Le point d’auto-inflammation

Fahrenheit 451 c’est le genre d’ouvrage qui laisse une trace indélébile dans votre esprit sans qu’on puisse l’expliquer directement. En fait, la raison est plutôt simple : ce roman dystopique aborde un sujet qui concerne chacun d’entre nous, notre liberté d’expression, de réflexion et notre unicité en tant qu’individu.

C’est dans une société étouffée par les réseaux sociaux, le divertissement et l’amusement que Guy Montag vit sa best life de pompier. Cependant, le détachement dont il fait partie est peu commun. Ce dernier, créé par le gouvernement étasunien pour qui la littérature est source de questionnement et d’idéologies déviantes, a pour mission de brûler tous les livres dont la possession est interdite. Comblé Guy Montag est à l’aise dans son travail, compétent, marié et heureux de remplir ses missions quotidiennes (des autodafés), il vit un bonheur simple. C’est quand, au détour d’une rue pour rentrer chez lui, Montag rencontre une jeune fille singulière, qu’il va se mettre à penser, à imaginer et à comprendre ce qui l’entoure. Elle va lui parler de ce qu’il regarde tous les jours sans rien voir : la vie. Il comprend qu’il ne sait rien, ne connait rien du monde, des gens, des autres, du passé, de l’histoire ou de la culture des Hommes… Rien de tout ça, mis à part son quotidien à lui. Un jour la jeune fille disparait mystérieusement, et là, il prend conscience de sa société de consommation et du bonheur factice qu’elle impose à ses gens.

Un rappel à l’ordre pour éviter le pire

Ce roman prend place dans une société qui nous parait corrompue dès lors où les pompiers n’ont pas pour mission d’éteindre les incendies, mais de les allumer. Où le gouvernement exclut la possibilité de détenir des livres : ils donnent la possibilité d’apprendre et de connaître le monde par soi-même, de développer son esprit critique, son imagination, tout un tas de chose en fait… C’est ce « tas de chose » que le gouvernement retire à ses citoyens dans Fahrenheit 451, il a censuré la pensée, la connaissance et les droits du peuple, de manière douce et progressive, en changeant les lois et la constitution au fil des années. C’est un génocide culturel qui vise à effacer les différences entre individus, la possibilité du dilemme, du choix, et à les rendre plus heureux. Cependant un bonheur conféré par la tromperie en est il vraiment un ? Bref, le livre ne se résume pas qu’à cela, mais c’est aussi une mise en garde contre les régimes totalitaires et extrémistes qui visent une unité de la population au mépris de l’individu.

Une intrigue qui résonne à toutes époques

Le propos de Fahrenheit 451 est devenu de plus en plus pertinent au fil des ans, la fiction qui en est porteuse est devenue l’une de ces fables intemporelles où l’Histoire peut venir se mirer.

Farhenheint 451, préface, Jacques CHAMBON

Il est vrai que ce roman d’anticipation dystopique, paru en 1953, se déroule dans un futur lointain dont les dates restes floues. Pourtant aujourd’hui, en 2022, on pourrait penser que c’est une réalité parallèle, ou même une situation actuelle dans certains pays où la liberté d’expression est réduite à son minimum. Il est aussi question de la suprématie des médias, fait bien réel dans notre société ultra-connecté, « du grand décervelage auquel procèdent la publicité, les jeux, les feuilletons, les informations télévisées… » (préface de Jacques Chambon). Par une paresse mentale qui gagne un peu plus chaque nouvelle génération, on préfère écouter ou regarder les informations qui nous sont servies sur un plateau plutôt que chercher par nous même la vérité, la réalité ; c’est un désintérêt envers la littérature qui nous gagne. Est ce parce que cette dernière ne nous est pas bien présenter quand on est encore à l’école ? A savoir… Pour sur, de grands textes nous paraîtrons plus ennuyeux et moins amusants que des vidéos « short » sur internet, mais il nous feraient plus cogiter, ça c’est certain.

Il y a plus d’une façon de brûler un livre.

Ray Bradbury

C’est la psychologie de Guy MONTAG que l’on suit à travers ce récit, sa réaction face à la prise de conscience du fonctionnement de sa société, l’angoisse qui le consume, de se retrouver seul face à des gens qui ne l’écoutent pas, qui sont aveugles et sourds au monde qui les entoure, à lui…

Montag nous montre la voie…

Personne n’écoute plus. Je ne veux pas parler aux murs parce qu’ils me hurlent après. Je ne peux pas parler à ma femme ; elle écoute les murs. Je veux seulement quelqu’un qui écoute ce que j’ai à dire. Et peut-être que si je parle assez longtemps, ça finira par tenir debout. Et je veux que vous m’appreniez à comprendre ce que je lis.

Guy MONTAG, FAHRENHEINT 451

On ressent l’angoisse à laquelle fait face le personnage car on s’identifie à son sentiment d’être seul contre tous, comme dans un drame apocalyptique où l’on est seul et à bout face aux zombies par exemple. Bref, Bradbury nous fait prendre conscience de la chance que l’on a de pouvoir profiter, au travers des livres, de réflexions, de paroles philosophiques qui développent notre esprit critique, de visions du monde propre à d’autres, d’avoir accès à d’autres cultures, d’autres langues etc, etc… Cet ouvrage est une apologie de la liberté d’expression et nous montre que la plupart des traces que nous laissons derrière nous sont fragiles et si on ne veut pas qu’une civilisation, qu’une idée, qu’une ethnie ou autre trace de vie disparaisse, il faut veiller à garder les objets littéraires intacts.

Un livre à lire au moins une fois

Je vous ai présenté ce livre, tant bien que mal, car je pense qu’il doit être lu, sans nécessité vitale, bien entendu (quoique…), mais au moins une fois dans sa vie, même si l’on n’aime pas lire, que ce n’est pas notre style ou qu’on le trouve trop monotone. Il vous marquera pour de bon.

Vous admirerez la virtuosité de Ray Bradbury dans les moments les plus insupportables de l’histoire (pour ma part) : les conversations entre la compagne de Montag et lui même en sont un bel exemple. Ces dernières sont une retranscription de la mentalité engendrée par le manque de culture et de maturité qu’à imposé le gouvernement : les échanges du couple sont plats, sans intérêt, ils ne nous apportent rien et ne font pas avancer Montag dans sa quête de vérité, bref une belle torture mentale que nous sert l’auteur ! Il faut parfois relire certains passages pour en comprendre toutes les nuances, mais surtout pour ne pas perdre le fil de l’histoire ! Enfin ce livre est tout de même incontournable si vous voulez prendre conscience de la chance que l’on a de vivre dans des pays où la liberté d’expressions à tout de même une grande importance, et que l’on es toujours libre de nos choix, avec la capacité d’explorer et de choisir nos influences, nos milieux et nos façons de vivre !

