Le covid… Source d’inspiration ?

Souvenez vous ! Pendant les temps forts de la pandémie de coronavirus, la grande majorité du monde fut confinée, les grandes villes se retrouvaient alors désertées. De nombreuses photos troublantes ont circulé, montrant des rues de grandes métropoles totalement vides. Les œuvres de l’artiste dont je vais vous parler aujourd’hui m’évoquent directement cette période. En effet, dans cet article nous allons passer au peigne fin le travail de Rumi Ando.

Cette photographe casse les codes de son domaine en ne s’intéressant pas à la foule ou encore aux couleurs vives. Le principe même de son expression artistique est de représenter les formes géométriques qu’on retrouve dans les rues de Tokyo avec des couleurs très pastels qui rendent la scène plutôt inquiétante. Ici le pastel ne semble étonnement pas nous communiquer une idée d’innocence. Bien au contraire…

Pour renforcer cette idée de photographie angoissante, l’artiste supprime les habitants, les panneaux publicitaires, les pylônes électriques, les portes et les fenêtres. Un décor presque post apocalyptique qui attire notre attention sur la déconnexion sociale présente au sein de cette ville. Le plus beau dans tout ça ? C’est que ces œuvres à la vision dystopique de nos métropoles ont été réalisées AVANT la pandémie. Un coup de génie ? Peut être.

On peut remarquer que cette artiste semble appartenir au surréalisme. Ce mouvement artistique a pour but de redécouvrir une sensibilité perdue, de retrouver les facultés humaines annihilées, réprimées par des siècles de civilisation et d’accéder à un univers régi par le merveilleux, l’imagination, le rêve et l’amour. Quoi de mieux que de supprimer directement à la source le problème ? L’artiste nous fait réfléchir. A-t-elle voulu supprimer toute forme de vie en ne laissant que les créations humaines pour dénoncer un sentiment d’oppression ? Une autre hypothèse plus probable : L’artiste dénonce l’évolution de la société qui tend à être de plus en plus asservie par internet, et qui peut à peu nous isole de nos congénères réels. Faut-il s’inquiéter d’un avenir urbain qui pourrait conduire à une distanciation sociale volontaire, ou ne voir que la dimension sereine, paisible, qui se dégage de ces photographies ? Suite aux récents évènements sanitaires cette question est d’autant plus renforcée.

Eve BIELHER – DNMADe1 Ho – Avril 2022

Quand la nature sublime la rouille

L’exploration urbaine, plus communément appelé Urbex, qui se définit comme étant une visite sans autorisation des lieux délaissés ou abandonnés, d’après plusieurs pratiquant.es, l’exploration des lieux abandonnés était, est, et sera toujours quelque chose qui perdurera, le plus longtemps que l’Homme décidera d’abandonner des bâtisses et autres bâtiments.

Grâce ou à cause des réseaux sociaux (à vous de juger), l’engouement autour de cette activité est grandissante, malgré la médiatisation de celle-ci, qui possède ses propres principes, ainsi qu’un code de conduite visant à préserver les lieux et les protéger au maximum, entre photographes, youtubeurs, amoureux d’histoires, et autres adeptes passionnés, la non-diffusion des coordonnées des spots* est une règle d’or dans cette discipline, afin d’éviter d’attirer les voleurs, les casseurs ou même les squatteurs, mais aussi par respect pour les propriétaires.

Alice Van Kempen, FURBEX

Pourquoi apprécier cette discipline?

D’abord il y a l’aspect historique des lieux, qui est étroitement lié à la temporalité, les lieux peuvent être abandonnés depuis des années ou des mois, les urbexeur.ses sont toujours en admiration sur ces lieux dans lesquels le temps semble s’être arrêté. Éprouvant une nostalgie du présent, qui suspend le temps pour celui qui l’observe, un décor actuel mais plongé dans le passé. De plus, nous avons les adeptes de l’aspect esthétique, des lieux chargés d’histoire, de détails, d’objets qui méritent d’être photographiés, ou d’être scénarisés à des fins cinématographiques, et d’autres domaines pour les plus créatifs.

Dominique Hermier, urbexeur et graphiste, nous montre comment il lie ses deux univers pourtant très différents : « En tant que graphiste et directeur de créa, faire se télescoper des univers de pop-culture et photographiques, cela crée des chocs « philoso-graphiques », […], l’urbex est souvent abordée par les photographes, soit sur l’aspect esthétique et historique avec de très belles réalisations photographiques qui montrent le travail du temps et de l’abandon, soit comme support pour des mises en scène avec modèles ravissants et accessoires travaillés. Rarement le volet social et marketing sont mis en avant, et c’est dommage, car c’est l’occasion de montrer notre société sous un angle différent, tout en posant des questions avec un autre vocabulaire graphique. J’ai voulu imaginer la fusion du marketing et de l’urbex… »

L’exploration urbaine à la sauce « Ikea » : que découvriront les urbexeurs de demain ?

Après cette brève information ré-créative, revenons aux différents attraits de cette discipline.

Pour nous, dans cette société, nous avons facilité à imaginer une ville, une usine, un lieu, mais s’y rendre c’est en prendre possession, c’est retrouver un autre rapport à soi par rapport aux objets, se rendre compte à quel point la matérialité des choses est si dérisoire pour l’Homme, du jour au lendemain, un lieu peut être abandonné, pour un manque d’engouement pour celui-ci, un départ en catastrophe, ou seulement parce qu’il ne génère plus d’interactions sociales, ou économiques.

Je ne vais pas vous faire tout un dépliant sur le pourquoi du comment l’Urbex est appréciable, mais n’oublions pas la satisfaction de voir que dans certains lieux abandonnés par l’Homme, la nature reprend ses droits, prenant le contrôle sur les structures, les recouvrant de feuillages, c’est un mélange qui donne place a une magie inédite.

Si vous êtes intéressé.e pour essayer, n’oubliez pas de vous renseigner avant toute chose sur les lieux, de vous faire accompagner de personnes bienveillantes et de confiance, évitez de vous mettre dans de mauvaises situations, s’il n’y a aucun accès vers l’intérieur, admirez l’extérieur. L’adrénaline peut être un sentiment addictif, mais autant positif que négatif, le bon sens et le respect du lieu sont de rigueur, c’est une discipline dangereuse et illégale, c’est quelque chose à prendre en compte dans certaines situations. 

Tiphaine Dausseing, DnMade Jo 14 Avril 2022

 

Le métissage au service de l’art

C’est de ce mélange culturel et ethnique que Mous Lamrabat tire toute la puissance de son art.

