Quand les femmes parlent du fond de leur cœur, en chœur.

La bande dessinée dont je vais vous parler aujourd’hui, elle me fait de l’œil depuis un moment pourtant j’ai tardé à sauter le pas. Peut-être étais-je intimidée par cette œuvre que j’admirais avant même d’avoir pu dévorer son histoire au travers de ses cases gracieusement illustrées par Aude Mermilliod. Cette histoire, ces histoires de femmes c’est Le Chœur des femmes et c’est ce livre qu’on va découvrir ensemble et je l’espère que vous aussi l’apprécierez.

« Le Choeur des femmes » est l’adaptation du roman éponyme de Martin Winckler, illustré par Aude Mermilliod et paru en avril 2021.

 

Le choeur des femmes c’est l’histoire de Jean, major de promo, elle se retrouve à faire 6 mois en médecine pour son internat. Jean, écouter « des bonnes femmes se plaindre à propos de leur pilule, de leurs seins douloureux ou je ne sais quelle connerie » ca ne l’intéresse pas, mais alors pas du tout, non Jean son truc à elle c’est les scalpels, les ciseaux, du fil et les aiguilles. C’est aussi l’histoire du docteur Karma, lui c’est un soignant il ne « joue pas au docteur« , précurseur il va montrer une face de la gynécologie à Jean auquel elle ne s’attendait pas.

Mais avant tout le Choeur des femmes c’est l’histoire de toutes ses femmes entre contraception, maternité, violences conjugales, avortements, violences gynécologiques… C’est l’histoire de Sabrine, de Catherine, de Madame A, de Geneviève, de Cécile, de Marie… De toutes ces femmes, de tant de femmes, de nous toutes.

J’ai énormément apprécié les personnages notamment Franz Karma, soignant dans l’âme, il apporte une autre vision de la gynécologie, domaine ou des pratiques persistent en dépit du bien-être des femmes. La position gynécologique par exemple, couchées sur le dos, cuisses grandes ouvertes, avec des patientes à qui on demande souvent de se mettre à nue plus que nécessaire ou des examens trop vite demandés sans parler assez à la patiente, bref tant de choses qui pourraient être changées pour le meilleur confort de la patiente sans pour autant gêner le praticien. L’humanité, la douceur et la compréhension du Docteur Karma m’ont touché tout au long de la bande dessinée, ce personnage est la pour nous montrer que d’autres pratiques sont possible, qu’on peut examiner différemment, qu’on peut soigner différemment.

Une autre chose très appréciable est ces histoires de femmes narrées tout au long de l’histoire qui permettent de balayer beaucoup de domaines de la gynécologie, c’est elles qui font que cette œuvre est un chœur, ce sont ces histoires qui nous lient au livre, ces histoires si variées font peut etre écho à des choses qu’on à nous meme subies, on apprend avec elles qu’on peut envisager la gynécologie autrement, avec plus de douceur et d’écoute.

Le livre au delà de son coté éducatif suit un fil rouge qui le relie aussi à la fiction ce qui le rend plaisant à lire, on lit la vie des personnages pas un livre de médecine et pour moi cela renforce l’humanité de cet ouvrage.

Je vous encourage donc vivement à vous procurer « Le Choeur des femmes » que ca soit le roman ou son adaptation en bande dessinée, et si ces sujets vous plaisent je vous conseille « Ecumes » de Ingrid Chabbert et Carole Maurel, récit de deux femmes qui traversent la joie de la grossesse et ses malheureuses complications. Et dans le domaine du soin, l’Homme étoilé, lui aussi soignant malgré tout, qui couche sur le papier sa vie de soignant en soins palliatifs avec humour et beaucoup de délicatesse. Bonne lecture à vous en espérant que vous aussi tomberez amoureux comme moi de ces livres.

Solène L. DNMADe1 JO – Avril 2022

L’art vu par un chat !

Le Chat est une série de dessins humoristiques de presse et de bandes dessinées paru la première fois le 22 mars 1983 dans un supplément du journal belge « Le soir ». Ce personnage, le chat, a été imaginé par Philippe Geluck : un artiste belge né a Bruxelles.

L’inspiration de ce personnage s’est faite après son mariage : « Un jour, sur la couverture de remerciements de mon mariage, j’ai dessiné une madame chat tout sourire, et à l’intérieur, on voyait monsieur chat qui était monté dessus ! C’est comme ça que tout a commencé : Plus tard quand « Le soir » m’a demandé d’inventer un personnage, je me suis souvenu du carton. La bestiole est devenue mon interprète, comme un acteur pour qui j’écris des sketchs ! En fait, c’est un autre moi-même. A travers lui, je me libère. Je joue parfois avec le feu, mais c’est le rôle de l’humoriste. »
Le 2 novembre 2016, comme chaque année, Philippe Geluck a sorti une nouvelle édition du Chat. C’est de cette édition dont je vais vous parler. « L’art et le Chat ». Le chat nous emmène dans une visite humoristique de son panthéon artistique. Cette bande dessinée revisite les chefs d’œuvres sélectionnés par Philippe Geluck. Le chat caricature, reprend à sa manière chaque œuvre, 80 pages de dessins humoristiques et culturels nous faisant découvrir ou redécouvrir des œuvres emblématiques.

Le début de la BD commence par une sorte d’auto-interview, l’auteur explique « que Le Chat s’est intéressé à l’art depuis ses premières apparitions ». L’artiste s’intéresse à l’art depuis petit et a voulu partager ses pensées, une trentaine d’oeuvres d’art sont reprises par le Chat. Il y a l’explication du Chat avec son ironie et l’explication, le petit point d’art écrit par Sylvie Girardet. Par exemple pour le Discobole, Philippe Geluck /Le Chat décrit l’œuvre avec humour et ironie, c’est presque « Border Line » quelquefois . « A toutes époques, des imbéciles ont saccagé des merveilles de beauté, pour le plaisir de dominer par la destruction. Aujourd’hui encore, c’est le grand bonheur des abrutis de Daesh que d’anéantir des trésors archéologiques bâtis par leurs propres aïeux dans le seul but de nier l’existence de tout ce qui n’est pas eux-mêmes. Pauvres tarés, va ! ». Le Chat réalise une description de la statue compréhensible de tous. De l’autre côté, il y a Sylvie Girardet qui remet en place le contexte historique réel de l’œuvre et sa description.

 

 

 

 

 

Un autre exemple, Pierre Soulage, il l’illustre, crée une métaphore de son travail avec un dessin raté qu’il a raturé et recouvert de noir.

Cette bande dessinée découle en fait d’une exposition au musée en Herbe à Paris. L’exposition met en confrontation les œuvres de Philippe Geluck et les œuvres originales telles que celles de Picasso, Rodin, Warhol et quelques autres.
Grâce à cette édition Philippe Geluck a pu s’exprimer d’une façon libre sur les œuvres d’arts les plus connues de notre ère. L’artiste expose dans cette bande dessinée une mise en abime, il fait de l’art avec de l’art. Le Chat, n’est pas un simple personnage de BD, c’est le porte parole de Philippe Geluck, une image emblématique du monde du dessin.

