Récupération animiste

L’art sculptural est fascinant par sa capacité d’évocation à travers le modelage de la matière et c’est d’autant plus vrai avec le travail de la sculptrice japonaise Sayaka Ganz.

Née à Yokohama, l’artiste a grandi au Japon mais aussi au Brésil ainsi qu’à Hong Kong. Détentrice d’une maîtrise en études 3D orientées sur la sculpture ainsi que d’un baccalauréat en gravure, elle étudia également le théâtre et l’art dramatique expliquant sa polyvalence ayant à son actif en plus des sculptures, des gravures ainsi que des chants.

Emergence II – 2013 (183cm x 213cm x 213cm) Objets plastiques de récupération, aluminium peint et armature en acier, fil, serre-câbles

Les travaux de la sculptrice ont cette particularité de représenter des animaux en mouvement par l’assemblage d’objets plastiques vivement colorés ou de pièces métalliques récupérées.

L’artiste adore traiter d’un nouveau sujet et s’amuse à créer, qualifiant l’activité à la fois de magnifique et d’excitant. D’abord, elle trie les objets, par couleurs ou encore par matières. Le plastique apparaît alors comme sa matière de prédilection en raison de la variété des formes curvilignes et des couleurs disponibles. Une fois son sujet animalier choisi, elle cherche à réunir autant de sources d’inspirations possible comme la photo, internet et les livres. Elle précise s’appuyer davantage sur des représentations que des descriptions précises. Elle recherche ainsi moins la reproduction conforme de l’animal que ce qu’il évoque dans ses traits caractéristiques. Elle s’intéresse notamment à son squelette afin de le représenter le plus fidèlement possible dans la structure/armature de l’œuvre. Vient ensuite l’étape préféré de Sayaka Ganz où elle donne matière à sa sculpture ;

 « Ce processus est comme un puzzle pour moi. Je m’assure que tous les objets sont correctement alignés pour maximiser l’effet du mouvement, et j’ajoute, recule, ajoute un autre, recule, enlève un morceau, et je continue jusqu’à ce que le morceau semble complètement formé mais pas trop dense. » Sayaka Ganz

Ainsi, Ganz assimile chaque objet à un coup de pinceau, car à l’instar de ceux appartenant à un tableau impressionniste, il semble apparaître une unité dans l’œuvre qui se diffracte à mesure que l’on s’en rapproche. Elle décrit ainsi son style comme « l’impressionnisme 3D », créant une illusion de forme en utilisant des objets comme des coups de pinceau qui deviennent visibles lorsqu’ils sont observés de près.

Nanami – 2017 (152cm x 488cm x 183cm) Objets en plastique de récupération, armature en aluminium peint, fil, serre-câbles

Il se dégage de ses œuvres animalières, une impression de mouvement, comme si des esprits habitaient les sculptures et s’y seraient trouvés figés, pris sur le vif. Il s’agit d’ailleurs de l’effet voulu car représentatif de la vision de l’artiste qui a grandi avec la croyance animiste shintoïste selon laquelle toutes les choses dans le monde ont un esprit.

C’est ainsi que, peinée à la vue des objets délaissés dans la rue, au rebut ou dans les centres de récupérations, elle entreprit de leur donner une nouvelle vie à travers ses créations.

Se faisant, Ganz a pour objectif de transmettre son aspiration au public qui consiste à réintroduire l’importance du monde naturel dans la vie des gens et ce particulièrement dans les zones urbaines. Elle cherche à déclencher par ses œuvres des réactions similaires que l’on pourrait éprouver en contemplant la nature. Montrant la beauté que peuvent prendre les objets banals considérés comme des déchets, elle espère alors provoquer un réexamen de notre rapport au monde car souvent, lorsqu’on on trouve de la beauté dans un objet, on l’apprécie et veille d’avantage à son entretien pour le faire durer. En dernier recours, on cherchera à correctement le faire récupérer ou recycler. De cette manière Ganz, défend la nécessité de changer la valeur que l’on accorde à ce qui nous entoure pour sauvegarder un environnement bien trop souvent malmené par la surconsommation conduisant à la pollution et donc à sa dégradation.

« Mon travail consiste à percevoir l’harmonie, même dans des situations qui semblent chaotiques de l’intérieur. En observant mes sculptures de près, on peut voir des lacunes, des trous et des objets retenus uniquement par de petits points ; éloignez-vous, cependant, et les sculptures révèlent l’harmonie créée lorsque les objets sont alignés dans la même direction générale. De même, il est important de prendre du recul en prenant du recul par rapport aux problèmes actuels et d’avoir une vue d’ensemble. On peut alors percevoir la beauté et les motifs qui existent. » Sayaka Ganz

Stream – 2015 (36 cm x 46 cm) – collagraphe

Un message que je trouve touchant et qui ne manque pas de beauté autant dans le fond que dans la forme à travers ses œuvres. C’est pourquoi, je vous invite à visiter son site où vous aurez l’occasion d’effectuer une visite virtuelle de son exposition : «Reclaimed Creations». Elle regroupe bon nombre de ses sculptures et collagraphes, des gravures basées sur le collage.  

Solveig DUBOIS – DNMADe1HO – Février 2022

Le street artist et l’enfant

 

Ericailcane et Bastardilla, Iconozo, Colombie

Ericailcane, ou Erica Il Cane, est un artiste de rue et graffeur italien originaire de Belluno, en Vénétie. On retrouve son travail un peu partout dans le monde, en Italie, en France, en Grande Bretagne, en Colombie, en Palestine, aux États-Unis… Ses œuvres sont, la plupart du temps, monumentales, et recouvrent les murs de nombreuses villes. Reconnu aujourd’hui comme l’un des grands noms du street art, compagnon de travail du graffeur italien Blu, il est aussi à l’origine de nombreuses illustrations, vidéos et livres.

Ericailcane est né d’un père naturaliste, et cela a son importance : l’artiste a hérité d’un goût obsessionnel pour le vivant, et particulièrement pour le règne animal. Ses peintures murales et ses dessins représentent de façon récurrente des animaux, ou plutôt des créatures inspirées d’animaux, immenses et terrifiantes, des fresques tout droit venues des peintures médiévales de Jérôme Bosch. Ses animaux sont souvent anthropomorphes, ou du moins ont-ils des comportements ou des attributs humains : l’artiste les met en scène dans des situations proprement humaines, les habille, les dote d’objets et d’accessoires. Son pseudo, d’ailleurs, signifie « Erica le Chien » en italien : l’artiste se situe lui-même d’emblée du côté animal. L’objectif semble souvent être de parler de l’homme à travers l’animal, mais aussi de parler du rapport qu’entretient l’homme avec le vivant non-humain.

Ericailcane confronte, au cœur de la ville, le sauvage et le domestique ; il introduit dans l’espace urbain, tout à fait apprivoisé et humanisé, des crocodiles gigantesques et des ours, prédateurs qui en sont normalement exclus. Au milieu des bâtiments en béton et des poteaux électriques de Bogota en Colombie, se dressent un loup et un dinosaure de plusieurs mètres, portant sur un brancard un homme blessé par des grues et des pelleteuses qui creusent son corps. Les deux animaux, disparu depuis longtemps pour l’un et pendant un temps quasiment exterminé par l’homme pour l’autre, encadrent ce personnage qui se détruit lui-même et qui va droit à sa fin.

Bogota, Colombie

Comment reconnaître la patte d’Ericailcane ? Une iconographie fantastique composée d’animaux, un trait à la fois précis et déformant, un dessin qui se tient entre l’illustration jeunesse et le dessin scientifique. L’animal est son domaine : lors de ses collaborations avec Blu, Blu dessine les humains, et lui les animaux. En général, ses peintures murales sont engagées : il y parle d’aliénation, de liberté, d’écologie, mais aussi de prédation, de la place de l’animal domestique dans la société, du rapport à l’animal sauvage. Si vous souhaitez voir un exemple en vrai, une de ses peintures se trouve sur un mur de Besançon : un mouton noir tente de libérer un mouton blanc parqué dans un enclos, en coupant ses barbelés à l’aide d’une pince sur laquelle est écrite une citation de l’anarchiste Alexandre Marius Jacob, « le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend ».

