçon Effacé

Un début qui nous plonge parfaitement dans l’effacement des personnalités qu’emmène le titre, par ces descriptions étonnantes de ce que doivent être un homme et une femme :

« Hommes : chemise obligatoire, y compris pour dormir. Tee-shirts sans manches (débardeurs ou autres) interdits, même en sous-vêtements. Rasage obligatoire tous les jours. Les pattes doivent s’arrêter au sommet de l’oreille. »

« Femmes : soutien-gorge obligatoire, sauf pour dormir. Jupes jamais au-dessus du genou. Débardeurs acceptés uniquement sous un chemisier. Jambes et aisselles rasées au moins deux fois par semaines. »

Nous remarquons bien à la lecture que Garrard Conley a fait de son livre une reconstitution des événements afin de s’en délivrer, sa nécessité de coucher sur le papier ce qu’il a vécu nous vaut de nous perdre un peu au fil des phrases.

La découverte d’un livre où la chronologie n’est pas toujours respectée, on suit une ligne directrice : son arrivée à Love In Action (LIA), le centre de conversion, jusqu’à son départ de l’établissement. Cette période de deux semaines est coupée par de nombreux flash-back sur les autres périodes de sa vie. Des retours en arrière sur des traumatismes vécus lorsqu’il était encore adolescent, ou encore de la place de l’Église dans sa vie.

Garrard Conley, fils d’un pasteur d’une Église baptiste conservatrice, sait que quelque chose cloche chez lui, il est attiré par les hommes, mais essaie d’étouffer ce sentiment. Pour cela, il a eu une copine, l’a embrassée, mais il reste gêné par la situation, ne parvenant pas à mettre de mot là-dessus. Séparé de sa famille pour l’université, c’est l’un de ses camarades, assez proche intimement qui l’a outé* à ses parents. Cette terrible nouvelle amène ses derniers à trouver la solution de la thérapie de conversion, pour le «guérir», Garrard veut changer, veut se purifier.

Au départ, le jeune homme est donc volontaire pour ce changement, il donnerait tout pour trouver grâce aux yeux de Dieu et de ses parents, nous montrant bien que l’éducation qu’il a reçu a un rôle important. Dans le centre LIA, il n’est question que du message de Dieu, la Bible fait loi : tout est interdit, ou presque ; au travers d’ateliers de groupe où chacun doit confesser ses «mauvaises pensées», «ses péchés», il convient de se renier soit même, de renoncer à son individualité, à sa personnalité pour accéder à la «normalité» et au message de Dieu. La thérapie de conversion à laquelle Garrard est confronté joue sur le dégoût de soi, sur la honte, il s’agit de renier ces «déviances», la torture morale et le regard des autres a une place importante dans le changement. Profondément attaché à ses parents et soucieux de se conformer à l’image du fils idéal qu’ils voudraient avoir, Garrard se soumet à cette thérapie de conversion avant de réaliser, en s’éloignant alors peu à peu de « la parole de Dieu », qu’il lui est impossible de changer et de renoncer à être enfin lui-même.

C’est un récit particulièrement difficile à lire, autant pour ses perturbations chronologiques que pour son contenu brut et poignant, qui d’ailleurs a été adapté au cinéma en 2019, réalisé par Joel Edgerton, regroupe de grands acteurs, comme Nicole Kidman, Lucas Hedges, ou encore Russell Crowe.

Le fait d’être immergé avec tous ces jeunes et moins jeunes au sein de cet établissement dont l’enjeu est de modifier leur orientation sexuelle va nous permettre de vivre une véritable horreur, dont le programme et ses méthodes s’apparentent à de humiliation et de la torture morale.

Ce film est poignant est compliqué à visionner, du moins pour certains, vous êtes avertis, mais je vous encourage à aller le voir ou à lire le livre, je vous laisse avec la bande annonce, afin de vous donner un ordre d’idée dans quoi vous vous lancez !

T. Dausseing, DNMADE Jo 14, Février 2022.

Chaos is what killed the dinosaurs darling !

