Des sculptures entre deux réalités

Snorkeling (2017)

Han Hsu-Tung est un sculpteur sur bois Taïwanais.       

Diplômé à 23 ans en Anthropologie de l’Université Nationale de Taïwan, c’est semble t-il 6 ans plus tard qu’il exposa ses œuvres pour la première fois à Taipei dans l’East Gallery. On peut d’ailleurs voir certaines de ses œuvres sur le site de cette galerie si vous êtes curieux. A juste titre, l’artiste surnomme ses réalisations faites de bois des « sculptures pixelisées ».

C’est ainsi qu’à travers une figuration majoritairement humaine Han s’exprime dans un dédale de pixels où le bois s’assemble bloc par bloc. On observe alors une dynamique particulière où les personnages semblent figés comme mis sur pause au milieu d’un mouvement ou d’une transformation dans un processus numérique.

Where is the « Like » ? (2020)

Portées symboliques

La technique pixelisée de Han est apparue vers la fin des années 2000 où justement les nouvelles technologies telles que les smartphones prirent leur essor. Faisant par ailleurs écho à sa formation d’anthropologue, son travail invite à une introspection sociale vis à vis des changements de notre société face à la découverte d’un monde aux possibilités à ce point multiples qu’on pourrait s’y perdre.

L’arrivée de la numérisation fit drastiquement évoluer notre ère impliquant de nouveaux moyens et visions. Riche de nouveaux outils , l’art connait alors davantage de formes sous lesquelles s’exprimer et tout autant de sujets sociétaux à aborder. L’un des plus emblématiques tourne autour de l’intelligence artificielle et c’est un axe que l’on peut retrouver dans l’ esprit des œuvres de Han. En effet, on pourrait poser l’analogie entre l’intelligence artificielle faite de l’accumulation de données et les pixels dispersés qui tels des atomes s’intègrent et forment le corps d’un être semblant animé d’une âme.

On pourrait tout aussi y observer un phénomène de dispersion et de rassemblement à l’image des échanges sociaux contemporains de plus en plus concentrés sur des réseaux.

Afin d’illustrer le développement humain où la réalité entrelace de plus en plus la virtualité, Hsu-Tung met en parallèle la sculpture de bois avec le monde virtuel où il arrive parfois qu’on observe cet effet de glitch sur un écran alors brouillé de pixels. S’en inspirant, l’artiste donne l’impression que la sculpture subit le même effet qu’une image digitale remettant en cause sa matérialité comme si elle disparaissait tout en questionnant sa réalité même.

Procédés de réalisation

Sunset Clouds (2022) lors de la réalisation

Dans un premier temps, il semble intéressant de connaître le point de vue de Han Hsu-Tung sur l’origine de la créativité. Il est en désaccord avec l’idée que les artistes sont sujets aux caprices de l’inspiration car le processus de création ne fonctionnerait pas ainsi. Selon lui, contrairement à l’inspiration telle que l’on se la représente, créer n’a rien d’instantané. C’est quelque chose auquel les artistes réfléchissent constamment jour et nuit, quand ils travaillent, marchent, conduisent et même lorsqu’ils dorment jusque dans leurs rêves.

C’est ainsi qu’avec une idée de projet qui a pris le temps d’évoluer dans sa tête, l’auteur entreprend une nouvelle sculpture suivant différentes étapes bien précises.

Pour les illustrer, voici une vidéo filmant la réalisation de «Sound of the Wind».                

En résumé ; Il commence par dessiner des croquis à partir de photos puis réalise un modèle en argile. Il en prend des clichés sous différents angles, les imprime puis les découpe en bandelettes et petits carrés qu’il recolle ensuite et dispose à la manière d’un puzzle auquel il manquerait des pièces. Il adapte ensuite son modèle d’argile à l’image obtenue, le quadrillant et retirant des cubes de matière ci et là.

La préparation faite, Han sélectionne ensuite le bois, principalement du noyer, le découpe en des pavés droits et les trie selon différentes longueurs. Il les assemble alors par collage compressé en des plaques qui sont ensuite rabotées. Chacune des plaques formera ainsi une strate de la sculpture.

Par la suite, vissant les strates les unes aux autres, il obtient un bloc de bois à sculpter. Il reproduit dessus son dessin au crayon puis dégrossit le volume à la tronçonneuse. Il affine les formes à l’aide de ciseaux à bois, d’un maillet et de ponceuses.

En dernière étape, il dévisse le tout puis décale les strates les unes aux autres déstructurant volontairement la composition. Il perce et visse de nouveau les strates selon cette nouvelle disposition avant de définitivement les coller entre elles. Enfin, il ajoute des cubes de bois à la sculpture de sorte à donner une dimension de profondeur supplémentaire dans ce qui ressemble à une nuée de pixels.

Si jamais cela vous intéresse, vous trouverez ici le blog du sculpteur où l’on retrouve ses œuvres et commentaires autour de leur fabrication ou ce qu’il voulait y exprimer.

Solveig DUBOIS – DNMADe1HO – Avril 2022

Le covid… Source d’inspiration ?

Souvenez vous ! Pendant les temps forts de la pandémie de coronavirus, la grande majorité du monde fut confinée, les grandes villes se retrouvaient alors désertées. De nombreuses photos troublantes ont circulé, montrant des rues de grandes métropoles totalement vides. Les œuvres de l’artiste dont je vais vous parler aujourd’hui m’évoquent directement cette période. En effet, dans cet article nous allons passer au peigne fin le travail de Rumi Ando.

Cette photographe casse les codes de son domaine en ne s’intéressant pas à la foule ou encore aux couleurs vives. Le principe même de son expression artistique est de représenter les formes géométriques qu’on retrouve dans les rues de Tokyo avec des couleurs très pastels qui rendent la scène plutôt inquiétante. Ici le pastel ne semble étonnement pas nous communiquer une idée d’innocence. Bien au contraire…

Pour renforcer cette idée de photographie angoissante, l’artiste supprime les habitants, les panneaux publicitaires, les pylônes électriques, les portes et les fenêtres. Un décor presque post apocalyptique qui attire notre attention sur la déconnexion sociale présente au sein de cette ville. Le plus beau dans tout ça ? C’est que ces œuvres à la vision dystopique de nos métropoles ont été réalisées AVANT la pandémie. Un coup de génie ? Peut être.

On peut remarquer que cette artiste semble appartenir au surréalisme. Ce mouvement artistique a pour but de redécouvrir une sensibilité perdue, de retrouver les facultés humaines annihilées, réprimées par des siècles de civilisation et d’accéder à un univers régi par le merveilleux, l’imagination, le rêve et l’amour. Quoi de mieux que de supprimer directement à la source le problème ? L’artiste nous fait réfléchir. A-t-elle voulu supprimer toute forme de vie en ne laissant que les créations humaines pour dénoncer un sentiment d’oppression ? Une autre hypothèse plus probable : L’artiste dénonce l’évolution de la société qui tend à être de plus en plus asservie par internet, et qui peut à peu nous isole de nos congénères réels. Faut-il s’inquiéter d’un avenir urbain qui pourrait conduire à une distanciation sociale volontaire, ou ne voir que la dimension sereine, paisible, qui se dégage de ces photographies ? Suite aux récents évènements sanitaires cette question est d’autant plus renforcée.

Eve BIELHER – DNMADe1 Ho – Avril 2022

Un nouveau regard pour la création

Très souvent perçu comme une charge en plus pour les personnes atteintes et leur entourage, le handicap est malheureusement encore aujourd’hui associé à quelque chose de négatif. Malgré une volonté d’inclusion des personnes en situation de handicap, celles-ci restent considérées comme moins capables que les personnes valides. Si le handicap nécessite bien souvent la mise en place d’aménagements spécifiques, c’est aussi parce que le fonctionnement de la société est construit autour d’un certain validisme.

La principale différence avec les personnes dites valides, réside dans la répartition des compétences. Chez une personne atteinte de handicap, que ce soit un spectre autistique ou encore une paralysie des membres inférieurs, nous ne retrouverons pas l’équilibre présent chez une personne valide.

Si un individu porteur de spectre autistique aura des difficultés de communication et d’interaction sociale, celui-ci, par ailleurs, excellera lorsqu’il s’agira de se concentrer sur une tâche avec rigueur et assiduité. Chez un individu valide les deux capacités seront équivalentes.