Guenaelle G. – DNMADe1JO- Octobre 2022

Redécouvrir notre monde avec l’Attaque des Titans

“Je dis juste qu’il n’y a rien de plus éloigné de la liberté que l’ignorance.” Eren Yaeger

L’attaque des titans est un manga créé par Hajime Isayama, qui me fascine et me passionne par l’ingéniosité dont l’auteur a usé pour créer ce chef d’œuvre, pouvant largement être considéré parmi les meilleurs mangas toute époques confondues, et pour sa philosophie complexe à en arracher le cerveau du lecteur.

Parue le 17 mars 2010 au Japon et le 26 juin 2013 en France, l’histoire évoque une humanité reclus derrière 3 murs concentriques pour se protéger de monstres humanoïdes gigantesques appelés les « Titans ». Dans un succès montant petit à petit, le studio d’animation Wit accepte d’animer le manga afin d’attirer un plus grand nombre de spectateur pour la saison 1, mais passé inaperçu, c’est 4 ans plus tard le 1 avril 2017 que la saison 2 a repris grâce aux yeux du public.

On suivra les aventures du personnage principal Eren Yeager, un enfant qui avance avec une soif de découvrir le monde et son désir de retrouver sa liberté, accompagné de ses 2 amis Armin et Mikasa. Au fil de l’histoire on apprendra qu’il possède le pouvoir de se transformer en titan, et va s’en servir aux côtés du bataillon d’exploration, unité sortant en dehors des murs affronter les titans, et tenter d’élucider tous les mystères autour de ces monstres.

Résultat d’images pour eren yeager shocked

Ils finiront par découvrir que absolument tous les titans sont à la base des humains descendant de l’ancêtre Ymir. Transformés en titans par le biais d’un produit, ils mangent des humains en espérant récupérer le pouvoir d’un des 9 titans primordiaux transmis par Ymir, et donc retrouver forme humaine. Ils découvriront finalement que c’est une population nommée les Mahrs qui perpétue une guerre millénaire entre les 2 peuples en envoyant des titans sur l’île de « Paradis » où sont enfermés les descendants d’Ymir, qui ont la mémoire effacée et, pense être les derniers humains sur Terre.

C’est à partir de là que l’histoire va prendre un tournant, il y a les pros Yeager qui suivent l’idéologie d’Eren, qui veut briser ce cercle de haine et de vengeance incessant, en combattant et en éradiquant tout le monde, sauf son peuple afin de le protéger et vivre en paix, et il y a les autres, commandés par Armin, qui veulent la voie diplomatique, faire table rase du passé et apprendre à connaitre l’autre.

Afficher l’image source

L’auteur joue avec les sentiments de ses fans, plein de paradoxes et de questions vont se créer et envahir le lecteur. Qui suivre ? Qui a raison ? Qui est gentil ? Qui est méchant ? C’est dans un développement extraordinaire de l’histoire et des personnages, quelque soit leur camps, que l’auteur va pousser le lecteur/spectateur à aimer et comprendre les 2 camps et la raison de leurs actes, et complètement détruire le manichéisme et tous les codes du shonen dans son œuvre.

La complexité des conflits et de l’humain, quel qu’il soit, est parfaitement exposée dans une histoire bien ficelée du début jusqu’à la fin en nous faisant passer par toutes sortes d’émotions, nous pousse à réfléchir et essayer de comprendre l’autre dans la vraie vie et de se rendre compte à quel point ce cercle de haine et de vengeance peut être présent dans notre vie, et dans le monde entier. Comme nous l’a montré Hajime Isayama avec Eren et Armin, en possession d’un couteau on peut, choisir de riposter sauvagement face à l’ennemi, ou bien alors poser le poser et parler pour briser le cercle de haine.

Vous pouvez désormais commencer ce chef d’œuvre et découvrir les innombrables détails et un scenario incroyable sans aucune excuse car même avec cet article, ne pensez surtout pas avoir compris ce qu’il se passe dans cette œuvre remplie de plot twist non cités pour éviter de trop spoiler, vos sentiments et votre vision de notre monde actuel vont clairement être impactés 😉

Ilias L. – DNMADe1 Ho – Octobre 22

Pourquoi Hayao Miyazaki est considéré comme un génie du film d’animation

Hayao Miyazaki nait le 5 janvier 1941 à Tokyo, son père détient l’entreprise Miyazaki Airplanes qui fabrique des composants pour les avions de guerre japonais durant la seconde guerre mondiale. C’est durant cette période de sa jeunesse qu’Hayao va puiser l’une de ses inspirations : Les vols et autres machines volantes.

Voici un exemple d’avion tiré de l’œuvre
Nausicaä de la Vallée du Vent, réalisé en 1994 par Miyazaki

Très jeune Hayao rêve d’être mangaka, inspiré par les œuvres d’Osamu Tezuka (créateur d’Astro Boy par exemple) mais aussi par le premier film d’animation qui voit le jour : le Serpent blanc. Dès lors, il décide de tout faire pour rentrer dans ce domaine qui l’intéresse tant.

Astro Boy, Osamu Tezuka 1952
Le Serpent blanc, Taiji Yabushita 1958

Effectuant ses études à l’université de Gakushuin où il étudie les sciences politiques et économiques, il est l’un des acteurs du groupe de recherche et de littérature de son université. Ce qui lui permet de dessiner régulièrement et d’en apprendre plus sur le monde de l’animation.

Après avoir reçu son diplôme, il rejoint la Toei Animation en 1963. Pendant ses premières années au studio, il travaille comme intervalliste et collabore ensuite avec le réalisateur Isao Takahata. Au sein de Toei, Miyazaki contribue notamment aux films Doggie March et Garibā no uchū ryokō. Il fournit des animations clés à d’autres films de Toei, comme Le Chat botté et L’Île au trésor.

Hayao Miyazaki (à gauche) et Isao Takahata (à droite)

C’est en 1985 qu’il cofonde le Studio Ghibli avec son ami Isao Takahata. Studio qui deviendra l’une des références du film d’animation.

Ils vont éditer alors plusieurs films, Le Château dans le ciel (1986), Mon voisin Totoro (1988), Kiki la petite sorcière (1989) et Porco Rosso (1992). Ces derniers connaissent un succès critique et commercial au Japon. Le film suivant de Miyazaki, Princesse Mononoké, est le premier film d’animation à remporter le Japan Academy Prize du film de l’année, et devient à sa sortie en 1997 le plus gros succès commercial de l’histoire du box-office japonais ; sa distribution dans le monde occidental accroît considérablement la popularité et l’influence de Ghibli en dehors du Japon.

Princesse Mononoké (1997)
Mon voisin Totoro (1988)
Le Château dans le ciel (1986)

Mais comment parler des films du Studio Ghibli sans citer l’un des plus emblématiques : Le voyage de Chihiro (2001). Il devient le film le plus rentable de l’histoire du Japon, remporte l’Oscar du meilleur film d’animation et est souvent classé parmi les plus grands films des années 2000.

