La carcasse comme Muse ?

La peinture de carcasse animalière est apparue avec la peinture flamande et la peinture hollandaise du XVIIème. A cette époque, elle fait l’éloge de l’abondance et de la richesse car qui pouvait contempler de la viande avait de grands moyens.

Aujourd’hui, c’est à se demander comment se rendre compte de la rareté et de l’impact d’un produit quand une galette de légumes a le même prix qu’une escalope de viande. Mais je m’égare, là n’est pas le sujet de cet article.

Revenons-en à la peinture de carcasse. Aussi morbide soit-elle, elle a ce lyrisme transcendant qui répugne mais séduit par sa véracité.

 "Au fond, personne ne croit à sa propre mort, 

et dans son inconscient, chacun est persuadé de son immortalité." (FREUD)

Rembrandt se servira de la peinture de carcasse comme memento mori . Il peindra Le bœuf écorché et viendra rompre avec la peinture traditionnelle hollandaise en choisissant une représentation plus dramatique et abstraite de la carcasse. Il ne sera plus question de montrer l’opulence mais bien de signifier à l’Homme sa mortalité .Il s’oppose ainsi à la classique nature morte ,douce et insinuée, en choisissant de représenter la putridité dans son aspect le plus évocateur.

Bœuf écorché de Rembrandt daté de 1655

Malgré tout, cette œuvre reste poétique par la présence d’une femme en arrière plan qui semble être actrice mais aussi spectatrice de la scène. Ce jeu de disposition dans l’œuvre donne l’impression que la carcasse, mise en lumière, est en réalité un tableau viscéral exposé qu’il faudrait  admirer pour sa beauté. L’obscure arrière boutique devient théâtre de la crucifixion du bœuf. 

Un spectacle tout de même dérangeant non? Vous n’avez encore rien vu. Pour les âmes sensibles, choquées par cette œuvre, je vous conseille de faire demi-tour et de renoncer à lire la suite car les limites de l’art n’étaient pas encore frôlées. Préparez-vous !

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La peinture, un sport d’équipe…

On dit souvent que les grands sportifs excellent dans leur domaine, ont un mental d’acier et une vie originale que ce soit dans le football, le saut à la perche ou le saut à ski. Mais à mon sens, chacun d’entre nous, au cours de notre existence, pratique un sport à sa manière, que ce soit de faire ses preuves au sein d’une entreprise, de combattre un cancer ou d’essayer d’éduquer ses enfants. Aujourd’hui, la personne dont je vais vous parler excelle dans son domaine, possède un mental d’acier et une vie hors du commun tout comme les grands sportifs de ce monde.

Cette personne se nomme Kim Noble.  Elle est une artiste peintre et auteure américaine consacrant chaque jour de sa vie à se battre pour faire valoir dans son milieu sa maladie.

En effet, elle est atteinte du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI).

Ce trouble mental se caractérise par l’émergence de plusieurs personnalités appelées alters au sein d’une seule personne appelée l’hôte. Dans le cas de Kim, sa personnalité principale se divise en plusieurs parties, chacune ayant une barrière amnésique entre elles. Kim possède 20 alters différents dont 13 d’entre eux ont une sensibilité artistique plus ou moins développée.

Kim Noble ne possède aucune formation artistique formelle et pourtant chacun de ses alters peint des tableaux avec un style, des couleurs et des thèmes qui lui sont propre.

Ensemble, ils ont participé à plus de 60 expositions, au niveau national et international. Ils ont aussi écrit un livre All of me publié par Piatkus en 2011.

Quelques exemples des différents alters et de leurs créations :


Alter: Abi 

Nowhere to run

 

 

 

 

 


Alter: Anon

     

 Silent prayers

 

 

 

 

Alter: Rey

 

Golden kaballa

 

 

 

 


Alter: Ria Pratt

 

My hands are Tied

 

 

 

 

Voici donc un petit aperçu des différents tableaux peints par les multiples alters de Kim. Ce qui est intéressant à voir, c’est que l’on pourrait croire que ces œuvres ont toutes été peintes par des artistes différents. C’est pourquoi, étant donné que je n’ai pu vous montrer qu’une infime partie du travail de Kim Noble, je vous invite donc à aller sur son site internet afin de de vous faire votre propre avis sur la qualité des multiples facettes de ces artistes regroupés en une seule et même personne (le lien est à la fin).

Et vous, qu’arriveriez vous à faire de votre créativité si vous étiez atteint d’un
 Trouble Dissociatif de l’Identité comme Kim Noble et ses alters?

Mes sources:
http://www.kimnobleartist.com/

 

 

Arthur WEGBECHER – DNMADE14 – Avril 2022

Des propriétés de l’or

Comment l’or, matériau, qui depuis des générations attise les convoitises, fait rêver pour sa brillance et ses propriétés, est-il toujours d’actualité dans le monde l’art ?

Ces principales propriétés sont la beauté, le pouvoir et la richesse. Ce métal a l’avantage d’être malléable, résistant et quasi inaltérable. Malgré sa rareté, les artisans l’utilisent depuis toujours.

Un objet ou matériaux précieux se définit par sa valeur monétaire en ce qui concerne notre sujet le coût de l’or sur le marché des échanges. Aujourd’hui, le cours de l’or au kilo est a 52,690 euros : celui-ci varie constamment, il est en perpétuelle évolution. Il se définit également par sa valeur sentimentale au travers de bijoux de famille qui seraient transmis de génération en génération.  Enfin sa valeur morale, c’est-à-dire un objet précieux qui peut être une référence symbolique, religieuse ou autres, avec des qualités prédéfinies.

L’or jalonne notre histoire depuis des millénaires. La meilleure illustration est l’utilisation de l’or pour représenter le divin. Il donne de l’éclat à la peinture religieuse, tels que les icônes, un très bel exemple le tableau : « la vierge allaitant entourée des saints » de Maître Santa Barbara. L’utilisation de l’or dans ces œuvres divinise les personnages.

La vierge allaitant entourée de plusieurs saints – Maître de Santa Barbara a Matera

L’or fait également rêver l’humanité, notamment avec la ruée ver l’or dans les années 1800. Ces 8 années d’engouement ont beaucoup inspiré la culture particulièrement en littérature avec Mark Twain ou au cinéma dans des westerns tel que « La piste des géants » (1930) de Raoul Walsh.

Par les différentes monnaies d’échanges ayant existé, le matériau précieux a aussi parcouru notre histoire. Les premières pièces d’or ont été frappées sous l’ordre Crésus de Lydie en l’an 560 avant Jésus Christ. Encore aujourd’hui nous utilisons l’or comme monnaie d’échange à moindre échelle car c’est une ressource épuisable et très convoitée dans d’autres domaines.

Aujourd’hui il est vrai que l’or est majoritairement exploité par les orfèvres et les artisans joailliers ayant des savoirs faire ancestraux. Dans la joaillerie l’or est utilisé pour sa durabilité. Il est inoxydable, brillant, malléable : c’est le métal favori des bijoutiers depuis des millénaires. Grâce à la malléabilité, l’or peut être mis en forme de deux façons : à chaud en le faisant fondre et coulé dans un moule à la cire perdue ou à froid, avec la technique du martelage ou du repoussage. Un exemple de Van Clef and Arpels, la célèbre maison de haute joaillerie, le duo de clips Roméo et Juliette, deux figurines réalisées avec la technique de la cire perdue et par la suite sertie de pierres.