On comprend qu’il existe au travers du handicap une source de capacités hors normes. Plusieurs personnalités tel que Bill Gates ou Mark Zuckerberg nous ont prouvé tout au long de l’histoire, le génie que pouvait amener le handicap.

Le monde de l’art n’a lui aussi pas échappé, à ces hommes et femmes aux regards nouveaux. Frida Kahlo, Henri de Toulouse-Lautrec où encore Van Gogh ont marqué l’histoire de l’art par leur vision de la réalité.

La garde-robe de Frida Kahlo reste cachée pendant 50 ansHenri de Toulouse-Lautrec — Wikipédiahttps://media.vogue.fr/photos/5c8a55363d44a0083ccbef54/2:3/w_2560%2Cc_limit/GettyImages-625257378.jpg

Stephen Wiltshire est un artiste né en 1974 à Londres et est atteint d’autisme doté d’une mémoire eidétique (syndrome du savant). Cette particularité, dès son plus jeune âge, lui a permis de réaliser des représentations graphiques précises de ce qu’il voyait. Étant muet et n’ayant aucun lien avec les autres, Stephen Wiltshire trouva par le dessin, un outil de communication au monde extérieur. Se pencher sur son travail, c’est comprendre la réalisation de panneaux monumentaux réalisés de mémoire après seulement quelques minutes d’observation d’un paysage.

2018-07 Stephen Wiltshire, artiste britannique dessine l'horizon de New-York de mémoire | la-passerelle-des-arts-chaville

En 2001, l’artiste illustrait en trois heures et en détail une zone de quatre mille mètres carrés de Londres après un vol en hélicoptère.

Prints of London City Skyline Drawing - Sketches of London

Enfin en 2005, Stephen Wiltshire entamait le plus grand projet de sa carrière, un dessin panoramique de Tokyo.

Tokyo Panorama drawing - Stephen Wiltshire

« pour être brillant en science ou en art, une touche d’autisme est essentielle ».       Hans Asperger

Le handicap ne rend pas un individu moins compétent, au contraire il peut parfois lui permettre d’accroitre certaines aptitudes jusqu’à même remettre en cause les limites des capacités humaines.

Lily-Rose H. – DNMADE1Jo – Février 2022

Ariane Mnouchkine et le théâtre du soleil

« Le théâtre est un endroit où le monde se revit, se pense et donc d’une certaine façon se transforme, en tout cas où les forces de transformation peuvent être invoquées, partagées et donc peuvent se répandre de façon très modeste, très mystérieuse, d’une façon que je pense, moi, incontestable » 

Ariane Mnouchkine

Ariane Mnouchkine

Et si on parlait théâtre? Que vous soyez connaisseur ou non de ce domaine si riche qui constitue une grande partie du spectacle vivant, qui nous immerge dans un monde complètement différent par ses costumes, ses décors, ses écrits et ses actes.

Je voudrais vous faire découvrir ou redécouvrir l’une de ces troupes que l’on pourrait qualifier de « star »ou bien encore de « référence » de notre siècle dans le milieu du théâtre. Dirigée par Ariane Mnouchkine, grand metteur en scène reconnue, une troupe fantastique qu’elle a fondée il y a quelques années de cela et qui est  devenue incontournable : La troupe du théâtre du soleil.

Théâtre du Soleil, « AGAMEMNON »

J’avais envie de vous en parler suite à un cours de théâtre qui m’a énormément marqué. Encadrée par un membre fort de la troupe du théâtre du soleil, qui nous a guidé comme l’aurait fait Ariane et qui  m’a fait percevoir l’espace scénique et le jeu corporel d’une tout autre manière. Et qui nous a appris ces notions de transmission, de partage,  qui sont les piliers et une chose est essentielle à retenir de cette troupe.

Créée en 1964 par Ariane Mnouchkine, la troupe du théâtre du soleil s’est très vite lancée dans la rénovation en 1970, et s’est installée dans ce qui allait devenir sa demeure, son terrain de jeu, de travail, connu de tous : Les anciennes cartoucheries de Vincennes. 

Assister à une pièce de la troupe du soleil, ce n’est pas seulement assister à un spectacle, c’est vivre une expérience sociale et de partage. (Un repas est fait par la troupe pour les spectateurs avant la représentation, les acteurs discutent avec les spectateurs, il y a vraiment cette notion de partage, ça vaut le coup !). 

Ce sont des pièces engagées que nous présente la troupe au travers de scénographies imposantes, spectaculaires et prenantes ; Un spectacle qui nous plonge entièrement dans un univers si particulier où la patte de la metteur en scène est reconnaissable entre mille. Des pièces qui ont fait le tour de la planète. 

« Le théâtre a charge de représenter les mouvements de l’âme, de l’esprit, du monde, de l’histoire. »

Une mise en scène mettant en valeur un jeu corporel essentiel avec de grands gestes, où les émotions sont transmises au travers du corps. Les pièces du théâtre du soleil sont aussi mêlées de chorégraphies, d’effets sonores, de paroles, de jeu avec des accessoires. (Agamemnon). Ceux-ci guident le jeu, se déplacent, dynamisent les actes, redéfinissent l’espace scénique, amènent aux gestes fluidité, brutalité, délicatesse, intensité… Le plateau tourne, est en mouvance constante, les décors imposants sont animés par les acteurs. Ils parviennent même à jouer comme des marionnettes guidées par d’autres acteurs (tambour sur la digue). Un mode de jeu qui fait réfléchir et qui pousse le corps encore plus loin.  

Un jeu spectaculaire d’une grande précision, des déplacements millimétrés. Le travail de Mnouckine est palpable derrière ces pièces parfaitement orchestrées. Des indications justes qui nous amènent vers une pièce captivante et intense qui marque les esprits et façonne la réputation de cette si grande troupe. Une troupe qui interroge le théâtre, le redéfinit.

C’est une immersion complète dans un univers décalé, reprenant de grands classiques, Molière, les Atrides et tant d’autres. Des pièces incontournables, pérennes avec cette touche en plus, celle d’Ariane Mnouchkine et sa troupe du théâtre du soleil. 

Travailler dans la troupe du théâtre du soleil, ce n’est pas seulement être dirigé par une seule personne, c’est un travail collaboratif important, une vie en communauté, chaque avis, toute personne est importante. (Une chose importante à savoir aussi, chaque personne touche le même salaire, quelque soit son ancienneté et son statut). C’est là qu’elle fait aussi la différence humainement parlant !

Alors si vous êtes sensible au théâtre, courez à la cartoucherie, prenez vos places, ouvrez grands vos yeux, buvez les vers et appréciez le moment. 

Si cela vous intéresse, je vous conseille de regarder le film :  Ariane Mnouchkine, l’Aventure du Théâtre du soleil.

Je vous mets quelques extraits pour que vous puissiez comprendre ce travail exceptionnel et être curieux. Bon visionnage !

https://www.youtube.com/watch?v=N5RXsjTU34M

Noélie C. – DNMADe1 Jo – Avril 2022

27 décembre 1897 , un départ dans histoire du théâtre français

Replongeons nous dans le Paris du 19ème ; le début de la photographie, de l’automobile, de la mode scientifique, des Jules Vernes, Arthur Rimbaud et Edmond Rostand.

                                   

C’est un film qui a été réalisé par Alexis Michalik  et est sorti le 9 janvier 2019. Il s’agit d’une réadaptation d’une pièce de théâtre qu’il a lui même écrit en 2016. Les scènes principales ont été tournées au théâtre du Palais Royal de Paris, ce qui sublime d’autant plus le film. 

Je vais vous proposer dans cet article de visionner l’histoire d’un petit auteur, Edmond Rostand, ne créant que des fours et n’étant point connu du public, et qui, en trois semaines seulement va écrire l’un des plus grand chef-d’oeuvre du théâtre français, il s’agit, vous le savez j’espère, de Cyrano de Bergerac. 

Cette pièce a été pour la première fois jouée le 27 décembre 1897. Après 40 rappels, on se décidera à laisser le rideau ouvert. Les acteurs seront portés en triomphe dans les rues de Paris, Edmond Rostand recevra la légion d’honneur, et dans le siècle à venir, Cyrano de Bergerac sera joué plus de 20 000 fois et deviendra ainsi le plus grand succès du théâtre français. Quelques dates et acteurs importants : Constant Coquelin le soir du 27 décembre 1997, puis en l’an 1900, puis Pierre Magnier en 1923, Claude Dauphin en 1946, José Ferrer en 1950 ( grand acteur portoricain ! ), Daniel Sorano en 1960, Jean Piat en 1964. Mais encore Jean Marais en 1970, Jacques Weber en 1985, Jean-Claude Drouot en 1985, le grand Gérard Depardieu en 1990, Michel Vuillermoz en 2006 et encore tant d’autres. C’est une pièce omniprésente, universelle et intemporelle. C’est pourquoi ce film Edmond est très intéressant et très prenant. C’est un nouveau tournant pour le théâtre.