Le blog de la galerie Strip Art écrit ainsi : « Globalement, ses œuvres sont monumentales. Si, dans leur style, elles semblent sorties de l’imaginaire d’un enfant, leur interprétation, elle, reste du domaine de l’adulte ». Et ce lien avec l’enfance n’est ni involontaire, ni inconscient. C’est lors d’une exposition au Musée du Temps de Besançon il y a quelques années, en 2017, que j’ai découvert Ericailcane, une exposition dont le nom était « Leonardo/Ericailcane. Potente di fuoco ». Leonardo, c’est le prénom qui se cache derrière le pseudo Ericailcane, et c’est, de fait, l’enfant qu’il était avant d’être un artiste. L’exposition reposait sur une idée tout à fait intéressante : à la suite d’un rangement ou d’un déménagement, le père d’Ericailcane avait retrouvé des dizaines de dessins de Leonardo. Il était assez étonnant de voir que les thèmes du monstre, de l’humain et du non-humain, de l’étrange, questionnaient déjà le petit Leonardo : les dessins d’enfants montrent des hybrides, des êtres composés d’éléments naturels et artificiels – un avion croisé avec un poisson par exemple -, des robots, des monstres, des animaux imaginaires en pagaille. A l’occasion de l’exposition, Ericailcane avait repris chacune de ces créatures et les avait redessinées, presque à l’identique, mais avec son œil d’adulte et son trait d’artiste accompli. Le musée du Temps était bien choisi pour cette évocation du temps écoulé entre l’enfance et la vie adulte, à la fois pour montrer l’évolution et le chemin parcouru, mais aussi pour voir qu’en fin de compte, Ericailcane dessine toujours les mêmes monstres que Leonardo, avec le regard critique et l’expérience de l’adulte en plus. Il affirmait ainsi sa volonté d’exploiter un imaginaire et un visuel fantastiques inspirés de l’enfance, révélant en même temps la capacité de l’enfant à créer et imaginer de l’étrange à partir du familier et de la vie quotidienne, à inventer ce qui n’existe pas. L’imaginaire de l’enfant reste une source d’inspiration toujours abondante.

L’exposition n’existe plus depuis des années, mais il est toujours possible d’aller voir les œuvres murales d’Ericailcane en vrai – à Bogota, mais aussi à Besançon, ou encore à Niort, si on n’a pas le temps d’aller jusqu’en Colombie – ainsi que sur le site de l’artiste, www.ericailcane.org, sur instagram : @potentedifuoco ou encore sur facebook : Ericailcane.

Merci pour votre lecture !

GILBERT Lucille, DNMADe Jo 1, Février 2022

https://www.juxtapoz.com/news/street-art/ericailcane-paints-anarchist-sheep-in-besancon/

http://www.ericailcane.org/

https://www.blog.stripart.com/art-urbain/ericailcane/

Et si le corps disait bien plus que les mots ?

« Il ne s’agit pas d’un art, ni même d’un simple savoir-faire. Il s’agit de la vie, et donc de trouver un langage pour la vie » 

Pina Bausch

Avez-vous déjà essayé de laisser votre corps s’exprimer ? Laisser vos membres bouger au rythme de la musique ? Laisser vos mouvements mettre en exergue vos émotions ? Non ? Et si vous lisiez cet article, vous pourriez peut-être voir la danse d’une toute autre manière.

La même scène répétée sans arrêt, le même geste brutal, la même incompréhension qui s’en dégage comme dans une tourmente. Une danse folle entraînée par une rengaine dans un jeu corporel libre, personnel, puissant, empli d’émotion. Un spectacle envoûtant, perturbant, complexe. C’est là l’entièreté du travail si captivant et délirant d’une des plus grandes chorégraphes du XXème siècle, pilier de la danse contemporaine, dont j’ai eu envie de vous parler aujourd’hui. Son nom, Pina Bausch

Si vous ne la connaissez pas je vous conseille de vous pencher un peu plus sur cette femme au regard impassible d’une prestance sans nom. Créatrice de ce que l’on pourra appeler la danse-théâtre, une danse à l’encontre de tous les codes conventionnels, liant danse contemporaine et théâtre, Pina fait partie de ces gens qui ont changé la vision de la danse, qui lui ont apporté une profondeur bien plus intense que la simple beauté du geste. Il s’agit de travailler le geste, dans sa totalité, explorer toutes les fonctions anatomiques du corps, d’amener le mouvement jusqu’au bout des doigts, de manière à le faire parler, exprimer les émotions des danseurs. Une émotion à double sens qui transcende autant le danseur que le spectateur, plongés tous deux dans des scènes de la vie quotidienne et de la vie de couple dans sa violence la plus belle.

Pina a, dans les scènes qu’elle présente, des situations d’amour intense, charnel, de violence, de déchirure, de haine. Des scènes qui se répètent en boucle, s’accélèrent, se revivent. Des danses, des situations où les cris, les sons appuient le geste. Un mélange de questionnement, de beauté singulière, de folie se dégage de ses œuvres. Le corps alors parle.

Notre chorégraphe a une manière bien à elle d’appréhender la danse et ses danseurs. Tout ce qui peut être présent sur la scène a son importance, décors, danseurs/acteurs. Elle met en avant l’individu dans la pluralité, chaque danseur a son importance. Une danse dans laquelle le ressenti, ce questionnement de beauté singulière et de folie se dégage au travers d’une introspection, d’une dualité, qui se dévoile à nos yeux. Pina Bausch n’impose pas de mouvements, elle soumet une situation à laquelle les danseurs réagissent et pour laquelle ils donnent leur propre interprétation la plus profonde et la plus pure. Elle les pousse, allant même jusqu’à les faire danser les yeux fermés, pour mieux ressentir les émotions, les laisser s’exprimer. Ils agissent alors dans une démarche de quête intrinsèque, et laissent parler leur corps. La situation sera amenée différemment pour chaque danseur, sous les yeux aguerris de Pina Bausch. C’est là toute  la subtilité du travail de la chorégraphe, qui ne monte pas de toute pièce ces tableaux  qui parlent, mais qui sublime le travail de ses danseurs en le poussant toujours plus loin.

La danse peut alors être perçue comme une thérapie dans laquelle le danseur prend conscience de l’entièreté de son corps et de ses émotions. Une pièce qui marque une quête du danseur, de l’homme, du « je » du « nous ».

Il ne suffit pas de danser pour danser, il faut donner du sens à chaque geste, chaque expression, chaque pas comme nous le ferions dans une phrase.

Pina Bausch, m’a permis de comprendre certaines subtilités de langage que notre corps avait à nous offrir, comprendre qu’il n’était pas seulement source de beauté. J’ai aimé sa folie, son audace dans sa façon de travailler, de partager ses idées.

L’avis de chacun , aussi subjectif soit-il , mènera toujours au questionnement face à ce qu’il vient de voir ; c’est là la force des mots dansés de Pina Bausch. Une situation floue qui peut pour autant être perceptible et interprétée de mille façons.  

Fermez les yeux, vivez, ressentez, laissez votre corps dire ce qu’il a envie d’exprimer

Alors ? Qu’attendez-vous ? Dansez !!!

Cabrol Noélie, DNMADE Jo 1, Février 2022

Faut-il distinguer l’homme de l’artiste ?

Certains diront que la séparation homme/artiste est indispensable. Prenons exemple sur l’art musical qui est un milieu parsemé d’artistes pouvant être aussi talentueux que détestables. Quant au public, il n’est pas clair quant à l’écoute de ceux-ci et usent d’arguments bancales pour se justifier.

Kodak Black, xxxtentacion, 6ix9ine, R.Kelly, Nas, et tant d’autres. Tous au cœur d’affaires parfois criminelles, mais tous de talentueux artistes malgré tout, des célébrités notoires ou des piliers culturels.

Alors que faire en tant qu’auditeur ? Il est simple de dire qu’il faut séparer l’homme de l’artiste. Mais ne serait-ce pas cautionner de manière indirecte leur mode de vie, leurs actes ? Doit-on dissocier l’artiste de sa création ou bien prendre l’individu dans sa globalité ?

Pourquoi séparer l’oeuvre de l’artiste ?

Si l’on part de ce principe qu’il faut dissocier le créateur de la création, reste à savoir pourquoi faudrait-il faire une séparation, alors même que l’on ne le fait pas lorsqu’il s’agit d’un simple individu (citoyen lambda). On ne le fait pas car le concept « d’art » se répand dans l’inconscient collectif et octroie une place d’honneur à l’individu devenu un artiste.