Mous Lamrabat, belgo-marocain est photographe de mode à la base, né au Maroc et ayant grandi en Belgique, il a choisi de faire de cette double culture la base de son travail pour créer un univers singulier qu’il nomme « Mousganistan ».

A travers ses photos, il confronte l’Orient et l’Occident en mélangeant par exemple, McDonald’s et le voile ou les codes de la culture arabe et les marques de luxe. Ce mélange donne des clichés étonnants et décalés, parfois humoristiques entre tradition et modernité. Il s’inspire principalement des objets du quotidien marocain et leur donne un coté artistique en les sortant de leur contexte.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le but du photographe est de rassembler les gens grâce à l’amour et l’humour comme il le dit. Il se sert de l’humour pour déconstruire les préjugés sur le monde arabe. Mous Lamrabat prouve aux occidentaux qui sont encore effrayés par les musulmans qu’ils pensent différents d’eux, qu’un musulman peut faire de l’art à l’occidental et que la culture arabe est très drôle et très artistique. Avec ses clichés, il fusionne ses « deux mondes » et montre que nous pouvons vivre ensemble malgré nos différences.

« Finalement, je veux rassembler les gens ! Surtout dans les temps que nous vivons, où c’est « nous » contre « eux ». J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on pense que nous n’avons plus besoin des autres. Et cela m’effraie. »

Certaines de ses photos peuvent faire polémique et être mal interprétées comme celle de la femme en niqab bleu qui fait référence à la célèbre couverture de Paper Mag avec Kim Kadarshian, photographiée par Jean-Paul Goude. Mais lorsque l’on connaît les intentions du photographe, on comprend que c’est encore un moyen de défaire les clichés et les stigmates sur la culture arabe.

Le travail de Mous Lamrabat me touche particulièrement, car comme lui, je suis métisse marocaine et en grandissant, on vit une sorte de « crise identitaire » où l’on se demande à quelle origine on appartient le plus, laquelle nous représente le plus, car au bled, on n’est pas considéré comme vraiment arabe et en France comme vraiment français. C’est parfois compliqué de savoir qui on est et de se construire. J’admire cet artiste qui a réussi à se servir de son métissage pour créer, pour faire de l’art, il en a fait une force. Je pense qu’il faut prendre cette diversité et ce mélange de cultures comme une chance même si on essaye parfois de nous faire croire que c’est une faiblesse (notamment dans les absurdités que l’on entend dans les débats politiques actuels) , ce photographe y est parfaitement arrivé et me redonne de l’espoir.

Iman AMRANE – DNMADE23Jo – Décembre 2021

Saisir l’Instant

Pour ce dernier article de l’année, j’aimerai vous présenter un photographe que j’affectionne tout particulièrement. Steve McCurry né en 1950 dans l’état de Pennsylvanie aux Etats Unis, passionné par la photographie et tout particulièrement les portraits, il commença sa carrière de photographe indépendant à l’âge de 28 ans lors d’une expédition en Inde. Ses clichés dynamiques et amplis de couleurs, contrastent particulièrement avec la dureté des conditions en zone de guerre où il a pris ses clichés les plus connus.

Les différents portraits qu’il a capturés autour du monde documentent sur les luttes humaines et sont assez spectaculaires. A travers un simple cliché, il arrive à faire ressortir le caractère et le vécu de ses modèles, parfois teinté d’une lourde histoire. Un de ses clichés le plus connu est « l’Afghane aux yeux verts », immortalisé en 1984 en période de guerre dans le camps de réfugiés de Nasir Bagh, situé au nord du Pakistan. Cependant même si cette photographie mériterait plus d’un article, je souhaiterai vous en présenter deux autres.    

Ce portait nommé « Smoking Coal Miner » a été immortalisé à Pol-e Khomri en Afghanistan en 2002, dessus, on y voit un mineur de charbon fumant une cigarette. Quelque chose de très fort se dégage de ce cliché. La façon dont a été pris la photo montre les conditions précaires de ces mineurs et les répercutions sur le corps humain, ce qui marque le plus sur ce portait se trouve dans le regard que porte le sujet, le contraste entre les conditions difficiles qui mettent son corps et son esprit à l’épreuve, ce regard rempli de fierté et d’assurance, donne un sentiment si particulier à ce portrait.

 

Cette deuxième photographie nommée « Man with sewing machine in monsoon  » a été prise lors d’une inondation en Inde en 1984, sur cette photo montrant un vieil homme, l’eau jusqu’au cou, portant sur sont épaule une machine à coudre endommagée par une inondation, sa machine à coudre, peut-être son bien le plus précieux, sans laquelle il n’a sûrement plus de revenu, pourtant, il arbore sur son visage un grand sourire, cet homme malgré sa situation, à l’air tout à fait heureux.

Je n’ai pu malheureusement vous présenter qu’une infime partie du travail de cet artiste, je vous invite donc si ces photographies vous ont plu, à vous renseigner sur ses autres œuvres, et pour ce qui on la chance d’être en ce moment en région parisienne, il y a une exposition temporaire nommée « Le Monde de Steve McCurry » jusqu’au 29 mai 2022 au musée Maillol à Paris.

Mathieu M. – DNMADe23Ho – Déc. 21

Un vice particulier pour les portes…

Bella Foxwell - @thedoorsofldn Obsession des portes
Bella Foxwell – @thedoorsofldn Obsession des portes

Vous allez vous dire, pourquoi les portes, quel est l’intérêt ? Il est temps de vous ouvrir les yeux sur les pépites du quotidien, je suis certaine qu’après avoir lu cet article, vous allez vous surprendre à mater des portes, des lampadaires ou des façades.

« A mon plus grand désespoir, je me suis découvert une attirance photographique pour les portes et les fenêtres. Ne cherchez surtout pas à savoir pourquoi, vous prendriez peur ou tomberez vite dans le jugement. Aller savoir ça vient peut-être d’une curiosité malsaine, d’un plaisir tordu a m’introduire dans l’intimité des gens. » Celine Cotinat.

Cette phrase colle parfaitement à l’incompréhension de cette lubie qu’est d’aimer les portes, à mon avis chercher à comprendre d’où peut venir ce vice est peine perdue, et dénaturerait complètement le fait même d’aimer cela. Lorsque vous possédez un vice atypique, ne vous posez pas de trop de questions, et n’y réfléchissez pas, le principal est que ça vous satisfasse, et pas forcément aux autres, alors pourquoi vouloir sans arrêt justifier ses envies ?