Le voyage de Chihiro (2001)

Les sujets abordés dans ces films d’animations sont très avant-gardistes dans les années 80 et 90, et ils possèdent plusieurs lectures possibles. On y retrouve des thèmes tels que la relation de l’humanité avec la nature et la technologie, la salubrité des modes de vie naturels et traditionnels, l’importance de l’art et de l’artisanat, et la difficulté de maintenir une éthique pacifiste dans un monde violent.

Les protagonistes de ses films sont souvent des filles ou des jeunes femmes fortes, et plusieurs de ses films présentent des antagonistes moralement ambigus dotés de qualités rédemptrices.

C’est pour toutes ces raisons qu’Hayao Miyazaki acquiert une grande renommée dans le monde du film d’animation, et devient une source d’inspiration pour de nombreux animateurs, réalisateurs et écrivains.

Guilhem B. – DNMADe1 HO – Oct 2022

Quand les femmes parlent du fond de leur cœur, en chœur.

La bande dessinée dont je vais vous parler aujourd’hui, elle me fait de l’œil depuis un moment pourtant j’ai tardé à sauter le pas. Peut-être étais-je intimidée par cette œuvre que j’admirais avant même d’avoir pu dévorer son histoire au travers de ses cases gracieusement illustrées par Aude Mermilliod. Cette histoire, ces histoires de femmes c’est Le Chœur des femmes et c’est ce livre qu’on va découvrir ensemble et je l’espère que vous aussi l’apprécierez.

« Le Choeur des femmes » est l’adaptation du roman éponyme de Martin Winckler, illustré par Aude Mermilliod et paru en avril 2021.

 

Le choeur des femmes c’est l’histoire de Jean, major de promo, elle se retrouve à faire 6 mois en médecine pour son internat. Jean, écouter « des bonnes femmes se plaindre à propos de leur pilule, de leurs seins douloureux ou je ne sais quelle connerie » ca ne l’intéresse pas, mais alors pas du tout, non Jean son truc à elle c’est les scalpels, les ciseaux, du fil et les aiguilles. C’est aussi l’histoire du docteur Karma, lui c’est un soignant il ne « joue pas au docteur« , précurseur il va montrer une face de la gynécologie à Jean auquel elle ne s’attendait pas.

Mais avant tout le Choeur des femmes c’est l’histoire de toutes ses femmes entre contraception, maternité, violences conjugales, avortements, violences gynécologiques… C’est l’histoire de Sabrine, de Catherine, de Madame A, de Geneviève, de Cécile, de Marie… De toutes ces femmes, de tant de femmes, de nous toutes.

J’ai énormément apprécié les personnages notamment Franz Karma, soignant dans l’âme, il apporte une autre vision de la gynécologie, domaine ou des pratiques persistent en dépit du bien-être des femmes. La position gynécologique par exemple, couchées sur le dos, cuisses grandes ouvertes, avec des patientes à qui on demande souvent de se mettre à nue plus que nécessaire ou des examens trop vite demandés sans parler assez à la patiente, bref tant de choses qui pourraient être changées pour le meilleur confort de la patiente sans pour autant gêner le praticien. L’humanité, la douceur et la compréhension du Docteur Karma m’ont touché tout au long de la bande dessinée, ce personnage est la pour nous montrer que d’autres pratiques sont possible, qu’on peut examiner différemment, qu’on peut soigner différemment.

Une autre chose très appréciable est ces histoires de femmes narrées tout au long de l’histoire qui permettent de balayer beaucoup de domaines de la gynécologie, c’est elles qui font que cette œuvre est un chœur, ce sont ces histoires qui nous lient au livre, ces histoires si variées font peut etre écho à des choses qu’on à nous meme subies, on apprend avec elles qu’on peut envisager la gynécologie autrement, avec plus de douceur et d’écoute.

Le livre au delà de son coté éducatif suit un fil rouge qui le relie aussi à la fiction ce qui le rend plaisant à lire, on lit la vie des personnages pas un livre de médecine et pour moi cela renforce l’humanité de cet ouvrage.

Je vous encourage donc vivement à vous procurer « Le Choeur des femmes » que ca soit le roman ou son adaptation en bande dessinée, et si ces sujets vous plaisent je vous conseille « Ecumes » de Ingrid Chabbert et Carole Maurel, récit de deux femmes qui traversent la joie de la grossesse et ses malheureuses complications. Et dans le domaine du soin, l’Homme étoilé, lui aussi soignant malgré tout, qui couche sur le papier sa vie de soignant en soins palliatifs avec humour et beaucoup de délicatesse. Bonne lecture à vous en espérant que vous aussi tomberez amoureux comme moi de ces livres.

Solène L. DNMADe1 JO – Avril 2022

L’art vu par un chat !

Le Chat est une série de dessins humoristiques de presse et de bandes dessinées paru la première fois le 22 mars 1983 dans un supplément du journal belge « Le soir ». Ce personnage, le chat, a été imaginé par Philippe Geluck : un artiste belge né a Bruxelles.

L’inspiration de ce personnage s’est faite après son mariage : « Un jour, sur la couverture de remerciements de mon mariage, j’ai dessiné une madame chat tout sourire, et à l’intérieur, on voyait monsieur chat qui était monté dessus ! C’est comme ça que tout a commencé : Plus tard quand « Le soir » m’a demandé d’inventer un personnage, je me suis souvenu du carton. La bestiole est devenue mon interprète, comme un acteur pour qui j’écris des sketchs ! En fait, c’est un autre moi-même. A travers lui, je me libère. Je joue parfois avec le feu, mais c’est le rôle de l’humoriste. »
Le 2 novembre 2016, comme chaque année, Philippe Geluck a sorti une nouvelle édition du Chat. C’est de cette édition dont je vais vous parler. « L’art et le Chat ». Le chat nous emmène dans une visite humoristique de son panthéon artistique. Cette bande dessinée revisite les chefs d’œuvres sélectionnés par Philippe Geluck. Le chat caricature, reprend à sa manière chaque œuvre, 80 pages de dessins humoristiques et culturels nous faisant découvrir ou redécouvrir des œuvres emblématiques.

Le début de la BD commence par une sorte d’auto-interview, l’auteur explique « que Le Chat s’est intéressé à l’art depuis ses premières apparitions ». L’artiste s’intéresse à l’art depuis petit et a voulu partager ses pensées, une trentaine d’oeuvres d’art sont reprises par le Chat. Il y a l’explication du Chat avec son ironie et l’explication, le petit point d’art écrit par Sylvie Girardet. Par exemple pour le Discobole, Philippe Geluck /Le Chat décrit l’œuvre avec humour et ironie, c’est presque « Border Line » quelquefois . « A toutes époques, des imbéciles ont saccagé des merveilles de beauté, pour le plaisir de dominer par la destruction. Aujourd’hui encore, c’est le grand bonheur des abrutis de Daesh que d’anéantir des trésors archéologiques bâtis par leurs propres aïeux dans le seul but de nier l’existence de tout ce qui n’est pas eux-mêmes. Pauvres tarés, va ! ». Le Chat réalise une description de la statue compréhensible de tous. De l’autre côté, il y a Sylvie Girardet qui remet en place le contexte historique réel de l’œuvre et sa description.