Faire de l’art ne serait donc plus considéré comme un « métier », mais plutôt comme un « honneur, quelque chose de sacré ». De ce fait, on pardonnera toujours plus facilement les faux pas d’une star mondiale que les dérives d’un individu lambda puisque l’on se forcera à marquer une séparation nette entre l’artiste et son œuvre.

L’humoriste Blanche Gardin se moquait d’ailleurs de la clémence du jugement réservé aux artistes à l’occasion de son passage aux Molières : « Parce qu’il faut savoir distinguer l’homme de l’artiste… Et c’est bizarre, d’ailleurs, que cette indulgence s’applique seulement aux artistes… Parce qu’on ne dit pas, par exemple, d’un boulanger : ‘Oui, d’accord, c’est vrai, il viole un peu des gosses dans le fournil, mais bon, il fait une baguette extraordinaire.’ ». Cette phrase montre avec force cette immunité dont les artistes bénéficient.

A force de répandre l’idée selon laquelle l’œuvre d’art est neutre, sans valeurs morales ou immorales, les artistes pensent pouvoir dire ou faire ce que bon leur semble. Du moment qu’ils sont des artistes, ou encore des influenceurs, ils seront préservés des lois morales. A l’ère du numérique et de l’omniprésence des réseaux sociaux, devenus les principaux vecteurs de l’indignation populaire, tout va très vite, on apprend une information, on se choque, et sans réfléchir en amont, on réagit aussitôt. En ce qui concerne les artistes, tout s’arrange avec le temps, comme si leur statut d’artiste leur permettait de subir qu’une simple colère éphémère plutôt qu’un déferlement de haine et de révolte. Il faudrait pourtant pouvoir confronter sa passion (donc ici l’écoute de la musique) à la raison commune (jugement de la moralité de l’artiste).

Et si on commençait à assumer au lieu de se chercher des excuses ?

Lorsque l’on veut séparer le créateur de sa création, cela passe par une phase d’acceptation du mode de vie de l’artiste en question. Parler d’écoute ou de « vues », revient à parler de consommation et donc de revenus. Êtes-vous en accord avec le fait de donner de l’argent à un criminel, que ses actes soient présumés ou avérés ? Le fait que l’individu soit un artiste doit-il être pris en considération dans votre jugement ?

Si la réponse est oui, alors assumez le pleinement. Assumez de cautionner indirectement les violences, et de négliger l’intégrité mentale des victimes. Vous assumerez de ne pas prendre en compte ses actes tant qu’il fait de la bonne musique.

Faire la séparation entre l’artiste et l’œuvre est notre droit le plus légitime, mais que l’on tergiverse pour affirmer notre avis en disant des phrases du genre : « Il n’a pas été jugé », « On n’est pas certain », « La victime aurait retiré sa plainte », est absolument inconcevable moralement. Il ne faut pas chercher à s’auto convaincre que notre décision est intelligente et raisonnée mais plutôt affirmer, assumer nos choix. Il est par contre important de marquer une différence entre un condamné ayant purgé sa peine et un artiste en cours de jugement. Le premier a payé pour ses crimes tandis que le second n’est pas encore sûr de d’être condamné. Pour autant, les crimes sont intemporels tout comme la condamnation morale. Un individu ayant purgé sa peine peut reprendre ses activités, voyager, monter sur scène et faire des apparitions médiatiques; l’individu reprend possession de ses droits et cela lui permet de reprendre sa vie là où il l’avait laissée.  Le public est confronté à un choix : continuer à condamner l’artiste moralement ou le pardonner et le laisser reprendre sa vie.

Si l’on condamne l’acte en question comme immoral, l’artiste a tout de même le droit de vivre sa vie sans être constamment pris à partie pour son passé et subir un déferlement de colère à chaque apparition médiatique. Néanmoins, les auditeurs ont aussi le droit de continuer à voir en lui une ordure. La justice se doit d’être impartiale mais le public est quant à lui libre de ses choix.

Si l’on décide de se foutre royalement des crimes commis et donc de contribuer aux finances de l’artiste, indirectement, il faut l’assumer et ne pas se cacher derrière un déni ou une mauvaise foi. Il ne faut pas oublier les crimes d’un individu dès lors que c’est un artiste génial, et ouvrir les yeux quand il s’agit d’un créateur quelconque. Seule une loi morale stricte pourra démanteler ce statut intouchable d’ « artiste ».

Je vous laisse le soin de consulter mon précédent article et de vous demander, dans le cas de Polanski, si on doit ou si on peut faire la distinction entre l’individu et son art.

 https://lewebpedagogique.com/mortofilo/2021/12/23/une-peine-derisoire-de-42-jours/ 

BRIDAY Lisa DNMADEJO1 Février 2022

De nouveaux tapis des 1001 nuits ?

Plongée dans l’univers d’un artiste qui élabore à l’aide de techniques ancestrales et digitales des tapis psychédéliques et trompe-l’oeil.

Faig Ahmed est né en 1989 à Baku dans l’actuel Azerbaïdjan. Il est diplômé du département de sculpture de l’Académie des Beaux-Arts d’Azerbaïdjan en 2004 et trois ans plus tard il est sélectionné pour représenter son pays à la Biennale de Venise. Par la suite, il est nominé en 2013 pour le Jameel Prize 3 au Victoria and Albert Museum de Londres après y avoir exposé certaines de ces œuvres. Ses œuvres ont été exposées tout autour du monde; de New-York à Paris, de Londres à Berlin, de Moscou à Mumbai en passant par Rome où encore à Sidney et Dubaï. Parmi ses séries les plus représentatives de son travail on peut citer les séries de tapis « Liquid Series », « Flood Series » et ses tapis entachés d’essence et de fuel ou encore « Insider Series » et ses tapis en illusions d’optique.

Faig Ahmed- Fuel-2016 issu de « Flood Series « 

Faig Ahmed est mondialement connu pour la réalisation de tapis psychédéliques fortement inspirés des techniques de tissages traditionnel de tapis en Azerbaïdjan et des techniques de broderies indiennes. Ses réalisations, préconçues pour les plus récentes à l’aide de logiciels 3D sont majoritairement composées de fibres de laine ou de soie. A l’aide de son style très coloré, Faig Ahmed s’appuie généralement sur la technique du gauchissement (le fait d’altérer, de tordre ou de déformer sa matière première), le glitch (lorsqu’une défaillance électrique ou électronique entraîne une fluctuation facilement identifiable visuellement par ses nombreuses distorsions esthétiques), la fusion, la pixellisation ou encore l’effilochage. Il s’efforce de concilier dans son travail l’art traditionnel, le numérique et l’artisanat pour aboutir à la réalisation de ses travaux à l’échelle monumentale.

Celui qui s’est d’abord lancé des des études littéraires, fort de son intérêt pour le sanskrit et l’arabe relate ses interrogations sur les religions, les manuscrits anciens et les rites mystiques à l’aide de motifs et de tissus. Ses œuvres sont fabriquées à la main, selon le procédé de tissage traditionnel azerbaïdjanais par les membres de son atelier et par des sociétés et artisans avec lesquels il collabore donnant ainsi à ses œuvres une dimension collective et une certaine valeur patrimoniale. Faig Ahmed joue avec ce contraste entre nouveau et ancien. Il explique lui même dans une interview que ce qui le fascine dans les tapis c’est leur utilisation dans les maisons modernes alors qu’ils sont des objets anciens dont le processus de production n’a pas changé depuis des millénaires. Il considère les tapis comme une langue traditionnelle locale et à la fois comme un outil scientifique pour comprendre des éléments ethnographiques et anthropologiques. En outre, le tissage traditionnel de tapis en Azerbaïdjan est inscrit depuis 2010 à la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Le pays conserve également un lien entre les tapis et la tradition funéraire : il arrive que le corps des défunts soit enveloppé dans un tapis avant d’être enterré. Faig Ahmed cherche quant à lui à se détacher de cette tradition solide à l’aide de la force de la nouveauté non sans s’en éloigner complètement.