Andre Vicente Goncalves @andrevicentegoncalves Obsession des fenêtres

Il s’agit de dénicher des pépites auxquelles personne ne prête attention, afin de satisfaire son œil et son… vice. Il s’avère que certains vices sont faciles à satisfaire, l’intérêt ici, c’est que d’une ville à l’autre, l’architecture ne se ressemble pas, la diversité qu’apporte cette lubie est incroyable. Entre les différentes palettes de couleurs, le temps qui passe, laissant une trace sur certaines façades, ce sont ces détails qui font la beauté d’une photographie. Elles racontent toutes une histoire d’une certaine manière, cela attise l’imagination, nous laissant libre court d’écrire le scénario.

T. DAUSSEING – DNMADE14JO – Déc 21

Oulah, méfiez-vous de l’eau qui dort !

Hula artiste peintre autodidacte, de son vrai nom Sean Yoro. Hula est un artiste originaire de Hawaï et basé à Los Angeles. Surfeur et street artiste depuis 2015, Hula est très engagé dans les changements climatiques sur les océans.

Ce qui le distingue des autres artistes, c’est que pour voir ses œuvres, on peut seulement s’y rendre en bateau ou en paddle. Les peintures qu’ils réalisent sont essentiellement des femmes à la peau nue hyper réalistes qui semblent sortir de l’eau, la réflexion symétrique de ses ouvrages, produit un effet miroir sur l’eau qui est splendide. Il a réalisé ses peintures sur des surfaces immergées abandonnées, quand l’eau monte on dirait qu’elles se baignent ou qu’elles se noient.

Il a alors énoncé  » Dans chacune de mes pièces j’intègre l’environnement au portrait, en montrant une sorte de connexion entre les deux »

Au travers de ses œuvres, Hula nous invite à réfléchir sur le réchauffement climatique, car elles sont éphémères et peuvent disparaitre peu de temps après. Parmi ses projets les plus connus, figurent ses peintures sur les glaciers, qui sont très parlant je trouve (bien sûr ce sont des huiles végétales et non toxique pour l’environnement).

peinture sur glace

On voit le visage peint à même la glace d’une femme flottant dans l’eau. Ce visage va finir par disparaitre soit a cause de la fonte des glaces, soit a cause de la montée des eaux, donnant l’impression que la femme se noie. Le message est ainsi clair : les problèmes climatiques n’auront pas seulement d’impact sur l’environnement mais aussi sur les êtres humains.

Il a aussi un projet intitulé « Deep Seads » qui rassemble une exposition de plusieurs œuvres, non pas sur terre, mais bien au fond de l’eau. Ces nouvelles créations ont un double objectif : alerter sur la dégradation des coraux et créer des récifs artificiels.

peinture sous l’eau

La découverte du travail de Hula me touche parce que nous pensons que le réchauffement climatique, n’affecte que la fonte des glaces au Pôle Nord, alors que bien au contraire cela nous impacte bien plus que l’on ne pense. Hula reste un artiste jeune, qui peut toucher la jeune génération, en postant ses œuvres sur Instagram. Il faut dire que, depuis plusieurs années, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) s’accorde à prédire une hausse du niveau de la mer allant de 0,5 à un mètre en 2100. Si, nous ne parvenons pas à gérer les émissions de gaz à effet de serre, un drame qui pourrait interpeller et alarmer les pays les plus polluants, et pourtant, semble leur faire ni chaud ni froid…

A nous de réagir avant de boire la tasse !

Ps : Je vous invite à le suivre sur Instagram (@the_hula), qui a un contenu très intéressant en nous faisant partager ses projets.

PEZZIN Charlène – DN MADe 2Ho – Décembre 2021

La triste photo de l’année

Le 25 octobre a été remis le prix de photographie « Siena International Photo Awards ». Il s’agit de la plus belle photo prise en 2021. Ce concours suscite l’intérêt de nombreux photographes, il y a eu des dizaines de milliers d’images soumises par des photographes de 163 pays différents. Plusieurs prix à la clef mais le prix ultime reste celui de « la photo de l’année » qui représentera l’année 2021.

Avec la crise sanitaire, on pourrait imaginer que le cliché de l’année serait celui des hôpitaux surchargés, des masques jetés dans la nature ou encore des familles confinées dans des minuscules appartements. Pourtant l’ultime photo n’a aucun lien avec cette crise. Alors peut être une photo qui mettrait en lumière les catastrophes climatiques, un autre sujet très actuel, qui occupe l’esprit de nombreux citoyens ? Je ne donnerai pas d’exemple car la photo récompensée par le concours ne parle pas non plus de ce sujet.

En réalité l’image prise par le photographe Mehmet Aslan traite d’un événement qui a commencé il y a longtemps mais qui a été « oublié » par l’Europe occidentale à cause de la crise sanitaire, des problèmes écologiques et d’autres problèmes actuels.  Cet événement c’est la guerre en Syrie.

Voici la photo « Hardship of Life »  ou en Français « L’épreuve de la vie ». Cette photo n’a rien d’une mise en scène, c’est la capture d’un moment entre un père et son fils. La première chose qui interpelle c’est le handicap du père et celui du fils. Munzir (le père) a perdu sa jambe lors d’un bombardement dans un marché. Son fils, Mustafa, est né sans membres à cause d’un syndrome appelé tetra-amélie. Cette maladie congénitale a été causée par les médicaments que sa mère a dû prendre alors qu’elle était enceinte après avoir été exposée à des gaz neurotoxiques durant la guerre en Syrie. Cette photo n’a pas été prise en Syrie mais à Reyhanli dans la province de Hatay près de la frontière.

Ce cliché me plaît beaucoup car d’une part il est esthétique notamment grâce à la lumière qui met en valeur l’enfant et son père. Et d’autre part cette image est remplie de sens, l’arrière plan obscur laisse imaginer les difficultés que la famille a dû dépasser, les troncs coupés peuvent être interprétés comme des proches tombés dans la guerre (comme un arbre tomberait quand on le coupe). Le courage et la force de cette famille franchit l’image pour nous atteindre directement, et si le titre de l’œuvre était une question alors je dirais que oui Munzir à réussi l’épreuve de la vie ! Face à la dureté de leur parcours, Munzir et Mustafa irradient de bonheur.

Je trouve le jury très intelligent d’avoir récompensé cette photo, car en mettant en avant cette histoire, on se rappelle de toutes les autres qu’on a pu oublier comme la prise de l’Afghanistan par les talibans ou les pressions que la Chine fait subir à Taïwan. Un cliché, un retour à la réalité.

T.L – DNMADe2 Ho – 2021

 

 

Plongez dans l’infiniment petit

Sous l’objectif du microscope, les choses les plus banales se transforment en un univers totalement inconnu et chatoyant. Voyagez dans l’infiniment petit, grâce au concours photos organisé par Nikon.