Le duo de clips Roméo et Juliette – Van Cleef and Arpels

Il faut savoir que plus de la moitié de l’or extrait est utilisé par la bijouterie.

L’or est rarement utilisé brut il est souvent mêlé à des métaux comme le cuivre, l’argent ou le platine. Ces alliages permettent d’accroître sa solidité et donc sa durabilité. Grâce à sa principale qualité, la malléabilité, il est aussi particulièrement exploité par les doreurs. En effet, l’or peut s’étaler pour créer une feuille d’un micron d’épaisseur. A petite échelle, les ébénistes ainsi que les restaurateurs d’œuvres d’art utilisent cette technique. Par exemple l’ébéniste du roi soleil, André Charle Boulle réalisa de nombreuses pièces dorées comme la commode pour le Grand Trianon de Versailles.

Commode – Grand Trianon de Versailles – André Charles Boulle

A plus grande échelle, la feuille est aussi utilisée pour recouvrir certaines surfaces de bâtiment car l’or à une propriété anticorrosive. A Paris, la Cathédrale orthodoxe de la Sainte Trinité a été récemment construite avec cinq dômes recouvert d’or mat, obtenu grâce à un alliage d’or et de palladium.

Cathédrale orthodoxe de la Sainte Trinité – Paris

La technique du kinsugi, une méthode japonaise apparue à la fin du 15 siècle inclus également l’or. Elle a pour but de valoriser la restauration de porcelaines ou de céramique fissurées ou cassées avec de la poudre d’or. L’or vient recouvrir la colle et ainsi revaloriser l’objet cassé. Cette technique le rend unique et précieux.

N’importe quel objet devient précieux lorsqu’il est doré ou associé avec de l’or. Prenons l’exemple du pot doré de jean pierre Raynaud à Beaubourg, ce simple contenant a été érigé en œuvre d’art parce qu’il a était doré et mis en scène pour une grande maison de luxe, Cartier.

Pot doré  – JR Raynaud

Yves Klein symbolise également l’or avec sa valeur monétaire grâce a sa série de tableaux les Monogolds et plus particulièrement « Le silence est d’or » en 1960. Il dévoile la préciosité de l’or par 2 façons, d’une part par sa brillance comme un soleil pétrifié et d’autre part du fait qu’il est éternel car Yves

Klein a dit « il imprègne le tableau et lui donne vie éternelle » l’or est également éternel en tant que monnaie d’échanges. Un tableau recouvert de feuilles d’or plaquées sur un bois lisse  et d’autre positionnées en relief par-dessus représentant de la monnaie.

le silence est d’or  – 1960 – Yves Klein

Pour conclure, l’or est précieux grâce à sa valeur marchande, à ses propriétés physiques uniques comme sa malléabilité et son côté anti corrosif, son esthétique séduisante, sa préciosité et son universalité. En revanche, l’or est une ressource épuisable et nous avons déjà utilisé plus de la moitié des ressources terrestres. C’est pourquoi aujourd’hui nous nous demandons, si nous pouvons nous contenter de l’or déjà extrait ou s’il faut penser à une nouvelle façon d’utiliser l’or ou créer un or de substitution ?

Mathilde P. – DNMADE1JO – Février 2022

Art savant ou art populaire ?

Le pop art

Histoire Design : Le Pop Art - Atelier Germain

Mouvement de création plastique essentiellement anglo-américain, le pop art présente des compositions artistiques faites à partir d’objets du quotidien. En effet « pop » est tout simplement l’abréviation du terme « popular » qui désigne donc le terme « populaire ».  

Eduardo Paolozzi,1947, I was a Rich Man’s Plaything

Contrairement à ce qu’on pourrait croire ce n’est pas aux Etats Unis que naît le pop art mais en grande Bretagne. Le Groupe Indépendant (IG) apparait à Londres en 1952, il est considéré comme le précurseur du Pop Art. Ce groupe était composé des peintres Paolozzi et Hamilton, ainsi que du couple d’architectes Smithson et du critique d’art Lawrence Alloway.  Eduardo Paolozzi a initié ce courant en présentant lors de la première réunion de l’IG une série de collages composés d’objets trouvés et intitulés « superposés ». Il s’agissait de publicités, de personnages de bandes dessinées et de couvertures de magazines. La première œuvre d’art à inclure le mot « Pop » est d’ailleurs un collage d’Eduardo Paolozzi de 1947 : « I was a Rich Man’s Plaything » [J’étais le jouet d’un homme riche]. Dans cette œuvre, un nuage de fumée sur lequel le mot « Pop» a été écrit sort d’un revolver. Le titre est très provocateur car ce sont essentiellement des collectionneurs riches qui achètent ce genre d’affiches. Le groupe poursuit ses provocations en sortant une série de collages ou le mot « bunk » est retrouvé. Bunk, signifie en anglais « foutaise », le message est clair :l’histoire c’est de la foutaise, il faut vivre le moment présent, et à partir de là, le pop-art était lancé.

Bunk collages, Edouardo Paolozzi

 Ce mouvement est étroitement lié avec la croissance économique du monde occidental après la seconde guerre mondiale. En effet, dans cette période les privations et les traumatismes de la guerre laissent place à une vraie frénésie commerciale et donc à une production d’images de communication de masse. Le pop-art se singularise alors sous trois aspects : c’est un art urbain, d’inspiration industrielle et voué au culte du présent. Urbain parce qu’ils visent les grandes métropoles en proie au développement constant et d’inspiration industrielle parce que ses inspirations proviennent des marchandises produites en masse et des médias (la presse à grand tirage, la radio la télévision…). Ses « sources » ont toutes en commun cette dépendance à la publicité. On retrouve donc dans ce mouvement des couleurs vives issues de ces médias. Enfin, le pop-art est voué au « culte du présent » parce qu’il est indifférent au passé et à l’histoire récente. Il est de plus profondément laïque ce qui le distingue des arts et des traditions populaires ou même du folklore souvent lié à la religion ! C’est donc un art sans regard en arrière, qui n’est pas mélancolique d’une période révolue ou à venir sur la terre comme au ciel. 

 Mais alors comment sommes-nous passé du tableau néoclassique représentant les aventures des héros romains à un tableau aux couleurs vives, repris dans des publicités ?

Crying girl de Roy Lichtenstein. Cet artiste est réputé pour son style cartoon à « pois »

 L’art entretient depuis longtemps des liens avec la culture populaire, notamment avec des représentations de la vie courante (les tableaux de Gustave Courbet en témoignent). C’est aux alentours des années 1870 que l’art s’intéresse aux conditions de vie moderne notamment celles des classes les plus modestes. Dès le début du 20 siècle siècle, le mouvement cubiste rentre en jeu et c’est à cet instant qu’on retrouve des morceaux de journaux dans des œuvres. Vient ensuite le dadaïsme et le surréalisme qui amplifient cette idée de s’intéresser aux objets du quotidien.

Le pop-art c’est aussi le superficiel, le rêve américain car pop c’est le bruit d’un bouchon de champagne.  C’est aussi le bruit d’un pistolet silencieux qui essaie peut-être de nous dire que cette production en série nous tue silencieusement ?

Eve B. – DNMADe1Ho – Février 2022

Les oiseaux, grands critiques d’art !

Aujourd’hui tout le monde apprécie les oiseaux. Et surtout, tout le monde apprécie l’art. Et si on mettait les deux ensemble ?