Bien au contraire, il éprouve un profond respect pour la tradition ce qui modifie parfois ses projets. Par exemple pour son oeuvre Tradition Recyclée (2014), il s’est mis à la recherche d’un tapis ancestral vieux de 150 à 200 ans, et, une fois qu’il a trouvé le tapis dont il avait besoin il n’a pas manqué de se renseigner sur son histoire. Devant la richesse de l’histoire de ce tapis, il n’a pas pu se résoudre à le découper lui même et l’a fait découper par une société. Néanmoins il arrive qu’il essuie des refus de l’aider de la part de vieux tisserands qui refusent de collaborer avec lui dans ses explorations artistiques.

Faig Ahmed- Virgin-2016. Comme une discrète référence au patriarcat qui règne en Azerbaïdjan.

L’artiste né dans un territoire alors encore inclus dans l’U.R.S.S. ne cherche pas seulement à interroger et explorer les rapports entre tradition et modernité. Il s’interroge également au travers de ses œuvres sur les rôles de genre en Azerbaïdjan et sur la place des femmes dans une société encore très patriarcale. Il s’accompagne notamment dans son atelier de femmes exclues de la société pour cause d’adultère.

Néanmoins, il ne veut pas d’un art qui discrédite ou qui insulte son pays car il y est très attaché. Cet artiste considère que l’art peut à la limite être conçu pour surprendre et déranger mais qu’il doit être exercé en toute conscience. Il explique être inspiré par le travail d’artistes contemporains tels que James Turrel ou Anish Kapoor (pour lequel l’utilisation omniprésente du rouge se retrouve sur de nombreux de tapis de Faig Ahmed). Pour sa dernière exposition, encore visible actuellement à la galerie Sapar Contemporary à New York il présente trois tapis, portant chacun le nom d’un chef spirituel qui a profondément marqué la culture azerbaïdjanais, comme une « métaphore culturelle ».

Faig Ahmed- Yahya al-shirvani al Bakuvi-2021. Issu de sa dernière exposition.

En plus des intelligentes illusions d’optique et des jeux de couleurs incorporés dans ses œuvres j’apprécie le défi que se lance cet artiste de provoquer les traditions tout en leur témoignant un profond respect. Je trouve également qu’il insère ses intentions et ses revendications de manière discrète mais très efficace, exportant ainsi sa vision de l’Azerbaïdjan à l’international pour un beau résultat esthétique.

Je vous invite donc à jeter un coup d’œil à ces captivants trompe-l’oeil.

Anna ETOLINT- DNMADE14 JO – Déc. 2021

Fresh Meat

Claustrophobes, s’abstenir ! Écrasées dans leur emballage cellophane comme on les trouverait en grande surface… les belles décapitées manquent d’air. Et nous font suffoquer.

Le duo des photographes SH/Sadler a décidé de dé-standardiser la beauté féminine et militer pour une représentation non sexualisée de la femme. Plus explicite que le titre de cette série photo, ça risque d’être compliqué.

Le projet « Fresh Meat », pour: « viande fraîche », est lancé afin de dé-standardiser la beauté féminine et militer pour une représentation non sexualisée de la femme.

Ils ne supportaient plus l’image que l’on donne des femmes dans les médias, dans les publicités, ou de manière générale. Le duo d’artistes basé à Los Angeles photographie des modèles nues mais met toujours un point d’honneur à ne pas les sexualiser. Souhaitant modifier la perception des femmes dans la culture contemporaine, maquillées à outrance, brunes, blondes, noires, asiatiques … étiquetées comme autant de morceaux de viande, leur nom, leur prix s’affichent tels des produits au rabais. Pas forcément de la première fraîcheur du reste ; et ce n’est pas un hasard. Ces clichés de têtes de femmes collées à une pellicule plastique cellophane comme pour un steak de viande vendu en supermarché font parler, en dénonçant la pression qu’exerce la société sur l’idéalisme de la beauté et de l’apparence subie par les femmes. Les femmes sont maquillées de couleurs vives, leur bouche et leur nez écrasés contre le film plastique qui semble symboliser les diktats de beauté oppressants auxquels beaucoup sont confrontées. L’eau et la glycérine renforcent l’imagerie tristement organique de ces nouvelles viandes.

Une cruauté sans pareil mais surtout sans honte qui cherche à provoquer un public bien trop souvent bercé par la standardisation. l’auto-portrait en continu, avec la volonté de captiver l’attention des réseaux sociaux, définit les contours d’un nouveau type de grotesque, aussi standardisé que les canons de conformité à un modèle de séduction. Écrasés dans leur emballage, les modèles de SHSadler donnent à voir la manière dont nous sommes tous étouffés par des icônes inaccessibles car surréalistes.

Et certaines mimiques évoqueraient un sentiment de révolte, aujourd’hui devenu réalité. Les ventes de cosmétiques sont en baisse, les collectifs abondent qui revendiquent le droit à la différence des corps, l’authenticité, la liberté d’être sans devoir se corseter dans un moule.

 Nous n’avons aucun intérêt à dépeindre une beauté simple. C’est la raison pour laquelle nous évitons souvent les montages de beauté traditionnels, prenons en compte les hasards, les défauts ainsi que l’inconfort des postures que nous demandons à nos modèles »

On approuve cette grossièreté esthétique qui fait même mal aux yeux, une attention nécessaire, qui fait réagir, et c’est le but. Pour voir le reste de leurs travaux c’est par ici (click on)

JOURNOT Lola – DNMADE23JO – Décembre 2021

Un textile caméléon, solution d’une industrie destructrice

La mode, sûrement l’une des industries les plus polluantes du monde moderne, doit évoluer.

Aujourd’hui, l’industrie de la mode repose sur la fast-fashion, c’est à dire le renouvellement ultra-rapide des collections. Elle entraîne l’exploitation de milliers d’ouvrier.e.s payés une misère voire réduits en esclavage (ouïghours) dans des pays pauvres tels que le Bangladesh ou encore la Chine. Au-delà de ses conséquences sociales dramatiques, la fast-fashion représente aussi un impact environnemental phénoménal. Que ce soit au niveau des tonnes de gaz à effet de serre rejetées dans l’atmosphère, de la pollution des sols, des eaux ou encore de la consommation d’eau et d’énergie, l’industrie de la mode est aujourd’hui l’une des plus destructrices.

Pour remédier à cette industrialisation abusive, de nouvelles solutions sont aujourd’hui approchées. L’upcycling et la seconde main, par leur accessibilité financière, représentent aujourd’hui les solutions les plus attractives. La slow-fashion a aussi vue le jour ces dernières années, c’est une mode visant à contrer un modèle de production de masse et standardisé, mettant en avant la qualité des produits, la transparence de la chaîne de valeur ainsi que la diversité et la responsabilité de ses acteurs. La slow-fashion va amener à un renouvellement et une réinvention des textiles.

De nouveaux tissus comme « Chromorphous », sont aujourd’hui développés, dans l’objectif de permettre une mode s’adaptant aux goûts changeants des utilisateurs. À l’image d’un caméléon ce tissu permet à un seul vêtement ou accessoire d’apparaître sous plusieurs aspects. Développé par une équipe de chercheurs du collège d’optique et photonique à l’université Centrale de Floride, cette nouvelle technologie est une révolution. Plus besoin d’acheter la même pièce dans tous ses coloris, un seul modèle les permet tous. Les fils tissés à l’aide de machines à tisser industrielles, abritent des micro-fils métalliques permettant au courant de circuler et de venir chauffer plus ou moins des pigments thermochromiques. Ces pigments varient d’une couleur à une autre en fonction de la température qui leur est transmise. Le tissu est alimenté par une batterie rechargeable cachée à l’intérieur du vêtement ou de l’accessoire. La texture du tissu est semblable à celle du denim, et il peut être lavé et repassé. Les fils modifient la température du tissu de manière rapide et uniforme. Le changement de température est à peine perceptible au toucher. Une application mobile permet à distance, de les commander et de créer alors une multitude de combinaisons de couleurs et motifs. Le tissu reste légèrement plus grossier qu’un tissu classique en coton ou polyester, mais le CREOL travaille à produire des fibres plus minces afin que le matériau soit plus lisse, plus flexible et semblable aux tissus actuellement sur le marché. Le Dr Ayman Abouraddy, professeur d’optique et de photonique au College of Optics & Photonics de l’Université de Floride centrale (CREOL), déclarait :

« Notre objectif est de mettre cette technologie sur le marché pour avoir un impact sur l’industrie textile »

Cette technologie pourrait un jour aller jusqu’à proposer à l’utilisateur de devenir lui même créateur, designer de ces objets, notamment par le biais de l’application mobile, en proposant un espace de libre création, comme une page vierge sur laquelle il serait possible d’inscrire des motifs, couleurs, mots. Cette potentielle évolution de l’application mobile permettrait une réelle collaboration et cocréation entre créateurs de ces vêtements/accessoires connectés et acheteurs. L’accessoire ou le vêtement Chromorphous évolue avec l’utilisateur. il est par conséquent, un objet pour lequel l’acheteur va porter plus d’attachement. Celui-ci s’en séparera donc moins facilement. On retrouve alors bien cet objectif de mode plus durable que vise la slow-fashion.

