Comment l’artiste exprime t-il son mécontentement face à la société de consommation ?

 Fiche de cours

 

I. INTRODUCTION

Après la seconde Guerre mondiale la consommation de masse qui est née aux États-Unis, s’étend au monde entier. Cette société de consommation impose la standardisation des modes de vie, elle favorise la surproduction, entraine la multiplication des déchets et du gaspillage. Cette société et ses dérives vont inspirer les artistes qui, le plus souvent, critiquent et dénoncent la surconsommation.

PROBLEMATIQUE : Nous nous interrogerons sur la façon dont l’artiste exprime son mécontentement face à la société de consommation de la deuxième moitié du XX° siècle.

ŒUVRES : Notre objet d’étude portera sur l’étude de deux œuvres engagées proposées à l’oral d’histoire des arts du DNB : une chanson française et une œuvre de musique concrète.

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II. LA SOCIETE DE CONSOMMATION

> Les Trente glorieuses est le nom de la période donnée aux trente années de faste économique 1945 à 1975 en France.

> Période marquée par l’entrée dans l’ère de la société de consommation devenant de plus en plus une culture de masse (= destinée au plus grand monde.)

> Forte croissance économique : La population gagne assez d’argent (ou peut emprunter grâce à l’apparition du crédit) pour acheter en grande quantité des biens qu’elle ne connait pas ou qu’elle ne pouvait s’offrir.

> Production standardisée où les biens de consommations sont produits à grande échelle afin de réduire les coûts de fabrication pour proposer un prix le plus attractif possible.

> Création de besoins artificiels par le biais de la publicité qui incite à consommer toujours plus.

> Le temps et les revenus sont consacrés à une nouveauté : les loisirs.

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III. LA COMPLAINTE DU PROGRES – LES ARTS MENAGERS (1956)- BORIS VIAN

> Boris Vian (1920-1959) : Auteur (paroles) et interprète de la chanson. Voir biographie dans fiche de cours « Quand la guerre se met à chanter »

Articles :  “Boris Vian à Paris” (biographie) / Exposition à la BNF 

Vidéos : INA sur Boris Vian (2’55) / TF1 sur Boris Vian (3’30) / “Boris Vian, le touche à tout génial” (9’22)

> Alain Goraguer (1931-) : Compositeur (musique) de la chanson. Il est le pianiste attitré de Boris Vian à partir de 1955 avec qui il composera une cinquantaine de chansons.     

Contexte historique de la chanson :

  • Seulement, cinq ans plus tôt, les français utilisaient encore les tickets de rationnement.
  • La consommation frénétique d’objets ménagers n’en est qu’à ses balbutiements.
  • En 1956, 14% seulement des logements des Français disposent d’une douche ou d’une baignoire, 1% d’entre eux sont équipés d’un téléviseur…. pour en savoir plus…
  • Le salon des Arts ménagers apparaît en 1923 et connaît un record de fréquentation au milieu des années 1950. Il s’agit d’une exposition annuelle présentant les innovations en matière d’habitation et d’équipement. 

Une chanson engagée humoristique

  • Boris Vian critique avec humour l’intrusion de la société de consommation dans la vie amoureuse du couple.
  • Le plaisir de la consommation et de la possession d’un maximum de biens matériels remplace la sincérité des sentiments amoureux.

SKETCH (1951) sur le salon des Arts ménagers

La complainte du progrès chantée par Boris Vian

ANALYSE MUSICALE

Qu’est-ce qu’une complainte ?

  • Une complainte est une lamentation chantée comportant plusieurs strophes, de caractère narratif racontant les malheurs d’un personnage.
  • Le terme de complainte donné à cette chanson est ironique car il contraste avec le caractère très enjoué de la mélodie et des paroles humoristiques.

La musique

  • Formation vocale : Une voix masculine soliste chantée, parfois proche de la voix parlée.
  • Formation instrumentale : Jazz band avec section rythmique (batterie, piano, contrebasse) et section mélodique (flûte traversière, clarinette, hautbois, xylophone.)
  • Rythme  de danse latino-américaine, temps faibles accentués.
  • Tempo allegro (rapide)
  • Tonalité Mi mineur : Le mode mineur pour exprimer la tristesse,  les affres de l’amour et des dérives du monde moderne.