Il y a des jours où je me perds sur internet, c’est comme ca que je suis tombée sur des chansons d’un musical en anglais, intriguée comme souvent je me mets à chercher les paroles, les traduire enfin bref de fil en aiguille me voilà à regarder un musical complètement en anglais avec une qualité vidéo au ras des pâquerettes sur Dailymotion et c’est comme ca que j’ai découvert…

Heathers ou Fatal Games en français est un « teen movie »  et une comédie noire sortie en 1989, film indépendant américain il a été écrit par Daniel Waters et réalisé par Michael Lehmann.

Trigger warnings! Ce film peut-être dur à regarder si tu est sensible à des sujets comme le suicide, la discrimination et les abus sexuels.

Comme dit précédemment j’ai d’abord vu la comédie musicale inspirée du film donc. Mais je ne pouvais pas m’arrêter là, je voulais voir l’œuvre à l’origine, surtout que je l’avais bien aimé ce musical.

Mais du coup Heathers c’est quoi ? Heathers c’est un « teen movie » donc un film à destination des adolescents (14-19 ans) et qui a pour sujet principal l’adolescence elle-même. Jusqu’à la rien de folichon aujourd’hui on en connait pleins des teen movie comme American pie, projet X ou Grease. Dans un teen movie (spécifiquement le teen movie américain) on montre la vie quotidienne d’un adolescent ou d’un groupe ainsi que sa vie scolaire qui là-bas est en plus très codé et ritualisé, jusqu’à la le film suit ces codes mais Heathers a un twist et pour ça je pense qu’un petit synopsis s’impose :

L’histoire prend place dans le lycée de Westerberg à Sherwood, une banlieue de Columbus, dans l’Ohio. Veronica Sawyer fait partie de la bande des plus populaires du lycée composée de 3 filles toutes trois appelé Heathers, Heather Chandler, Heather Duke et Heather McNamara, trois filles riches, hautaines au possible et surtout impitoyables, plus craintes qu’aimées par le reste du lycée. Veronica lassée de leur comportement va chercher une échappatoire pour revenir à sa vie d’avant avec ses amis d’avant qualifiés de « loosers » par les Heathers. Au lycée arrive un nouvel élève, Jason Dean, surnommé JD, le cliché typique du jeune rebelle, Veronica va vite devenir fascinée par ce badboy. L’histoire dérape quand Veronica et JD empoissonnent malencontreusement Heather Chandler avec du déboucheur pour canalisation et se retrouve avec son meurtre sur les bras, pour éloigner tout soupçons d’assassinat, Veronica écrit une fausse lettre de suicide influencée par JD.

« JD that knife is filthy » -Veronica
« What do you think I am gonna do with it, take out her tonsils ? » -JD

Et c’est là que Heathers devient intéressant, on nous parle d’ado certes, mais avec un ton plus sombre que les productions de l’époque (rappelons qu’on parle d’un film qui a plus de 30 ans), on est sur un satire de l’adolescence et du lycée avec ses rituels, ses codes et ses classes sociales, quand les autres teen movie avaient des fins de films parfaites et nous montraient les manigances amusantes d’adolescents. Heathers montre la cruauté et l’obscurité des adolescents, son thème principal étant quand même le suicide, mais en gardant un ton humoristique ce qui lui vaut le titre de comédie noire.

« Whether to kill yourself or not is one of the most important decisions a teenager can make. » -Pauline Fleming

Le film nous incite à chercher un sens au drama de lycée et à la douleur avant de nous révéler qu’il n’y en a pas. On nous fait souvent croire que les personnages ont une profondeur secrète que nous avons négligée comme si la populaire narcissique avait en réalité une raison de l’être, que cette violence avait été amenée par quelques choses, mais Heathers nous montre que ce n’est pas le cas que ces personnages sont aussi mauvais de l’intérieur qu’ils le paraissent de l’extérieur. On voit cela avec la note de suicide de Heather Chandler, tout à coup le lycée se met a agir comme s’ils avaient tous eu tout faux sur le cas de Heather, qu’en réalité personne n’avait vu son mal-être. On se met à idéaliser Heather alors qu’une majorité du lycée la détestait pour ses actes et son attitude. L’entièreté du lycée se met à romancer ces personnes à cause de leur faux suicide