C’est en partant de ce principe un peu farfelu que l’idée de peindre des fresques géantes pouvant être vues du ciel est venue à l’artiste français Saype.
Mais ce qui fait que cet artiste est unique en son genre, c’est sa capacité à peindre des personnages sur l’herbe tout en défendant des causes bien concrètes.


Ce pionnier d’un nouveau type d’art, mélange entre du street art et du land art, peint sur l’herbe grâce à une peinture totalement biodégradable. Il se considère d’ailleurs lui-même comme « pionnier d’un nouveau mouvement qui est la peinture biodégradable sur herbe« .

Le nom de Saype vient de la contraction des mots Say Peace, nom avec lequel il signait ses divers graffitis et tags dans les villes au début de sa carrière.
En 2013, il commence à s’intéresser à faire une peinture biodégradable. Il passe un an à concevoir sa propre peinture totalement naturelle et c’est à partir de là qu’il réalisera à l’aide de quelques amis deux ans plus tard une gigantesque fresque sur herbe nommée l’Amour de 1400m².

L’Amour, fresque de 1400m², est un véritable défi tant physique que technique pour Saype. Il exprime « l’humilité » de l’Homme face à Dame Nature. Peinture éphémère faite au Col des Aravis, Haute-Savoie, 2015.

 

L’artiste aime travailler dans la nature, mais aussi la défendre.
Chacune de ses œuvres milite pour une cause liée à l’environnement dans lequel elle se situe. Saype a pour règle d’or « d‘impacter les mentalités sans impacter la nature« .

Il est animé par le fait de s’affranchir du monde clos des galeries et de pouvoir travailler en plein air. « Cela me donne une infinité de possibilités, déclare-t-il, c’est ça qui m’éclate dans mon travail« .

Ses œuvres ont une durée de vie d’environ un mois. Sa peinture ne craint pas vraiment la pluie mais évolue au fil des intempéries, de la repousse de l’herbe et du passage des visiteurs.

Toutes ses œuvres relèvent des questions existentielles et philosophiques, explorant le plus souvent des problématiques autour de l’être humain. L’artiste partage sa vision du monde à travers son travail et nous invite à nous interroger sur notre nature profonde, notre place sur Terre et dans la société.

Qu’est ce qu’un grand homme? est la plus grande fresque biodégradable sur herbe du monde, s’étendant sur 10 000m² et faite dans les Alpes suisses à Leysin en 2016.

 

L’artiste s’engage socialement en 2018 en créant Message from future, une « petite » fille de 5 000m² en plein cœur de Genève en soutient à l’association SOS Méditerranée.


Depuis, Saype a développé un projet appelé Beyond Walls à but pacifique en créant plusieurs œuvres à travers le monde.  Le 1 décembre 2021, il crée All of us de 2 800m² sur la plage de Miami Beach, pour lutter contre le sida.
« En cette journée mondiale de lutte contre le sida, c’est le bon moment pour partager des messages d’espoir optimistes et aider l’association caritative (RED) luttant contre le sida. »

Saype est donc un artiste international engagé qui, grâce à ses œuvres, veut entretenir l’environnement à sa juste valeur et la paix à travers le monde.
On peut donc se demander si une œuvre éphémère dans la nature bouscule plus les mentalités qu’une œuvre permanente dans une grande galerie d’art ?

Mes sources:
https://www.saype-artiste.com/
https://www.bfmtv.com/replay-emissions/les-chroniques-de-l-ete/moi-je-saype-land-artiste-31-07_VN-202007310133.html

Arthur WEGBECHER – DNMADE 14 – Décembre 2021

Oulah, méfiez-vous de l’eau qui dort !

Hula artiste peintre autodidacte, de son vrai nom Sean Yoro. Hula est un artiste originaire de Hawaï et basé à Los Angeles. Surfeur et street artiste depuis 2015, Hula est très engagé dans les changements climatiques sur les océans.

Ce qui le distingue des autres artistes, c’est que pour voir ses œuvres, on peut seulement s’y rendre en bateau ou en paddle. Les peintures qu’ils réalisent sont essentiellement des femmes à la peau nue hyper réalistes qui semblent sortir de l’eau, la réflexion symétrique de ses ouvrages, produit un effet miroir sur l’eau qui est splendide. Il a réalisé ses peintures sur des surfaces immergées abandonnées, quand l’eau monte on dirait qu’elles se baignent ou qu’elles se noient.

Il a alors énoncé  » Dans chacune de mes pièces j’intègre l’environnement au portrait, en montrant une sorte de connexion entre les deux »

Au travers de ses œuvres, Hula nous invite à réfléchir sur le réchauffement climatique, car elles sont éphémères et peuvent disparaitre peu de temps après. Parmi ses projets les plus connus, figurent ses peintures sur les glaciers, qui sont très parlant je trouve (bien sûr ce sont des huiles végétales et non toxique pour l’environnement).

peinture sur glace

On voit le visage peint à même la glace d’une femme flottant dans l’eau. Ce visage va finir par disparaitre soit a cause de la fonte des glaces, soit a cause de la montée des eaux, donnant l’impression que la femme se noie. Le message est ainsi clair : les problèmes climatiques n’auront pas seulement d’impact sur l’environnement mais aussi sur les êtres humains.

Il a aussi un projet intitulé « Deep Seads » qui rassemble une exposition de plusieurs œuvres, non pas sur terre, mais bien au fond de l’eau. Ces nouvelles créations ont un double objectif : alerter sur la dégradation des coraux et créer des récifs artificiels.

peinture sous l’eau

La découverte du travail de Hula me touche parce que nous pensons que le réchauffement climatique, n’affecte que la fonte des glaces au Pôle Nord, alors que bien au contraire cela nous impacte bien plus que l’on ne pense. Hula reste un artiste jeune, qui peut toucher la jeune génération, en postant ses œuvres sur Instagram. Il faut dire que, depuis plusieurs années, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) s’accorde à prédire une hausse du niveau de la mer allant de 0,5 à un mètre en 2100. Si, nous ne parvenons pas à gérer les émissions de gaz à effet de serre, un drame qui pourrait interpeller et alarmer les pays les plus polluants, et pourtant, semble leur faire ni chaud ni froid…

A nous de réagir avant de boire la tasse !

Ps : Je vous invite à le suivre sur Instagram (@the_hula), qui a un contenu très intéressant en nous faisant partager ses projets.

PEZZIN Charlène – DN MADe 2Ho – Décembre 2021

« Modigliani, dans quelle mesure la création relèverait-elle du palimpseste ? »

Amateurs d’art, et de mots tarabiscotés, cet article peut tout à fait vous correspondre, et vous faire voir les choses d’un nouvel œil !

Amedeo Modigliani (1884-1920)

On peut se demander en quoi l’art semble être essentiellement réécriture. D’abord, du fait de l’inspiration de l’artiste mais aussi des influences. Paradoxalement, dans la création artistique, l’originalité n’exclut pas la part de la dette envers des influences, des modèles dont l’artiste s’inspire et s’affranchit tout à la fois. 

Ce que je voudrais montrer c’est qu’il y a presque toujours une notion de palimpseste dans un processus créatif. Pour autant, l’originalité dans l’œuvre d’art est présente malgré la réécriture.

Je vais utiliser ici l’exemple de l’artiste peintre et sculpteur Amadeo Modigliani, artiste du XXème siècle, au style graphique très caractéristique, avec son tableau « La femme aux yeux bleus », une œuvre qui reflète une certaine réécriture dans la création artistique à travers diverses influences très lisibles.