 

 

 

 

 

Un autre exemple, Pierre Soulage, il l’illustre, crée une métaphore de son travail avec un dessin raté qu’il a raturé et recouvert de noir.

Cette bande dessinée découle en fait d’une exposition au musée en Herbe à Paris. L’exposition met en confrontation les œuvres de Philippe Geluck et les œuvres originales telles que celles de Picasso, Rodin, Warhol et quelques autres.
Grâce à cette édition Philippe Geluck a pu s’exprimer d’une façon libre sur les œuvres d’arts les plus connues de notre ère. L’artiste expose dans cette bande dessinée une mise en abime, il fait de l’art avec de l’art. Le Chat, n’est pas un simple personnage de BD, c’est le porte parole de Philippe Geluck, une image emblématique du monde du dessin.

J’espère que cet article vous donnera envie de lire d’autre édition du Chat tel que Le Chat déambule illustré en 2021.

Mathilde P. – DmadeJo1 – Avril 2022

Lolita de Vladimir Nabokov, l’histoire d’un contresens

Dans l’imaginaire collectif une Lolita c’est une icône érotique, c’est une jeune femme séductrice, aguicheuse, blonde et jolie. Mais savez vous d’où vient ce fantasme ? Son origine ne serait-elle pas due à une série de contresens et d’incompréhensions ?

Couverture du livre Lolita de Vladimr Nabokov.

D’une écriture à la première personne Nabokov plonge le lecteur dans un jeu de piste où il se perd parfois. Il raconte l’obsession d’Humbert Humbert pour la fille de sa femme qu’il appelle Lolita. A sa mort il devient son tuteur et l’entraine dans un road trip à travers les Etats-Unis. Son désir obsessionnel le dépasse et il commet l’inceste, parfaitement conscient du mal qu’il fait à Lolita il raconte. Comment l’histoire de cette fillette a-t-elle été déformée jusqu’à en devenir un contresens ? Et faire de cette victime d’inceste une icône érotique ?

Quelques pistes….

Ce roman a été écrit par Vladimr Nabokov dans les années 1920, et publié en 1950. Refusé aux Etats Unis à cause de la censure, il a été publié en France par une maison d’édition… de livres érotiques. Premier contresens.
Bien que Nabokov ait pris soin d’insister dans la préface le fait que ce livre condamne la pédocriminalité, la subtilité de son écriture a vite fait de perdre le lecteur et de l’enfermer dans la façon dont Humbert Humbert voit cet enfant comme un objet de désir. Le narrateur raconte sa propre vision tout en niant la souffrance de sa victime, ce qui peut donner l’illusion d’une apologie de la pédocriminalité alors que c’est exactement l’inverse.

Cette vision biaisée du message de l’œuvre est aussi renforcée par les couvertures du livre ou figurent l’image d’une jeune et jolie fillette blonde au regard aguicheur. Bien que Nabokov se soit toujours opposé à ce qu’il y ait un visage sur les couverture, il n’a pu l’empêcher après sa mort.

Le film de Stanley Kubrick en 1962, intitulé Lolita a largement contribué à diffuser l’image de l’enfant séductrice et aguicheuse. En réalité il ne retrace pas fidèlement l’histoire du livre de Nabokov mais celle d’un amour impossible par une différence d’âge. Il déplace change les termes du débat tout en donnant à voir une image hyper sexualisée de cette femme aux allures d’enfant.

Affiche du Film de Stanley Kubrick en 1962.

D’une écriture envoûtante et poétique suivez les personnages de Lolita et Humbert tout au long de leur périple à travers les Etats Unis mais surtout au bout d’eux-mêmes et de l’insoutenable. Ce roman bien que magnifiquement bien écrit n’est pas à mettre en toutes les mains. Même si c’est un chef d’œuvre de littérature assurez vous d’être en capacité de recevoir cette histoire insoutenable.

Couverture espagnole de Lolita, Nabokov.

 

 

Maëlenn DNMADe HO- 2022

Il faut flinguer Ramirez

« Il Faut Flinguer Ramirez » est une trilogie de bandes dessinées, enfin presque car l’acte 3 de celle ci est encore en cours de création.

C’est qui ce Ramirez ?

Jacques Ramirez est réparateur d’aspirateurs à la Robotop,  grande marque d’électroménager d’Amérique centrale. d’après ses collègues, qu’il soit muet est un détail car il est le meilleur de tous les réparateurs.

Nous découvrons très vite au début de l’histoire que ce fameux Jacques Ramirez ressemble traits pour traits à un ex chasseur de primes recherché par le cartel pour le tuer. Le plus gros de l’intrigue tourne autour de cette problématique tout en y ajoutant une bonne dose d’humour et de péripéties improbables.

Vous pouvez retrouver ces Bandes Dessinées dans la plupart des librairies et également dans les CDI et Bibliothèques proches de chez vous.

Nicolas Pétrimaux L’auteur de cette saga est en train de travailler sur le tome 3 et il souhaite y mettre toute la qualité possible ce qui prend du temps. Du coup, personne ne connait encore la date de sa parution. En saurons nous bientôt plus ? Seul Ramirez en connait la réponse…

Mais… Vu qu’il est muet… On est mal barrés !

Pierre O.  – DNMADe 1 HO – Juin 2022

Boy Erased ou (le) Garçon Effacé

Un début qui nous plonge parfaitement dans l’effacement des personnalités qu’emmène le titre, par ces descriptions étonnantes de ce que doivent être un homme et une femme :

« Hommes : chemise obligatoire, y compris pour dormir. Tee-shirts sans manches (débardeurs ou autres) interdits, même en sous-vêtements. Rasage obligatoire tous les jours. Les pattes doivent s’arrêter au sommet de l’oreille. »

« Femmes : soutien-gorge obligatoire, sauf pour dormir. Jupes jamais au-dessus du genou. Débardeurs acceptés uniquement sous un chemisier. Jambes et aisselles rasées au moins deux fois par semaines. »

Nous remarquons bien à la lecture que Garrard Conley a fait de son livre une reconstitution des événements afin de s’en délivrer, sa nécessité de coucher sur le papier ce qu’il a vécu nous vaut de nous perdre un peu au fil des phrases.

La découverte d’un livre où la chronologie n’est pas toujours respectée, on suit une ligne directrice : son arrivée à Love In Action (LIA), le centre de conversion, jusqu’à son départ de l’établissement. Cette période de deux semaines est coupée par de nombreux flash-back sur les autres périodes de sa vie. Des retours en arrière sur des traumatismes vécus lorsqu’il était encore adolescent, ou encore de la place de l’Église dans sa vie.