Rapport texte-musique

  • Lors des deux derniers vers de chaque couplet, l’orchestre cesse de jouer. Le tempo n’est plus perceptible. Le chanteur déclame son texte comme un récitatif (soutenu seulement par quelques accords au piano).
  • Cette rupture permet de mettre en avant,  dans les refrains et la coda, l’énumération haletante d’objets qui suit, soutenue par le tutti de l’orchestre. Cela donne une véritable impression de profusion d’objets.
  • La femme est personnifiée par la flûte traversière (motif dans l’aigu, sur des rythmes rapides) lors de la querelle entre les amoureux (2ème couplet : « que l’on se querelle« ) et la rencontre d’une  nouvelle femme (CODA : « une tendre petite qui vous offre son cœur« )

ANALYSE DES PAROLES

La représentation du couple dans les années 50/60

« La complainte du progrès » est une chanson satirique sur la société de consommation émergente, mais c’est également une description négative de la vision du couple (surtout celle de la femme) vue par les publicitaires.

Ci-contre, une affiche datant de 1959 de Moulinex, fabricant français d’électroménager qui offre une image machiste (l’homme travaille, la femme cuisine). De même, le slogan est là pour nous rappeler la place/le rôle de la femme et de l’homme au sein du couple  des années  50/60 : “Pour elle, un Moulinex, Pour lui, des bons petits plats”.

A travers cette affiche, « on » veut nous convaincre que l’achat et la possession matérielle rendent heureux, que cela est source de bonheur. Trente-cinq ans plus tard, Alain Souchon dénoncera cette idée  dans sa chanson « On nous fait croire que le bonheur c’est d’avoir » (« Foule sentimentale » – 1993).

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IV. THE MECHANICS OF DESTRUCTION (2001) – MATTHEW HERBERT alias RADIOBOY

> Vidéo : Interview de Matthew Herbert (5?)

> Site officiel de Matthew Herbert (Tous ses albums en libre écoute)

> Pour écouter l’album « The Mechanics of destruction »

> Article intéressant sur le compositeur et “The mechanics of destruction

> Dossier en anglais sur The mechanics of destruction

 

L’album The mechanics of destruction, sorti en 2001 sous le pseudonyme de Radio Boy, est un projet musical engagé de musique concrète. «La musique est pour moi toujours politique. Qu’elle soit une échappatoire, une alternative ou une critique.»

Biographie de Matthew Herbert

  • Matthew Herbert est né à Londres en 1972.
  • C’est un musicien et producteur anglais (son label est Accidental Records) de musique électroacoustique.
  • Son père est  ingénieur du son à la BBC (radio-télévision britannique).
  • Très jeune, il apprend le violon et le piano.
  • Adolescent, il est le pianiste d’un Big Band.
  • Il est passionné par les nouvelles technologies musicales. Dans les années 90, à l’Université, il échantillonne son environnement immédiat dans le but de créer un lien direct entre ce que le public voit et ce qu’il entend. Cette expérience l’encourage à écrire de la musique pour le cinéma, le théâtre et la télévision.
  • Dans son domaine, il est un leader de la musique électronique mais aussi un avant-gardiste (=en avance sur son époque, qui entreprend des actions nouvelles) car il repousse les frontières et les conventions du langage musical, travaillant toujours à plus d’innovations expérimentales.

Ses projets musicaux

  • Selon ses projets musicaux, il prend des pseudonymes différents dans l’idée de ne pas mettre sa personne en avant mais son message et sa musique : Doctor Rockit, Radio Boy, Mr. Vertigo, Transformer, and Wishmountain
  • 1997 : Around the House, album dans lequel tous les morceaux ont pour source sonore des bruits enregistrés dans son propre appartement (bruits de vaisselle, de douche…).
  • 2001 : The Mechanics of destruction, album engagé et libre de droit.
  • 2002 : Bande originale du film Le Défi réalisé par Bianca Li.
  • 2003 : Goodbye Swingtime, album entièrement composé pour un big band et de sons concrets enregistrés et samplés en concert.
  • 2005 : Plat du jour dans lequel il renoue avec l’expérimentation et l’engagement politique de The mechanics of destruction. Dans ce pamphlet contre la malbouffe, la plupart des sons proviennent de l’enregistrement de bruits de nourriture et de l’industrie agroalimentaire.
  • 2010 : Il compose aussi des musiques de films tels que « Café de Flore » de Jean-Marc Vallée avec Vanessa Paradis.
  • 2011 : One pig est un album sur la vie d’un cochon (de la naissance à l’abattage,  jusqu’à la consommation dans l’assiette) dans le but de dénoncer notre rapport à la nature.

Un album engagé, pour quel message ?