J’espère que cet article vous donnera envie de lire d’autre édition du Chat tel que Le Chat déambule illustré en 2021.

Mathilde P. – DmadeJo1 – Avril 2022

Lolita de Vladimir Nabokov, l’histoire d’un contresens

Dans l’imaginaire collectif une Lolita c’est une icône érotique, c’est une jeune femme séductrice, aguicheuse, blonde et jolie. Mais savez vous d’où vient ce fantasme ? Son origine ne serait-elle pas due à une série de contresens et d’incompréhensions ?

Couverture du livre Lolita de Vladimr Nabokov.

D’une écriture à la première personne Nabokov plonge le lecteur dans un jeu de piste où il se perd parfois. Il raconte l’obsession d’Humbert Humbert pour la fille de sa femme qu’il appelle Lolita. A sa mort il devient son tuteur et l’entraine dans un road trip à travers les Etats-Unis. Son désir obsessionnel le dépasse et il commet l’inceste, parfaitement conscient du mal qu’il fait à Lolita il raconte. Comment l’histoire de cette fillette a-t-elle été déformée jusqu’à en devenir un contresens ? Et faire de cette victime d’inceste une icône érotique ?

Quelques pistes….

Ce roman a été écrit par Vladimr Nabokov dans les années 1920, et publié en 1950. Refusé aux Etats Unis à cause de la censure, il a été publié en France par une maison d’édition… de livres érotiques. Premier contresens.
Bien que Nabokov ait pris soin d’insister dans la préface le fait que ce livre condamne la pédocriminalité, la subtilité de son écriture a vite fait de perdre le lecteur et de l’enfermer dans la façon dont Humbert Humbert voit cet enfant comme un objet de désir. Le narrateur raconte sa propre vision tout en niant la souffrance de sa victime, ce qui peut donner l’illusion d’une apologie de la pédocriminalité alors que c’est exactement l’inverse.

Cette vision biaisée du message de l’œuvre est aussi renforcée par les couvertures du livre ou figurent l’image d’une jeune et jolie fillette blonde au regard aguicheur. Bien que Nabokov se soit toujours opposé à ce qu’il y ait un visage sur les couverture, il n’a pu l’empêcher après sa mort.

Le film de Stanley Kubrick en 1962, intitulé Lolita a largement contribué à diffuser l’image de l’enfant séductrice et aguicheuse. En réalité il ne retrace pas fidèlement l’histoire du livre de Nabokov mais celle d’un amour impossible par une différence d’âge. Il déplace change les termes du débat tout en donnant à voir une image hyper sexualisée de cette femme aux allures d’enfant.

Affiche du Film de Stanley Kubrick en 1962.

D’une écriture envoûtante et poétique suivez les personnages de Lolita et Humbert tout au long de leur périple à travers les Etats Unis mais surtout au bout d’eux-mêmes et de l’insoutenable. Ce roman bien que magnifiquement bien écrit n’est pas à mettre en toutes les mains. Même si c’est un chef d’œuvre de littérature assurez vous d’être en capacité de recevoir cette histoire insoutenable.

Couverture espagnole de Lolita, Nabokov.

 

 

Maëlenn DNMADe HO- 2022

Boy Erased ou (le) Garçon Effacé

Un début qui nous plonge parfaitement dans l’effacement des personnalités qu’emmène le titre, par ces descriptions étonnantes de ce que doivent être un homme et une femme :

« Hommes : chemise obligatoire, y compris pour dormir. Tee-shirts sans manches (débardeurs ou autres) interdits, même en sous-vêtements. Rasage obligatoire tous les jours. Les pattes doivent s’arrêter au sommet de l’oreille. »

« Femmes : soutien-gorge obligatoire, sauf pour dormir. Jupes jamais au-dessus du genou. Débardeurs acceptés uniquement sous un chemisier. Jambes et aisselles rasées au moins deux fois par semaines. »

Nous remarquons bien à la lecture que Garrard Conley a fait de son livre une reconstitution des événements afin de s’en délivrer, sa nécessité de coucher sur le papier ce qu’il a vécu nous vaut de nous perdre un peu au fil des phrases.

La découverte d’un livre où la chronologie n’est pas toujours respectée, on suit une ligne directrice : son arrivée à Love In Action (LIA), le centre de conversion, jusqu’à son départ de l’établissement. Cette période de deux semaines est coupée par de nombreux flash-back sur les autres périodes de sa vie. Des retours en arrière sur des traumatismes vécus lorsqu’il était encore adolescent, ou encore de la place de l’Église dans sa vie.

Garrard Conley, fils d’un pasteur d’une Église baptiste conservatrice, sait que quelque chose cloche chez lui, il est attiré par les hommes, mais essaie d’étouffer ce sentiment. Pour cela, il a eu une copine, l’a embrassée, mais il reste gêné par la situation, ne parvenant pas à mettre de mot là-dessus. Séparé de sa famille pour l’université, c’est l’un de ses camarades, assez proche intimement qui l’a outé* à ses parents. Cette terrible nouvelle amène ses derniers à trouver la solution de la thérapie de conversion, pour le «guérir», Garrard veut changer, veut se purifier.

Au départ, le jeune homme est donc volontaire pour ce changement, il donnerait tout pour trouver grâce aux yeux de Dieu et de ses parents, nous montrant bien que l’éducation qu’il a reçu a un rôle important. Dans le centre LIA, il n’est question que du message de Dieu, la Bible fait loi : tout est interdit, ou presque ; au travers d’ateliers de groupe où chacun doit confesser ses «mauvaises pensées», «ses péchés», il convient de se renier soit même, de renoncer à son individualité, à sa personnalité pour accéder à la «normalité» et au message de Dieu. La thérapie de conversion à laquelle Garrard est confronté joue sur le dégoût de soi, sur la honte, il s’agit de renier ces «déviances», la torture morale et le regard des autres a une place importante dans le changement. Profondément attaché à ses parents et soucieux de se conformer à l’image du fils idéal qu’ils voudraient avoir, Garrard se soumet à cette thérapie de conversion avant de réaliser, en s’éloignant alors peu à peu de « la parole de Dieu », qu’il lui est impossible de changer et de renoncer à être enfin lui-même.

C’est un récit particulièrement difficile à lire, autant pour ses perturbations chronologiques que pour son contenu brut et poignant, qui d’ailleurs a été adapté au cinéma en 2019, réalisé par Joel Edgerton, regroupe de grands acteurs, comme Nicole Kidman, Lucas Hedges, ou encore Russell Crowe.

Le fait d’être immergé avec tous ces jeunes et moins jeunes au sein de cet établissement dont l’enjeu est de modifier leur orientation sexuelle va nous permettre de vivre une véritable horreur, dont le programme et ses méthodes s’apparentent à de humiliation et de la torture morale.

Ce film est poignant est compliqué à visionner, du moins pour certains, vous êtes avertis, mais je vous encourage à aller le voir ou à lire le livre, je vous laisse avec la bande annonce, afin de vous donner un ordre d’idée dans quoi vous vous lancez !

T. Dausseing, DNMADE Jo 14, Février 2022.

Journal d’un fou

Le Horla… un titre qui vous évoque surement des souvenirs du collège et des lectures obligatoires en classe de français. Rassurez-vous, pas de dissert ou de fiches de lecture cette fois, dépoussièrez vos recueils et bonne lecture !