Pourquoi Modigliani ? Parce que son œuvre illustre le processus créatif, double avec son héritage et sa singularité.

Mais?  Qu’est ce que le palimpseste?!  Au sens premier, un palimpseste est une réécriture sur un parchemin dont on a effacé un premier texte pour le réutiliser, et où l’on peut parvenir à voir les lettres en transparence. Au sens figuré, dans le domaine de la littérature et des arts, le palimpseste est la réécriture, consciente ou inconsciente.

Pour ce qui est de la réécriture consciente : On peut user du palimpseste à travers divers procédés comme les parodies ou les pastiches : la parodie est une imitation satirique du modèle, tandis que le pastiche est l’imitation d’un styleA contrario, dans le cas de la réécriture inconsciente ou semi-consciente, le palimpseste relève d’un processus involontaire. L’artiste ou l’écrivain est guidé par des influences, des modèles qui ont participé à sa formation.

 » La femme aux yeux  bleus »                        Modigliani

Le tableau de La femme aux yeux bleus,(vers 1918) est le portrait de Jeanne Hébuterne, une femme au visage pur et délicat, avec des traits fins et percutants. Le visage nous capte entièrement, avec des yeux bleus, d’une immensité profonde. Ce portrait amène un sentiment d’inachevé, de silence où l’on ne perçoit pas bien le contraste entre le malheur et la sérénité, entre le rêve et le silence de la mort. On peut penser que le peintre a une part d’ombre en lui, quoique lumineuse !

Grâce à une enquête approfondie, quand on cherche plus loin sous les coups de pinceaux ingénieux de l’artiste, on décèle dans l’œuvre de Modigliani une inspiration faite de rencontres, de diverses influences, ce qui confirme l’idée du palimpseste.

Ce que j’ai pu observer dans un premier temps, c’est que l’on reconnaît l’influence ou le souvenir de Cézanne, admiré de Modigliani, par la gamme chromatique. Chez Cézanne, le contraste des couleurs chaudes et froides, de l’ocre et des verts-bleus, gris, violets.  Même contraste ou complémentarité dans La Femme aux yeux bleus (sa peau / ses yeux bleu-vert et l’arrière-plan bleu-vert, avec des nuances fondues de jaune, de gris-noir vers le bas du tableau).

Les Grandes Baigneuses . Paul Cézanne

 Si nous nous interrogeons sur l’effet produit, des intuitions viennent à nous. D’après la résonance entre l’iris bleu-vert et l’arrière-plan, Modigliani aurait-il voulu sublimer cette couleur ?  La mélancolie ou la rêverie n’émanent-elles pas (entre autres) de ces couleurs froides quoique lumineuses ?

masque africain Fang

On sait combien l’art primitif africain a nourri nombres d’artistes, dont Modigliani, plus précisément les masques du Gabon (masque africain Fang) qui ont la même structure que ses visages, iris sans pupille, visage étiré, menton étroit, simplification des traits : arête du nez, petits yeux, bouche, visage lissé … 

Devant ce visage, ce qui nous vient à l’esprit pour définir nos impressions, ce sont des mots comme nudité, mystère, pureté, sérénité, absence. La simplification des traits, inspirée de l’art primitif des civilisations africaines pourrait ‘’expliquer’’ cette étrange ‘’absence’’ du visage peint, à l’image d’un visage mortuaire.

La Naissance de Vénus. Sandro Botticelli

Enfin, si l’on remonte à la formation initiale de Modigliani, à ses origines italiennes, on reconnaît la réminiscence de l’œuvre de Botticelli, peintre du Quattrocento. Chez Botticelli, la femme est sublimée.  L’inclinaison de la tête est propice à exprimer le rêve ou la mélancolie ; le geste de la main est gracieux.

Si l’on regarde, que l’on creuse on retrouve chez Modigliani la même inclinaison de la tête, la position de la main contre la poitrine tout comme  “Vénus sortant de l’eau”. Modigliani donne à une femme du « quotidien » (avec son manteau) la grâce que Botticelli donnait à des déesses… C’est ce qui fait sa modernité. Ce qui produit un effet d’élégance, d’une femme rêveuse et mélancolique

Je conclurais en vous disant que cette œuvre ne se réduit pas à l’addition ou la superposition des influences ou des empreintes de Cézanne, de l’art primitif africain et la Renaissance italienne, pas plus qu’à la source autobiographique, c’est-à-dire son modèle Jeanne Hébuterne. L’œuvre n’est pas la résultante d’une addition. 

Il reste tout de même une part de singularité chez l’artiste. Il y a un écrivain qui pour moi,  définit bien cette singularité, Jean-Marie Gustave Le Clézio, dans ses écrits sur Modigliani.

 “ Cette œuvre est proche du rêve, en vérité. Le rêve d’une autre vie, le rêve d’un visage parfait, d’un corps vierge et merveilleux, d’un regard ouvert, chargé d’extase et de bonheur.”  (N’hésitez pas à être curieux et à aller voir son texte magnifique!)

Le tableau de Modigliani inspire l’écriture de Le Clézio, on suit alors le cycle de la création, la création engendre la création. Tout comme le fait que je sois en train d’écrire et d’à mon tour « créer »,  à partir de Modigliani.

Cabrol Noélie, DnMade 1 Bij, Octobre 2021

Edward Hopper : peintre ou cinéaste ?

Edward Hopper est un peintre du début du 20e siècle, en décalage avec son temps. En effet, alors qu’à cette époque naissent les artistes d’avant-garde et l’art abstrait, il incarne une forme de réalisme qui renvoie davantage au 19e siècle. Dessin, aquarelles, affiches : l’artiste américain s’essaye à toutes les techniques. Il aime représenter des scènes banales de la vie quotidienne, des paysages ruraux et urbains qui illustrent la vie américaine.

Sa phrase culte : « Si vous pouviez le dire avec des mots, il n’y aurait aucune raison de le peindre ».

Des peintures simples et des sensations profondes

Le réalisme figuratif d’Edward Hopper n’est pas uniquement une représentation du monde réel, c’est un ressenti, une perception instantanée qu’il  retranscrit à travers ses toiles. Il cherche à reproduire la réalité non pas telle qu’elle est, mais telle qu’il la ressent, en exprimant à travers ses œuvres, ses angoisses intérieures et les incertitudes humaines dans une société américaine en perdition.

Nighthawks (1942), probablement la peinture américaine la plus célèbre

Si on prend un tableau d’Hopper, on se rend compte que ce qui est frappant, c’est d’abord qu’il est vide, il y a peu de personnages, peu d’animation, bref, peu de vie. Pourtant avec un regard plus poussé, il en ressort un sentiment étrange, sur lequel il est difficile de mettre des mots, et c’est là qu’est toute la force de sa peinture : il captive ces « riens », moments de vide et de silence, mais extrêmement lourds d’anxiété, d’attente ou de désirs.

Cette capacité à exprimer des sentiments aussi profonds et variés à travers des objets, des personnages ou des lieux en apparence anodins, est quelque chose que je n’ai à ce jour retrouvé chez aucun autre peintre.

Quand la peinture s’invite sur grand écran

Ces ambiances si particulières, ne sont pas sans nous rappeler le 7ème art. En effet, Edward Hopper est né à peu près avec le cinéma (1882), et l’on sait que c’était un grand cinéphile. On peut donc supposer que le cinéma l’a beaucoup inspiré dans sa créativité.