Lily-Rose H. – DNMADe1JO – Déc. 21

Le métissage au service de l’art

C’est de ce mélange culturel et ethnique que Mous Lamrabat tire toute la puissance de son art.

Mous Lamrabat, belgo-marocain est photographe de mode à la base, né au Maroc et ayant grandi en Belgique, il a choisi de faire de cette double culture la base de son travail pour créer un univers singulier qu’il nomme « Mousganistan ».

A travers ses photos, il confronte l’Orient et l’Occident en mélangeant par exemple, McDonald’s et le voile ou les codes de la culture arabe et les marques de luxe. Ce mélange donne des clichés étonnants et décalés, parfois humoristiques entre tradition et modernité. Il s’inspire principalement des objets du quotidien marocain et leur donne un coté artistique en les sortant de leur contexte.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le but du photographe est de rassembler les gens grâce à l’amour et l’humour comme il le dit. Il se sert de l’humour pour déconstruire les préjugés sur le monde arabe. Mous Lamrabat prouve aux occidentaux qui sont encore effrayés par les musulmans qu’ils pensent différents d’eux, qu’un musulman peut faire de l’art à l’occidental et que la culture arabe est très drôle et très artistique. Avec ses clichés, il fusionne ses « deux mondes » et montre que nous pouvons vivre ensemble malgré nos différences.

« Finalement, je veux rassembler les gens ! Surtout dans les temps que nous vivons, où c’est « nous » contre « eux ». J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on pense que nous n’avons plus besoin des autres. Et cela m’effraie. »

Certaines de ses photos peuvent faire polémique et être mal interprétées comme celle de la femme en niqab bleu qui fait référence à la célèbre couverture de Paper Mag avec Kim Kadarshian, photographiée par Jean-Paul Goude. Mais lorsque l’on connaît les intentions du photographe, on comprend que c’est encore un moyen de défaire les clichés et les stigmates sur la culture arabe.

Le travail de Mous Lamrabat me touche particulièrement, car comme lui, je suis métisse marocaine et en grandissant, on vit une sorte de « crise identitaire » où l’on se demande à quelle origine on appartient le plus, laquelle nous représente le plus, car au bled, on n’est pas considéré comme vraiment arabe et en France comme vraiment français. C’est parfois compliqué de savoir qui on est et de se construire. J’admire cet artiste qui a réussi à se servir de son métissage pour créer, pour faire de l’art, il en a fait une force. Je pense qu’il faut prendre cette diversité et ce mélange de cultures comme une chance même si on essaye parfois de nous faire croire que c’est une faiblesse (notamment dans les absurdités que l’on entend dans les débats politiques actuels) , ce photographe y est parfaitement arrivé et me redonne de l’espoir.

Iman AMRANE – DNMADE23Jo – Décembre 2021

Plongez dans un monde fantastique au cœur d’une joaillerie enchantée

Lors de l’exposition GemGenève qui a eu lieu en novembre dernier, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux joailliers, dont Elena Okutova, qui m’a fortement marquée. C’est pour cette raison que je souhaite partager avec vous cette rencontre surprenante. En effet, le travail de la créatrice est bien connu des amateurs de bijoux, en Russie, pour son caractère unique, son identité culturelle et son souci du détail. Ses bijoux sont comme des peintures, des croquis inspirés de la nature, de l’architecture et du ballet russe.

Qui est Elena Okutova ?

Elena Okutova est une artiste moscovite ayant fondé sa propre marque de joaillerie en 2009. Elle travaille aux côtés de sa famille et de maîtres joailliers dans son atelier à Moscou. Elle est diplômée du Département de métallurgie artistique de l’Université d’État d’art et d’industrie de Moscou.

Ses sources d’inspiration :

Les sources d’inspiration de son travail sont le romantisme du Moyen Âge, les ornements médiévaux, la Renaissance et l’art japonais. Pour créer ses bijoux, elle utilise une variété de motifs de l’art byzantin aux traditions de l’Extrême-Orient.

Les bijoux d’Elena s’inspirent de la musique baroque, des tissus anciens, de la littérature classique et d’autres objets exotiques qu’elle voit dans ses voyages à travers le monde. Elle utilise des éléments stylistiques et des techniques typiques de certaines période de l’histoire.

 

Les techniques :

Tous les bijoux créés par la marque d’Elena sont sculptés en cire, à la main, sans l’utilisation des logiciels de CAO.

Le travail de la joaillière se caractérise par l’utilisation de l’émail chaud en combinaison avec des pierres colorées, souvent ornementales et d’une taille importante. L’élaboration détaillée au dos de tous les bijoux leur donne un côté personnel, secret, presque mystérieux. Plusieurs modèles de boucles d’oreilles ont deux faces et permettent à celle qui les porte de changer d’image selon son humeur et son envie.

Chaque bijou a sa propre palette de couleurs et de motifs ce qui le rend unique. En effet, Elena Okutova ne fabrique jamais deux fois le même bijou, à chaque fois, le design, les motifs en émail et les pierres doivent être adaptés au tempérament, au caractère et aux idées du clients.

« Nous voulons créer des bijoux intemporels qui vivraient dans la famille, qui se transmettraient de mère en fille », a expliqué Elena. « Nous aimons les idées de continuité et de respect de la tradition dans la fabrication de bijoux, et ressentons une affinité pour les pièces faites à la main et le soutien aux métiers en train de mourir. Nous utilisons l’émail à chaud, la sculpture à la main sur cire et les techniques de gravure, en accordant une attention particulière aux réglages et aux proportions. Car en plus d’être une parure frappante, chaque bijou doit être confortable à porter et de bonne taille ».

La joaillière russe ne fait pas que dessiner et diriger l’équipe de maîtres. Elle fait pleinement partie du processus créatif. Lors de notre discussion, elle m’a expliqué comment elle a résolu les difficultés et les moments délicats du travail du métal ou de l’émaillage. Un anneau, par exemple, peut avoir 3 à 4 techniques innovantes en plus d’une technique traditionnelle. De plus, elle articule toute une histoire derrière chaque petit détail de ses bijoux.

Une notoriété internationale:

Le travail et les pièces uniques d’Elena Okutova ont été remarqués au-delà de la Russie. Ses créations font partie des collections privées de clients du monde entier. De la Russie, à la Grande-Bretagne, en passant par la Suisse, la Suède, la Slovénie, la France, l’Espagne, les États-Unis, le Mexique, le Chili, le Japon ou encore, la Malaisie, Elena Okutava s’est fait un nom auprès des plus grands et mêmes les célébrités veulent s’offrir un bijou de la créatrice.

L’actrice française Eva Green est une grande fan du talent d’Elena.

« J’aime la magie des anneaux, comme s’ils auraient pu appartenir à une sorcière ou à une fée. De cette façon, j’ai l’impression que je peux être moi-même. Je me sens protégée, comme si je portais un talisman. »

 

 

La joaillière a obtenu plusieurs prix, notamment en 2019, sa bague « Bakst » a eu la 3e place dans la nomination « Techniques de joaillerie : Traditions dans l’artisanat de la Russie ». La même année, sa broche « Lotus » est devenue lauréate du concours « Russian Diamond Line 2019 ».

 

On peut également lire de nombreux avis et critiques sur les créations complexes d’Elena. Elles sont décrites de diverses manières. Certains y voient un conte de fées russe, «l’âge glorieux» de l’Empire ottoman, un «voyage en Indochine» ou encore les artefacts de la Renaissance et du Moyen Âge. Personne ne semble être d’accord sur ce qu’il voit. Soit vous aimez ce que vous voyez, soit vous trouvez que c’est « trop ».