« Fuck me gently with a chainsaw, do I look like Mother Teresa? » -Heather Chandler

La mort d’Heather n’est pas là pour rien, le film va s’en servir pour nous présenter par la suite Marthe, dans cette myriade de personnages clichés que nous montre le film, Martha est la fille oubliée, mise de côté, cruellement surnommée Martha Dumptruck (camion benne) celle qui comprend le mieux que cette dynamique sociale est stupide. Martha n’en a que faire de la hiérarchie sociale du lycée et de ses règles, elle est celle qui a connu la vraie douleur mais qu’on a totalement ignoré contrairement aux populaires comme Heather Chandler qu’on a adulée suite à son faux suicide. Et c’est en mettant en opposition Martha et Heather que le film trouve de la profondeur dans ses propos, mais je vais m’arrêter là sinon je vais commencer à spoiler !

« People will look at the ashes of Westerburg and say; « now there’s a school that self-destructed, not because society didn’t care, but because the school was society. » Now that’s deep. » -JD

Le suicide est un des sujets abordés et surement le thème le plus mis en avant dans le film, mais ce dernier aborde d’autres sujets que je vous laisse découvrir par vous même en le visionnant. Malgré ses thématiques sombres j’ai personnellement passé un bon moment devant Heathers malgré son ancienneté maintenant et c’est une des qualités de ce film : même si le temps passe il reste d’actualité et agréable à regarder, peut-être un de ses talents fut de ne pas prendre des expressions des jeunes de l’époque, mais de se créer les siennes qui sont à mon gout plutôt iconique aujourd’hui. Je vous encourage donc à aller jeter un oeil à Heathers et pourquoi pas au musical qui en découle (les musiques sont très cool =) ) Sur ce bon visionnage et restez curieux !

Solène LEIBEL DNMADEJO1 – Fev 2022

Un film d’animation fraternel loin des préjugés !

Azur et Asmar est un long métrage d’animation de Michel Ocelot sorti en 2006. C’est ce célèbre réalisateur français qui est connu du grand public pour sa trilogie Kirikou. Je vais d’abord vous parler rapidement de lui.

               

Il est né le 27 octobre 1943 et a fait les Beaux Arts de Rouen et les Arts Décoratifs de Paris. Il n’a donc jamais fait de formation de graphisme, de réalisation ou même d’animation ! On peut retrouver un travail de plasticien, de textures ! J’aurais aimé vous parler par exemple de ses tryptiques que je trouve incroyables ; Princes et Princesses, les Contes de la nuit, Ivan Tsarévitch et la princesse Changeante, où il y a des jeux de motifs et d’ombres magnifiques !

Mais revenons-en à Azur et Asmar. J’ai choisi de vous parler de ce dessin animé en particulier parce qu’il me tient vraiment à cœur. Petite, j’ai eu une nourrice qui était d’origine Arabe, et donc je m’identifie beaucoup à ce film. Petit point sur l’histoire rapidement pour que vous puissiez comprendre.

Azur et Asmar, deux enfants bercés par les mêmes légendes, s’aiment comme deux frères. Jenane, leur nourrice, éduque son fils Asmar, brun aux yeux noirs, ainsi que le fils de son maître, Azur, blond aux yeux bleus. À l’âge de raison, les garçons sont brutalement séparés. Le père d’Azur envoie son fils étudier en ville et chasse la nourrice et Asmar. Une fois qu’Azur est devenu adulte, il part pour le pays d’origine de sa nourrice pour retrouver la fée dont elle lui parlait tant, et la délivrer. En cours de route, il va retrouver son frère et tous les deux vont partir à la conquête de la fée.