Cela fait 46 ans que le Concours Nikon Small World récompense les plus belles oeuvres photographiées à l’aide d’un microscope (les microphotographies). Celles-ci permettent de distinguer des détails invisibles à l’œil nu dévoilant ainsi des photos colorées par fluorescence qui apportent d’incroyables détails d’inflorescences, de solutions chimiques, d’ailes d’insectes ou de cellules neuronales. Les clichés sont jugés sur leur aspect artistique, leur intérêt scientifique et la technique de photographie en microscopie. Voici les gagnants et les meilleures photos.

                    

  • 5th Place – 2016 Photomicrography Competition, Front foot (tarsus) of a male diving beetle, Dr. Igor Siwanowicz
  • 1st Place – 2019 Photomicrography Competition,Fluorescent turtle embryo, Teresa Zgoda

                           

  •  2nd Place – 2019 Photomicrography Competition, Depth-color coded projections of three stentors (single-cell freshwater protozoans), Dr. Igor Siwanowicz
  • 1st Place – 2017 Photomicrography Competition, Immortalized human skin cells (HaCaT keratinocytes) expressing fluorescently tagged keratin, Dr. Bram van den Broek

            

  • 4th Place – 2011 PhotomicrographyCompetition, Intrinsic fluorescence in Lepidozia reptans (liverwort), Dr. Robin Young
  • 5th Place – 2011 PhotomicrographyCompetition, Microchip surface, 3D reconstruction, Alfred Pasieka

Derrière le concours Nikon Small World, il y a un objectif clairement affiché par les organisateurs : montrer au monde à quel point art et science peuvent être proches. Et avec l’évolution des techniques d’imagerie et de microscopie, les clichés proposés sont de plus en plus créatifs.

Emma Y. V. – DNMADe1 Jo – Février 2021

Besoin de retrouver ton visage, vos visages…

Nous pensons à tort que seul le regard est le portail de l’âme qui permet d’entrevoir et de transmettre nos émotions.

Mais voilà, depuis maintenant plus d’un an, l’apparition d’un virus appelé la Covid-19 a frappé notre pays et plus largement l’entièreté de notre monde, vous n’êtes pas sans le savoir, à part si vous habitez dans une grotte,  car ce nom pourtant inconnu auparavant est désormais sur toutes les lèvres. Pour nous protéger, protéger ceux qu’on aime et ceux qui nous entourent, il est maintenant obligatoire de porter constamment un masque. Oui, on parle ici de ce petit rectangle à élastiques souvent bleu, parfois en tissu, qui peut être aussi  réalisé, même si cela est présentement interdit, avec des slips de papi ou encore des vieux linges de mamie. Oui oui cela existe, croyez-moi ! Cet outil indispensable est devenu en l’espace de quelques mois, pour certains, notre meilleur ami et pour d’autres, notre pire ennemi du quotidien. Nous pouvons tous nous mettre d’accord que son port est nécessaire, quoique plutôt désagréable. Il empêche surtout de voir la partie basse du visage. Cette zone pourtant si banale est composée des joues, du nez, du menton et principalement de la bouche. De plus, Bea de Gelder, professeure à l’Université de Maastricht, explique qu’il n’est pas naturel pour les êtres humains de dissimuler leur expressions faciales avec un masque. « Le contact social est aussi essentiel pour survivre que manger et boire« , il améliore notre santé mentale et physique, notre immunité et réduit notre stress. Cette période nous aura bien appris quelque chose, c’est que les émotions ne se lisent pas que dans les yeux. Cet éclat de rire, cette moue après une dispute, ces petites joues rouges, si essentielles en temps de St Valentin, cette bouche ébahie d’étonnement, tous ces gestes nous manquent et compliquent nos relations avec les autres. Cet aspect, si  important du comportement et de la communication non verbale, est dissimulé et même parfois pour certains oublié.

C’est pour cela qu’aujourd’hui, je profite de cet article pour vous montrer le travail de Jay Weinstein. Vagabond d’origine australienne, il est guide de voyage mais surtout photographe et nomade numérique spécialisé en Inde. Son travail est remarquable et nous permettra de prendre un petit bol d’air frais en admirant quelque chose que nous avions pourtant acquis et que nous avons indéniablement perdu. Comme quoi, il ne faut jamais se reposer sur ses acquis ! Cette citation prend ici tout son sens.

Alors, je leur ai demandé de sourire”. Voici le nom de ce projet touchant, pétri de simplicité mais non dénué d’efficacité. Il consiste à photographier des inconnus dans la rue avant et après leur avoir demandé de sourire. Démarré en Inde il y a 6 ans, le projet “So I asked them to smile” prend de plus en plus d’ampleur. Aujourd’hui, plus de 1 000 inconnus dans 6 pays différents ont accepté de poser pour le photographe (Inde, Singapour, Australie, Kenya ou encore le Népal). Cela permettra aussi de voyager un peu en appréciant la diversité de notre magnifique planète. A travers nos écrans bien sûr ! Covid oblige. La plupart des clichés sont partagés sur le compte Instagram officiel @soiaskedthemtosmile et certains ont été exposés dans plusieurs galeries, comme le Jehangir Art Gallery à Bombay en décembre 2018.

                                                 Khonoma, Nagaland, Inde

Le Dalaï-Lama a dit : « Un simple sourire. C’est le début de l’ouverture de votre cœur et de la compassion envers les autres ». Les sourires ont la capacité de changer une journée, et pas seulement pour celui qui sourit, mais aussi pour ceux qui voient ou reçoivent un sourire. Ce n’est qu’une simple expression, et pourtant, c’est peut-être la plus puissante, car c’est la plus positive.

La réponse derrière chacune de ses photographies est qu’un sourire change tout, et pas seulement l’humeur, mais même l’image entière du sujet. Ses photos montrent également qu’un sourire est unique à chaque individu et qu’il est parfois difficile de savoir à quel point les gens sont beaux quand ils sourient jusqu’à ce qu’ils le fassent.

                             Kerala, Inde                                            Shanghai, Chine

« Ce projet de photographie me force à affronter mes peurs et à approcher des personnes que je ne connais pas. Cela m’oblige à remettre en question mes idées préconçues et à apprendre encore et encore à quel point mes hypothèses sont inexactes. »

A travers ces portraits Jay Weinstein retient que « nous avons tous beaucoup plus en commun qu’on ne le pense et qu’il continue à regarder ces sourires humains se connecter à travers les barrières que la classe, le statut économique, l’ethnicité, le sexe, la religion ou les origines créent ».