La célèbre critique de bijoux, Melanie Grant, y voit un « univers gothique fantasque et baroque ». Elle fait une allusion aux personnages de Tim Burton.

Une philosophie de vie remarquable :

Pour la créatrice, rien n’est impossible, ses bijoux le montrent, ils sont d’une finesse et d’une précision incroyable. Son expérience en tant que créatrice de bijoux lui a montré que c’est son projet d’artiste qui lui donne la liberté nécessaire dans la mise en œuvre de ses idées.

C’est en étant très ouverte d’esprit qu’elle puise son inspiration, tout ce qu’elle voit en est une source et lui sert de base à la création de ces chefs d’œuvre. Je pense que l’on peut réellement parler d’œuvre d’art car ses créations sont dignes de peintures et de sculptures de maîtres.

De plus, elle est toujours positive et elle ne s’arrête pas sur des échecs, elle tire toujours le meilleur de ses expériences afin de s’améliorer dans ses créations suivantes. C’est une personne optimiste, souriante et passionnée.

Parler avec Elena a été un moment très enrichissant pour moi et je suis ravie d’avoir pu faire sa connaissance. Son discours passionné et passionnant m’a plongé dans son univers unique et m’a fais rêver le temps d’une discussion.

Enfin si vous voulez suivre le travail d’Elena, vous pouvez la retrouver sur son site internet ou sur Instagram: @elena_okutova_jewellery, vous pouvez également voir ses inspirations sur son compte : @elenaokutova.

Merci pour votre lecture !

Alizée CB – DNMADeJO23 – Déc 21

FAUNA ou une histoire incroyable…

Le professeur émérite Peter Ameisenhaufen

1979. Cap Wrath au nord de l’Ecosse, deux amis, Joan Fontcuberta et Père Formiguera sont en vacances dans un cottage isolé en pleine nature. Le climat écossais est au rendez-vous, il fait froid et une tempête les empêche de faire leur randonnée hebdomadaire. Les deux compères s’occupent comme ils peuvent et bientôt toutes les activités d’intérieur étant faites, l’idée de se rendre dans la cave condamnée attise leur grande curiosité. Qu’elle fût leur surprise de se retrouver nez à nez avec une multitudes d’étagères où étaient disposés carnets, photographies, flacons de formol, instruments et animaux empaillés. Bien que l’orage s’arrête, les deux amis piqués d’interrogations continuent à explorer et déchiffrer le mystère. Tous les documents sont signés d’un certain Peter Ameisenhaufen. Après quelques recherches, il s’avère qu’Ameisenhaufen (1895-1965) est un zoologiste allemand, savant naturaliste de l’école néodarwiniste. Fontcuberta et Formiguera découvrent au fil des carnets que le zoologiste étudiait l’existence d’animaux que l’on pensait disparus, dont on ne connaissait pas l’évolution et de phénomènes tel que le monstre du Loch Ness. En repartant d’Écosse, les deux compères décident de ramener toutes les archives avec eux à des fins scientifiques. Les preuves sont multiples, les travaux sont réalisés avec la plus grande attention et bientôt de nombreux scientifiques s’accorderont sur la crédibilité des recherches, squelettes et animaux empaillés prouvant ainsi l’existence méconnue de nombreuses espèces. Je pourrais ainsi vous parler du Felix Penatus (découvert dans le Grand Atlas au Maroc) dont le squelette prouve que ce félin était pourvue d’ailes ou bien encore du Solenoglypha Polipodida, serpent possédant des pattes.

Reconstitution du squelette d’un Felix Penatus par le professeur Ameisenhaufen.

   Peter Ameisenhaufen est alors réhabilité en tant que grand scientifique ayant permis de résoudre l’évolution d’une trentaine d’espèces. Bientôt les musées et scientifiques interviendront auprès du public, le Musée Zoologiste de Barcelone est même le premier à exposer les découvertes qui seront suivies d’une multitude de conférences. On peut ainsi dire que Joan Fontcuberta et Père Formiguera réussiront à rétablir la mémoire d’Ameisenhaufen… 

Solenoglypha Polipodida

 

Exemple d’une page d’un carnet

… et vous vous dîtes que mon histoire s’arrête ici ?

Oui mais voilà, il s’agit d’une supercherie créée de toutes pièces par ces deux hommes qui s’avèrent être deux artistes; Joan Fontcuberta, artiste plasticien, photographe et Père Formiguera, artiste peintre et photographe. Pendant 4 ans, à l’abri des regards et avec la complicité d’un taxidermiste, ils vont créer tous les éléments nécessaires pour duper avec subtilité le monde scientifique. C’est un travail titanesque qui demande tout leur temps, ils se doivent d’être méticuleux, dans le détail pour que rien ne fasse défaut. Ils vont jusqu’à créer pour chaque espèce un mode de vie, un habitat, un comportement détaillé dans chaque carnet.

Ils sont conscients que ce qui crée la crédibilité est l’aspect scientifique. Il faut user des techniques et codes habituels (un langage scientifique soutenu, des recherches en quantité, des preuves visuelles…). Et cela fonctionne au-delà de leurs attentes ! À travers ce coup de génie se cache plusieurs réflexions concrètes ; en particulier notre rapport au monde et aux images. On accorde depuis son invention une certaine vérité incontestable à la photographie (dans les années 70-80 les montages photos sont encore rares). Fontcuberta joue du pouvoir des images et laisse la confusion nous gagner. Il vise aussi à prouver que les musées et institutions scientifiques ne sont pas toujours dans la certitude et qu’il est finalement facile de duper une autorité publique ou scientifique. Les deux artistes démontrent combien les apparences sont trompeuses si l’on baisse la garde et que nous devons nous méfier de ce que l’on veut bien nous montrer. Faut-il donc se fier à ce que l’on voit ? Nous pouvons nous poser cette question, nous qui sommes dans un monde d’images, un monde de plus en plus rapide où l’information règne. Il est normal d’appréhender ce que l’on voit si l’on se fie aux nombreux trucages et technologies employés. Nous ne pouvons donc pas nous limiter seulement à notre perception mais nous avons besoin également de croire au-delà de ce que nous voyons, sans jamais oublier de devoir douter.

      En tout cas le musée Zoologique de Barcelone a promis que l’on ne l’y reprendra plus !

Pour approfondir le sujet : 

Joan Fontcuberta est devenu depuis les années 1980 un spécialiste dans l’illusion et l’art de réaliser de faux contenus.

Autre oeuvres de Joan Fontcuberta :

Herbarium (1984) : Série de plantes imaginaires réalisées à partir de déchets.

Hydropithèque (2002-2012) : Installation de faux squelettes de Sirènes (toujours présents pour les curieux en Haute-Provence en France).

Fauna (livre lié à la supercherie), Joan Fontcuberta et Père Formiguera (1989).

Méditations métaphysiques, René Descartes (1641) pour apprendre à douter de tout.

Diane Cerda – DNMADeJo14 -Décembre 21

Les oiseaux, grands critiques d’art !

Aujourd’hui tout le monde apprécie les oiseaux. Et surtout, tout le monde apprécie l’art. Et si on mettait les deux ensemble ?

C’est en partant de ce principe un peu farfelu que l’idée de peindre des fresques géantes pouvant être vues du ciel est venue à l’artiste français Saype.
Mais ce qui fait que cet artiste est unique en son genre, c’est sa capacité à peindre des personnages sur l’herbe tout en défendant des causes bien concrètes.


Ce pionnier d’un nouveau type d’art, mélange entre du street art et du land art, peint sur l’herbe grâce à une peinture totalement biodégradable. Il se considère d’ailleurs lui-même comme « pionnier d’un nouveau mouvement qui est la peinture biodégradable sur herbe« .

Le nom de Saype vient de la contraction des mots Say Peace, nom avec lequel il signait ses divers graffitis et tags dans les villes au début de sa carrière.
En 2013, il commence à s’intéresser à faire une peinture biodégradable. Il passe un an à concevoir sa propre peinture totalement naturelle et c’est à partir de là qu’il réalisera à l’aide de quelques amis deux ans plus tard une gigantesque fresque sur herbe nommée l’Amour de 1400m².