Un petit air de film noir pour Night Shadows (1921)

En effet, si vous regardez avec attention ses tableaux, vous remarquerez que le jeu d’ombres et de lumières est extrêmement élaboré, presque surnaturel. On y retrouve, comme un air du cinéma du début du XXe siècle avec l’utilisation de ses lumières artificielles. Ajoutons à cela la manière dont Hopper pose son oeil (ou sa caméra ?) sur ses peintures qui paraît peu naturelle (contre plongée, plan large…) nous rappelant directement les différents plans visibles sur le grand écran.

Que va-t-il se passer dans cette rue trop paisible ? Portrait of Orleans (1950)

Un autre élément qui pourrait relier Hopper au cinéma est cette sensation d’avoir à travers ses tableaux, une image figée dans le temps, un instant suspendu au milieu d’un récit avec un « avant » et un « après », autour duquel on pourrait se raconter une histoire.

C’est sûrement pour cette raison que ce peintre a à son tour inspiré de nombreux réalisateurs lors du tournage de leurs films.

House by the railroad (1925), inspirant Alfred Hitchcock pour la maison dans son film Psychose (1960)

Je pense notamment au célèbre Alfred Hitchcock, connu pour s’être inspiré des tableaux de Hopper dans plusieurs de ses longs métrages. Mais bien d’autres réalisateurs ont rendu hommage aux toiles de Hopper à travers leurs films : Wim Wenders, Tim Burton, les frères Coen ou encore Woody Allen pour ne citer qu’eux.

Ce que je trouve très fort, c’est le côté intemporel et universel de son art, dans le sens où ses oeuvres ont autant inspiré des artistes du XXe siècle que des artistes plus contemporains et le tout dans des milieux très variés (cinéma, littérature, peinture…)

Une impression de déjà vu ? Nighthawks a en effet inspiré Wim Wenders dans The End Of Violence (1992) et Antoine Fuqua dans The Equalizer (2014) et bien d’autres encore…

Il m’arrive encore aujourd’hui, lorsque je regarde un film, de retrouver au cours d’une séquence, cette sensation de déjà vu et de reconnaître cette patte si unique propre à Edward Hopper, donnant alors à la scène cette ambiance si particulière… Quel plaisir !

Nicolas MARGONARI – DNMADE2 HO – Oct 21

Faut-il brûler le Louvre ? La Joconde nous répond !

Faut il brûler le Louvre… C’est la question posée aux artistes en 1919 par la revue d’avant-garde « L’esprit nouveau ». Derrière son masque de provocation elle interroge les artistes sur le passé et les traditions.

Et oui ! Faut il se détacher du passé encombrant et asphyxiant ou le considérer comme inspirant ?  De nombreux illustres artistes comme Courbet, Pissarro, Cézanne, Marinetti ont exprimé leur envie de brûler le Louvre. Une longue liste, à tel point que l’on peut se demander s’il ne s’agit pas d’un mythe destructif, un passage obligé de l’avant-garde, de la même manière que les compositeurs brûlent une de leur partition durant leur jeunesse.

Pour avoir un autre son de cloche, il était tentant de poser cette même question cent ans plus tard aux Streets artistes qui parcourent les rues à coup de bombes de pochoirs et autres outils d’expressions. Ont-ils réussi à rebondir sur les « œuvres anciennes » pour en créer des nouvelles? La réponse est oui. En effet, le street art puise dans un  large répertoire d’image allant de la culture pop à la peinture la plus classique , dont un grand nombre est conservé au Louvre. Notamment la Joconde. Cette peinture d’une femme au regard presque effronté nous en fait voir de toutes les couleurs ! Voici donc une petite compilation des détournements les plus connus de cette œuvre emblématique. Est-ce encore une occasion pour la Joconde de faire parler d’elle ? Evidemment. Suis je jalouse ? Absolument !

Trêve de plaisanterie, attaquons les choses sérieuses. Ci-dessous vous découvrirez l’œuvre de Jo Di Bona. Très coloré et bourrée de clin d’œil à la culture pop, c’est l’exemple parfait pour nous montrer qu’on peut créer quelque chose de très décalé avec un élément classique.

« Chaque artiste a envie de prendre une œuvre capitale comme la Joconde pour en faire sa propre histoire »

Cette phrase de Jo di Bona, street artiste, nous montre qu’il est intéressant de s’inspirer du « vieux » pour créer du « neuf ». 

Jo Di Bona, Peanuts Mona

Mais comment parler de détournement de la Joconde sans parler de celui de Marcel Duchamp ? Le célèbre père du mouvement dada avait pour but de bouleverser les foules, tout le monde connait son urinoir…  Mais l’œuvre qui va nous intéresser vous vous en doutez… C’est celle ci dessous. Je vous conseille de bien lire les lettres en bas du tableau. Très provocateur Marcel Duchamp attire notre attention sur la question du  » genre ». Un fait d’actualité. Comme quoi, parfois, l’ancien influence le nouveau et lui donne des ailes.

L.H.O.O.Q.", une "Joconde" de Marcel Duchamp vendue 631.500 euros chez Sotheby's
LHOOQ, par Marcel Duchamp

Pour continuer dans cette ambiance d’humour potache, passons du constat à la démonstration avec la « Moona Lisa » de Nick Walker.  Son œuvre mi trivial mi érotique fait référence à la Vénus Callipyge , cette célèbre statue antique qui soulève son « péplos » laissant échapper… Sa lune !

Nick Walker | Mona Lisa (2006) | Artsy
Nick Walker, MOOna Lisa

« J’essaie  d’injecter un peu d’humour ou d’ironie dans certaines  peintures, histoire de dérider les murs »

On découvre que Nick Walker se sert de la notoriété d’œuvre antique pour véhiculer ses messages enveloppés dans un humour décalé. 

Toujours dans l’esprit du dadaïsme, nous allons cette fois nous tourner vers la « Pixeleted Mona Lisa with Deconstructured Donald Duck » d’Ozmo. Usant de bombes aérosols et de peinture acrylique, Ozmo nous donne l’impression que la Joconde est en cours d’achèvement d’un point de vu numérique en totale négation avec le travail manuel de l’artiste. Ainsi il remet en question la tradition de la peinture classique. Il interroge les différentes techniques artistiques mais aussi iconographiques en citant deux célèbres icônes diamétralement opposées de notre culture occidentale.

Léonard de Vinci version Art urbain s'expose sur la péniche Fluctuart
Pixeleted Mona Lisa with Deconstructed Donald Duck

 

Pour finir ce petit récit spécial Joconde intéressons-nous à une œuvre du célèbre Banksy.  Celui-ci a pris au pied de la lettre ce qui fait la notoriété de la Joconde, à savoir son sourire. Il « se contente » donc de remplacer le visage de notre star  par un smiley en respectant la technique « sfumato » empruntée à la renaissance italienne.  Ce qui fait l’œuvre ici c’est la performance de Banksy  qui consistait à aller l’accrocher furtivement au Louvre, en 2004. Le concept d’œuvre  d’art urbain se manifeste ici par la provocation, l’humour et la contextualisation de l’œuvre dans ce qui est le temple de l’art.

« il faut investir le Louvre et non pas le brûler! « 

Banksy

Banksy-louvre-monalisa-octobre-2004 - Artistikrezo
Mona Lisa smiley, Banksy

Et vous ? Seriez vous capable de brûler le Louvre  🙂 ?