Pour finir, en attendant de pouvoir faire tomber les masques, n’oublions pas comme le rappelle dans son livre d’amour, Raoul Follereau, « un sourire ne dure qu’un instant, mais son souvenir est parfois éternel« . Je vous incite donc, à faire appel à vos souvenirs pour vous redonner le sourire !

Jorane Bilquez, Dnmade 1 Jo, Février 2021

« Mille et Un visage… »

Cindy Sherman, est une artiste et photographe américaine contemporaine née le 19 janvier 1954 à Glen Ridge. Elle vit et travaille à New York et est aujourd’hui reconnue comme l’une des photographes vivantes les plus influentes de sa génération. L’artiste est connue pour se mettre en scène dans des œuvres où elle modèle son corps grâce à différents artifices. La cinquantenaire a quelque chose de très singulier : la fantaisie ou l’audace de se métamorphoser et travaille parfois exprès à se ridiculiser. Débordant d’imagination et jamais à court d’idées, c’est avec un second degré qu’elle déconcerte l’œil du spectateur.

Fondatrice de la génération des images ainsi que de la photographie contemporaine et de l’art performance, la petite fille de Long Island est devenue une grande artiste.  Femme habile et séduisante, la signature de Sherman est de se transformer en une litanie de personnages historiques et fictifs, qui franchissent les limites du genre et de la culture. Elle a fait sursauter l’art contemporain lorsqu’elle a publié, en 1977, une série de films fixes sans titre. Fondatrice de la génération des images ainsi que de la photographie contemporaine et de l’art performance, la petite fille de Long Island est devenue une grande artiste.

 

 

 

 

 

D’une photo à l’autre, elle est tout juste méconnaissable. Pourtant, en y regardant d’un peu plus près, quelque chose nous semble familier. Dans le regard, dans l’intention. Il n’y a qu’une seule personne et c’est elle, grimée sous une panoplie d’artifices.

Par le biais de mises en scène, de maquillages et de costumes de cinéma, l’artiste traite chaque photographie comme un portrait, mais jamais comme un portrait d’elle-même. Elle incarne ses personnages même si ce n’est que pour l’image d’elle-même. En présentant la subversion par le mimétisme contre les tableaux des médias de masse et les messages basés sur l’image de la culture pop,  Sherman s’attaque à la fois à l’histoire de l’art et au monde de l’art.

« Je me sens anonyme dans mon travail. Quand je regarde les photos, je ne me vois jamais… Parfois, je disparais. »

Les influences de son œuvre sont nombreuses et se réfèrent à des imageries très différentes, de l’image picturale et cinématographique à l’image de publicité,
de magazine, ou encore à l’image érotique. La femme déclare à propos de son œuvre dont la dimension critique vis-à-vis de la société contemporaine et de
ses différents modes de représentations semble évidente :

« Bien que je n’aie jamais considéré mon œuvre comme féministe ou comme une déclaration politique, il est certain que tout ce qui s’y trouve a été dessiné à partir de mes observations en tant que femme dans cette culture. »

« Vous pouvez être terrifié, crier et vous cacher les yeux, mais vous riez, le pire c’est que c’est tellement exagéré et cathartique d’affronter ces choses qui sont vraiment dérangeantes. Ce n’est pas grave parce que ce sont des faux. Tout est arrangé. Ça fonctionne comme un conte de fées. » Cindy Sherman

En 1985, Le magazine Vanity Fair l’invite à créer une série de photographies basées sur des contes de fées pour enfants intitulée « Disasters and Fairy Tales » (catastrophes et contes de fées) de 1985 à 1989. Ses réponses théâtralement grotesques ont fait imploser les attentes sentimentales et se sont alignées plus
étroitement sur les sombres fantasmes des fables des XVIIIe et XIXe siècles des frères Grimm et Hans Christian Andersen que sur les histoires classiques pour enfants. L’artiste bouleverse le genre féérique et le rend monstrueux. Nous ne sommes plus dans un conte mais bien dans un film d’épouvante.

Les Contes de fées de Sherman invitent à la projection de nos propres souvenirs, fantasmes et cauchemars, ouvrant ainsi la noirceur subconsciente qui se cache derrière les images idéalisées qui envahissent notre vie quotidienne. le travail de Sherman s’est toujours concentré sur la façon dont la femme est représentée à travers différents médias : peintures, publicité, films, etc. En l’occurrence, il s’agit de la représentation du personnage féminin dans les contes de fées classiques.

Pour sa série « Disasters and Fairytales », la photographe va utiliser une grande variété de techniques de maquillage, de masques et de prothèses pour créer une représentation du corps vraiment choquante et grotesque. Joanna Lowry
décrit la collection comme allant vers « … la sombre face cachée de nos fantasmes collectifs, un lieu où les forces d’une sexualité polymorphe débridée et de la violence sont relâchées parmi les jouets de l’imagination ».

Le travail de Sherman s’est toujours concentré sur la façon dont la femme est représentée à travers différents médias : Peintures, publicité, films, etc. En l’occurrence, il s’agit de la représentation du personnage féminin dans les contes de fées
classiques. Des féministes comme Angela Carter ont repris cette idée et ont fait de la déformation du personnage féminin des contes de fées classiques un point central de leur travail.

 

Le personnage de Sherman est paralysé comme un cadavre, les yeux écarquillés vers le lointain. Avec des vêtements humides et boueux et des perles d’eau qui parsèment sa chair, c’est comme si son corps venait d’être rejeté sur le rivage par les
profondeurs. Amplifiant le malaise hitchcockien complexe de ses œuvres précédentes, Untitled #153 entre dans un nouveau territoire fascinant avec une image envoûtante qui à la fois excite, terrifie, provoque et trouble.

Achetée 2,7 millions de dollars en novembre 2010 à la maison de vente londonienne Phillips de Pury&Co, Untitled #153 est l’une des œuvres fondatrices les plus importantes de la carrière de Cindy Sherman. Incluse dans la plupart des expositions phares de l’artiste, elle est l’une des photographies de Sherman les plus acclamées et les plus analysées par la critique. Cinq
exemples de cette édition sont conservés dans des collections institutionnelles réputées dans le monde entier et représentent une contribution majeure à l’histoire de la photographie contemporaine : le Museum of Modern Art, New York ; le Musée d’Art Contemporain de Montréal ; le Museum of
Contemporary Art, Chicago ; le Israel Museum, Jérusalem ; et le Tamayo Museum, Mexico.