L’Amour, fresque de 1400m², est un véritable défi tant physique que technique pour Saype. Il exprime « l’humilité » de l’Homme face à Dame Nature. Peinture éphémère faite au Col des Aravis, Haute-Savoie, 2015.

 

L’artiste aime travailler dans la nature, mais aussi la défendre.
Chacune de ses œuvres milite pour une cause liée à l’environnement dans lequel elle se situe. Saype a pour règle d’or « d‘impacter les mentalités sans impacter la nature« .

Il est animé par le fait de s’affranchir du monde clos des galeries et de pouvoir travailler en plein air. « Cela me donne une infinité de possibilités, déclare-t-il, c’est ça qui m’éclate dans mon travail« .

Ses œuvres ont une durée de vie d’environ un mois. Sa peinture ne craint pas vraiment la pluie mais évolue au fil des intempéries, de la repousse de l’herbe et du passage des visiteurs.

Toutes ses œuvres relèvent des questions existentielles et philosophiques, explorant le plus souvent des problématiques autour de l’être humain. L’artiste partage sa vision du monde à travers son travail et nous invite à nous interroger sur notre nature profonde, notre place sur Terre et dans la société.

Qu’est ce qu’un grand homme? est la plus grande fresque biodégradable sur herbe du monde, s’étendant sur 10 000m² et faite dans les Alpes suisses à Leysin en 2016.

 

L’artiste s’engage socialement en 2018 en créant Message from future, une « petite » fille de 5 000m² en plein cœur de Genève en soutient à l’association SOS Méditerranée.


Depuis, Saype a développé un projet appelé Beyond Walls à but pacifique en créant plusieurs œuvres à travers le monde.  Le 1 décembre 2021, il crée All of us de 2 800m² sur la plage de Miami Beach, pour lutter contre le sida.
« En cette journée mondiale de lutte contre le sida, c’est le bon moment pour partager des messages d’espoir optimistes et aider l’association caritative (RED) luttant contre le sida. »

Saype est donc un artiste international engagé qui, grâce à ses œuvres, veut entretenir l’environnement à sa juste valeur et la paix à travers le monde.
On peut donc se demander si une œuvre éphémère dans la nature bouscule plus les mentalités qu’une œuvre permanente dans une grande galerie d’art ?

Mes sources:
https://www.saype-artiste.com/
https://www.bfmtv.com/replay-emissions/les-chroniques-de-l-ete/moi-je-saype-land-artiste-31-07_VN-202007310133.html

Arthur WEGBECHER – DNMADE 14 – Décembre 2021

L’autisme avec sincérité et poésie

« Vouloir rentrer dans un moule c’est bien, mais que pour les gaufres »

« Les chaussures de Louis » est un court métrage de 5 minutes réalisé par 4 étudiants de l’école MoPA (film d’animation 3D). Mais ce n’est pas n’importe quel court métrage, il a été sélectionné dans 60 festivals à l’échelle internationale et récompensé sept fois notamment du titre de Student Academy Award dans la catégorie animation internationale.

Le film parle d’un petit garçon de huit ans et demi prénommé Louis atteint d’autisme Asperger et de son premier jour dans une nouvelle école. Devant l’obligation de se présenter devant ses camarades, Louis parle de lui mais il préfère expliquer sa perception du monde, et en quoi elle est différente de la perception des autres. C’est pendant ces explications (qui sont basées sur des témoignages pour être le plus fidèle à la réalité) que les 4 auteurs brisent le tabou et les préjugés que trop de monde ont encore vis à vis des personnes autistes. Une fois le court métrage terminé, on se rend compte de l’enseignement que l’on peut tirer d’une personne autiste. Que ce soit de leur sincérité, de leur rigueur ou encore de leur méthodologie. Mais Louis a aussi besoin de ses camarades, pour qu’ils le respectent et qu’ils le mettent dans un bon environnement où Louis pourra travailler en toute tranquillité. Ce petit film fait énormément réfléchir sur l’acceptation des différences des autres, dire qu’on les accepte est une chose, mais s’adapter à une personne différente pour qu’elle puisse se sentir aussi bien que les autres, c’est bien différent. Pour moi elle est là, la vraie acceptation.   

Pouvoir se projeter dans la tête d’un autiste n’est pas quelque chose de facile en temps normal, cette animation le fait de manière brillante et poétique. La voix enfantine de Louis ne fait qu’accentuer l’innocence des personnes touchées par ce trouble et nous sensibilise davantage. Il est certain que cette vidéo deviendra un outil utilisé dans les écoles pour pouvoir aborder le sujet avec justesse. Pas seulement dans les écoles primaires, bien qu’il soit compréhensible par des enfants de 8 ans, il convient également pour des lycéens et des étudiants. Il est rare de trouver des œuvres qui s’adressent à autant de générations en même temps, c’est souvent signe que l’œuvre est réussie.

Je ne trouve pas surprenant que ce court métrage ait raflé un aussi grand nombre de nominations et de prix. En plus du fond, la forme est elle aussi une réussite. Des super images, des bruitages et une bande son irréprochable et le format de 5 minutes convient parfaitement à l’histoire qui nous est racontée. Je ne peux que vous conseiller de le regarder et le partager pour que tout le monde puisse avoir accès à ce chef-d’œuvre!

Titouan L. – DNMADe 2 Ho – Décembre 2021

« Clito, papier, ciseaux »

L’excision est un fléau mondial qui touche 2,2 millions de femmes par an. En 2016 selon les Nations unies, il y avait déjà plus de 200 millions de femmes et de filles victimes de l’excision, une forme de mutilation génitale dans le monde.

 

Un cri de douleur inoubliable. Une cicatrice laissée au plus profonde de sa chair. Une couleur rouge qui teinte l’intérieur de ses cuisses et se répand sur le carrelage de la salle de bain. Elle ferme les yeux et revit la scène comme si elle avait eu lieu la veille. Elle revoit les visages de ceux qui lui maintiennent les bras et les jambes, de celle qui brandit la lame.

C’est donc à travers cet acte que j’aimerais vous sensibiliser sur cette barbarie effectuée par l’Homme.  N’est-ce pas inhumain et inconcevable ? C’est donc pour cela que j’ai décidé de choisir le concept de l’association 28 Too Many qui avait lancé une campagne incisive dont j’aimerais vous parler en attirant votre attention, pour permettre de lutter contre ces tortures.

 

D’où l’idée de l’agence de publicité britannique Ogilvy & Mather, se servant des bannières des pays occidentaux comme support de communication (Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Allemagne et France, …). « Les mutilations génitales féminines n’ont pas uniquement lieu dans des endroits reculés », prévient ainsi le slogan de la campagne. La campagne a pour but de sensibiliser les pays développés à travers les dangers de ce fléau.

 

Un concept d’affiches, diffusées depuis fin avril 2015, montrant des drapeaux recousus par du fil de fer, rouillés et ensanglantés, faisant écho aux circonstances inhumaines dans lesquelles sont pratiquées les excisions et ainsi dénoncer les conditions sanitaires sauvages administrées.

L’association mise sur des images choquantes, elles permettent de sensibiliser même de créer un choc envers le public pour que celui-ci, comprenne que cet acte de barbarie à encore lieu. Ainsi, elle se veut donc brutale pour rappeler que ce fléau n’est pas seulement un cas isolé africain. Douleurs intenses, hémorragies, kystes, stérilité, incontinence, infections urinaires, complications lors de l’accouchement, sont en effet des risques sanitaires importants causés par l’excision, pratique néfaste qui, dans le pire des cas, peut coûter la vie à de nombreuses femmes et petites filles.

Une pratique encore trop généralisée, qui pourtant est interdite dans une vingtaine de pays africains, en Europe, aux États-Unis et au Canada. L’excision soit, l’ablation totale et partielle des organes génitaux externes des femmes, est malheureusement encore trop présente dans le monde. C’est pour cela qu’il faut agir sans relâche pour enfin en finir avec ses violences physiques et psychologiques que provoquent les mutilations, laissant des marques à vie autant mental que physique.

Pour vous sensibiliser, voici quelques chiffres. Une excision touche une petite fille, toutes les 4 minutes soit 6000 par jour à travers le globe selon les rapports de l’Unicef.