Le Horla est une nouvelle de Guy de Maupassant, un écrivain du 19e siècle qui a marqué l’histoire de la littérature, mais ça vous le savez surement déjà. La nouvelle relate, sous la forme d’un journal intime, la vie du narrateur. Du 8 mai au 10 septembre, ce dernier couchera ses pensées et inquiétudes sur le papier, tentant de déterminer la nature de ses angoisses : folie ou surnaturel ?

En effet, un mal inconnu inexpliqué par les médecins le ronge et prend la forme du Horla, entité invisible et malveillante. C’est une des premières nouvelles qui évoque les troubles psychiatriques d’un point de vue interne, on rappelle que le fou est humain. 

Le narrateur semble répondre, dans son monologue intérieur, à la question précédente :

 “depuis que l’homme pense, depuis qu’il sait dire et écrire sa pensée, il se sent frôlé par un mystère impénétrable pour ses sens grossiers et imparfaits, il tâche de suppléer par l’effort de son intelligence, à l’impuissance de ses organes. Quand cette intelligence demeurait encore à l’état rudimentaire cette hantise des phénomènes invisibles a pris des formes banalement effrayantes. Delà sont nées des croyances populaires au surnaturel, les légendes des esprits rôdeurs, des fées, des gnomes, des revenants, je dirais même la légende de Dieu […]”

À l’époque où la science se penche à peine sur la psychopathologie, cette nouvelle explore les mystères de l’esprit humain et la fine limite entre fantastique et inexpliqué. Les histoires fantastiques prenant en compte les avancées scientifiques incomplètes de l’époque, y mêlent une part de surnaturel. Le narrateur semble parfaitement rationnel et lucide quant à la tendance de l’Homme à expliquer l’inconnu par le prodigieux pourtant…

Le Horla « Hors » et « là », le personnage à l’image de son nom est un paradoxe.

Il est important de savoir que Maupassant écrit cette nouvelle en étant déjà victime de troubles psychologiques causés par la syphilis. Ces écrits sont pour lui une façon d’analyser la folie qui l’entoure et le mal dont il s’inquiète de souffrir. Penchons-nous un court instant sur les phénomènes parfaitement explicables à l’aide des clefs que nous procurent les avancées scientifiques de notre époque.

Le narrateur dans un demi-sommeil :

 “je veux crier – je ne peux pas – je veux remuer – je ne peux pas – j’essaie avec des efforts affreux en haletant de me tourner de rejeter cet être qui m’écrase et qui m’étouffe – je ne peux pas”

Si vous l’avez déjà vécu vous reconnaitrez, par cette description précise, un épisode de paralysie du sommeil mais ce n’est là qu’un exemple, nombre de troubles sont dépeints ; Dépression (autrefois appelée mélancolie), paranoïa, dédoublement de la personnalité et hallucinations. Le Horla, créature parasite qui s’empare de la vitalité de ses victimes durant leur sommeil serait à l’origine de tout cela ? Le narrateur apprend dans la “Revue du monde Scientifique” que la créature sévit au Brésil, elle serait donc bien réelle ? L’auteur met le lecteur dans une position inconfortable, le doute s’installe. En jouant ainsi avec le lecteur Maupassant ne nous permet pas uniquement de nous identifier au narrateur, mais il nous emmène en 1887 et nous place au cœur des débats scientifiques de l’époque. En effet la nouvelle par son ambiguïté, les illustre à merveille et ceci s’explique par l’intérêt de l’auteur pour les différents travaux sur le sujet.

À cette époque, le monde scientifique c’est scindé en deux puisque deux médecines débattent : Spiritualisme et Organicisme. Pour faire court, le médecin spiritualiste expliquait les maux par des entités indépendantes de la matière et dont l’existence ne peut être prouvée (des entités comme le Horla). Tandis que le médecin organiciste suivait la doctrine d’après laquelle toute maladie a son origine dans la lésion d’un ou plusieurs organes, l’anatomie prime.

Notre narrateur semble osciller entre les deux médecines, il imagine le Horla mais, néanmoins, va chez son médecin et suit les prescriptions de ce dernier.  Ainsi, Le Horla se place en tant que reflet de la communauté scientifique de l’époque, il augmente la condition du fou en l’humanisant et développe les idées fortes des courants de pensée du milieu du 19e en les opposant avec habileté.

Les classiques sont parfois considérés comme un peu rebutants, compliqués ou trop datés… Mais ils s’avèrent souvent absolument passionnants et chargés d’histoire !

Merci de m’avoir lu 🙂

Lucie Garcia- DNMADE14Jo- Dec. 2021

Au delà de l’horizon

Horizon est un webtoon , une bande dessinée en ligne, écrit et dessiné par  Ji-Hoon Jung. On y suit les péripéties de deux enfants, un garçon et une fille. L’histoire en elle-même débute sur une foule en panique menacée par un danger imminent. C’est au milieu de celle-ci que l’on découvre le petit garçon qui parvient à échapper au massacre qui n’épargna cependant pas sa mère. Errant sans but, il rencontre la petite fille et dès lors, ils poursuivent leur chemin ensemble. Ils décident ainsi d’un objectif commun ; atteindre l’horizon. S’installant dans le contexte d’un monde chaotique soutendu par la folie des adultes, leur voyage pour la survie est alors rempli d’épreuves.

Un petit avertissement s’impose ; on l’aura deviné à mon introduction mais l’histoire n’est pas légère et je la déconseille à celui ou celle qui s’y intéresserait pour se « changer les idées ».                Très certainement que les idées s’en trouveront changées mais pas dans le sens généralement souhaité. Aussi, dès les premières cases, on est confronté à des images assez crues qui ne conviennent pas à tout le monde.

Aspect graphique

Le style graphique s’adapte au ressenti des personnages et s’avère très efficace à immerger le lecteur dans l’histoire. Parfois, les traits semblent esquissés bien qu’appuyés ce qui confère aux personnages et à leur environnement la très légère impression d’être indistincts. On retrouve également des scènes assombries sous une multitudes de traits nerveux voir griffonnés à l’image de la violence et/ou de la peur qu’elles contiennent.

Aussi, le fait que les dessins soient généralement en noir et blanc permet un contraste visuel faisant ressortir une triste réalité. Pas de couleur, pas de nuance chaleureuse, un univers froid et implacable dans sa simplicité chromatique.

En opposition à l’ambiance globale, certains passages sont pourvus de couleurs lumineuses. Elles sont justement employées pour évoquer l’émerveillement ou l’apaisement.

Aspect narratif

Les graphismes jouant un rôle prépondérant dans la narration tant ils sont expressifs ne nécessitent pas beaucoup de dialogue. Je crois même que les gros plans sur les expressions, les postures ainsi que ceux plus larges des paysages sont généralement plus parlants que des paroles. Les échanges verbaux sont donc brefs et efficaces. Il en est de même pour les interventions du narrateur.

Ainsi, le découpage des évènements et leurs représentations constituent une mise en scène qui, renforcée par des questionnements teintés de philosophie, participe grandement à installer une dimension poétique à l’histoire.