Garrard Conley, fils d’un pasteur d’une Église baptiste conservatrice, sait que quelque chose cloche chez lui, il est attiré par les hommes, mais essaie d’étouffer ce sentiment. Pour cela, il a eu une copine, l’a embrassée, mais il reste gêné par la situation, ne parvenant pas à mettre de mot là-dessus. Séparé de sa famille pour l’université, c’est l’un de ses camarades, assez proche intimement qui l’a outé* à ses parents. Cette terrible nouvelle amène ses derniers à trouver la solution de la thérapie de conversion, pour le «guérir», Garrard veut changer, veut se purifier.

Au départ, le jeune homme est donc volontaire pour ce changement, il donnerait tout pour trouver grâce aux yeux de Dieu et de ses parents, nous montrant bien que l’éducation qu’il a reçu a un rôle important. Dans le centre LIA, il n’est question que du message de Dieu, la Bible fait loi : tout est interdit, ou presque ; au travers d’ateliers de groupe où chacun doit confesser ses «mauvaises pensées», «ses péchés», il convient de se renier soit même, de renoncer à son individualité, à sa personnalité pour accéder à la «normalité» et au message de Dieu. La thérapie de conversion à laquelle Garrard est confronté joue sur le dégoût de soi, sur la honte, il s’agit de renier ces «déviances», la torture morale et le regard des autres a une place importante dans le changement. Profondément attaché à ses parents et soucieux de se conformer à l’image du fils idéal qu’ils voudraient avoir, Garrard se soumet à cette thérapie de conversion avant de réaliser, en s’éloignant alors peu à peu de « la parole de Dieu », qu’il lui est impossible de changer et de renoncer à être enfin lui-même.

C’est un récit particulièrement difficile à lire, autant pour ses perturbations chronologiques que pour son contenu brut et poignant, qui d’ailleurs a été adapté au cinéma en 2019, réalisé par Joel Edgerton, regroupe de grands acteurs, comme Nicole Kidman, Lucas Hedges, ou encore Russell Crowe.

Le fait d’être immergé avec tous ces jeunes et moins jeunes au sein de cet établissement dont l’enjeu est de modifier leur orientation sexuelle va nous permettre de vivre une véritable horreur, dont le programme et ses méthodes s’apparentent à de humiliation et de la torture morale.

Ce film est poignant est compliqué à visionner, du moins pour certains, vous êtes avertis, mais je vous encourage à aller le voir ou à lire le livre, je vous laisse avec la bande annonce, afin de vous donner un ordre d’idée dans quoi vous vous lancez !

T. Dausseing, DNMADE Jo 14, Février 2022.

Journal d’un fou

Le Horla… un titre qui vous évoque surement des souvenirs du collège et des lectures obligatoires en classe de français. Rassurez-vous, pas de dissert ou de fiches de lecture cette fois, dépoussièrez vos recueils et bonne lecture !

Le Horla est une nouvelle de Guy de Maupassant, un écrivain du 19e siècle qui a marqué l’histoire de la littérature, mais ça vous le savez surement déjà. La nouvelle relate, sous la forme d’un journal intime, la vie du narrateur. Du 8 mai au 10 septembre, ce dernier couchera ses pensées et inquiétudes sur le papier, tentant de déterminer la nature de ses angoisses : folie ou surnaturel ?

En effet, un mal inconnu inexpliqué par les médecins le ronge et prend la forme du Horla, entité invisible et malveillante. C’est une des premières nouvelles qui évoque les troubles psychiatriques d’un point de vue interne, on rappelle que le fou est humain. 

Le narrateur semble répondre, dans son monologue intérieur, à la question précédente :

 “depuis que l’homme pense, depuis qu’il sait dire et écrire sa pensée, il se sent frôlé par un mystère impénétrable pour ses sens grossiers et imparfaits, il tâche de suppléer par l’effort de son intelligence, à l’impuissance de ses organes. Quand cette intelligence demeurait encore à l’état rudimentaire cette hantise des phénomènes invisibles a pris des formes banalement effrayantes. Delà sont nées des croyances populaires au surnaturel, les légendes des esprits rôdeurs, des fées, des gnomes, des revenants, je dirais même la légende de Dieu […]”

À l’époque où la science se penche à peine sur la psychopathologie, cette nouvelle explore les mystères de l’esprit humain et la fine limite entre fantastique et inexpliqué. Les histoires fantastiques prenant en compte les avancées scientifiques incomplètes de l’époque, y mêlent une part de surnaturel. Le narrateur semble parfaitement rationnel et lucide quant à la tendance de l’Homme à expliquer l’inconnu par le prodigieux pourtant…

Le Horla « Hors » et « là », le personnage à l’image de son nom est un paradoxe.

Il est important de savoir que Maupassant écrit cette nouvelle en étant déjà victime de troubles psychologiques causés par la syphilis. Ces écrits sont pour lui une façon d’analyser la folie qui l’entoure et le mal dont il s’inquiète de souffrir. Penchons-nous un court instant sur les phénomènes parfaitement explicables à l’aide des clefs que nous procurent les avancées scientifiques de notre époque.

Le narrateur dans un demi-sommeil :

 “je veux crier – je ne peux pas – je veux remuer – je ne peux pas – j’essaie avec des efforts affreux en haletant de me tourner de rejeter cet être qui m’écrase et qui m’étouffe – je ne peux pas”

Si vous l’avez déjà vécu vous reconnaitrez, par cette description précise, un épisode de paralysie du sommeil mais ce n’est là qu’un exemple, nombre de troubles sont dépeints ; Dépression (autrefois appelée mélancolie), paranoïa, dédoublement de la personnalité et hallucinations. Le Horla, créature parasite qui s’empare de la vitalité de ses victimes durant leur sommeil serait à l’origine de tout cela ? Le narrateur apprend dans la “Revue du monde Scientifique” que la créature sévit au Brésil, elle serait donc bien réelle ? L’auteur met le lecteur dans une position inconfortable, le doute s’installe. En jouant ainsi avec le lecteur Maupassant ne nous permet pas uniquement de nous identifier au narrateur, mais il nous emmène en 1887 et nous place au cœur des débats scientifiques de l’époque. En effet la nouvelle par son ambiguïté, les illustre à merveille et ceci s’explique par l’intérêt de l’auteur pour les différents travaux sur le sujet.

À cette époque, le monde scientifique c’est scindé en deux puisque deux médecines débattent : Spiritualisme et Organicisme. Pour faire court, le médecin spiritualiste expliquait les maux par des entités indépendantes de la matière et dont l’existence ne peut être prouvée (des entités comme le Horla). Tandis que le médecin organiciste suivait la doctrine d’après laquelle toute maladie a son origine dans la lésion d’un ou plusieurs organes, l’anatomie prime.

Notre narrateur semble osciller entre les deux médecines, il imagine le Horla mais, néanmoins, va chez son médecin et suit les prescriptions de ce dernier.  Ainsi, Le Horla se place en tant que reflet de la communauté scientifique de l’époque, il augmente la condition du fou en l’humanisant et développe les idées fortes des courants de pensée du milieu du 19e en les opposant avec habileté.

Les classiques sont parfois considérés comme un peu rebutants, compliqués ou trop datés… Mais ils s’avèrent souvent absolument passionnants et chargés d’histoire !