Cela réaffirme une fois de plus le thème féministe comme dans les Untitled Film Stills. Il y a un facteur de choc dans l’œuvre, comme on le voit dans la plupart des œuvres féministes. Il amène le spectateur à s’interroger sur ce qui est agréable et ce qui est acceptable. Il se demande en outre pourquoi nous créons ces sentiments négatifs à l’encontre de certaines choses. À un niveau plus profond, elle se demande peut-être pourquoi les femmes sont réprimées, est-ce simplement parce que nous avons une vision prédéterminée de ce qu’une femme devrait être ? Notre vision a-t-elle un sens ?

 

Dans Untitled #153, nous sommes irrésistiblement attirés par un drame captivant et séduits par notre propre lecture de la scène, mais par sa nature même, nous comprenons en même temps la fiction inhérente à ce spectacle captivant.

Il semble que l’artiste essaie de suggérer qu’il y a de la beauté même dans les choses les plus viles. Nous devons tous faire face à ces choses dans le monde, et c’est seulement la perception que nous nous imposons qui les rend viles à nos yeux.

Le travail de Sherman s’est toujours concentré sur la façon dont la femme est représentée à travers différents médias : peintures, publicité, films, etc. En l’occurrence, il s’agit de la représentation du personnage féminin dans les contes de fées
classiques. Des féministes comme Angela Carter ont repris cette idée et ont fait de la déformation du personnage féminin des contes de fées classiques un point central de leur travail.

Chromogenic color print

Dimensions: 170 cm × 120 cm

Corrompant sa propre apparence au-delà de toute reconnaissance, Sherman a ici mis en scène l’imagerie
éblouissante des films d’horreur à petit budget – à la fois séduisante et bouleversante.

Ni una menos Mexico (« Pas une de moins à Mexico »)

Je souhaite, à travers cet article vous parler d’Andréa Murcia. Photojournaliste pour l’agence Cuartoscuro (Chambre Noire), elle couvre différents sujets. 

Lors d’une interview accordée au journal « La Razon online» le 12 septembre 2020, Andréa Murcia répondait à la question :

« Que trouvez-vous dans la photographie, en tant que ressource journalistique ? Pourquoi ne pas écrire, par exemple ?

– J’écris très mal, j’ai déjà essayé, et pour être honnête, je ne m’en sors pas aussi bien que quand je prends des photos ; La vérité, c’est que je me suis trouvée (grâce à la photo), je m’y développe, je m’y sens bien. Il me semble que c’est l’une des façons de raconter des histoires qui me convient. »

La plupart de ses photos ne sont pas mises en scènes et encore moins retouchées. En les regardant, ce qui m’a marquée, c’est la sincérité de ses clichés. Ce sont des instantanés du moment présent.

                                                    9 juin 2019                                                    7 août 2020

23 avril 2020
Non loin de Mexico, sur près de 30 hectares, environs 800 personnes vivent en triant les ordures. La plupart sans protections quelle qu’elle soit.

Depuis près d’un an, Andea Murcia s’intéresse particulièrement aux marches féministes. Au cours de ces manifestations, un slogan revient régulièrement : «  Ni una menos Mexico » (pas une de moins à Mexico). A travers ses clichés, elle retranscrit la volonté, la colère, la tristesse, la rage, les joies et les peines des manifestantes.

Pour remettre dans le contexte, il y a à peine un an, les meurtres de Karla Ramirez et d’Angélina Estevez sont les meurtres de trop. Elles étaient mère et fille et ont été retrouvées mortes après avoir été violées à Ecatepec, une banlieue ultra-violente de Mexico. Spontanément, afin de dénoncer ces meurtres, un rassemblement a été organisé. Depuis, d’autres manifestations se sont succédées au fil du temps. Les revendications sont diverses mais elles ont toutes un point commun : la lutte féministe.

28 Septembre 2019, aux cris de « Avortement oui, avortement non. C’est à moi de décider », des manifestantes veulent la dépénalisation de l’avortement.

Rassemblement après la dépénalisation de l’avortement par le Congrès d’Oaxaca.

2 novembre 2019, pour la journée des morts, des femmes du collectif « les mâles nous tuent au Mexique » ont organisé des rassemblements pour protester contre les féminicides dans le pays (~ 9 par jour).

25 novembre 2019, des femmes ont manifesté dans les rues de Mexico pour protester lors de la journée internationale pour l’éradication des violences sexuelles envers les femmes.

Plus récemment, le 28 septembre 2020 à Mexico, plusieurs dizaines de femmes ont manifesté lors de la journée internationale pour le droit à l’avortement. Elles exigent d’avoir accès à un avortement légal, sûr et gratuit. Durant ce rassemblement, les manifestantes et les journalistes qui couvraient cet évènement ont été encerclés durant 6h par la police.

 

« Une révolution change tout ce qui nous paraît être l’héritage le plus solide du passé ; non pour « faire du neuf », mais bien pour être fidèle à l’origine même dont nous nous réclamons. »

François Fédier

7 juin 2020

Je vous remercie pour votre lecture. J’espère que vous aurez apprécié les photos malgré le contexte souvent tragique de celles-ci.

Sitographie :

https://www.razon.com.mx/mexico/fotoperiodistas-cndh-andrea-murcia-405049

https://www.instagram.com/usagii_ko/

Maëlle Renaudat -NMADE BIJ1 – Octobre 2020

Corps en (dés)Accord

Barbara Kruger 1989

Le corps humain nous intrigue, nous attire et nous obsède.

Aujourd’hui, à l’époque de Instagram, des top-modèles, et athlètes, l’obsession du corps est encore plus forte.  Mais pourquoi suscite t-il tant d’intérêt ? Comment est-il représenté dans la société et pourquoi cela fait monter une vague de malaise sinon de panique ? Se pourrait t-il que le corps soit simplement « à la mode » ? 

L’homme est surtout les femmes mènent un combat avec leurs corps pour qu’ils répondent aux critères de la société. Encore aujourd’hui, je reçois un snap d’une amie, je vais l’appeler « Loulou » (elle n’a jamais peur d’être jugée par quiconque, elle ose et se comporte de manière insolite sans jamais ressentir de la honte) dans lequel elle nous demande, probablement à toute une liste d’amis, si sincèrement on la trouvait grosse. D’un autre coté il y a quelques jours j’ai eu une longue discussion avec une amie très proche qui, elle, se bat avec son corps pour reprendre du poids. Et suite à cela, elle m’a laissé un poème qui décrivait ce duel, cette obsession et cela m’a bouleversé. Et étonnamment  hier soir Yseult, une jeune chanteuse auteure-compositeur-interprète, française a publié un podcast parlant de son corps, que je vous invite à aller écouter. En effet elle affirme son identité de femme au delà d’être une femme noire, d’être une femme grosse. Et je retrouve dans ses paroles, le même mal être évoqué plus tôt, la difficulté à s’assumer et à s’aimer.  L’esprit et le corps sont comme un couple, c’est un perpétuel je t’aime, moi non plus, c’est encore et toujours réapprendre à aimer son corps et non pas le subir. S’accepter tel que l’on est, tant que notre santé n’est pas remise en question, ne pas contraindre notre corps à s’uniformiser au moule normé de la silhouette à adopter dans cette société.