Jusqu’au bout, on ignore précisément ce qui a poussé ce monde vers sa perdition totale. On comprend que des conflits armés sont en jeu mais ça s’arrête là. On relève ainsi qu’il importe peu de le savoir, ce n’est que le contexte permettant de développer les véritables sujets ; les personnages et leur pérégrination autant sur le plan de la survie que morale.

Les personnages sont d’ailleurs attachants. On peut difficilement faire autrement par empathie car malgré leurs malheurs, ils parviennent à garder une certaine innocence bien qu’elle soit nécessairement amoindrie par les horreurs qu’ils traversent. S’encourageant mutuellement , ils s’entraident et entretiennent une belle complicité. Plus humain que la plupart des adultes qu’ils rencontreront, ils font aussi preuve d’ une simplicité de réflexion attendrissante. Leur caractère se complète par ailleurs ; tandis que le garçon se démarque par sa froide détermination à survivre, la fille est elle d’un altruisme à toute épreuve. On est vite soucieux de leur avenir, d’autant plus que que la narration enchaîne autant de retournements de situation que d’ascenseurs émotionnels.

Interprétation

Contrairement à l’ambiance lugubre de la bande dessinée, il me semble que cette histoire cherche à transmettre un message d’espoir. L’univers chaotique dans lequel il prend place m’apparaît comme une sorte de métaphore de notre société ou du moins ce que l’on devrait redouter qu’elle devienne. Face à la destruction de cette dernière, perdant tous les repères sur lesquels on fonde notre vie, on reviendrait à songer à son sens. Il est cependant illustré que la vie comme la mort n’en ont pas. Aussi instable que la pensée humaine, le sens que l’on donne disparaît pour faire place au fatalisme éprouvé par la vacuité de l’existence. C’est en partant de ce joyeux postulat que le garçon entreprend d’avancer vers l’horizon sans fin. Le but n’est alors clairement pas d’atteindre une destination mais d’occuper sa vie à s’y diriger. Sa rencontre avec la fille et son désir de la protéger lui permet alors de trouver la volonté de vivre. Ainsi, l’objectif qui consistait d’avancer désespérément vers l’infini évolue pour atteindre un avenir plein d’espoir ensemble.

Le message s’adresse aux lecteurs craignant la mort. Il défend que le désespoir que l’on ressent à son égard s’efface par la foi en l’amour. Je crois comprendre que cette foi se découvre au delà de ce que l’on perçoit aux premiers abords décourageant des tragédies, au delà de l’horizon.

Solveig Dubois – DNMADE 14 Horlo – Déc 21

L’effet papillon

Qui n’a pas rêvé une seule fois de faire un bond dans le passé tout en sachant ce qu’il sait aujourd’hui ? Quels choix feriez-vous ou ne referiez-vous pas ? Que se passerait-il si nous supprimions certains faits, certaines erreurs que nous avons commises ? Serions-nous plus heureux ? Et s’il suffisait de prendre un chemin plutôt qu’un autre pour que notre destin en soit à jamais bouleversé ? Tous ces dilemmes nous retournent la tête lorsqu’il s’agit de prendre une décision forte !

Des questions qui, je suis sûr, ont déjà tourmenté un bon nombre d’entre vous. C’est ce thème que Jirô Taniguchi a choisi d’aborder dans « Quartier lointain », un pavé composé de très belles planches noires et blanches, à cheval entre le manga et la bande dessinée qui nous invite à voyager dans le temps, au plus profond de nous-même.

Quartier lointain de Jirô Taniguchi, sur la scène de la Comédie de Picardie - LA VIE DES LIVRES etc.

A travers cet ouvrage, nous basculons aux côtés d’Hiroshi, 48 ans, marié et père de deux enfants, qui se retrouve après une nuit un peu trop chargée en Saké, dans la peau de l’adolescent qu’il était, avec gravés dans sa mémoire, tous les évènements de son passé qu’il doit à présent revivre avec son regard d’adulte. Fortement désorienté au départ, un sentiment d’exaltation le prend soudainement. Il y voit alors comme une seconde chance d’effacer les cicatrices de son passé et de réparer les erreurs qui le tourmentent encore aujourd’hui : la mort de son meilleur ami dans un accident de moto, son premier amour, la belle Tamoko qu’il n’a jamais osé aborder, et surtout l’évènement qui déchira sa famille en deux, la disparition de son père qui abandonna le foyer familial et laissa sa mère dans un chagrin profond.

Mais plus il s’aventure dans cette quête de rédemption, plus la tâche s’avère difficile : qu’il est dur d’être adolescent et d’assumer la lourde tâche d’être un homme adulte ! Hiroshi se rend vite compte que chaque choix qu’il fait, chaque chemin qu’il décide de prendre a son importance et conditionnera le reste de sa vie.

Même si sa volonté de rattraper ses erreurs est prédominante, est-il si rationnel d’aller à l’encontre du temps ?

Avec « Quartier Lointain », Taniguchi nous touche profondément, cette mélancolie omniprésente comblée à ces magnifiques dessins parviennent à créer efficacement de l’émotion. Il nous questionne sur l’importance de nos choix, notre parcours, notre famille, nos amis, nos erreurs, nos doutes, nos rêves et au sens plus large sur notre vie qui en découle.

Cette œuvre propose des thèmes universels qui sont susceptibles de parler à beaucoup, peu importe l’âge ou la culture. L’histoire de Taniguchi est un conte intelligent, délicat et profond, son rythme lent est propice à l’introspection, et je ne peux que le conseiller à tous ceux qui sont capables de se laisser porter par un récit, voire d’aller plus loin en s’identifiant pleinement au personnage.

S’il y a bien un manga qui pourrait ouvrir la porte de cet univers graphique aux néophytes du genre (dont je fais partie), c’est bien « Quartier Lointain ». En effet, je n’avais personnellement jamais lu un manga avant celui-là, j’étais même réticent à l’idée d’en ouvrir un ; force est d’admettre qu’il m’a agréablement surpris (malgré une fin un peu trop prévisible à mon goût…).

« Si je pouvais de nouveau vivre ma vie, je courrais plus de risques, je voyagerais plus, je contemplerais plus de crépuscules, j’escaladerais plus de montagnes, je nagerais dans plus de rivières…
Au cas où vous ne le sauriez pas, c’est de cela qu’est faite la vie, seulement de moments : ne laisse pas le présent t’échapper. »  Jorge Luis Borges

Nicolas MARGONARI – DNMADE 23HO – Décembre 21

Le vampirisme… mythe ou légende ? Méfiez-vous de la littérature !

Aujourd’hui nous n’allons pas passer par quatre chemins : Le vampirisme est bel et bien une légende.

Pourquoi ? Parce qu’avant d’être un roman de Bram Stocker, avant de devenir une histoire qu’on raconte au coin du feu et avant d’être un film à l’eau de rose que Clara, 12 ans, regarde avec adoration, le vampirisme est une maladie appelée la protoporphyrie érythropoïétique.