Mais revenons en au film voulez-vous ? 

Edmond Rostand est comme tout le monde. C’est un rêveur qui aimerait avoir du succès, mais aussi de douceur et d’aventure dans sa vie. Il a trouvé le moyen de faire tout cela ! C’est en créant des vers et des personnages. Malheureusement, les gens n’apprécient pas vraiment ses tragédies et ses histoires car la mode est à la Comédie. Après avoir parlé avec Constant Coquelin, (un grand acteur de l’époque ), ce dernier va lui commander une pièce pour avant la nouvelle année, c’est-à-dire en trois semaines seulement. Edmond n’a pas écrit depuis deux années, il est perdu. Il n’a qu’une idée, qu’un début, qu’une tirade… Il va écrire oui, mais en plus essayer de régler tous les soucis qui vont le ralentir dans son élan ; de ne pas prêter d’importance aux caprices des actrices, répondre aux exigences de ses producteurs corses, calmer de la jalousie de sa femme, suivre les histoires de cœur de son meilleur ami et essayer d’oublier le manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage… malgré tout, il sortira une pièce d’exception, de perfection. D’ailleurs le patron du café où il va souvent, Monsieur Honoré, lui dira : 

« Cette pièce est sublime. Vous avez messieurs de l’or entre les mains,  vous avez un bijou que personne ne peut estimer ! Voulez-vous qu’il disparaisse dans l’oubli ou voulez-vous qu’il soit le plus grand triomphe du théâtre français ? 

Donnez tout ce que vous avez pour cette pièce car je vous le prédis ; jamais, de votre vie vous n’en croiserez une plus belle ! « 

                               

Vous trouverez dans des petits rôles l’incarnation de certains excentriques du cinéma français ; comme par exemple Dominique Pinon en régisseur survolté et agité tout au long du film, et Jean-Michel Martial en tenancier de café rêveur et poète victime de discrimination raciale. De grandes figures du théâtre français et même de cette époque sont incarnés par de grands acteurs actuels ! Sarah Bernard par exemple qui est très importante dans cette histoire et qui connaît le petit poète est interprétée par Clémentine Célarié. 

Vous allez découvrir le vieux Paris, les bonnes manières, la mode, le pouvoir, la jalousie, l’amour, et le théâtre bien sûr ! Vous apprécierez ainsi la finesse des dialogues et la capacité du réalisateur à mettre à jour le genre du vaudeville, et ce dans un cadre lié au patrimoine de la culture française. Il est excitant, prenant, Et même si vous n’avez jamais vu la pièce, ou simplement du théâtre, ce film ne vous perdra pas. Au contraire, il vous mettra à l’aise et vous comprendrez tout. Il vous donnera même envie de voir la pièce originale !

Il est disponible sur toutes les plateformes et j’espère qu’il vous plaira. Je vous mets ci-dessous la bande annonce. Merci de m’avoir lu et bon visionnage ! 

https://www.youtube.com/watch?v=jOgoyxezMoI

Esther Loras__DNMADe14Jo__23 avril 2022

Quand la nature sublime la rouille

L’exploration urbaine, plus communément appelé Urbex, qui se définit comme étant une visite sans autorisation des lieux délaissés ou abandonnés, d’après plusieurs pratiquant.es, l’exploration des lieux abandonnés était, est, et sera toujours quelque chose qui perdurera, le plus longtemps que l’Homme décidera d’abandonner des bâtisses et autres bâtiments.

Grâce ou à cause des réseaux sociaux (à vous de juger), l’engouement autour de cette activité est grandissante, malgré la médiatisation de celle-ci, qui possède ses propres principes, ainsi qu’un code de conduite visant à préserver les lieux et les protéger au maximum, entre photographes, youtubeurs, amoureux d’histoires, et autres adeptes passionnés, la non-diffusion des coordonnées des spots* est une règle d’or dans cette discipline, afin d’éviter d’attirer les voleurs, les casseurs ou même les squatteurs, mais aussi par respect pour les propriétaires.

Alice Van Kempen, FURBEX

Pourquoi apprécier cette discipline?

D’abord il y a l’aspect historique des lieux, qui est étroitement lié à la temporalité, les lieux peuvent être abandonnés depuis des années ou des mois, les urbexeur.ses sont toujours en admiration sur ces lieux dans lesquels le temps semble s’être arrêté. Éprouvant une nostalgie du présent, qui suspend le temps pour celui qui l’observe, un décor actuel mais plongé dans le passé. De plus, nous avons les adeptes de l’aspect esthétique, des lieux chargés d’histoire, de détails, d’objets qui méritent d’être photographiés, ou d’être scénarisés à des fins cinématographiques, et d’autres domaines pour les plus créatifs.

Dominique Hermier, urbexeur et graphiste, nous montre comment il lie ses deux univers pourtant très différents : « En tant que graphiste et directeur de créa, faire se télescoper des univers de pop-culture et photographiques, cela crée des chocs « philoso-graphiques », […], l’urbex est souvent abordée par les photographes, soit sur l’aspect esthétique et historique avec de très belles réalisations photographiques qui montrent le travail du temps et de l’abandon, soit comme support pour des mises en scène avec modèles ravissants et accessoires travaillés. Rarement le volet social et marketing sont mis en avant, et c’est dommage, car c’est l’occasion de montrer notre société sous un angle différent, tout en posant des questions avec un autre vocabulaire graphique. J’ai voulu imaginer la fusion du marketing et de l’urbex… »

L’exploration urbaine à la sauce « Ikea » : que découvriront les urbexeurs de demain ?

Après cette brève information ré-créative, revenons aux différents attraits de cette discipline.

Pour nous, dans cette société, nous avons facilité à imaginer une ville, une usine, un lieu, mais s’y rendre c’est en prendre possession, c’est retrouver un autre rapport à soi par rapport aux objets, se rendre compte à quel point la matérialité des choses est si dérisoire pour l’Homme, du jour au lendemain, un lieu peut être abandonné, pour un manque d’engouement pour celui-ci, un départ en catastrophe, ou seulement parce qu’il ne génère plus d’interactions sociales, ou économiques.

Je ne vais pas vous faire tout un dépliant sur le pourquoi du comment l’Urbex est appréciable, mais n’oublions pas la satisfaction de voir que dans certains lieux abandonnés par l’Homme, la nature reprend ses droits, prenant le contrôle sur les structures, les recouvrant de feuillages, c’est un mélange qui donne place a une magie inédite.

Si vous êtes intéressé.e pour essayer, n’oubliez pas de vous renseigner avant toute chose sur les lieux, de vous faire accompagner de personnes bienveillantes et de confiance, évitez de vous mettre dans de mauvaises situations, s’il n’y a aucun accès vers l’intérieur, admirez l’extérieur. L’adrénaline peut être un sentiment addictif, mais autant positif que négatif, le bon sens et le respect du lieu sont de rigueur, c’est une discipline dangereuse et illégale, c’est quelque chose à prendre en compte dans certaines situations. 

Tiphaine Dausseing, DnMade Jo 14 Avril 2022

 

West Side Story, adaptation d’un mythe

Dans le New York de 1957, deux gangs rivaux, les Jets (immigrés d’origine européenne ) et les Shark d’origine portoricaine s’affrontent pour le contrôle d’un espace à l’abandon voué à disparaître. Cette rivalité tragique rend impossible l’histoire d’amour entre Tony et Maria, chacun membre de ces deux camps…

Le 8 décembre dernier, Spielberg nous proposait une réadaptation de la comédie musicale la plus emblématique de Broadway, West Side Story datée de 1957 et déjà reprise au cinéma en 1961 dans une adaptation de Robert Wise. Ainsi lorsque que 60 ans après, Spielberg entreprend la réalisation d’une comédie musicale, il s’attaque à un monument du genre, encore joué aujourd’hui à guichets fermés à  Broadway et dont l’adaptation cinématographique fut auréolée de 10 oscars. Encensée par la critique avant sa sortie, cette récente adaptation n’a pourtant pas bénéficié du succès attendu en salle. Il était donc nécessaire de rendre ici hommage et de mettre en valeur ce bijou injustement déprécié du public.