« Corps » c’est aussi le nom du titre qui a beaucoup fait parler d’elle, elle a su se mettre à nu avec comme pochette un gros plan sur ses bourrelets. 

Posée sur de somptueuses notes de pianos, la voix brute et vibrante de Yseult se dévoile et nous transcende. Elle nous emmène gravir les montagnes, les courbes charnelles de son corps pour ressentir aux pics, les sentiments, l’explosion d’émotions qu’il y a en elle. 

Suite à cela je suis retournée explorer le livre photographique « Le corps » de William A. Ewing qui m’attendait dans la bibliothèque. Il comporte 365 œuvres photographiques magnifiques, bizarres quelques fois brutales. Une réelle encyclopédie des corps, une poésie de la chair et de sa diversité. On redécouvre les corps dans des cadrages aiguillés; Des fragments de corps, de peau, de silhouettes de toutes couleurs, de toutes textures, de toutes formes, et c’est Beau ! C’est unique ! 

La réponse que j’ai donné suite au poème si personnel que mon amie m’a partagé, c’est cette chanson « Carcasse » d’Anne Sylvestre

Cette carcasse, ce corps personnifié, avec lequel elle a cohabité toute sa vie est ici une deuxième personne, une sœur, une meilleure amie, avec qui elle peut être à la fois en accord et d’autres fois complètement étrangère. C’est un réel dialogue avec l’esprit le corps, qui sont contraires et qui  pourtant viennent à s’accorder. Ils osent se regarder en face et le conflit cède finalement à l’harmonie.

En espérant que ces chansons et oeuvres auront délivré leurs messages, fait vibrer certains corps, je vous laisse sur cette citation de Victor Hugo.

« Aucune grâce extérieure n’est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de l’âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps. »

Laurie Camelot – DNMADE Bij 2 – Avril 2020

Outrage à la féminité (ou pas…)

  Il était une fois, L’HOMME VIRIL, une carrure en V comme Victoire, plus grand que la femme évidemment, droit et solide (sans mauvais jeu de mot), abordant fièrement une barbe fournie, ou au contraire taillée avec soin. LA FEMME FÉMININE, toutes en courbes mais pas trop, douce et souple, les cheveux longs naturellement, sans autres poils évidemment.

Vous trouvez ça un poil réducteur ? Vous avez bien raison. Difficile de faire un sans faute au grand concours de beauté de Ken et Barbie. 

Aujourd’hui nous allons tenter de faire un lien entre deux idées a priori incompatibles, la féminité et la pilosité. Et là, vous allez me dire : « Ah super… Encore un discours féministe… » . Oui et non. Certes, cet exemple concernera les femmes, car la société leur donne enfin la parole (et il y avait beaucoup à dire), mais il va de soi que les hommes sont face aux mêmes idéaux quelquefois réducteurs qu’imposent les diktats de la beauté du 21e siècle.

Nos goûts en matière d’apparence physique sont en grande partie décidés par la société. C’est ni naturel, ni scandaleux, c’est juste un fait. Mais en prendre conscience nous permet d’avoir un certain recul, et de nous rendre intelligent ! Car nous avons une vue plus large de ce qui nous pousse à faire telle ou telle chose.

Je souhaiterai vous présenter la série de photos de Ben Hopper « Natural Beauty », qu’il étoffe depuis 2014. Ce photographe s’intéresse particulièrement aux carcans sociétaux autour de l’apparence. Il soulève les tabous liés à la sexualité, à la nudité, à l’identité et au genre. En bref, c’est un artiste bien dans son temps. 

 

L’épilation intégrale n’a pas toujours été un critère de beauté (rappelons dans le même état d’esprit, que les femmes dites rondes ont longtemps été considérées comme les plus attirantes, plus fertiles plus généreuse, bref, « plus » mieux ! Puis est venu le temps où la maigreur a pris cette place, dont on a aujourd’hui encore du mal à se défaire malheureusement). A Rome, durant l’Antiquité, les poils féminins étaient mal vus, jugés comme peu civilisés. Puis l’épilation n’étais plus une priorité, jusqu’à l’aube du 20e siècle, où elle est devenue INDISPENSABLE si on voulait être jolie et féminine. La pornographie et son culte du silicone et de la jeunesse éternelle, a largement participé à repeindre cette image de la femme « Parfaite ». 

Une femme qui ne s’épile pas est forcément une féministe révoltée (c’est aussi limité que de dire que les végans taguent des boucheries…), ou dans le pire des cas elle est sale, et pas un poil féminine.

HEUREUSEMENT ! Des artistes comme Ben Hopper, immortalise des femmes à poils. Et là, oh surprise ! Elles sont belles, souriantes, sans surcharge d’artifices, ni de pose ultra sensuelle. Elle sont… Belles ! Incroyable ! Qui l’aurait cru ! Hopper met ce simple fait en évidence, un truc tout bête qu’on oublie pourtant : l’essentiel, c’est de se sentir bien. En étant bien dans notre corps, on rayonne, on est beau. Une beauté simple, naturelle. 

Cette série de photo est un petit fragment d’une grande morale : soyez vous même, inutile de se plier à des idéaux qui ne font pas sens pour nous. Que celui ou celle qui ne veut pas s’épiler, se maquiller, se botoxer, soit respecté. Que celui ou celle qui veut s’habiller sexy, jouer du rouge à lèvre ou développer ses pectoraux soit respecté. 

Conscience. Choix. Respect. C’est pas compliqué non ?