Eve Biehler – DNMADE1 Jo – Oct 21

L’art de survivre !

Je vais vous présenter au cours de cet article les détournements d’une œuvre bien connue qui s’intitule, « Le radeau de la méduse » de Théodore Géricault, qui est une huile sur toile (1819x716cm) exposée au Musée du Louvre à Paris.

1819

Pour la première fois dans l’histoire de l’art, un tableau élève un fait divers au rang de faits historiques, de simples mortels deviennent des héros.

La cause du naufrage, c’est l’incompétence du capitaine, nommé à ce poste uniquement parce qu’issu de la noblesse. Géricault prend donc défense des victimes contre les inconséquences de l’Etat. Le radeau de la Méduse c’est surtout la fragilité de la condition humaine, la détresse, l’horreur et l’espoir.

« Ohé, ohé, capitaine abandonné »

Un exemple célèbre de BD ayant repris le radeau de la Méduse.

Astérix légionnaire

Le groupe Irlandais « The pogues » relate la toile de Théodore dans leur chanson « The wake of the Medusa »     Chanson wake of the medusa

 

Beaucoup d’artistes ont détourné ce tableau, notamment Clarisse Griffon du Bellay qui a insisté sur la survie des naufragés et sur la cannibalisme qui a permis au 16 rescapés, de rester en vie. Clarisse est une descendante d’un des naufragés.

Corps en bois découpés et décharnés, 2011

Hu Jieming dénonce la surconsommation et la répression dans son pays.        Parce que ici les naufragés sont des intellectuels chinois qui ont été bannis au moment de la révolution culturelle.

2002

L’indignation de Kader Attia face aux naufrages des migrants en mer Méditerranée. Il n’est plus question d’allégorie mais de faits réels. Il a réuni des milliers de photos pour recomposer le tableau de Géricault, qu’il a intitulé « Harragas, les damnés de la mer »

Harragas, les damnés de la mer, 2009

Je trouve que ce radeau est quelque part un miroir de notre société en tout temps, toutes ces œuvres retranscrivent avec humour ou non un problème dans la société. Fragilité de la condition humaine, critique de la société de surconsommation, colonisation à chaque fois le tableau de Théodore Géricault pointe nos dérives, différentes selon nos époques, sa portée est universelle.

 Ce monde est un vaste naufrage : sauve qui peut !                                                          Voltaire.

PEZZIN Charlène DN MADe 2 HO 2021-2022

De l’art cartésien ?

 Claude Monet est un artiste peintre  reconnu comme étant l’un des pionniers du mouvement artistique « impressionnisme » apparu durant la seconde moitié du 19ème siècle, ce mouvement est considéré par les instances artistiques de l’époque comme une forme d’art inférieure car elle représentait des scènes de tous les jours en continuelle évolution. Né en 1840, mort en 1926, Claude Monet se concentrera durant toute son existence à l’effet de la lumière.

Durant sa vie Claude Monet aura fait beaucoup de collection comportant plus ou moins de tableaux, comme « La Cathédrale de Rouen », « La Gare de Saint-Lazare » ou encore la plus connue, « Les Nymphéas ».

Je vous en montre seulement trois mais cette collection nommée « Les Peupliers » compte plus de vingt-trois œuvres, peintes de l’été à l’automne 1891. Cette suite de tableaux représente à chaque fois une lignée de peupliers bordant la rivière de l’Epte, un affluent de la Seine. Mais alors pourquoi ? Pourquoi faire une collection d’œuvres représentant des peupliers ? Et surtout, pourquoi peindre tout le temps dans le même style les mêmes peupliers ?

Et bien justement, c’est ça que je trouve beau avec ces collections. Il y a indissociabilité de l’objet et de la lumière, l’objet n’existe que par la lumière qui le révèle, et si la lumière change, alors l’objet n’est plus le même, donc nous n’avons pas juste vingt-trois fois les mêmes peupliers mais nous avons vingt-trois différents moments de la journée avec différentes saisons et météos, le vent qui vient troubler la surface de l’eau et donner du mouvement aux branches et feuilles des peupliers, les nuages qui assombrissent parcellement la toile pour en faire ressortir les zones de lumière…

Cette quête presque cartésienne des différents visages d’un même objet est très intéressant, tous ces tableaux se ressemblent mais on ne s’en lasse jamais, chacun de ces vingt-trois tableaux se dissocient les uns des autres uniquement par le jour où ils ont été peints. La question qui est légitime de se poser est pourquoi avoir peint ces œuvres seulement pendant deux saisons ?

Je vous invite bien sûr à aller voir la suite de la collection.

Mathieu M. – DNMADe1 Ho – Avril 21

Quand l’implicite dépasse la figuration

Nous savons pertinemment que certaines œuvres ne sont pas seulement intéressantes dans leur figuration mais dans le message qu’elles veulent faire passer, et parfois même, indépendamment des intentions primaires de l’artiste. L’histoire de l’œuvre peut, dans ce cas, résider dans toutes les spéculations et les interprétations que chacun peut faire d’elle.

Celle que je vais vous présenter aujourd’hui est un bon moyen de vous transporter dans un sujet actuel mêlant deux domaines, à savoir l’art et la géopolitique, ce qui a sûrement guidé mon choix, tout en utilisant toutes sortes de métaphores qui, je l’espère, susciteront votre attention. Cette double lecture vous permettra d’analyser une œuvre et d’appréhender de manière plus ludique un terrain souvent hostile.

Il s’agit de l’œuvre fortement controversée « Beijing 2008 », qui est une peinture à l’huile de l’artiste Skino-Canadien Liu Ly en 2005. Elle fut initialement intitulée « Femmes au Mah-jong ». C’est lors de sa première exposition, en mars 2006 à New York, que l’artiste l’a renommée ainsi du fait du symbolisme qui en ressort : les Olympiades sont appelés par les Occidentaux « Les Jeux », et le Mah-jong, en est aussi un.

Quand on analyse une œuvre, on nous incite souvent, en premier lieu, à dire ce qui est dénoté, ce qui est distinctement indiqué, ce que j’ai fait et dans mon cas, je voyais une scène à la limite de l’érotisme dévoilant cinq personnages féminins quasiment tous nues, réunies autour d’un jeu, qui pour certaines semblent complètement désintéressées. Et vous qu’en pensez vous ?

On nous demande par la suite d’essayer de trouver ce qui est connoté, ce qui n’est pas exprimé de façon directe, et c’est souvent là que cela se complique. Scruter chaque détail, c’est faire appel à nos connaissances pour comprendre l’œuvre et ce que l’artiste veut peut-être nous transmettre. Cette tâche se révèle difficile. Essayer par vous-même avant de lire la suite ! C’est plus compliqué que ça en a l’air, n’est-ce pas ?

La peinture expose les relations d’intérêt entre plusieurs pays dont la Chine, l’Amérique, le Japon, la Russie et la Taïwan. Et vous allez sûrement me dire comment ça ? Attendez je vais vous l’expliquer. Vous voyez cette femme à demi nue qui nous tourne le dos, ce dos tatoué d’un phœnix représente en réalité la Chine, celle qui se trouve à sa gauche, semblant être intensément concentrée sur le jeu est le Japon. Celle avec la chemise et la tête armée sur le côté, paressant inquiète avec un soupçon d’arrogance est l’Amérique. La Russie est,quant à elle, allongée de manière provocante sur le sol. Pour finir, la petite fille debout sur le côté est la Taïwan de par son bellyband rouge.