Pour la réouverture des cinémas, Spielberg misait sur l’afflux en salle des nostalgiques de la première version. Or cette catégorie d’âge est celle qui privilégie aujourd’hui le visionnaire de films à domicile à cause des risques sanitaires. En outre, le réalisateur s’est attelé à dépoussiérer la version de 1961 non sans dépeindre le New York de 1957. Pour ce faire il s’est aidé du dramaturge Tony Kushner (prix Pulitzer), de Justin Peck, conseiller artistique du New York City Ballet pour les chorégraphies et du compositeur David Newman pour réarranger les compositions musicales. Contrairement à la première version qui met de côté le décor pour se focaliser sur les personnages et l’intrigue, cette version a été tournée à 70% en extérieur.

Par ailleurs, le casting des membres de ces deux gangs est composé non pas d’acteurs trentenaires confirmés mais de nouveaux talents inconnus du public, venant pour la plupart du monde des comédies musicales à l’exception d’Ansel Elgort, l’interprète de Tony (connu notamment pour son rôle dans Nos étoiles contraires en 2014). Ces acteurs sont donc tous capables de jouer, chanter et danser (contrairement aux acteurs de 1961 qui ont été doublés pour les chants) et par leur talent font de l’ombre aux deux acteurs principaux. Leur jeunesse se reflète d’autant plus par l’absence de figures parentale dans cette version, ainsi les personnages semblent livrés à eux-mêmes et dirigés par leurs émotions.

Ansel Elgort et Rachel Zegler qui incarnent un Tony et une Maria touchants et modernes mais peut-être un peu trop lisses à l’image du reste du casting.

Ce film a par ailleurs sûrement hérité de la méfiance de la communauté latine, profondément écœurée par la version de 1961. En effet, cette dernière était ponctuée de clichés racistes sur la communauté et la culture portoricaine et les rôles portoricains étaient tenus par des acteurs blancs grimés pour l’occasion ce qui avait fait scandale à l’époque. Ainsi, pour cette version, les rôles des Shark sont attribués à des acteurs aux origines latino-américaines et le scénario s’immisce plus dans l’intimité de Maria et ses proches: son frère Bernardo et sa compagne Anita, et leur dépeint des rêves et des objectifs. Les personnages portoricains ont plus de temps et d’espace à l’écran et Spielberg a fait le choix de laisser les répliques des Sharks en espagnol sans sous-titres. Comme un clin d’œil au passé, Spielberg a créé un rôle sur mesure pour Rita Moreno, l’interprète d’Anita dans la première adaptation et la seule actrice réellement portoricaine du casting de 1961. Elle incarne Valentina, veuve et gérante d’un drugstore et la seule figure maternelle de ce musical qui protège et conseille Tony et Maria. Spielberg prend le parti engagé de donner le rôle d’Anybody, un personnage trans peu développé dans les autres versions à un/e interprète non-binaire ce qui a valu à son film d’être privé de sortie dans certains pays du Golfe où les LGBT sont stigmatisés.

Rita Moreno, très convaincante dans son interprétation de la vibrante Anita, un des personnages forts et émancipé de cette comédie musicale. Son personnage actif et combatif se dresse face à la violence et à la misogynie du West Side. Elle a reçu avec Rachel Zegler un Golden Globe pour son interprétation. Peut-être la meilleure interprétation de ce film.

Ce film est évidemment le reflet d’une savante et minutieuse mise en scène de Spielberg, une relecture plus sombre et moderne de la comédie musicale doublée d’une «fiction politique». Derrière des plans très sombres et tragiques, une escalade de haine motivée par la peur de l’autre s’orchestre. Pour appuyer cela, le célèbre réalisateur a même fait le choix de présenter des combats physiques réels, et plus seulement en danse comme la comédie musicale ou le film de Robert Wise. Le message de son film peut se voir comme un écho de l’ère Trump, un catalogue de problèmes de sociétés américains: les origines et les appartenances, la violence, la haine, le racisme, la misogynie et les violences faites aux femmes, l’immigration, la pauvreté et tant de sujets qui divisent au pays de l’oncle Sam. Ainsi, le passé trouve son écho dans le présent. A cette situation, Spielberg, présente l’amour et la tolérance comme solution à toute cette haine.

Une figure de style visuelle de Spielberg vient ici suggérer avec ingéniosité la violence et l’issue tragique de cet affrontement entre les deux gangs par le biais de longues ombres portées qui évoquent des lames de couteaux.

Cette adaptation a pour moi toutes les caractéristiques pour être considérée comme un classique, que ce soit pour ces qualités esthétiques et musicales ou pour le message d’espoir qu’elle transmet. Elle est portée par un casting très prometteur et convaincant. Ce musical est très inspirant, moderne et d’actualité à l’inverse de la version de 1961 qui ne serait sûrement plus acceptée aujourd’hui. Evidemment, il n’y a pas besoin de voir la comédie musicale ou le film de 1961 avant d’aller le voir c’est pourquoi je vous le recommande fortement.

Anna E. DNMADe1 Jo – Avril 2022

Quand les femmes parlent du fond de leur cœur, en chœur.

La bande dessinée dont je vais vous parler aujourd’hui, elle me fait de l’œil depuis un moment pourtant j’ai tardé à sauter le pas. Peut-être étais-je intimidée par cette œuvre que j’admirais avant même d’avoir pu dévorer son histoire au travers de ses cases gracieusement illustrées par Aude Mermilliod. Cette histoire, ces histoires de femmes c’est Le Chœur des femmes et c’est ce livre qu’on va découvrir ensemble et je l’espère que vous aussi l’apprécierez.

« Le Choeur des femmes » est l’adaptation du roman éponyme de Martin Winckler, illustré par Aude Mermilliod et paru en avril 2021.

 

Le choeur des femmes c’est l’histoire de Jean, major de promo, elle se retrouve à faire 6 mois en médecine pour son internat. Jean, écouter « des bonnes femmes se plaindre à propos de leur pilule, de leurs seins douloureux ou je ne sais quelle connerie » ca ne l’intéresse pas, mais alors pas du tout, non Jean son truc à elle c’est les scalpels, les ciseaux, du fil et les aiguilles. C’est aussi l’histoire du docteur Karma, lui c’est un soignant il ne « joue pas au docteur« , précurseur il va montrer une face de la gynécologie à Jean auquel elle ne s’attendait pas.

Mais avant tout le Choeur des femmes c’est l’histoire de toutes ses femmes entre contraception, maternité, violences conjugales, avortements, violences gynécologiques… C’est l’histoire de Sabrine, de Catherine, de Madame A, de Geneviève, de Cécile, de Marie… De toutes ces femmes, de tant de femmes, de nous toutes.

J’ai énormément apprécié les personnages notamment Franz Karma, soignant dans l’âme, il apporte une autre vision de la gynécologie, domaine ou des pratiques persistent en dépit du bien-être des femmes. La position gynécologique par exemple, couchées sur le dos, cuisses grandes ouvertes, avec des patientes à qui on demande souvent de se mettre à nue plus que nécessaire ou des examens trop vite demandés sans parler assez à la patiente, bref tant de choses qui pourraient être changées pour le meilleur confort de la patiente sans pour autant gêner le praticien. L’humanité, la douceur et la compréhension du Docteur Karma m’ont touché tout au long de la bande dessinée, ce personnage est la pour nous montrer que d’autres pratiques sont possible, qu’on peut examiner différemment, qu’on peut soigner différemment.

Une autre chose très appréciable est ces histoires de femmes narrées tout au long de l’histoire qui permettent de balayer beaucoup de domaines de la gynécologie, c’est elles qui font que cette œuvre est un chœur, ce sont ces histoires qui nous lient au livre, ces histoires si variées font peut etre écho à des choses qu’on à nous meme subies, on apprend avec elles qu’on peut envisager la gynécologie autrement, avec plus de douceur et d’écoute.

Le livre au delà de son coté éducatif suit un fil rouge qui le relie aussi à la fiction ce qui le rend plaisant à lire, on lit la vie des personnages pas un livre de médecine et pour moi cela renforce l’humanité de cet ouvrage.