Dans cette histoire, Michel Ocelot va créer une dualité entre différentes cultures, légendes, traditions et langues…tout en liant les deux personnages principaux du film. Au niveau de l’univers visuel du film, tout est parfait et plaisant à regarder. Il va travailler des décors de dentelle et un immense panel de couleurs allant du chaud au froid. Les graphismes sont d’une grande splendeur et accompagnent à merveille l’histoire et la continuité du film. L’œil du spectateur est accompagné avec douceur et sincérité au niveau des monuments architecturaux (comme par exemple la muezzin, la mosquée, madrassah etc.) des arabesques, et des paysages typiques du monde arabe médiéval. On va retrouver la pauvreté, la vie des rues, le bruit et les senteurs du marché, la famine, les brigands, mais aussi la richesse, la célébrité, les fêtes, les buffets garnis et les habits luxueux… au-delà de l’aspect visuel, il y a également tout l’aspect sonore, par Gabriel Yared, qui a réalisé de superbes partitions et chants qui sont inspirés directement des chants traditionnels orientaux. Notamment une comptine qui va bercer les oreilles du spectateur tout au long du film. Il crée une continuité en utilisant des instruments médiévaux tels que l’Oud, le Kamân, la Derbouka, ou bien encore le Ney.

Mis à part tout cela, j’ai profondément aimé la proposition d’un conte original avec comme sujet de fond la tolérance, l’acceptation de l’autre et la fraternité. Azur et Asmar sont deux enfants très différents, très stéréotypés, l’un à la peau claire, blond aux yeux bleus, l’autre à la peau mate, brun aux noirs, l’un français et appartenant à une classe aisée, l’autre arabe et appartenant à une classe inférieure mais qu’importe, puisque la question du racisme et des préjugés est très bien traitée selon moi. Tout d’abord, l’amour que la nourrice Jenane a pour les deux enfants. Elle les traite de la même manière et les élève tous les deux comme ses propres fils. J’ai vécu cela avec ma nourrice Salma. Je m’entendais à merveille avec ses filles et ses fils et elle nous traitait de la même manière ses enfants et mes sœurs et moi. Ensuite, l’amour que portent Azur et Asmar, l’un pour l’autre, n’est d’abord pas visible puisqu’ils passent leur temps à se disputer. Mais, au fil de l’histoire, on peut découvrir qu’une relation de plus en plus fusionnelle se forme entre eux. Par exemple lorsqu’Azur est privé de nourriture, Asmar ira lui en jeter par la fenêtre en cachette de son père. Encore une fois, j’aime beaucoup ce film d’animation car je m’identifie à cet amour fraternel que j’ai moi-même avec ma soeur. Des disputes, des hauts, des bas, c’est vraiment le résumé de ma relation avec elle. On peut voir que les deux personnages cherchent d’ailleurs à combler un vide affectif, l’un a sa mère (Asmar) et l’autre a son père (Azur), et je trouve que cette entraide pour combler ces vides est très touchant. Elle reflète encore plus l’affection qu’ils se portent mutuellement. 

De plus, je trouve cela intéressant de montrer et de créer de tels films pour les enfants, déjà pour les changer des grosses productions américaines bruyantes, telles que celles de Disney, où il y a une simple histoire de princes et de princesse pour la plupart du temps, misogynes et macho en plus (du moins à l’époque d’Azur et Asmar en 2006 car, depuis les choses ont bien changé et des efforts ont été faits là dessus !). Et puis pour leur inculquer des valeurs fortes dès leur plus jeune âge ! Loin des personnages lassants et des contes sans aucune profondeur de Disney, Azur et Asmar se révèle être d’un calme et d’une finesse rare et précieux. Ici, le but n’est pas d’abrutir le spectateur devant un scénario qui lui en met plein la vue et les oreilles, ce film se montre plutôt sous un jour d’une douceur intime et mystique. C’est également pour cela que j’y suis particulièrement attachée. 

      

En conclusion, ce film est génial, au niveau de l’univers visuel, des textures, des palettes de couleurs, des musiques diverses et variées, du scénario, des personnages, du message profond qui est transmis. Je le conseille fortement pour toutes les personnes qui veulent montrer des films qui peuvent nous augmenter, et ouvrir les esprits de nos enfants sur les préjugés qui persistent dans ce monde. 

Esther L. – DNMADe14Jo – Décembre 2021

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