Cette scène décrit la situation internationale et incarne l’idéologie du post-colonialisme dans ses images et ses personnages. Elle défit l’eurocentrisme (le point de vue des colonisateurs qui soutiennent que l’Europe est le centre du monde et que les Occidentaux sont supérieurs aux autres peuples du monde). Cette vision est renforcée par le fait qu’elles jouent au Mah-jong, non seulement parce que ce jeu implique de l’habileté, de la stratégie, et de la sérendipité, mais aussi parce que la Chine, d’où le jeu est originaire, est également la joueuse survivant le plus longtemps dans ce théâtre géopolitique. La dame bien habillée montre que l’eurocentrisme ou l’Amérique-centralisme est en danger. Son expression inquiétante, tournée vers la Taïwan, lui demandant comment jouer la prochaine tuile ou qu’est-ce que la Russie et la Chine font, montre qu’elle est faible et ne sait pas exactement quoi faire à la prochaine étape. Dans une certaine mesure, cela indique que les avantages des colons sont absents. En outre, les téléspectateurs scrupuleux peuvent constater que la dame américaine ne porte pas de pantalon et n’a pas de tissu pour couvrir sa partie privée. Il s’agit d’une métaphore indiquant que l’Amérique est en fait faible, pas aussi forte et élégante qu’elle le montre au monde. Le ciel lourd à l’extérieur de la salle est une métaphore montrant qu’il y aura une tempête qui peut rapidement changer le modèle du monde : en d’autres termes, la Chine et l’Amérique peuvent être prochainement en conflit. Lorsque vous reliez les conflits avec le jeu Mah-jong, il peut être raisonnable de penser qu’il est le reflet de ces puissances mondiales. Par conséquent, si la dame américaine peut gagner le jeu Mah-jong, elle peut maintenir sa position dominante dans le monde. Est ce que cela est réellement possible ? Comme le montre la peinture, la probabilité de gagner est faible. Les raisons sont les suivantes : tout d’abord, elles jouent au Mah-jong dans une chambre chinoise, les gens chinois dominant les règles du jeu. Deuxièmement, la dame russe aide la dame chinoise en trichant. Avec l’aide de la russe, la dame chinoise a plus de chances de gagner. Après la forte tempête, la Chine, le pays colonisé, pourrait faire sa marque et renverser le modèle mondial traditionnel.

En un mot, en utilisant un grand nombre de signes, de codes et de métaphores, le peintre souligne la faiblesse de l’Amérique et la force et les avantages de la Chine. Après avoir regardé la peinture, les spectateurs auront spontanément l’impression que le monde n’est plus un monde qui  est dominé par le peuple occidental.

Nous pouvons quand même souligner que lorsque les signes culturels et les pratiques des cultures colonisées et colonisant se mélangent ou s’intègrent, l’hybridité culturelle se produit. Ce phénomène est admirable partout dans cette peinture, comme le montre le fait que les femmes portent de la dentelle qui a été inventée par les Occidentaux alors qu’elles jouent au Mah-jong, assises sur un tapis et dans une maison traditionnelle chinoise. L’hybridité est également montrée par la représentation de la tête accrochée au mur. Elle est issue d’un mélange de trois figures de l’histoire des cent dernières années chinoises. A savoir, Sun Yat-sen et Chiang Kai-shek qui avaient des pensées occidentales, telles que les trois principes du peuple (nationalisme, démocratie, moyens de subsistance du peuple), et Mao Zedong, communiste russe. Les trois personnes sont mélangées, ce qui indique que les cultures orientales et occidentales sont intégrées ensemble.

Ce que nous pouvons retenir de tout ça, c’est que la peinture remet non seulement en question les concepts de l’eurocentrisme en mettant en évidence la faiblesse de l’Amérique et la force de la Chine, mais montre également l’hybridité culturelle causée par le colonialisme. L’hybridité se reflète principalement dans les scènes et les personnages diversifiés et contradictoires, ainsi que par la représentation mixte de la tête.

En vous remerciant d’avoir pris le temps de me lire !

BILQUEZ Jorane, Dnmade1, Avril 2021

Tableaux maudits !

N’ayez pas peur, approchez !

The Anguished man, (l’homme angoissé).

On voit un homme saisi au moment où il pousse un hurlement de terreur. Son effroi est à l’extrême : sa bouche est grande ouverte et ses yeux sont totalement écarquillés. Il n’a même plus d’apparence humaine. Ce tableau appartient à Sean Robinson.

J’avoue que ce tableau m’angoisse, il porte bien son nom

         Tableau the anguished man

Il a tourné plusieurs vidéos montrant des phénomènes paranormaux. Il raconte que sa grand-mère a laissé cette peinture dans le grenier, elle disait qu’elle était MAUDITE ! Elle voyait souvent la figure noir d’un homme, et elle entendait des bruits étranges puis des hurlements.

L’artiste s’est suicidé peu de temps après avoir fini ce tableau, à noter qu’il avait l’habitude de mélanger son propre sang à la peinture. Enfin de nombreux enquêteurs d’effets paranormaux ont étudié ce tableau, dont Ian Lawman et John Blackbum (groupe d’enquêteurs réputés en Grande-Bretagne).

John a déclaré que c’était l’expérience la plus étrange qu’il ait faite de toutes ses années d’investigations surnaturelles et paranormales.

Un autre tableau, qui fait encore un peu plus froid dans le dos…

Le garçon qui pleure est une peinture réalisée par Bruno Amadio dans les années 1950, représentant un garçon au visage d’une grande tristesse.

           Le garçon qui pleure

Un prêtre aurait reconnu cet orphelin nommé Don Bonillo. Le peintre aurait adopté ce jeune garçon orphelin. Cet enfant aurait vu ses parents mourir dans le feu. Une rumeur circulait sur ce dernier : il pouvait déclencher des incendies dans les orphelinats où il était présent et s’en sortait indemne à chaque fois. Lorsqu’il termine le tableau, l’atelier de l’artiste prend feu, laissant derrière lui un tableau intact. L’enfant disparait sans laisser de traces….

Chaque personne ayant possédé ce tableau chez eux, ont été victimes d’incendie. Alors que tout n’était plus que ruines autour d’eux, ils retrouvaient encore une fois, le tableau intact. Un pompier a commenté l’évènement en affirmant que des copies intactes du même tableau étaient retrouvées dans les vestiges de maisons calcinées.

Donc si jamais vous avez ce tableau chez vous, il vaut peut être mieux s’en débarrasser. Dans le doute, préférons l’abstinence.

Le dernier tableau est celui qui me fiche le plus LA frousse !

Un portrait de John Wayne Garcy, un tueur en série qui aurait assassiné plus de 30 adolescents dans les années 1970. Déguisé en clown, il a attiré des adolescents chez lui où il les a torturés, violés et tués. Coupable et jeté en prison. Garcy a commencé à peindre.

Pogo the clown

Après l’exécution de Garcy en 1994, le tableau est passé de main en main. Aucun de ses propriétaires ne pouvaient supporter de posséder cette œuvre trop longtemps. Peu de temps après qu’un propriétaire ait acheté ce tableau, une série de faits terrifiants se déclenchaient. Le chien du premier propriétaire est mort subitement et sa mère a eu un cancer. De plus en plus inquiet, il s’arrangea pour le conserver chez un ami, dont le voisin mourut subitement. Un autre ami a décidé de s’occuper du tableau. Le regard obnubilant de Pogo the clown a hanté l’homme jusqu’à ce qu’il décide de se suicider.