Merci de m’avoir lu 🙂

Lucie Garcia- DNMADE14Jo- Dec. 2021

Au delà de l’horizon

Horizon est un webtoon , une bande dessinée en ligne, écrit et dessiné par  Ji-Hoon Jung. On y suit les péripéties de deux enfants, un garçon et une fille. L’histoire en elle-même débute sur une foule en panique menacée par un danger imminent. C’est au milieu de celle-ci que l’on découvre le petit garçon qui parvient à échapper au massacre qui n’épargna cependant pas sa mère. Errant sans but, il rencontre la petite fille et dès lors, ils poursuivent leur chemin ensemble. Ils décident ainsi d’un objectif commun ; atteindre l’horizon. S’installant dans le contexte d’un monde chaotique soutendu par la folie des adultes, leur voyage pour la survie est alors rempli d’épreuves.

Un petit avertissement s’impose ; on l’aura deviné à mon introduction mais l’histoire n’est pas légère et je la déconseille à celui ou celle qui s’y intéresserait pour se « changer les idées ».                Très certainement que les idées s’en trouveront changées mais pas dans le sens généralement souhaité. Aussi, dès les premières cases, on est confronté à des images assez crues qui ne conviennent pas à tout le monde.

Aspect graphique

Le style graphique s’adapte au ressenti des personnages et s’avère très efficace à immerger le lecteur dans l’histoire. Parfois, les traits semblent esquissés bien qu’appuyés ce qui confère aux personnages et à leur environnement la très légère impression d’être indistincts. On retrouve également des scènes assombries sous une multitudes de traits nerveux voir griffonnés à l’image de la violence et/ou de la peur qu’elles contiennent.

Aussi, le fait que les dessins soient généralement en noir et blanc permet un contraste visuel faisant ressortir une triste réalité. Pas de couleur, pas de nuance chaleureuse, un univers froid et implacable dans sa simplicité chromatique.

En opposition à l’ambiance globale, certains passages sont pourvus de couleurs lumineuses. Elles sont justement employées pour évoquer l’émerveillement ou l’apaisement.

Aspect narratif

Les graphismes jouant un rôle prépondérant dans la narration tant ils sont expressifs ne nécessitent pas beaucoup de dialogue. Je crois même que les gros plans sur les expressions, les postures ainsi que ceux plus larges des paysages sont généralement plus parlants que des paroles. Les échanges verbaux sont donc brefs et efficaces. Il en est de même pour les interventions du narrateur.

Ainsi, le découpage des évènements et leurs représentations constituent une mise en scène qui, renforcée par des questionnements teintés de philosophie, participe grandement à installer une dimension poétique à l’histoire.

Jusqu’au bout, on ignore précisément ce qui a poussé ce monde vers sa perdition totale. On comprend que des conflits armés sont en jeu mais ça s’arrête là. On relève ainsi qu’il importe peu de le savoir, ce n’est que le contexte permettant de développer les véritables sujets ; les personnages et leur pérégrination autant sur le plan de la survie que morale.

Les personnages sont d’ailleurs attachants. On peut difficilement faire autrement par empathie car malgré leurs malheurs, ils parviennent à garder une certaine innocence bien qu’elle soit nécessairement amoindrie par les horreurs qu’ils traversent. S’encourageant mutuellement , ils s’entraident et entretiennent une belle complicité. Plus humain que la plupart des adultes qu’ils rencontreront, ils font aussi preuve d’ une simplicité de réflexion attendrissante. Leur caractère se complète par ailleurs ; tandis que le garçon se démarque par sa froide détermination à survivre, la fille est elle d’un altruisme à toute épreuve. On est vite soucieux de leur avenir, d’autant plus que que la narration enchaîne autant de retournements de situation que d’ascenseurs émotionnels.

Interprétation

Contrairement à l’ambiance lugubre de la bande dessinée, il me semble que cette histoire cherche à transmettre un message d’espoir. L’univers chaotique dans lequel il prend place m’apparaît comme une sorte de métaphore de notre société ou du moins ce que l’on devrait redouter qu’elle devienne. Face à la destruction de cette dernière, perdant tous les repères sur lesquels on fonde notre vie, on reviendrait à songer à son sens. Il est cependant illustré que la vie comme la mort n’en ont pas. Aussi instable que la pensée humaine, le sens que l’on donne disparaît pour faire place au fatalisme éprouvé par la vacuité de l’existence. C’est en partant de ce joyeux postulat que le garçon entreprend d’avancer vers l’horizon sans fin. Le but n’est alors clairement pas d’atteindre une destination mais d’occuper sa vie à s’y diriger. Sa rencontre avec la fille et son désir de la protéger lui permet alors de trouver la volonté de vivre. Ainsi, l’objectif qui consistait d’avancer désespérément vers l’infini évolue pour atteindre un avenir plein d’espoir ensemble.

Le message s’adresse aux lecteurs craignant la mort. Il défend que le désespoir que l’on ressent à son égard s’efface par la foi en l’amour. Je crois comprendre que cette foi se découvre au delà de ce que l’on perçoit aux premiers abords décourageant des tragédies, au delà de l’horizon.

Solveig Dubois – DNMADE 14 Horlo – Déc 21

L’effet papillon

Qui n’a pas rêvé une seule fois de faire un bond dans le passé tout en sachant ce qu’il sait aujourd’hui ? Quels choix feriez-vous ou ne referiez-vous pas ? Que se passerait-il si nous supprimions certains faits, certaines erreurs que nous avons commises ? Serions-nous plus heureux ? Et s’il suffisait de prendre un chemin plutôt qu’un autre pour que notre destin en soit à jamais bouleversé ? Tous ces dilemmes nous retournent la tête lorsqu’il s’agit de prendre une décision forte !

Des questions qui, je suis sûr, ont déjà tourmenté un bon nombre d’entre vous. C’est ce thème que Jirô Taniguchi a choisi d’aborder dans « Quartier lointain », un pavé composé de très belles planches noires et blanches, à cheval entre le manga et la bande dessinée qui nous invite à voyager dans le temps, au plus profond de nous-même.

Quartier lointain de Jirô Taniguchi, sur la scène de la Comédie de Picardie - LA VIE DES LIVRES etc.

A travers cet ouvrage, nous basculons aux côtés d’Hiroshi, 48 ans, marié et père de deux enfants, qui se retrouve après une nuit un peu trop chargée en Saké, dans la peau de l’adolescent qu’il était, avec gravés dans sa mémoire, tous les évènements de son passé qu’il doit à présent revivre avec son regard d’adulte. Fortement désorienté au départ, un sentiment d’exaltation le prend soudainement. Il y voit alors comme une seconde chance d’effacer les cicatrices de son passé et de réparer les erreurs qui le tourmentent encore aujourd’hui : la mort de son meilleur ami dans un accident de moto, son premier amour, la belle Tamoko qu’il n’a jamais osé aborder, et surtout l’évènement qui déchira sa famille en deux, la disparition de son père qui abandonna le foyer familial et laissa sa mère dans un chagrin profond.