Pour les curieux qui souhaite aller plus loin dans le travail de Ben Hopper, cliquez ici ! https://therealbenhopper.com/

Laureline Muller – DNMADe 2 Jo – Février 2020

L’Art au service de la planète

De la poubelle à l’œuvre d’art

Je pense que vous vous êtes tous déjà retrouvé dans la rue, sur une plage ou une place face à un mégot de cigarette ou un déchet qu’une personne a pris la liberté de jeter par terre. Certaines personnes dans nos villes et nos campagnes, passent leurs journées à ramasser ce qu’on laisse derrière notre passage. Je me remémore ce vieux monsieur que je croise tous les jours au même endroit, sac poubelle à la main, qui ramasse jusqu’au moindre petit déchet qu’il trouve sur les trottoirs de notre petite ville. Certaines personnes comme Barry Rosenthal ont décidé de ramasser les déchets et en faire de l’art. (oui oui, vous avez bien lu le mot déchet et art dans la même phrase…)

Voici Barry Rosenthal, photographe professionnel dans le domaine des médias, il adore se promener sur les bords de mer New-Yorkais. Sauf qu’un problème commence à le déranger, vous avez deviné de quoi il s’agit ?

Les déchets qui l’alarment, Barry Rosenthal commence à les ramasser, ils les trient dans son studio, par couleur, textures, usages (Donc là, on est face à un type qui se promène sur les bords de mer à New-York au lieu d’être à Time Square ou à Central Park, qui ramasse ce que les gens jettent et qui EN PLUS DE ÇA trie tout par taille, couleur, texture…) Bon revenons à nos moutons, ou plutôt à nos déchets, on nous rabâche tous les jours qu’il faut jeter dans les poubelles, trier et moins consommer et ne plus vivre correctement quoi (ceci est a prendre au second degré, je vous vois déjà venir les écolos).
Mais cet artiste a trouvé LA solution pour sensibiliser et nettoyer, son art est en quelque sorte multi-tâche.

En soi ses créations (en oubliant que ce sont des poubelles) sont assez esthétiques. Nous sommes face à un photographe qui met en scène certes des détritus mais qui arrive à les organiser d’une manière que chaque petits éléments se complètent et s’agrémentent pour ne former qu’une seule et même entité. Techniquement parlant, les textures et couleurs nous rappellent les monochromes d’artistes comme Klein.

Cette phase de sensibilisation et sans nous rappeler les lois de 2020 qui passent pour qu’il n’y ait plus (ou moins) de déchets dans la nature et les océans, je pense que vous avez tous remarqué qu’en allant croquer dans votre sandwich préféré chez le Grand Américain au M jaune qu’il n’y a plus de paille dans votre Coca Cola !

Ce n’est peut être pas si mal que certains organismes et artistes se démènent pour sensibiliser sur la réduction des déchets dans la nature. Je suppose que vous avez tous une fois entendu parler du septième continent, vous savez cet amas de déchets flottants dans l’océan pacifique qui fait un peu près six fois la France !

Oui, tout le monde aime le plastique, mais peut-on vraiment dire que le plastique est fantastique ? Pour les océans, je dirais qu’il est plutôt dramatique.

Sa mission en tant qu’artiste est d’inspirer la construction d’un avenir plus durable en utilisant les poubelles. Les plastiques sont en effet les artefacts de notre époque, en particulier dans les océans, ou le matériau envahit les écosystèmes et navigue à travers le monde.

L’artiste Barry Rosenthal construit ses assemblages pour illustrer l’étendue de la pollution marine.

Mais maintenant que je vous ai tout expliqué, pensez-vous vraiment que des artistes comme lui, ou des Sophie Hélène, Alejandro Dùran… changent vraiment quelque chose sur la consommation du public ? L’art est certes un langage, mais est-ce que le public est réceptif à celui-ci ? seraient- ils prêt a changer ?

Sans très gros jugement et opinion sur la (ou les) questions je vous laisse sur une vidéo qui vous ramènera une brise d’air marine (on aurait quand même préféré Manhattan avec son Empire State Building) et un Barry Rosenthal en pleine recherche de sa poubelle idéale…

PERROT Marion – DNMADE2 Joaillerie 2019-20

Un photographe à la hauteur de la réalité

 

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C’était un beau jour d’hiver, depuis 2 semaines ma cousine me tannait pour qu’on aille voir : « l’ exposition du plus beau artiste du monde », comme elle disait. J’ai fini par céder, nous voilà parties pour l’exposition Peter LINDBERGH à MUNICH (sans grand enthousiasme).

Bon je vous l’avoue tout de suite, j’ai pas trop suivi les explications de la visite guidée, gros problème, elle était en allemand (je ne parle pas un mot allemand). Mais bon vous allez voir les photos parlent d’elles-même ! Ah oui je ne vous ai pas dit mais Peter LINDBERGH et un photographe de mode.

Après avoir passé son enfance à Duisbourg (imprononçable), dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, il était parti étudier à l’Académie des beaux-arts de Berlin, motivé par sa passion pour la sculpture et le cinéma allemand de Résultat de recherche d'images pour "peter lindbergh photos"l’entre-deux-guerres. Il travailla tout au long de sa carrière pour de  nombreuses revues de mode (VogueVanity FairHarper’s BazaarThe New Yorker…) et a participé à un grand nombre de publicités ainsi qu’au fameux calendrier Pirelli.

Peter LINDBERGH est un artiste engagé pour la réalité de ses modèles sans retouche, en noir et blanc, qui le mit très vite au devant de la scène. Ses photos deviennent même des icônes de la photo de mode contemporaine (c’est à ce moment de l’exposition, quand j’ai compris son engagement sur un panneau du musée que cela à commencé à faire résonance en moi ).

En 2016, il avait expliqué vouloir, par ses photos, défendre les femmes contre les stéréotypes de la beauté :

« Je répète très souvent que nous, les photographes, sommes là pour libérer les Résultat de recherche d'images pour "peter lindbergh photos"femmes de la dictature de la perfection et de la jeunesse. L’industrie fait son boulot, elle a des produits à vendre, mais tout le monde n’est pas obligé de suivre. L’image que l’on renvoie aux femmes aujourd’hui est épouvantable. Avec Photoshop, on en fait des robots, comme si c’était un avantage de faire 1,80 m et 45 kg. Pour moi, cette norme signe la fin de la civilisation. »
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(La question de la place de la femme dans la mode était enfin dénoncé par un photographe lui-même ! qu’est-que ça fait du bien un peu de changement).

Pour finir sur cette exposition : une merveille à l’état pur, une vraie représentation de la femme. Les photographies son remplies d’une émotion qui nous transporte d’œuvre en œuvre sans jamais nous lâcher et quand cela est fini on en désire encore.

PS : On a fait au moins trois fois le tour de l’exposition !

PS2 : Malheureusement cet artiste nous a quitté en septembre dernier a l’âge de  74 ans ( nous avons perdu ce jour là un vrai avant-gardiste de la photographie, icône de demain )

Emma BALLEREAU 2 DNMADE bij – Mars 2020