Je vous encourage donc vivement à vous procurer « Le Choeur des femmes » que ca soit le roman ou son adaptation en bande dessinée, et si ces sujets vous plaisent je vous conseille « Ecumes » de Ingrid Chabbert et Carole Maurel, récit de deux femmes qui traversent la joie de la grossesse et ses malheureuses complications. Et dans le domaine du soin, l’Homme étoilé, lui aussi soignant malgré tout, qui couche sur le papier sa vie de soignant en soins palliatifs avec humour et beaucoup de délicatesse. Bonne lecture à vous en espérant que vous aussi tomberez amoureux comme moi de ces livres.

Solène L. DNMADe1 JO – Avril 2022

La carcasse comme Muse ?

La peinture de carcasse animalière est apparue avec la peinture flamande et la peinture hollandaise du XVIIème. A cette époque, elle fait l’éloge de l’abondance et de la richesse car qui pouvait contempler de la viande avait de grands moyens.

Aujourd’hui, c’est à se demander comment se rendre compte de la rareté et de l’impact d’un produit quand une galette de légumes a le même prix qu’une escalope de viande. Mais je m’égare, là n’est pas le sujet de cet article.

Revenons-en à la peinture de carcasse. Aussi morbide soit-elle, elle a ce lyrisme transcendant qui répugne mais séduit par sa véracité.

 "Au fond, personne ne croit à sa propre mort, 

et dans son inconscient, chacun est persuadé de son immortalité." (FREUD)

Rembrandt se servira de la peinture de carcasse comme memento mori . Il peindra Le bœuf écorché et viendra rompre avec la peinture traditionnelle hollandaise en choisissant une représentation plus dramatique et abstraite de la carcasse. Il ne sera plus question de montrer l’opulence mais bien de signifier à l’Homme sa mortalité .Il s’oppose ainsi à la classique nature morte ,douce et insinuée, en choisissant de représenter la putridité dans son aspect le plus évocateur.

Bœuf écorché de Rembrandt daté de 1655

Malgré tout, cette œuvre reste poétique par la présence d’une femme en arrière plan qui semble être actrice mais aussi spectatrice de la scène. Ce jeu de disposition dans l’œuvre donne l’impression que la carcasse, mise en lumière, est en réalité un tableau viscéral exposé qu’il faudrait  admirer pour sa beauté. L’obscure arrière boutique devient théâtre de la crucifixion du bœuf. 

Un spectacle tout de même dérangeant non? Vous n’avez encore rien vu. Pour les âmes sensibles, choquées par cette œuvre, je vous conseille de faire demi-tour et de renoncer à lire la suite car les limites de l’art n’étaient pas encore frôlées. Préparez-vous !

Continuer la lecture de La carcasse comme Muse ?

C’est pratique mais est-ce vraiment utile ?

Aujourd’hui, l’automobile en général est avant tout un moyen de transport qui fait tout pour être aseptisé et confortable.
 Il y a un demi-siècle encore, l’objectif des constructeurs ou des mécaniciens amateurs étaient de faire rugir des moteurs thermiques à tout-va, avec comme seule préoccupation d’avoir une sonorité agréable à l’oreille.

Aujourd’hui, la préoccupation a bien changé puisque la tendance est plutôt de rechercher de nouvelles énergies motrices ayant un impact le plus minime sur l’environnement. L’âme de l’automobile est en train de laisser sa place à la modernité, quitte à ce que nos dirigeants utilisent des termes ou des moyens importants pour convertir les populations.
Ce monde de l’automobile n’a jamais autant été démocratisé qu’aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux et Internet.
Nombreuses sont les personnes qui s’engagent sur ces nouvelles plateformes et notamment les artistes qui eux s’en servent en plus des galeries d’art et des expositions pour impacter notamment les nouvelles générations. Je pourrais citer Erwin Würm qui avec ses «fat car» rend l’automobile moche et inutilisable, ce qui supprime tout intérêt d’en posséder une, ou encore Humberto Diaz qui montre que l’automobile est source de sa propre destruction avec certaines de ses œuvres.

Mais l’artiste auquel je vais m’intéresser, c’est Ichwan Noor. Cet artiste indonésien s’est tout simplement attaqué à un monument de la culture automobile, la Volkswagen Beetle, et il l’a en 2013, transformée en une sculpture de forme sphérique de 1m80 de diamètre. La folie de cette œuvre, c’est qu’il a su garder tous les éléments qui rendent la Beetle identifiable au premier regard, et les a dénaturés pour que l’ensemble ne ressemble plus du tout à une voiture.

Outre la modernisation de la sculpture, il a détaché la fonction de base de l’objet pour lui retirer toute autre utilité autre que le visuel et a donc rendu cet objet «inutile». C’est une manière originale de dénoncer le fait que l’on utilise un gros objet, difficile à fabriquer, coûteux à entretenir et à faire fonctionner, polluant pour qu’au final ça n’ait qu’une seule utilité (certes bien pratique) mais unique. Ne serait-ce pas égoïste de mettre tous ces moyens en œuvre et d’avoir tellement de répercussions juste pour se faciliter la vie ? C’est une des premières idées qu’il évoque par son travail. Un second point est le fait qu’une fois sa fonction première retirée, on se retrouve avec un objet, sans vraie utilité, qui est lui aussi coûteux en énergie et impactant pour l’environnement si l’on veut le recycler ou le remettre en fonction.  Est-ce que le bénéfice est-il vraiment existant?
Ichwan Noor n’a ni été le premier à dénoncer l’automobile, et ne sera pas non plus le dernier, alors qu’aujourd’hui, on nous présente de nouveaux moyens énergétiques ayant eux aussi leurs failles et leurs avantages.

Merci de votre lecture, qui je l’espère, vous aura intéressé.

Marc G. – DNMADe1 HO – Avril 2022

Un cauchemar en papier mâché ?

Cristóbal León et Joaquín Cociña, le stop motion réinventé

L’un est formé en animation et l’autre en art, spécialisé dans le portrait géant. Tous deux chiliens, ils ont grandi sous la dictature de Pinochet dans les années 80. Leur coopération commence en 2007 et repose sur une idée de Joaquin Cociña : animer des dessins géants peints directement sur des murs, filmer objets et peintures ensemble, grandeur nature et en stop motion.

D’ordinaire, le stop motion ou animation en volume est réalisée à l’aide de miniatures – pâte à modeler, maquettes, figurines – et permet souvent d’intégrer à des films des scènes de grande ampleur qui demanderaient des moyens trop importants. Cristóbal León et Joaquín Cociña, quant à eux, ont choisi de faire des films intégralement en stop motion, utilisant uniquement de vieux objets au rebus, ou récupérés dans des brocantes, de la peinture, du ruban adhésif et du papier mâché. Ils s’installent dans des pièces prêtées par des musées ou des galeries et font vivre, image par image, des histoires qu’ils racontent. Presque 15 ans après leur premier court métrage commun, Lucia (disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=uAhjcsYn73M), ils ont réalisé une dizaine de films de ce type, récompensés de prix internationaux (Calgari Film Prize, Asifa Austria Award, Grand prix du Jury au festival de San Francisco…) et présentés dans de nombreux festivals.

Si leurs créations restent de l’ordre du film d’animation, l’utilisation de meubles et d’objets réels donnent un aspect étrangement réaliste aux décors. Ce sentiment d’étrangeté est amplifié par le mouvement volontairement saccadé permis par le stop motion ; les personnages apparaissent et disparaissent, se construisent sous les yeux du spectateur puis se déconstruisent, laissant voir le papier et le ruban adhésif qui les tient en place, mettant en valeur le côté profondément plastique de ces films. Tantôt peintures sur le mur, tantôt modelage en papier mâché ou moulage en plâtre, les héros ont une consistance et une existence insaisissable. L’enfance est au cœur de ces films en papier mâché – il faut y voir une référence au jeu d’enfant – qui se donnent des airs de contes… mais qu’on ne s’y trompe pas, ils sont souvent bien plus de l’ordre du film d’horreur que de celui du dessin animé.