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Les porphyries constituent un groupe de huit maladies héréditaires du sang qui se présentent sous des formes différentes. Ce sympathique groupe au nom barbare qualifie les pathologies présentant un défaut de l’heme. L’heme permet de fixer le fer dans l’hémoglobine (hémo: le sang). L’hémoglobine est une protéine qui transporte l’oxygène dans le sang. C’est la liaison entre l’heme et le fer qui donne au sang sa couleur écarlate.

La couleur du sang

C’est bien beau tout ça mais quel rapport avec ces êtres au teint pâle, craignant la lumière ?

TOUT !  Les personnes porteuses de la protoporphyrie érythropoïétique sont anémiées. Elles ont donc le teint très pâle et  une peau extrêmement sensible à la lumière. Et oui ! Si l’heme ne parvient pas à fixer le fer, le sang n’a pas sa caractéristique rouge vif ! Dans le cas de nos vampires du dimanche, leur protoporphyrine IX s’accumule dans les globules rouges. Si on expose  la protoporphyrine IX à la lumière, elle produit des molécules qui endommagent les cellules autour. Les malades se retrouvent littéralement brûlés, présentent des gonflements, des cloques… En résumé, pour eux l’enfer est bien sur terre. Ces  réactions sont très violentes bien que cela soit loin de notre traditionnel tas de cendre romanesque.

Même un jour nuageux, il y a suffisamment d’UV pour provoquer chez les malades des cloques et une défiguration des parties exposées.»                         Affirme le Dr Barry Paw, de la division hématologie/oncologie du Boston Children’s Hospital

Mais alors que faire pour traiter cette maladie ? Des transfusions sanguines !

Les patients voient leurs états s’améliorer lorsque ceux-ci reçoivent du sang riche en heme et en fer…Ce moyen de guérison a dû activement participer à l’élaboration de notre légende. En effet, les malades devaient probablement se procurer par un moyen ou un autre du sang afin d’avoir une vie un peu moins pénible (ou juste pour rester en vie haha). De plus, à cause des rayons UV ceux-ci ne pouvaient vivre que la nuit ! Le reste vous vous en doutez bien… L’humain s’en est chargé ! «  Ce sont des monstres qui dorment dans des cercueils et qui se transforment en chauve-souris ». Aujourd’hui (enfin j’espère), on trouve ces histoires bien farfelues et pourtant on oublie souvent que par définition, une légende est basée sur des faits réels !  

Et maintenant, si je vous dis loup garou?

L’exemple des vampires ne vous a pas convaincu ? Pas de problème. Pour finir ce petit article , je vous ai déterré une  maladie derrière les lycanthropes. C’est tout simplement l’hypertrichose ! Souvent confondu avec l’hirsutisme, cette maladie provoque une pilosité extrême recouvrant tout le corps de l’individu. Les pauvres gens étaient obligés de se cacher et vivaient la plupart du temps rejetés par la société tant ils étaient craints par l’ignorante plèbe. C’est pourquoi,  une fois encore une légende a pu faire son apparition. Vous connaissez la recette on rajoute un peu de pleine lune, un peu de surnaturel et on a une bonne raison de rejeter l’inconnu. De plus, ces croyances ont été renforcées à l’apparition des « zoo humains » étant donné que de nombreuses personnes atteintes de l’hypertrichose y ont été exposées.

**Petit rappel, les zoo humains ont fait fureur au 19 siècle  !!! Plutôt récent non?:'(

Pour conclure, je vous invite à faire la parallèle entre la littérature et la science. Bien souvent on pense faire face à une histoire des plus insensée et finalement on se retrouve face à une explication des plus fondée… 

Eve B. – DNMADe14HO – Déc. 21

Adieu Blanche Neige…

Beatrice Alemagna dans son atelier à Paris le 12 novembre 2021

Beatrice Alemagna est née à Bologne en 1973. Après avoir étudié le graphisme et la photographie à l’école ISIA d’Urbino en Italie, elle gagne le premier prix du concours d’illustration « Figures Futures » au salon du livre de Montreuil en 1996, point de départ d’un parcours international. Elle a depuis publié une quarantaine d’ouvrages traduits en 16 langues.

À l’occasion de la publication de son livre Adieu Blanche-Neige, et à l’exposition de son ouvrage la galerie Arts Factory à Paris du 24 novembre au 24 décembre 2021 je vais vous faire découvrir un univers unique, intense et indescriptible.

Dès la préface Béatrice Alemagna nous prévient qu’ici il n’y aura pas de nains joviaux et espiègles, d’espaces de respirations. Inspiré du texte publié pour la première fois en 1812 par les frères Grimm en Allemagne, elle a décidé de prendre le parti de la reine, celui de la jalousie, de la vengeance, un point de vue sombre perturbé accompagné d’un grand sentiment solitude….

Cette reine qui nous entraine dans une histoire méconnue, par la plume d’une autrice dont les illustrations ont elles aussi pris le parti de la noirceur et de la confusion, réalisé entièrement à la peinture en mettant un point d’honneur à donner de la lumière dans les zones d’ombre et une ombre immensément intense dans la lumière en y incorporant un léger récit discrètement incorporé sur ces illustrations.

Et comme on le sait, grâce au chasseur, Blanche Neige est encore vivante, et la reine croyant qu’elle est arrivée à ses fins, qu’elle va pouvoir vivre enfin de nouveau sans rivale, sans ombre. Mais vous le savez dans cette histoire, il y a aussi de la magie, noire, puissante et dangereuse et le miroir est l’une de ses facettes, l’un de ses dangers : miroir, mon beau miroir…

Un album absolument inclassable, tant par le texte puissant et dur que par les illustrations absolument insaisissables, d’une puissance et d’une beauté rare et violente. On est d’abord très impressionnés par cette version peu habituelle qui retourne les choses et nous sort totalement de la version Disney, mais cela nous montre à quel point les vraies histoires ne sont pas toujours « rose » et que tout ne finit pas par « tout et bien qui finit bien ».

 

Amandine CRETENET – DNMADE 2 HO – 2021-2022

Une expérience traumatisante

Warsan Shire est une poétesse anglo-somalienne, jeune femme de 28 ans née au Kenya et de parents somaliens. Vers un an, ses parents s’installent à Londres pour fuir la Somalie alors en pleine guerre civile. C’est donc à Londres qu’elle grandit et où elle va être repérée plus tard par l’un de ses professeurs pour son talent d’écriture. Poète des temps modernes, elle est connue sur les réseaux sociaux et est une artiste engagée. Warsan Shire raconte dans ses poèmes des histoires de famille, des drames personnels ou universels très engagés en ce qui concerne les migrants ou les abus sexuels. Elle parle aussi de confiance en soi, de fierté, de tradition et de solidarité.

« Home« , c’est le titre de ce poème que j’ai choisi de vous décrire aujourd’hui, la puissance des mots utilisés et les répercussions émotionnelles irréversibles que vivent ces personnes sont tout simplement horribles. Ce poème met des mots sur la souffrance ressentie lors de l’exil, il redonne la parole à ceux qui en ont été privés.

Ce poème découpé en quatre parties qui montre les différentes étapes de son voyage et de son état émotionnel énormément impacté durant son périple.

. HOME .