Mais plus il s’aventure dans cette quête de rédemption, plus la tâche s’avère difficile : qu’il est dur d’être adolescent et d’assumer la lourde tâche d’être un homme adulte ! Hiroshi se rend vite compte que chaque choix qu’il fait, chaque chemin qu’il décide de prendre a son importance et conditionnera le reste de sa vie.

Même si sa volonté de rattraper ses erreurs est prédominante, est-il si rationnel d’aller à l’encontre du temps ?

Avec « Quartier Lointain », Taniguchi nous touche profondément, cette mélancolie omniprésente comblée à ces magnifiques dessins parviennent à créer efficacement de l’émotion. Il nous questionne sur l’importance de nos choix, notre parcours, notre famille, nos amis, nos erreurs, nos doutes, nos rêves et au sens plus large sur notre vie qui en découle.

Cette œuvre propose des thèmes universels qui sont susceptibles de parler à beaucoup, peu importe l’âge ou la culture. L’histoire de Taniguchi est un conte intelligent, délicat et profond, son rythme lent est propice à l’introspection, et je ne peux que le conseiller à tous ceux qui sont capables de se laisser porter par un récit, voire d’aller plus loin en s’identifiant pleinement au personnage.

S’il y a bien un manga qui pourrait ouvrir la porte de cet univers graphique aux néophytes du genre (dont je fais partie), c’est bien « Quartier Lointain ». En effet, je n’avais personnellement jamais lu un manga avant celui-là, j’étais même réticent à l’idée d’en ouvrir un ; force est d’admettre qu’il m’a agréablement surpris (malgré une fin un peu trop prévisible à mon goût…).

« Si je pouvais de nouveau vivre ma vie, je courrais plus de risques, je voyagerais plus, je contemplerais plus de crépuscules, j’escaladerais plus de montagnes, je nagerais dans plus de rivières…
Au cas où vous ne le sauriez pas, c’est de cela qu’est faite la vie, seulement de moments : ne laisse pas le présent t’échapper. »  Jorge Luis Borges

Nicolas MARGONARI – DNMADE 23HO – Décembre 21

Le vampirisme… mythe ou légende ? Méfiez-vous de la littérature !

Aujourd’hui nous n’allons pas passer par quatre chemins : Le vampirisme est bel et bien une légende.

Pourquoi ? Parce qu’avant d’être un roman de Bram Stocker, avant de devenir une histoire qu’on raconte au coin du feu et avant d’être un film à l’eau de rose que Clara, 12 ans, regarde avec adoration, le vampirisme est une maladie appelée la protoporphyrie érythropoïétique.

Amazon.fr - Dracula - Stoker, Bram, Molitor, Lucienne - Livres
Dracula par Bram Stoker

Les porphyries constituent un groupe de huit maladies héréditaires du sang qui se présentent sous des formes différentes. Ce sympathique groupe au nom barbare qualifie les pathologies présentant un défaut de l’heme. L’heme permet de fixer le fer dans l’hémoglobine (hémo: le sang). L’hémoglobine est une protéine qui transporte l’oxygène dans le sang. C’est la liaison entre l’heme et le fer qui donne au sang sa couleur écarlate.

La couleur du sang

C’est bien beau tout ça mais quel rapport avec ces êtres au teint pâle, craignant la lumière ?

TOUT !  Les personnes porteuses de la protoporphyrie érythropoïétique sont anémiées. Elles ont donc le teint très pâle et  une peau extrêmement sensible à la lumière. Et oui ! Si l’heme ne parvient pas à fixer le fer, le sang n’a pas sa caractéristique rouge vif ! Dans le cas de nos vampires du dimanche, leur protoporphyrine IX s’accumule dans les globules rouges. Si on expose  la protoporphyrine IX à la lumière, elle produit des molécules qui endommagent les cellules autour. Les malades se retrouvent littéralement brûlés, présentent des gonflements, des cloques… En résumé, pour eux l’enfer est bien sur terre. Ces  réactions sont très violentes bien que cela soit loin de notre traditionnel tas de cendre romanesque.

Même un jour nuageux, il y a suffisamment d’UV pour provoquer chez les malades des cloques et une défiguration des parties exposées.»                         Affirme le Dr Barry Paw, de la division hématologie/oncologie du Boston Children’s Hospital

Mais alors que faire pour traiter cette maladie ? Des transfusions sanguines !

Les patients voient leurs états s’améliorer lorsque ceux-ci reçoivent du sang riche en heme et en fer…Ce moyen de guérison a dû activement participer à l’élaboration de notre légende. En effet, les malades devaient probablement se procurer par un moyen ou un autre du sang afin d’avoir une vie un peu moins pénible (ou juste pour rester en vie haha). De plus, à cause des rayons UV ceux-ci ne pouvaient vivre que la nuit ! Le reste vous vous en doutez bien… L’humain s’en est chargé ! «  Ce sont des monstres qui dorment dans des cercueils et qui se transforment en chauve-souris ». Aujourd’hui (enfin j’espère), on trouve ces histoires bien farfelues et pourtant on oublie souvent que par définition, une légende est basée sur des faits réels !  

Et maintenant, si je vous dis loup garou?

L’exemple des vampires ne vous a pas convaincu ? Pas de problème. Pour finir ce petit article , je vous ai déterré une  maladie derrière les lycanthropes. C’est tout simplement l’hypertrichose ! Souvent confondu avec l’hirsutisme, cette maladie provoque une pilosité extrême recouvrant tout le corps de l’individu. Les pauvres gens étaient obligés de se cacher et vivaient la plupart du temps rejetés par la société tant ils étaient craints par l’ignorante plèbe. C’est pourquoi,  une fois encore une légende a pu faire son apparition. Vous connaissez la recette on rajoute un peu de pleine lune, un peu de surnaturel et on a une bonne raison de rejeter l’inconnu. De plus, ces croyances ont été renforcées à l’apparition des « zoo humains » étant donné que de nombreuses personnes atteintes de l’hypertrichose y ont été exposées.

**Petit rappel, les zoo humains ont fait fureur au 19 siècle  !!! Plutôt récent non?:'(

Pour conclure, je vous invite à faire la parallèle entre la littérature et la science. Bien souvent on pense faire face à une histoire des plus insensée et finalement on se retrouve face à une explication des plus fondée… 

Eve B. – DNMADe14HO – Déc. 21

Adieu Blanche Neige…

Beatrice Alemagna dans son atelier à Paris le 12 novembre 2021

Beatrice Alemagna est née à Bologne en 1973. Après avoir étudié le graphisme et la photographie à l’école ISIA d’Urbino en Italie, elle gagne le premier prix du concours d’illustration « Figures Futures » au salon du livre de Montreuil en 1996, point de départ d’un parcours international. Elle a depuis publié une quarantaine d’ouvrages traduits en 16 langues.