Je pense qu’il faut avoir l’esprit ouvert sur ces phénomènes paranormaux. Ces histoires sont très intéressantes d’autant qu’il y a plusieurs témoignages et des experts du paranormal sont venus voir certains tableaux pour les examiner.

L’inexplicable n’existe peut-être pas, mais il y a encore beaucoup de choses inexpliquées.

PEZZIN Charlène – DN MADe 1 HO – Avril 2021

Destino : l’improbable rencontre entre Dali et Disney

Court métrage oublié au fond d’un placard, œuvre conjointe de Salvador Dali et Walt Disney, deux personnages inoubliables pour leur talent et leurs créations : je vous présente Destino.

C’est lorsque les deux hommes se rencontrent autour d’un dîner hollywoodien, chacun vouant une admiration sans borne à l’autre,  que l’idée d’un court métrage naît, autour de la musique  Destino d’Armando Dominguez. Le concept d’un film mettant en scène le destin tragique de Chronos, dieu grec du temps, désespérément amoureux d’une mortelle, tantôt enfermé dans la pierre, tantôt enchainé par le temps, sur fond de musique mexicaine séduit l’artiste surréaliste.

L’univers de Dali rencontre alors le coup de crayon des princesses Disney à travers cette jeune femme aux grands yeux qui déambule dans un paysage au fond désertique bordé de montagnes noires entre montre molle, globes oculaires et personnages évidés.

Un voyage parmi les œuvres du peintre terminé en 2003, longtemps après la mort de l’artiste faute de budget, et qui ne contient que 18 secondes des dessins originaux fait par Dali pour le projet : La scène des deux tortues se rejoignant et venant former une danseuse.

Mais toutes les autres planches créées en 1999 sous la direction de John Hench (qui travailla en 1946 avec Dali) et Dominique Montféry, sont directement inspirées des œuvres peintes par Dali des années auparavant et servent à créer une narration très symbolique où tout n’est que sous-entendus et devinettes : l’un des exemples les plus flagrants est sans doute la jeune femme devenant une danseuse à la tête de pissenlit à l’image de son tableau « Tristan et Iseult » : un amour impossible.

Il est impossible de résumer ce court métrage, tableau surréaliste où les transformations sont guidées davantage par des proximités de formes et de couleurs ou des associations symboliques que par une logique narrative. C’est un enchainement rapide de scènes allant de surprise en surprise, où l’on ne peut prévoir la scène suivante ou la finalité du récit.

Une succession d’image qui mériterait d’avoir une place plus importante parmi les œuvres de Disney, à la fois poétique et symbolique. Je terminerais cet article par l’une des représentations qui m’a le plus fascinée : le final, la métamorphose du drap en cette jeune femme tant recherchée.

Le lien du court métrage  : https://www.youtube.com/watch?v=y_TlaxmOKqs pour toutes personnes curieuses de découvrir cette création oubliée.

Alicia CLERC – DNMADE 2 bij

F*ck race !!!

–    FUCK RACE !!!    –

 

François PIQUET est un artiste français qui vit et travaille en Guadeloupe. Né en région parisienne, il obtient un diplôme d’ingénieur et un DESS en Design Industriel, avant de s’orienter vers le chant, la création musicale, le graphisme et le multimédia. Arrivé en Guadeloupe en 2000, il s’oriente professionnellement vers la vidéo et développe en parallèle sa production plastique, pour une première exposition de peintures en 2005.

 

 

Fuck Race est la première exposition virtuelle 3D en Guadeloupe, organisée par l’agence d’art contemporain Krystel Ann Art, curatrice spécialisée dans les arts de la Caraïbe. Surtout connu pour ses sculptures monumentales, François Piquet a choisi, cette fois, de s’exprimer à travers la technique du dessin. Dans cette série, le plasticien présente une trentaine d’œuvres originales, en couleur et en noir et blanc. Il y présente son interprétation ironique de notre société moderne et les racines  de la vision déformée du concept dit de la « race ».

FUCK RACE présente une série de dessins souvent impertinents et satyriques, prolongement de la réflexion menée suite à son immersion dans un pays où les questions de race sont des tremblements quotidiens. François Piquet questionne autant les discours que les silences de notre société sur des sujets aussi sensibles que l’esclavage, la colonisation, le racisme, la violence… Mais il interroge aussi les préjugés qui en résultent et les ambiguïtés auxquelles lui­-même n’échappe pas. Comment les traiter sans se mettre à la place de l’Autre ? Sans parler en son nom ? Sans dissoudre son propre regard dans les opinions et croyances qui peuplent nos imaginaires et débordent le réel ?

 

On est subjugué par la conceptualisation à la fois simple, artistique et humaniste et on est interpellé par les dessins à l’encre de Chine sur papier, fustigeant la suprématie de races. Piquet est un marteau qui démystifie la « blanchéité » et toute la propagande et les images véhiculées (vikings, personnages religieux, sexuels assoiffés de conquêtes). L’exposition plaisante s’adresse à tous avec un foisonnement d’identités culturelles.

« Je revendique ma production artistique comme étant une expérience de créolisation, que je parcours le long des rhizomes culturels multiples et divers, qui agitent mes identités collectives et individuelles, qui éclairent et déplacent mes rapports au monde.
Notre espace­-temps est un puzzle sans solution dont les pièces ne s’emboîtent pas. Pour espérer échapper aux catastrophes, il nous faut façonner les utopies décoloniales à même d’élaborer de nouvelles formes de sociétés. Je travaille dans le Tout Monde à faire éclore des formes imprévues et directes, des passages pour la Rencontre, des ébauches du Monde­ qui­ vient dont la créolisation est inéluctable. Tout acte de création induit une transformation du monde. Je ne peux envisager l’art sans sa dimension politique, au sens large. Je suis donc intéresse􏰂 par un art qui fonctionne, qui crée du décalage, et qui s’adresse au plus grand nombre. Un art accessible, simple, populaire et humaniste. »

L’artiste vit et crée en Guadeloupe, ce « laboratoire du monde qui vient« . Il fait le pari d’expérimenter artistiquement la « créolisation » d’Edouard Glissant, à travers une création contemporaine populaire et protéiforme, pour replacer l’art dans ses fonctions utopiques et sociales, et mettre en place les conditions de la rencontre.
« Ma pratique artistique est née ici, sur le site de l’ancienne usine Darboussier, en 2007. Je produis un art modelé par le “Tout­Monde », la Guadeloupe et ses problématiques, qui sont mon quotidien. »

« Fuckrace est une série de dessins souvent impertinents et satyriques, qui jouent avec la déconstruction du racisme et notamment des mythes de la suprématie blanche. Après Équation décoloniale présentée en 2019 dans le Pavillon Guadeloupe de la 58e Biennale de Venise, c’est un autre aspect de la réflexion menée depuis un pays où les questions de race sont des tremblements quotidiens. Parce que la décolonisation ne sera pas unilatérale », explique l’artiste. « Il est facile de constater les limites sociales d’un art contemporain très porté sur l’élitisme et le luxe. J’ai choisi d’aller vers une forme plus populaire. »

Emma YVON-VIRAMIN – DNMADe1 Jo – Janvier 2021