Personne ne quitte sa maison à moins

Que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin

Tu ne cours vers la frontière

Que lorsque toute la ville court également

Avec tes voisins qui courent plus vite que toi

Le garçon avec qui tu es allée à l’école

Qui t’a embrassée, éblouie, une fois derrière la vieille usine

Porte une arme plus grande que son corps

Tu pars de chez toi

Quand ta maison ne te permet plus de rester.

Tu ne quittes pas ta maison si ta maison ne te chasse pas

Du feu sous tes pieds

Du sang chaud dans ton ventre

C’est quelque chose que tu n’aurais jamais pensé faire

Jusqu’à ce que la lame ne soit

Sur ton cou

Et même alors tu portes encore l’hymne national

Dans ta voix

Quand tu déchires ton passeport dans les toilettes d’un aéroport

En sanglotant à chaque bouchée de papier

Pour bien comprendre que tu ne reviendras jamais en arrière

Il faut que tu comprennes

Que personne ne pousse ses enfants sur un bateau

A moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre-ferme

Personne ne passe des jours et des nuits dans l’estomac d’un camion

En se nourrissant de papier-journal à moins que les kilomètres parcourus

Soient plus qu’un voyage

Personne ne rampe sous un grillage

Personne ne veut être battu

Pris en pitié

Personne ne choisit les camps de réfugiés

Ou la prison

Parce que la prison est plus sûre

Qu’une ville en feu

Personne ne vivrait ça

Personne ne le supporterait

Personne n’a la peau assez tannée

Rentrez chez vous

Les noirs Les réfugiés

Les sales immigrés

Les demandeurs d’asile

Qui sucent le sang de notre pays

Ils sentent bizarre

Sauvages

Ils ont fait n’importe quoi chez eux et maintenant

Ils veulent faire pareil ici

Comment les mots

Les sales regards

Peuvent te glisser sur le dos

Peut-être parce que leur souffle est plus doux

Qu’un membre arraché

Ou parce que ces mots sont plus tendres

Que quatorze hommes entre

Tes jambes

Ou ces insultes sont plus faciles

A digérer

Qu’un os

Que ton corps d’enfant

En miettes

Je veux rentrer chez moi

Mais ma maison est comme la gueule d’un requin

Ma maison, c’est le baril d’un pistolet

Et personne ne quitte sa maison

A moins que ta maison ne te chasse vers le rivage

A moins que ta maison ne dise

A tes jambes de courir plus vite

De laisser tes habits derrière toi

De ramper à travers le désert

De traverser les océans

Personne ne quitte sa maison jusqu’à ce que ta maison soit cette petite voix dans ton oreille

Qui te dit

Pars

Pars d’ici tout de suite

Je ne sais pas ce que je suis devenue

Mais je sais que n’importe où

Ce sera plus sûr qu’ici

Traduit par: Paul Tanguy

Dans la première partie du poème on peut vraiment appréhender la nécessité de partir, avec toutes les violences du pays d’origine et la guerre. Ce départ n’est donc pas librement consenti, c’est un départ à des fins de survie. 

La seconde partie du poème représente le voyage. Les conditions de voyage étant particulièrement difficiles et risquées, cela représente un second traumatisme, une seconde expérience qui à tout moment-là rapproche de la mort.

La troisième partie fait référence à l’accueil et le rejet du pays d’accueil, le reflexe qu’ont les gens face aux migrants rentrant dans « leur » pays, tout en parlant des différents traumatismes physiques et moraux, ce que finit par faire ressentir une sorte de déshumanisation.

La dernière partie rejoint la première partie comme un cercle vicieux .

Parmi tous les traumatismes, il y a la perte de la parole, les personnes exilées en sont privées et ce poème permet de leur rendre leur humanité, et nous permet de les soutenir et de comprendre à travers ses mots ce qu’ils ont vécu et pourrait aider à changer les clichés qu’ont les personnes face aux migrant. 

CRETENET Amandine – DNAMDE 2 HO – 2021/2022

“On vous a programmées pour votre altruisme…”

“Carbone et Silicium”, paru en 2020, est la dernière bande dessinée de Mathieu Bablet,  nous dépeint l’errance de deux Intelligences Artificielles à travers le globe et les époques. 

 

Nous découvrons nos deux protagonistes à leur création en 2046 au cœur de l’entreprise Tomorrow Fondation, Carbone et Silicium sont les prototypes de robots développés pour prendre soin de la population humaine vieillissante. Nos deux I.A. sont nourries de la totalité des connaissances humaines présentes sur le web. Créer un algorithme traitant une masse incroyable de données en un temps record ne suffit plus. Il convient désormais de rechercher cette anomalie qui sépare la simple connaissance de l’intelligence.

Page 9: L’activation de Carbone et de Silicium

Carbone et Silicium sont originellement programmés pour s’éteindre au bout de 15 ans “comme un chat, en gros”, ils vont évoluer dans le cocon protecteur de la fondation et vite vouloir découvrir le monde extérieur. La fracture entre nos deux I.A. s’opère lorsque ces derniers vont tenter de fuir la fondation. Carbone n’y parviendra pas contrairement à Silicium. Séparés, ils mèneront alors chacun leurs propres expériences et luttent, pendant plusieurs siècles, afin de trouver leur place sur une planète à bout de souffle où les catastrophes climatiques et les bouleversements politiques et humains se succèdent…

Carbone retournera à la fondation, avec ce personnage nous pouvons aborder le sujet du corps et de l’identité. Lors de sa tentative d’évasion Carbone était limitée par le corps qu’on lui avait donné. Créé à l’image de l’homme, le corps de Carbone est extrêmement genré , elle le voit comme une entrave, quelque chose sur lequel on ne lui a pas laissé le choix. Après sa fuite elle en viendra à mutiler ses jambes trop faibles à son goût, “Vous étiez obligés de créer quelque chose à votre image, l’animal le plus robuste du monde est le tardigrade, tu savais ca ? Alors, à quoi bon nous faire ressembler à un presque singe imberbe ? Vous êtes faibles, et votre corps est une entrave fragile.”. Au cours du récit Carbone va régulièrement changer de corps au rythme des dates limites d’existences implantées dans les enveloppes robotiques, pour qu’à la fin son enveloppe ait si peu d’importance pour elle qu’il ne devienne plus qu’un agglomérat de différents corps. Le seule point reconnaissable qu’elle garde est la cicatrice sur son front, qu’elle refait sur chacun  de ses corps afin de se souvenir que Silicium l’a laissée derrière lors de leur évasion.

Page 19: Découverte des prénoms et de l’identité

Cette BD traite de bien d’autres sujets philosophiques classiques telles que la raison et les pulsions, elle se démarque par le fait qu’elle ne soit pas anthropocentré, nous suivons l’histoire de carbone et silicium et LEUR évolution sur Terre, ils ne sont ni une menace pour l’humanité ni leurs sauveurs, ils vivent leur aventure, Carbone va même être très investi dans la collectivité, mais celle des robots, quand Silicium lui va explorer le monde et vivre pour lui même uniquement. 