À l’occasion de la publication de son livre Adieu Blanche-Neige, et à l’exposition de son ouvrage la galerie Arts Factory à Paris du 24 novembre au 24 décembre 2021 je vais vous faire découvrir un univers unique, intense et indescriptible.

Dès la préface Béatrice Alemagna nous prévient qu’ici il n’y aura pas de nains joviaux et espiègles, d’espaces de respirations. Inspiré du texte publié pour la première fois en 1812 par les frères Grimm en Allemagne, elle a décidé de prendre le parti de la reine, celui de la jalousie, de la vengeance, un point de vue sombre perturbé accompagné d’un grand sentiment solitude….

Cette reine qui nous entraine dans une histoire méconnue, par la plume d’une autrice dont les illustrations ont elles aussi pris le parti de la noirceur et de la confusion, réalisé entièrement à la peinture en mettant un point d’honneur à donner de la lumière dans les zones d’ombre et une ombre immensément intense dans la lumière en y incorporant un léger récit discrètement incorporé sur ces illustrations.

Et comme on le sait, grâce au chasseur, Blanche Neige est encore vivante, et la reine croyant qu’elle est arrivée à ses fins, qu’elle va pouvoir vivre enfin de nouveau sans rivale, sans ombre. Mais vous le savez dans cette histoire, il y a aussi de la magie, noire, puissante et dangereuse et le miroir est l’une de ses facettes, l’un de ses dangers : miroir, mon beau miroir…

Un album absolument inclassable, tant par le texte puissant et dur que par les illustrations absolument insaisissables, d’une puissance et d’une beauté rare et violente. On est d’abord très impressionnés par cette version peu habituelle qui retourne les choses et nous sort totalement de la version Disney, mais cela nous montre à quel point les vraies histoires ne sont pas toujours « rose » et que tout ne finit pas par « tout et bien qui finit bien ».

 

Amandine CRETENET – DNMADE 2 HO – 2021-2022

Une expérience traumatisante

Warsan Shire est une poétesse anglo-somalienne, jeune femme de 28 ans née au Kenya et de parents somaliens. Vers un an, ses parents s’installent à Londres pour fuir la Somalie alors en pleine guerre civile. C’est donc à Londres qu’elle grandit et où elle va être repérée plus tard par l’un de ses professeurs pour son talent d’écriture. Poète des temps modernes, elle est connue sur les réseaux sociaux et est une artiste engagée. Warsan Shire raconte dans ses poèmes des histoires de famille, des drames personnels ou universels très engagés en ce qui concerne les migrants ou les abus sexuels. Elle parle aussi de confiance en soi, de fierté, de tradition et de solidarité.

« Home« , c’est le titre de ce poème que j’ai choisi de vous décrire aujourd’hui, la puissance des mots utilisés et les répercussions émotionnelles irréversibles que vivent ces personnes sont tout simplement horribles. Ce poème met des mots sur la souffrance ressentie lors de l’exil, il redonne la parole à ceux qui en ont été privés.

Ce poème découpé en quatre parties qui montre les différentes étapes de son voyage et de son état émotionnel énormément impacté durant son périple.

. HOME .

Personne ne quitte sa maison à moins

Que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin

Tu ne cours vers la frontière

Que lorsque toute la ville court également

Avec tes voisins qui courent plus vite que toi

Le garçon avec qui tu es allée à l’école

Qui t’a embrassée, éblouie, une fois derrière la vieille usine

Porte une arme plus grande que son corps

Tu pars de chez toi

Quand ta maison ne te permet plus de rester.

Tu ne quittes pas ta maison si ta maison ne te chasse pas

Du feu sous tes pieds

Du sang chaud dans ton ventre

C’est quelque chose que tu n’aurais jamais pensé faire

Jusqu’à ce que la lame ne soit

Sur ton cou

Et même alors tu portes encore l’hymne national

Dans ta voix

Quand tu déchires ton passeport dans les toilettes d’un aéroport

En sanglotant à chaque bouchée de papier

Pour bien comprendre que tu ne reviendras jamais en arrière

Il faut que tu comprennes

Que personne ne pousse ses enfants sur un bateau

A moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre-ferme

Personne ne passe des jours et des nuits dans l’estomac d’un camion

En se nourrissant de papier-journal à moins que les kilomètres parcourus

Soient plus qu’un voyage

Personne ne rampe sous un grillage

Personne ne veut être battu

Pris en pitié

Personne ne choisit les camps de réfugiés

Ou la prison

Parce que la prison est plus sûre

Qu’une ville en feu

Personne ne vivrait ça

Personne ne le supporterait

Personne n’a la peau assez tannée

Rentrez chez vous

Les noirs Les réfugiés

Les sales immigrés

Les demandeurs d’asile

Qui sucent le sang de notre pays

Ils sentent bizarre

Sauvages

Ils ont fait n’importe quoi chez eux et maintenant

Ils veulent faire pareil ici

Comment les mots

Les sales regards

Peuvent te glisser sur le dos

Peut-être parce que leur souffle est plus doux

Qu’un membre arraché

Ou parce que ces mots sont plus tendres

Que quatorze hommes entre

Tes jambes

Ou ces insultes sont plus faciles

A digérer

Qu’un os

Que ton corps d’enfant

En miettes

Je veux rentrer chez moi

Mais ma maison est comme la gueule d’un requin

Ma maison, c’est le baril d’un pistolet

Et personne ne quitte sa maison

A moins que ta maison ne te chasse vers le rivage

A moins que ta maison ne dise

A tes jambes de courir plus vite

De laisser tes habits derrière toi

De ramper à travers le désert

De traverser les océans

Personne ne quitte sa maison jusqu’à ce que ta maison soit cette petite voix dans ton oreille

Qui te dit

Pars

Pars d’ici tout de suite

Je ne sais pas ce que je suis devenue

Mais je sais que n’importe où

Ce sera plus sûr qu’ici

Traduit par: Paul Tanguy

Dans la première partie du poème on peut vraiment appréhender la nécessité de partir, avec toutes les violences du pays d’origine et la guerre. Ce départ n’est donc pas librement consenti, c’est un départ à des fins de survie. 

La seconde partie du poème représente le voyage. Les conditions de voyage étant particulièrement difficiles et risquées, cela représente un second traumatisme, une seconde expérience qui à tout moment-là rapproche de la mort.

La troisième partie fait référence à l’accueil et le rejet du pays d’accueil, le reflexe qu’ont les gens face aux migrants rentrant dans « leur » pays, tout en parlant des différents traumatismes physiques et moraux, ce que finit par faire ressentir une sorte de déshumanisation.

La dernière partie rejoint la première partie comme un cercle vicieux .

Parmi tous les traumatismes, il y a la perte de la parole, les personnes exilées en sont privées et ce poème permet de leur rendre leur humanité, et nous permet de les soutenir et de comprendre à travers ses mots ce qu’ils ont vécu et pourrait aider à changer les clichés qu’ont les personnes face aux migrant. 

CRETENET Amandine – DNAMDE 2 HO – 2021/2022

buy windows 11 pro test ediyorum