Expressionnisme et cauchemar dans La casa Lobo (2018)

Leur long-métrage le plus important, filmé durant cinq ans en Amérique du Sud, est disponible en entier sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=e_YA-4TIwqw. Intitulé La Casa Lobo, « la maison loup » en français, il raconte l’histoire d’une petite fille, Maria, échappée d’une colonie allemande au Chili et pourchassée par « le Loup ». Elle se réfugie dans une maison visiblement abandonnée dans la forêt, où seuls deux cochons lui tiennent compagnie. Mais la maison n’est pas un refuge, puisqu’elle se confond avec le loup lui-même, qui observe chacun de ses gestes, depuis chaque recoin, des années durant. Le film se présente comme un huis clos, dont on ne sort à aucun moment : impossible de passer la porte, car la forêt est trop dangereuse, et parce que le loup l’interdit… mais l’intérieur de la maison est un cauchemar. En effet, si les références au conte pour enfant sont explicites (Le petit chaperon rouge, Les trois petits cochons), le film semble calquer ses limites sur celles du rêve et de l’imagination : les cochons se transforment en enfants, les personnages apparaissent par morceaux à partir des objets, les murs et les meubles bougent. Cette ambiance constamment oppressante fait du film entier une expression du sentiment d’angoisse. La Casa Lobo est bien un film « profondément expressionniste », comme l’indique la présentation du Festival international de cinéma de Marseille, car il donne à voir non pas une réalité physique mais mentale et psychologique, celle de l’enfermement, de l’oppression et de la manipulation.

La colonie Dignidad

Mais qui est donc le Loup ? Une courte introduction fait mine de présenter le film comme une vieille publicité pour une colonie allemande au sud du Chili, morale et heureuse. Il s’agit en réalité d’une secte religieuse constituée de descendants d’immigrés allemands, la Colonie Dignidad, fondée en 1961, où règnent le travail forcé, la manipulation psychologique et l’isolement total avec le reste du monde. A sa tête, un ancien dignitaire nazi, Paul Schäfer, accusé d’abus sexuels sur les enfants de la colonie, de rapts et de tortures ; en effet, sous la dictature d’Augusto Pinochet, la colonie tint lieu de centre de détention pour les opposants politiques, qui étaient torturés et enfermés dans des conditions sordides. La colonie parvint à exister jusqu’à la fin des années 1990, et Paul Schäfer ne fut jugé que dans les années 2000. Si le loup est le symbole du prédateur sexuel dans les contes pour enfants, celui de Cristóbal León et Joaquín Cociña s’inscrit bien dans cette tradition, et représente en même temps l’autorité omnisciente qui oblige et manipule l’esprit, pouvant même inciter les deux cochons-enfants, Pedro et Anna, à dévorer Maria qui les a élevés. Enfin, la critique porte plus généralement sur le régime dictatorial de Pinochet, décennies que nombre de Chiliens ont vécu comme un long cauchemar…

Merci pour votre lecture.

Bibliographie

https://fidmarseille.org/film/la-casa-lobo/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonie_Dignidad

 

Lucille GILBERT, DNMADe Jo 1, Avril 2022.

 

Illusions ou réalités ?

Une exposition itinérante pour (re)découvrir l’hyperréalisme 

Lorsque l’on pense à l’hyperréalisme, notre vision se limite principalement aux Tourists II (1988) et à la Supermarket Lady (1970) de Duane Hanson, des sculptures plus vraies que nature et critiques de la société de consommation de l’époque. Selon sa définition classique, l’hyperréalisme est un courant artistique apparu aux États-Unis à la fin des années 1960, et caractérisé par une interprétation quasi photographique du visible. Il s’est développé en opposition à l’esthétique dominante de l’art abstrait, c’est également de cette façon que ce sont développés le pop art et le photoréalisme. Mais ce serait une erreur de penser que l’hyperréalisme ne se limite qu’à ce concept ou que c’est un mouvement passé d’époque. Bien au contraire, ce mouvement dépasse largement les frontières de la vraisemblance et de la réalité et s’adapte à la société et ses bouleversements.

C’est justement ces possibilités plus vastes qu’on ne le croit que l’exposition « Hyper Réalisme, ceci n’est pas un corps » nous propose d’explorer. Cette exposition itinérante, qui a déjà connu un certain succès à Bilbao, Rotterdam, Liège, Bruxelles et même Cambera a posé récemment ses valises dans le deuxième arrondissement de Lyon et ce pour environ une demi-douzaine de mois. Elle rassemble le travail d’une quarantaine d’artistes hyperréalistes parmi lesquels on retrouve des pionniers et des figures mythiques de ce mouvement tels que George Segal, Berlinde De Bruyckere, Carole A. Feuerman, Maurizio Cattelan, Ron Mueck, Duane Hanson ou encore John DeAndrea mais également des artistes plus récents.

L’exposition débute en confrontant le spectateur avec une femme plus vraie que nature, de dos, la tête appuyée contre le mur et le visage dissimulé par son pull, comme si elle voulait se protéger de la lumière du jour. Est-elle une autre spectatrice en train d’observer une vitrine miniature encastrée dans le mur, est-elle en train de manipuler une installation de l’exposition interactive ? Pas du tout, il s’agit de Caroline (2014), une création de Daniel Firman qui instaure le cadre de l’exposition. En effet tout au long de l’exposition, la disposition spatiale est conçue afin de surprendre au détour d’un angle ou d’un couloir le spectateur avec une œuvre saisissante de réalité de sorte que, l’espace d’un instant, il se croit confronté à une personne réelle, en chair et en os. Le tout ponctué de citations et d’interviews d’artistes qui donnent plus de sens aux œuvres et aux démarches entreprises par les artistes.

L’exposition se divise en six concepts. Si la première partie s’attarde sur les répliques humaines, la deuxième se concentre sur les représentations monochromes, afin de démontrer que l’absence de de couleurs peut renforcer les qualités esthétiques liées à la forme, bien loin d’atténuer l’effet réaliste et permet de donner un certain anonymat et une dimension collective aux sculptures. On découvre ensuite l’intérêt pour les artistes de se focaliser exclusivement sur des parties spécifiques du corps pour gagner en réalisme et véhiculer un message.

Les nageuses de Carole A. Feuerman sont plus vraies que nature, aves les goutelettes d'eaux sculptées à leur surface on a l'impression de voir des épidermes humides.
CAROLE-A.-FEUERMAN-Catalina,1981 et General’s Twin,2009.

 

Les nageuses de Carole A. Feuerman sont plus vraies que nature, aves les goutelettes d’eaux sculptées à leur surface on a l’impression de voir des épidermes humides.

 

« Les détails font la perfection et la perfection n’est pas un détail » LEONARD DE VINCI

   Viennent ensuite des sculptures aux dimensions exagérées : leur format n’est pas anodin, il vient placer l’accent sur des thèmes existentiels et des moments clés de la vie. 

Woman and child de Sam Jinks, 2010.

 

Cette sculpture de taille réduite d’une grande tendresse parvient à capturer la fragilité de la vie grâce au vieillissement du corps de cette grand-mère finement travaillé et la quasi transparence laiteuse de sa peau.

 

 

 

Ensuite l’exposition connait un certain basculement puisque le concept suivant concerne les réalités difformes. Dans cette partie plus contemporaine, les artistes dépassent à l’aide de l’hyperréalisme les frontières du réel. Ils déforment, contorsionnent, décomposent les corps, afin de soulever des questionnements essentiels sur les progrès scientifiques, les possibilités offertes par les outils numériques et les questions éthiques entrainées par ces avancées, dénonçant ainsi la finitude de notre existence souvent niée aujourd’hui.

Evan Penny,Self Stretch, 2012

 

Evan Penny adapte l’hyperréalisme au monde d’aujourd’hui : ses sculptures semblent avoir des proportions exactes seulement pour un angle de vue. Ainsi de face, cette sculpture semble sorties tout droit d’une photo tandis que lorsque le spectateur se déplace, il réalise que le reste de la sculpture est comme écrasé, aplatit, réduisant donc cet « être humain » à un format en 2D.

 

 

« C’est le regardeur qui fait l’œuvre  » MARCEL DUCHAMP

La dernière partie intitulée « Frontières mouvantes » est l’occasion de s’interroger sur la possibilité de se libérer du cadre tridimensionnel et de la sculpture inanimée et figée pour faire perdurer l’hyperréalisme.

J’ai beaucoup apprécié les concepts présentés dans cette exposition et plus particulièrement les derniers qui ont le mérite de dépoussiérer ce mouvement artistique. Les techniques et les matériaux utilisés questionnent tantôt le rythme consumériste de notre société ainsi que la volonté d’améliorer toujours plus l’apparence humaine. Et puis surtout, les illusions créées par ces œuvres occasionnent des impressions et des émotions qui ne sont pas transmissibles par des photographies c’est pourquoi je vous recommande cette exposition qui est un vrai régal pour les yeux.

« Hyper Réalisme, ceci n’est pas un corps », à la Sucrière à Lyon jusqu’au 6 juin 2022.