Page 2: Carbone et Silicium à leur naissance dans le réseau

Une part très importante pour moi au delà du sujet de la bd est l’univers graphique, Mathieu Bablet nous emporte à travers le monde, contrairement à “Shangri-la”, sa précédente Bd, où l’histoire se déroulait dans les méandres d’une station spatiale, ici à chaque chapitre nous retrouvons nos héros dans un décor différent, image de l’errance de nos personnages sur le globe terrestre, la BD alterne aussi entre les décors du réseau avec un encrage clair et un jeu entre violet foncé, orange et jaune, et le monde extérieur et toutes les couleurs et diversité de paysage qu’il a à nous offrir. Au-delà des paysages j’aime le trait des dessins de Bablet, ses illustrations regorgent de détails et ont leur façon d’être très vivante, très animée, la colorimétrie utilisée pour représenter le réseau à quelque chose de très apaisant, à l’image de ce lieu ou le temps n’as plus la même valeur, c’est l’échappatoire et le terrain de jeu de Carbone.

Je vous invite donc à aller découvrir “Carbone et Silicium” (ainsi que Shangri-la car les deux œuvres sont intimement liées et complémentaires), autant pour découvrir tous les sujets qu’elle aborde que je n’ai pas pu citer, son récit d’anticipation décalé de ce qu’on a vu auparavant, ainsi que pour la beauté même des dessins.

Merci de m’avoir lu !

Solène LEIBEL DNMADE1 JO 31octobre 2021

Laissez-vous emporter par La Spirale…

Halloween approche, c’est pour moi l’occasion parfaite de vous parler de cette lecture récente qui m’a beaucoup séduite. 

Spirale, ou Uzumaki en japonais, est un manga de Junji Itō, le maître de l’horreur japonais. Bien qu’il fut publié en 1998, le manga est de nouveau disponible en librairie à l’occasion d’une réédition, c’est donc le moment idéal pour le (re)décourvrir ensemble, non ?

Des amants fusionnels, un grain de beauté enivrant, un étrange phare… Dans cet ouvrage de courtes histoires s’assemblent pour n’en former qu’une : celle de la bourgade de Kurouzu où, petit à petit, d’étranges phénomènes prennent place. En effet, la ville est victime d’un mal profond, terrible et indicible : La Spirale.  Loin des clichés de l’horreur, l’auteur ne mise pas, enfin pas dès le départ 🙂 , sur des dessins sanglants pour perturber son lecteur mais laisse plutôt un doux mal être s’installer, dans la ville comme chez ce dernier.

« Mais quand nous cessâmes de leur résister [..] Mes cheveux prirent la forme de spirale »
Comme nous parlons d’un manga il est important d’évoquer le style graphique, celui-ci est particulièrement agréable à l’œil et c’est ce qui m’a poussé à acquérir ce livre.

En effet les visages doux des personnages et les représentations perturbantes des victimes de La spirale s’équilibrent pour immerger le lecteur dans la malédiction tourbillonnante qui atteint le village.

Tel quel, le manga vaut le détour et est très agréable à lire. Mais ce n’est pas tout, en effet une fois la lecture terminée on nous propose un essai de Masaru Sato, ancien diplomate et écrivain, traitant de Spirale. Une autre dimension s’offre à nous et permet une double lecture. Un parallèle se crée entre Spirale et la société Japonaise, la société capitaliste dans laquelle nous vivons en général. En proposant une relecture complète de l’ouvrage où “Spirale” deviendrait “Capital”.

La spirale appelle la spirale, plus les gens vont dans son sens plus la malédiction se propage, elle se nourrit des souffrances et de la haine des habitants entre eux. En effet les habitants, tous victimes de la spirale se liguent les uns contre les autres, c’est leur individualisme qui les tuera et fera d’eux des monstres de la spirale. Ça ne vous rappelle rien ? Le discours d’un certain économiste russe peut être ?

Un autre exemple très concret du parallèle s’observe avec cet extrait du livre premier du Capital de Karl Marx;

Je vous l’accorde: Beurk.

En tant que capitaliste, il n’est que capital personnifié ; son âme et l’âme du capital ne font qu’un.

Je me permets un léger spoil visuel afin d’appuyer mon propos (ne m’en voulez pas) avec ce panel du manga qui semble avoir été dessiné pour illustrer la phrase précédente. Monsieur Saito n’as qu’un but : fusionner avec la Spirale.

Ainsi pour ses visuels, son message critique et son intrigue je vous invite à jeter un œil sur cet ouvrage, le genre du manga gagne en popularité mais reste parfois jugé “enfantin”, j’espère vous avoir démontré le contraire aujourd’hui.

À votre avis, sommes-nous destinés à sombrer comme les habitants de Kuzouru sous l’influence de la Spirale/Capital ? C’est la question que l’œuvre semble inviter le lecteur à se poser et sur laquelle nous pouvons, nous aussi, engager une réflexion.

Merci de m’avoir lu !

Lucie Garcia- DNMADE1 Jo- Oct. 2021

Thriller sur fond de (triste) vérité

Je vais vous parler aujourd’hui du premier tome de la saga Siècle Bleu intitulé « Au cœur du complot« 

Publié originellement par JBz & Cie en 2010, il a été réédité par les éditions La Mer Salée en 2018. Ce roman a été écrit par Jean-Pierre Goux. Mathématicien et ingénieur de formation, il s’est au cours de sa vie peu à peu engagé pour l’écologie, notamment au travers des deux livres qu’il a écrit.

Ce thriller raconte l’histoire imaginaire de l’organisation clandestine d’éco-militants Gaïa. Au travers de différentes actions coups de poing, ce groupe tente d’éveiller la conscience des humains sur l’état plus qu’alarmant de notre planète. Bien plus virulente (mais néanmoins pacifiste) que des structures comme Greenpeace, Sea Sheperd ou encore Extinction Rebellion, Gaïa souhaite choquer plutôt que séduire pour changer les esprits.

Le roman raconte également comment la cupidité de quelques hommes peut impacter la vie de beaucoup d’autres, et tout cela même lorsqu’il s’agit de conquête spatiale au profit de l’humanité tout entière (c’est la partie thriller du roman…).

Jean-Pierre Goux présentant son livre durant la conférence TEDx Vaugirard Road

Pour être tout à fait honnête, je ne pense pas que cela soit le style d’écriture ou l’intrigue en elle-même qui m’ont motivé à écrire sur ce roman. L’histoire ne donne pas l’occasion de s’arrêter de lire et les nombreuses références et documentations scientifiques ont fini de me conquérir, mais ce n’est pas exactement cela que je retiendrais de ce thriller.

Je me souviendrais plutôt de la façon qu’il a d’aborder la crise écologique dans laquelle nous et notre planète sommes bien engagés. Aucun des personnages activistes ni des passages narrés n’a un ton moralisateur ou fataliste. Ils portent plutôt un message d’espoir, une vision utopique (mot désignant quelque chose qui parait irréalisable mais qui ne l’est pas forcément, nuance importante…) à laquelle on adhère très vite au fur et à mesure de la lecture. L’auteur nous convainc de l’urgence de la situation grâce à une grande quantité de références scientifiques bien réelles.