Ce projet porte un message fort et a pour seule vocation, la dénonciation liée à l’excision et ainsi, éveiller les consciences à travers une collection de diverses affiches répertoriant différents drapeaux de différents pays. Ainsi, le questionnement se dirige sur le fait de : « Et si cela se passait chez nous ?« .

Ces mutilations engendrent de nombreuses conséquences graves et irrévocables. Alors dites STOP ! Et engagez-vous pour ses femmes et ses petites filles qui subissent l’atrocité de cet acte !

 

Et vous alors, qu’en pensez-vous ? 
Faites-le moi savoir en commentaire !

Merci pour votre lecture !

Cora Cesar – DNMADE23Jo – Décembre 2021

Le Monument Invisible

La curiosité vous attire ! Comment un monument peut-il être invisible ? Je vais vous le faire découvrir dans cet article conteur d’histoire et de souvenirs alors installez-vous près de la cheminée et laissez-vous porter par votre imagination.

Petit et encore aujourd’hui la période de Noël enchante nos esprits de sa magie créée par la neige, le sapin lumineux et les cadeaux, mais surtout et avant tout par ce gros bonhomme en rouge et blanc poussé par des rennes sur son traîneau, le Père Noël. Une histoire qui nous faisait attendre le mois de décembre avec impatience, mais qui cependant instaure le mystère avec ce personnage qui par sa discrétion n’a jamais été visible.

Alors comment et pourquoi croyons nous au Père Noël ? Demandez à vos parents, aux livres, aux films…

En effet nous ne pouvons croire en lui que par les histoires qu’on nous raconte, alors croirez vous en moi si je vous dis que se trouve dans le quartier de Schlossplatz à Sarrebrück un monument que l’on ne voit pas.

À la manière du père Noël qui rentrait clandestinement dans les maisons pour déposer des cadeaux au pied du sapin, Jochen Gerz a clandestinement scellé progressivement les pavés de la place pour rendre hommage aux disparus juifs victime de la Shoah…

Qui est Jochen Gerz ?

Jochen Gerz est un artiste conceptuel d’origine allemande, né à Berlin en 1940. Il mène l’essentiel de sa carrière artistique à Paris avant de s’installer en 2008 en Irlande. Ses travaux ne relèvent jamais d’une seule discipline artistique. Ils doivent d’abord être compris comme des œuvres in-situ où sont utilisés différents médias : Écriture, photographie, vidéo, installation, mais également performance. Ses anti-monuments et son œuvre sur la mémoire l’ont fait connaître au-delà du milieu de l’art.

« Quand je pense à l’art, je ne pense pas à l’idée de faire quelque chose. Tôt ou tard, je pense à être. Pour moi, l’art reste lié à son origine, être. C’est aussi la manifestation la plus radicale du non-dit que l’on puisse produire « .

Un Monument Pas Aussi Invisible qu’on ne le Pense

Le monument invisible, aussi appelé 2 146 Pierres, un monument contre le racisme, est une intervention faisant appel à la sculpture de Jochen Gerz.

1 an après la chute du mur de Berlin. Le pays est réunifié et la chute du mur entraîne une prise de conscience plus intense des événements passés. En avril 1990, l’ensemble des 66 communautés juives d’Allemagne (et de la RDA de l’époque) ont été invitées à mettre à disposition les noms de leurs cimetières. Jochen Gerz entreprend clandestinement, avec l’aide de ses étudiants de l’École des Beaux-Arts, de desceller progressivement les pavés de la place devant le château de Sarrebrück, ancien quartier général de la Gestapo. Sur chaque pavé, il inscrit le nom d’un cimetière juif d’Allemagne et la date de cette inscription pour le remettre en place, face gravée tournée vers le sol. Le nombre des cimetières donnés par les communautés juives s’élevait à l’automne 1992 à 2146. Cela a donné le nom au mémorial 2146 pavés.

L’œuvre a été inaugurée à Sarrebrück en mars 1993 par une exposition photographique retraçant les étapes de la réalisation du projet. Le 23 mai 1993, la place du château est officiellement baptisée Place du Monument Invisible. Ce sera le seul indice visible d’un lieu qu’on arpente sans repère.

Une Œuvre Conceptuelle

Il ne s’agit pas d’une œuvre comme les autres. D’une part, c’est une œuvre invisible, on ne la connaît que si on nous l’a raconté, car elle est cachée. C’est une œuvre conceptuelle. Le spectateur déambule donc sur l’œuvre elle-même et s’interroge sur ce qui se cache sous ses pieds. D’autre part, c’est une œuvre qui est une installation In Situ, c’est-à-dire installée non pas dans un musée, mais dans un lieu extérieur et choisi volontairement par l’artiste dans le but de créer du sens.

L’artiste détourne ici l’intention commémorative initiale et le caractère habituellement démonstratif du monument. Il crée ainsi une œuvre forte et discrète à la fois, dont le sens et la forme évoquent le silence de la population locale face aux déportations. L’artiste mobilise donc une nouvelle forme de commémoration qu’il développe sous la forme d’anti-monuments qui symbolisent l’enfouissement de souvenir de ces événements tragiques dans nos mémoires.

Si un jour vous avez l’occasion d’aller ou de retourner sur cette incroyable place, imaginez-vous arpenter une longue vallée de centaines de petits monuments pour vous laisser porter au cœur de l’espace, du calme, de la compassion et des souvenirs qu’offre Jochen Gerz à travers son œuvre.

Je vous remercie de l’attention portée à cet article, n’oubliez pas de laisser un commentaire.

Amélie T. – DNMADe23Jo – Décembre 2021

Extravagancia

«Pour réaliser de grandes choses, il faut d’abord rêver.»

Coco Chanel

Empli de rêves et de magie, de complots et de trahisons, le monde de la Haute Couture subjugue et ensorcèle depuis toujours. Faits de grands créateurs, destinés à une clientèle fortunée, ces vêtements défient leur fonction première, qui est de vêtir un corps, en affirmant une personnalité, une idée, une époque ou un savoir-faire. Créateurs classiques, créateurs extravagants ou créateurs culottés, les stylistes du monde de la Haute Couture sont avant tout des artistes qui jouent avec les matières, les motifs et les couleurs pour créer un nouveau monde visuel fait de formes fantasmagoriques ou improbables.

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Certains trouveront dans ces œuvres vestimentaires une immense perte de temps ou d’argent, certains diront même que ces tenues, importables par le commun des mortels, n’ont aucun intérêt d’existence sinon le fait d’être « jolies ». Et je répondrai d’accord. D’accord car la Haute Couture n’est pas destinée à être portée, elle est destinée à être observée et encensée, elle est destinée à sublimer un corps, à raconter une histoire, à faire voyager et à créer un univers visuel unique et merveilleux. Elle est destinée au rêve et à la fantaisie.

Dans cet article, je ne ferai pas plus longtemps l’éloge de la Haute Couture. J’aimerais seulement mettre en avant quelques créateurs, connus ou non, ainsi que leur travail, à la fois inspirants, choquants et uniques…

Ces créateurs ne sont que quelques exemples parmi beaucoup d’autres artistes. Moschino et Schiapparelli (que l’on redécouvre à nouveau, proches du surréalisme), Jean-Paul Gaultier (trublion de la mode) ou Alexander McQueen (dans son univers animal).

Le monde de la mode et de la Haute Couture est de l’art et, à ce titre, il peut être ornemental, engagé ou politique. Certains créateurs, obligés de s’expatrier pour faire accepter leur art, ont été décriés par le public ou la critique à cause de leur travail trop engagé, trop irrévérencieux, trop dérangeant, trop politisé…

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Malgré tous les problèmes que soulève le monde de la mode comme la grossophobie, la haine de l’imparfait, les débats sociaux ou environnementaux, l’utilisation de peaux ou fourrures d’animaux rares, l’exploitation d’êtres humains et de tous ces autres scandales, il règne dans cet univers un voeu unique de poésie et de beauté, de dénonciation et de rêve. Surfant sur la vague féministe et libérée, consciente des problèmes de société et de climat de ces dernières années, un nouveau monde de la mode et la Haute Couture se dessine, plus ouvert aux différences, plus inclusif, plus libre…

“Le mauvais goût, c’est de confondre la mode, qui ne vit que de changements, avec le beau durable.”

Stendhal

Justine Carrière – DNMADE 23Jo – Décembre 2021