ETOLINT Anna DNMADeJO1- Février 2022

À Bicyclette ! … Du petit au gigantesque

Une bicyclette dans un parc … quoi de plus normal !

Au Parc de la Villette, au 19e arrondissement de Paris se trouve une sculpture monumentale très originale car composée de quatre éléments enfouis dans le sol et installés de telle manière qu’il faut avoir pris un peu de hauteur ou un certain recul pour pouvoir comprendre qu’il s’agit d’une bicyclette. « La Bicyclette Ensevelie », œuvre du couple d’artiste Claes Oldenburg et Coosje Van Bruggen est une installation joyeuse qui questionne autant qu’elle attire les promeneurs… Est-ce une installation, une sculpture, une attraction ludique ou tout à la fois ?

 

La Bicyclette Ensevelie est une commande de l’état français sous le premier mandat de François Mitterrand qui souhaitait redonner un souffle nouveau sur l’art français. Commandée en 1985, elle sera inaugurée en 1990 en présence des artistes.

L’installation s’étend sur une surface globale de 46 sur 21.7m et côtoie les œuvres de Bernard Tschumi et Philippe Stark. La sculpture est faite d’acier, d’aluminium, de plastique et de peinture émaillée.

Roue : 2,8 x 16,3 x 3,2m

Guidon et Sonnette : 7,2 x 6,2 x 4,7m

Selle : 3,5 x 7,2 x 4,1m

Pédale : 5,0 x 6,1 x 2,1m

POURQUOI UNE BICYCLETTE ?

Claes et Coosje aiment reprendre des éléments du quotidien et s’adaptent aussi au pays où l’œuvre prendra forme. C’est ainsi que la bicyclette s’impose à eux comme un objet représentant la France.

La bicyclette comme nous la connaissons (à pédales) est inventé en 1861 par Pierre et Ernest Michaud, serruriers parisiens. Cette invention d’abord réservée à une classe sociale aisée (qui l’utilise pour ses loisirs) se popularise rapidement entre 1915 et 1945. On peut d’ailleurs apercevoir cette première bicyclette moderne dans le premier film de l’histoire « La sortie de l’usine Lumière à Lyon » en mars 1895.

Vélocipède de Pierre et Ernest Michaud, 1865 (Musée des arts et métiers, Paris 3e).

Scène du premier film de l’histoire « La sortie de l’usine Lumière à Lyon » en 1895.

Le couple désigne également la bicyclette pour son utilisation dans l’art en France. Coosje et Claes s’appuient sur le travail de Marcel Duchamps et son ready-made « La roue de bicyclette » (1913) et Picasso avec sa « Tête de taureau » (1942) qui tous deux reprennent l’utilisation d’un objet banal de consommation que représente la bicyclette.

Reprendre un objet du quotidien pour le détourner est primordial dans le travail de Claes Oldenburg qui appartient au mouvement Pop Art.

Coosje van Bruggen dit : « … nous travaillons avec des objets intimes : une vis, une brosse à dents, ça tient dans la main… » et Oldenburg ajoute : « Ils ont un rapport à la personne, au corps, au toucher. »

CLAES OLDENBURG (1929 -)

Sculpteur d’origine suédoise puis naturalisé américain, il appartient au mouvement Pop Art dès les années 1960 à son arrivée aux Etats-Unis où il rencontre Allan Kaprow et Jim Dine. Il s’intéresse premièrement aux quartiers défavorisés et crée des œuvres qu’il qualifie de « pauvres » avec des matériaux peu coûteux (bois, cartons, ficelles). Peu à peu Claes se préoccupe de la consommation de masse qu’il voit s’établir partout. Il va donc réaliser des œuvres qui représentent ces objets (hamburgers, téléphones…). Dès 1962 il réalise ses premières sculptures monumentales.

Oeuvres de Claes Oldenburg :

  • Floor Burger, 1962
  • Floor Cake, 1962
  • Toilet, Hard Model, 1966

OLDENBURG Claes (né en 1929), Toilet, Hard Model, 1966,
huile, vernis et feutre sur carton et bois, 115x72x85 cm, Francfort

 

COOSJE VAN BRUGGEN (1942 – 2009)

Sculptrice, peintre, historienne de l’art et critique. Elle se marie à Coosje en 1977 et s’associe à lui pour la suite de sa carrière. La première sculpture qu’ils réalisent ensemble est « Flashlight » pour l’Université du Nevada, Etats-Unis.

Quelques œuvres du couple :

  • Lipstick (Ascending) on Caterpillar Tracks, 1969-74 New Haven, Université de Yale
  •  Clothespin, 1976 Philadelphie, Square Plaza
  • Spoonbridge and Cherry, 1988
  • Saw, Sawing, 1996
  • Dropped Ice Cream Cone, 2001

OLDENBURG Claes & VAN BRUGGEN Coosje, Dropped Ice Cream Cone, 2001,
 aciers, plastique et balsa peints, H : 12,1 m, D : 5,8 m, Cologne (Allemagne), Centre commercial Neumarkt. Un cône monumental de crème glacée semble être tombé sur le bord de la terrasse de l’immeuble et la vanille est en train de fondre sur la façade. 

LE POP ART

Mouvement artistique qui voit le jour en Grande-Bretagne dans le milieu des années 1950 (Richard Hamilton, Eduardo Paolozzi). Le Pop Art émerge rapidement aux Etats-Unis dans les années 1960 avec des artistes comme Andy Warhol, Roy Lichtenstein et Jaspen Johns.

Ce mouvement questionne sur la consommation de masse et l’influence que peuvent avoir les magazines, les publicités et la télévision. Il présente l’art comme un simple produit de consommation : éphémère, bon marché et jetable.

Artistes et Œuvres Pop Art à connaître :

  • Andy Warhol, Campbell’s Soup Cans (1962)
  • Jaspen Johns, Scott Fagan Record (1970)
  • Roy Lichtenstein, Crying Girl (1963)
  • Richard Hamilton, Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing, (1956)
  • Eduardo Paolozzi, Meet the People, (1948)

Warhol Andy, Campbell’s Soup Cans, 1962. Acrylique et liquide peint en sérigraphie sur toile (51x41cm)

LE MESSAGE DE LA BICYCLETTE ENSEVELIE

Coosje s’inspire de Molloy, roman de Samuel Beckett publié en 1951 pour le positionnement de l’installation. Pour cela, elle reprend une scène précise où l’anti héros tombe de sa bicyclette et n’arrive plus à reconnaître l’objet après sa chute, étant victime d’un trou de mémoire.

La bicyclette semble abandonnée, la nature ayant repris ses droits et ayant enfoui les restes. C’est une évocation à l’oubli et aussi une représentation contemporaine de la vanité.

L’œuvre in situ investit les lieux et entre en résonnance avec le Parc de la Villette qui est un lieu où se croisent promeneurs à pied et à vélos. Elle se veut ludique et attractive (à noter qu’avant 2007 il était possible pour les enfants de jouer sur l’œuvre). Elle offre aussi une réflexion sur l’archéologie moderne que j’évoquerais plus tard dans un article. Ensevelie, l’œuvre peut alors s’interpréter comme un vestige d’une civilisation passée dont apparaît par fragments archéologiques, des restes que nous foulons, comme le reflet d’une société
périssable qui devient déchet et métaphore de notre propre mort.

L’œuvre est à la fois absente et présente; présente par sa dimension et ses couleurs pop et absente car il est difficile d’en avoir un aperçu global, certains passants ne se rendant pas compte de ce que représente l’installation.

« Changer l’échelle des objets, c’est les rendre plus intéressants, car cela change la relation qu’on a avec eux. Plus proches, ils s’agrandissent ; plus loin, ils rapetissent. » (Claes Oldenburg).

Dessin de Coosje Van Bruggen sur la vue donnant sur le guidon et la sonnette pour l’installation de la bicyclette ensevelie.

Les artistes invitent le spectateur à relier les différentes parties de la bicyclette à l’aide de son imagination. Il prend alors conscience d’un reste, enfoui à la fois rassurant et effrayant.

«… Ces œuvres à grande échelle, oscillant entre l’angoisse et l’euphorie du grotesque, prennent le parti du corps et de l’imagination, exploitent les vertus curatives du comique, contre la sanctification de la raison, de l’ordre et de la morale qui s’est imposée dans l’histoire de l’art abstrait, l’architecture moderniste et l’art des ingénieurs. », Eric Valentin (auteur d’un ouvrage sur Claes Oldenburg).