La citation que l’on retrouve dans le livre et qui illustre parfaitement la sensation que l’on ressent tout au long de la lecture est celle-ci :

« Il faut sauver les condors. Pas tellement parce que nous avons besoin des condors, mais parce que nous avons besoin de développer les qualités humaines nécessaires pour les sauver. Car ce seront celles-là mêmes dont nous aurons besoin pour nous sauver nous-mêmes. »

Ian MacMillan, ornithologue américain

J’y trouve un message d’espoir mais également et surtout un contact avec la réalité. C’est quelque chose dont les personnages du livre (et l’auteur de surcroit) sont bien conscients : pour qu’une prise de conscience se fasse et que des actions soient menées, tant au niveau individuel que collectif, il faut qu’elles soient en contact avec le quotidien de tout un chacun, que le changement paraisse accessible et non pas hypothétique et inatteignable.

Si ces solutions vous intéressent, simplement par curiosité ou avec l’envie de s’investir, j’ai pour vous et pour finir cet article une deuxième recommandation. Celle du film Demain, réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent sorti fin 2015. Il porte le même message d’espoir que l’on peut ressentir dans le livre mais cette fois-ci au travers d’acteurs bel et bien réels et plus que motivants !

Alexis Ramel-Sartori – DNMADe2 Ho – Octobre 2021

Et si les coïncidences n’en étaient pas ?

Couverture du livre

La Prophétie des Andes écrit par James Redfield est une référence parmi les livres dit initiatiques. On y suit un protagoniste sans nom à la recherche des écrits d’un ancestral manuscrit le conduisant à s’aventurer au Pérou. Au fil des péripéties, l’auteur illustre des théories qui expliqueraient les rapports qu’entretiennent les humains entre eux et le monde.

Le style d’écriture est simple, sans fioriture ou tournure alambiquée. La lecture est ainsi très accessible. Certains pourraient même s’en agacer tant l’auteur s’applique à bien se faire comprendre répétant parfois certaines idées lors d’une explication.

C’est un livre que j’ai personnellement trouvé très intéressant de part la vision du monde qu’il propose. Bon, c’est un récit initiatique qui, comme dans la majeure partie des livres du même genre, expose des principes pétris de spiritualité. Avis donc aux éternels sceptiques n’aimant que le concret ; ce livre n’est pas fait pour vous. Du moins, c’est probablement ce que vous en penserez car oui, les théories semblent parfois bien trop perchées, certains diraient aussi que le héros est d’une naïveté déconcertante et que l’histoire laisse un sentiment d’ incohérence avec ses ficelles scénaristiques faites de coïncidences improbables. Et pourtant, justement même, je vous recommande sa lecture. Il faudra cependant prendre en compte que l’intérêt du livre n’est pas son histoire ou ses personnages mais une vision du monde que ces derniers mettent en scène.

Mais qu’elle est cette fameuse vision du monde ? L’auteur nous l’expose en neuf chapitres, chacun illustrant un principe qui est qualifié de révélation dans l’histoire. Chaque principe ce complète avec le suivant. En voici quelques uns, les plus éloquents selon moi :

  • Il est d’abord question d’un réveil des consciences qui ne cesse de prendre de l’ampleur dans notre société. Globalement il s’agit de reconsidérer les coïncidences non pas comme des évènements fortuits mais nécessaires au développement de chacun. Suivre notre intuition en ayant l’esprit ouvert et vigilant nous permettrait de saisir correctement les coïncidences et de trouver une harmonie intérieur.

On y croit ou pas, je remarque tout de même que bien qu’écrit au début des année 90, la société prés de 30 ans plus tard accorde effectivement plus d’importance au bien être de chacun. Je pense à l’essor des bouquins sur le développement personnel, la possibilité de se réorienter professionnellement, de manière générale, on observe une évolution des mentalités qui se veulent plus ouvertes, progressives.

  • On attribut l’origine des coïncidences à une énergie constituant l’ensemble de l’univers reliant tous les phénomènes entre eux . En prenant conscience de ce pouvoir, nous aurions la capacité de l’observer, d’influencer notre vie et par la même occasion, celle des autres indirectement.

L’idée me semblait assez absurde au départ, je la trouve bien trouvée au finale ; il semble difficile de la contredire et elle pourrait concorder avec bon nombre de croyances religieuses d’une part et l’effet papillon par principe de causalité d’autre part. Cette théorie semble particulièrement bien correspondre à la physique quantique aussi. En effet, La physique quantique définit un monde composé d’atomes vibrants où chacun à un niveau d’énergie différent. Cette énergie peut venir de la lumière, sous forme de « paquets » de photons de longueurs d’onde différentes, soit de couleurs différentes si observables. D’ailleurs, j’ai du mal à le concevoir mais certains prétendent être capable d’observer cette énergie, elle émanerait des êtres vivants telle une aura colorée stagnant autour d’eux. On pourrait aussi y rapprocher le spiritisme qui semble emprunter une vision du monde similaire ainsi que le taoïsme qui surnomme chi cette fameuse énergie vitale.

  • Dans l’idée que le monde est composé de cette mystérieuse énergie et est régit par cette dernière, les êtres vivants y puiserait leur force vitale et sentiment de bien-être. Ce serait à travers la nature, une alimentation saine et les relations d’amour inconditionnel qu’il serait possible de se procurer de l’énergie.

La méditation qui par contemplation de la nature et de la beauté serait un moyen de s’en alimenter. Là encore, on observe des concordances avec divers courants de pensée dont le bouddhisme alliant religion et philosophie. 

Ruines du Machu Picchu présenté dans le livre. La beauté du paysage serait apprécié par les férus de méditation
  • Seulement, avec le temps, l’Homme se serait éloigné de la nature et aurait oublié comment correctement se ressourcer. Pour y palier, les Hommes ont acquis un mécanisme de domination ayant pour but de voler l’énergie de son prochain lorsqu’on échange avec.

    Il est distingué 4 sortes de mécanismes :

      – l’intimidation tire sa force de la crainte qu’elle inspire.                                                                                    – l’interrogation déstabilise en cherchant à mettre en évidences les failles de son interlocuteur.      – la plainte accable et recherche la consolation auprès de son interlocuteur.                                            – l’indifférence joue sur la peur de l’abandon et du rejet amenant l’interlocuteur à chercher son intention.   

    Cette lutte de pouvoir inconsciente installée dans nos relations serait l’origine de tous conflits.

Le livre se base sur cette approche spirituo-sociologique pour proposer un monde idéal dans lequel les Hommes apprennent à entretenir leur bien-être sans nuire à autrui. Cela permettrait une évolution des consciences dans un cercle vertueux où chacun serait apte à apporter réciproquement aux autres.

Là encore, il y a de quoi être sceptique, la part spirituelle de la théorie est majeure et rien ne semble y donnait un réel crédit si ce n’est que des suppositions. Et pourtant, on pourrait être tenter d’y croire dans une certaine mesure. Il ressort de ces principes une bienveillance appréciable et certaines théories semblent tenir la route ce qui explique selon moi l’engouement autour du livre.

En somme, c’est un livre assez marquant de part ses idées. Bien qu’il paraît assez loufoque par endroits, je pense notamment à la fin où j’ai eu le sentiment de complètement tomber dans la fantaisie, une bonne partie m’a donné l’impression d’être appuyée sur un fond de vérité.

Solveig D. – DNMADe1 – Oct 21