Je vous invite donc à ouvrir l’œil, voir plus loin et pourquoi pas vous rendre au Parc de la Villette pour découvrir cette splendide bicyclette bleue de vous-même!

Diane C. – DNMADe1JO – Fév 2022

Casser un urinoir… mais encore ?

Les musées, lieux de calme et de sérénité où l’art est mis à l’honneur. Néanmoins, ils sont parfois le théâtre de performances inattendues, malvenues même. Dégradations et vandalismes rythment la vie artistique depuis toujours. Le vandalisme est par définition un acte de destruction, il peut être motivé par des idées intolérantes et haineuses, néanmoins ces actes sont parfois revendiqués par certains vandales comme un acte politique, par d’autres comme une contribution artistique.

Andres Serrano posant à coté de son œuvre vandalisée

Outre les actes de pure contestation violente, comme l’attaque au couteau d’Immersion de Andres Serrano, jugée blasphématoire par des manifestants catholiques, on s’intéresse au vandalisme artistique. Celui-ci n’est-il pas plus qu’une agression, mais aussi un acte qui élève l’œuvre ou en crée une nouvelle ?

Foutain de Duchamp

Le cas du controversé ready-made de Duchamp, Fountain, est un exemple assez concret, en 1993 au Carré d’art de Nice, l’urinoir en porcelaine est attaqué. Pierre Pinoncelli l’homme ayant vandalisé l’œuvre se revendique porte-parole du dadaïsme :

« L’esprit dada c’est l’irrespect. »

Bien qu’il exprime une démarche créative son acte est sans aucun doute discutable. On peut considérer que cela suit la ligne directrice de sa carrière artistique composée de happenings, comme par exemple, une manif anti-pain ou bien une attaque au pistolet à peinture du ministre de la culture André Malraux.

Il explique :

« achever l’œuvre de Duchamp, en attente d’une réponse depuis plus de quatre-vingts ans […] un urinoir dans un musée doit forcément s’attendre à ce que quelqu’un urine dedans un jour. »

Ainsi Pinoncelli se revendique en plein dialogue avec l’artiste original, c’est un motif répétitif dans le vandalisme.

L’art n’est-il pas constamment en mouvement ? Ainsi peut-on réellement condamner cette volonté de faire vivre l’œuvre en la faisant évoluer ?

La question se pose et pourtant le geste de Pinoncelli reste majoritairement condamné, cela à juste titre. Outre son beau discours les actes en disent plus que les mots : il urina dans la Fountain et l’ébrécha à l’aide d’un marteau, souillant et détruisant partiellement l’œuvre. Un dialogue avec M. Duchamp exigerait tout de même du respect pour ce dernier et pour son œuvre ? Non ?

Alors entre dialogue et dada on ne sait plus où donner de la tête.

« J’ai déposé un baiser. Une empreinte rouge est restée sur la toile. Je me suis reculée et j’ai trouvé que le tableau était encore plus beau… Vous savez, dans cette salle vouée aux dieux grecs, c’était comme si j’étais bercée, poussée par les dieux… Cette tache rouge sur l’écume blanche est le témoignage de cet instant ; du pouvoir de l’art. »

L’artiste Rindy Sam revendique un appel de la toile à l’embrasser, elle l’explique dans la citation ci-dessus. Ainsi cette dernière à laisser une trace de rouge à lèvre vermillon sur un monochrome de Cy Twombly. Contrairement à Duchamp, Cy Twombly étant toujours présent au moment des faits il a réagi à l’acte, et ce de façon plutôt négative.

Les œuvres vandalisées peuvent-elles devenir de nouvelles œuvres si l’artiste original ne cautionne pas l’acte ? Cela soulève une question plus large sur la propriété dans le monde de l’art, juridiquement le droit au respect de l’intégrité de l’œuvre permet aux artistes de contester des modifications de leurs œuvres, c’est pourquoi Rindy Sam fut poursuivi en justice. Pour Anish Kapoor, artiste Britannique ayant exposé dans la cour du château de Versailles, le vandalisme que son œuvre a engendré fait par contre partie intégrante de celle-ci. Dans une interview au Figaro il explique :

« Ce vandalisme aveugle prouve le pouvoir de l’art qui intrigue, dérange, fait bouger des limites. Si on avait voulu souligner sa portée symbolique, voilà qui est fait comme jamais auparavant. »

Dirty Corner à Versailles, lorsqu’elle n’était pas encore vraiment « dirty.

En vandalisant une œuvre d’art on admet son influence et son importance, si l’œuvre n’était pas sacralisée auparavant, le vandalisme s’en chargera. L’œuvre porteuse d’un message fort est utilisée pour propulser d’autres messages sur le devant de la scène, que ces derniers soient fondés sur une volonté de faire le bien ou non. Ainsi, Dirty Corner restera affublé d’inscriptions haineuses, comme un symbole de la force de l’art et de son impact, dénonçant au passage les travers humains et le racisme encore trop présent.

Cela nous invite à une interrogation, peut-on trouver du bon dans un acte qui a pour seul but de nuire ?

Merci de m’avoir lu !

Lucie Garcia DNMADEJO1 – Fev 2022

Et si Newton avait tout faux…

Eh oui, aujourd’hui on va s’attaquer à du lourd. A du très très lourd même. On va parler de pierres qui défient la gravité et de personnes qui en font des œuvres d’arts hors du temps…

Empiler des cailloux, c’est pour ainsi dire, le péché mignon de l’Homme depuis tout temps. Cela a commencé avec la construction de dolmens, tel Stonehenge, et continue de perdurer avec la construction de cairns par quelques randonneurs audacieux aux bords des sentiers de montagne.

Ci-dessus, deux œuvres de l’artiste Michael Grab.

Cependant, certains en ont fait une passion;
à tel point qu’ils ont poussé le niveau à l’extrême, jusqu’à allant défier la gravité. C’est ce que l’on appelle plus communément le « stone balancing » ou le « rock balance », en bref : l’équilibre des pierres.

 

Ci-dessus, une œuvre de l’artiste Adrian Gray à Singapour en 2012.

C’est une pratique encore assez méconnue mais qui commence lentement à se démocratiser à travers les paysages montagneux et aquatiques des quatre coins du monde. Une des premières personnes à avoir pratiqué cette discipline est Adrian Gray, un artiste américain, se qualifiant lui-même de « pionnier de l’art du stone balancing« . L’artiste a en effet commencé sa carrière en créant des œuvres éphémères aux alentours de l’année 2002.

De plus en plus d’adeptes veulent s’y essayer et pour cela rien de plus simple : un beau paysage, des pierres astucieusement choisies et une infinie patience. Beaucoup y voit un aspect philosophique et spirituel. Le fait d’empiler des éléments aussi simplistes que des pierres en luttant contre la gravité pour ne pas que tout s’effondre peut aider au bien-être de certaines personnes appréciant cela.

Ci-contre, une photo de l’US National Park Service alertant sur les dangers de cette pratique.

Mais cette pratique, se rependant de plus en plus dans le domaine de l’amateurisme, a un côté double-tranchant. En-effet, certaines personnes mal intentionnées effectuent cette pratique de manière répétée, ce qui a pour conséquences la destruction d’abris d’animaux sauvages et la déformation du paysage naturel.

Ci-dessus, une œuvre de l’artiste Sp Ranza.

Il existe néanmoins un championnat mondial  au Texas réservé aux professionnels qui impose aux participants d’ériger leurs œuvres dans un endroit naturel n’interférant pas ou très peu sur la faune et la flore locale. L’usage de colles ou de matériaux adhésifs est totalement proscrit, seule la « gravity glue » (la gravité dite collante) est autorisée. Le champion d’Europe de ce concours n’est autre qu’un artiste français se présentant sous le pseudonyme de Sp Ranza.

Et vous? Ne vous laisseriez-vous pas tenté par le stone balancing dans un environnement calme, propice à cette activité en luttant avec ferveurs contre la gravité que nous a démontré Newton…?

Mes sources:
https://parismatch.be/actualites/environnement/164408/pourquoi-le-stone-stacking-est-mauvais-pour-lenvironnement
https://www.stonebalancing.com/about-my-art/
– https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/restauration-hotellerie-sports-loisirs/le-stone-balancing-ou-l-art-de-faire-tenir-des-pierres-en-equilibre_3620819.html
– https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibre_de_pierres
– https://thereaderwiki.com/en/Adrian_Gray_(artist)

Arthur WEGBECHER – DNMADE 14 – Janvier 2022