  • Matthew Herbert utilise la musique comme outil politique afin de dénoncer les dérives de la société de consommation (mondialisation libérale,  consumérisme, atteintes à  l’environnement et à la santé.)
  • «Dans ce projet, je cherche à exprimer ma colère envers une société dont je ne considère pas faire partie. Ce qui me renverse, c’est le caractère jetable de cette société. On génère tellement de déchets, sans en prendre la responsabilité. Je prends quelque chose qui ne fait que passer pour la rendre un peu plus permanente par sa destruction
  • Selon lui, que ce soit par le biais des manifestations ou par celui de l’art, il est nécessaire d’agir concrètement contre l’action de ces multinationales qui réduisent l’homme à l’état d’ »animal achetant », le poussant à la consommation par la publicité.
  • En 2002, Matthew Herbert réalise un concert-performance de son album, engagé et libre de droits,The Mechanics of destruction précédé d’un débat au Centre Pompidou à Paris.
  • En cohérence avec son message, l’album est distribué gratuitement aux spectateurs (et accessible en téléchargement gratuit).

 

> Procédés de composition de l’album « The mechanics of destruction »                 

De la musique concrète ?

  • Matthew Herbert met au point un projet qui consiste à travailler uniquement sur le modèle de la musique concrète : musique créée à partir de sons ou bruits du quotidien enregistrés puis transformés à l’aide d’un sampler.
  • Cette  musique permet une nouvelle liberté d’expression par opposition à la musique « classique » (qui impose des règles de composition).

Qu’est-ce qu’un sample?

Sample signifie échantillon. Un sample est un enregistrement numérique provenant de n’importe quelle source sonore (électronique ou naturelle) et que l’on peut ensuite jouer en modifiant son timbre et sa longueur.

De la destruction à la création

  • Dans The mechanics of destruction, Herbert a fait le choix de sampler le bruit de la destruction des produits des multinationales, de les détourner en vue de créer de la musique.
  • Les différents sons, enregistrés progressivement lors de la destruction manuelle de ces objets (vider puis écraser une canette de Coca-Cola, disséquer un Hamburger, piétiner une boîte de CD, casser un téléviseur) sont successivement enregistrés, numérisés, puis replacés dans un rythme défini répétitif qui permet de lier les sons entre eux.

Matthew Herbert ne se formalise pas qu’on reconnaisse ou non les sons du départ. «Je les place dans une machine (=un sampler), ce qui les éloigne de ce qu’ils sont à l’origine. C’est important que l’intégrité du processus demeure intact et qu’il en découle de la signification, mais ce n’est pas ma préoccupation de rendre l’écoute facile aux auditeurs. »

PERFORMANCE LIVE DE MATTHEW HERBERT ET INTERVIEW

dans l’émission « Music planet 2nite » (2001)

1ère partie : (performance du titre THE GM FOOD CHAIN + interview Bjork)9’08 :

2ème partie : (interview Matthew Herbert + performance des titres GAP et TELEVISION) – 8’35 :

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V. PROJET MUSICAL : Foule sentimentale (1993) d’Alain Souchon

> > Extrait émission « Taratata », Alain Souchon explique le message véhiculé par sa chanson

Partition : en SI mineur. Cliquez sur les partitions pour les agrandir.

Foule sentimentale page 1Foule sentimentale p2

Contexte historique1993 : La consommation des ménages ralentit car la France subit une crise liée en partie à la crise du Système monétaire européen (SME).

Message engagé : Alain Souchon dénonce la société de consommation dans laquelle il vit, « On nous fait croire que le bonheur c’est d’avoir« . Les paroles sonnent comme un écho à celles de Boris Vian dans la « Complainte du progrès ». La société de consommation des années 90 est personnifiée dans la chanson par deux célébrités :

– Claudia Schiffer (mannequin) représentée comme une personne déshumanisée, on ne sait pas ce qu’elle pense, elle n’est qu’une image…

– Paul-Loup Sulitzer (écrivain) ne pense qu’a gagner toujours plus d’argent.

Souchon nous prévient, on nous manipule (« on nous fait croire », « on nous inflige« ) et il nous met en garde, nous allons devenir « des gens lavés hors d’usage… » alors que l’on est « une foule sentimentale, on a soif d’idéal, attiré par les étoiles, des choses pas commerciales« .

Version espagnole de « Foule sentimentale », intitulée « Muy sentimental »

par le groupe Los Machucambos (groupe latino fondé à Paris en 1959) :

« (I can’t get no) Satisfaction » (1965) des Rolling Stones

> Présentation de la chanson « (I can’t get no) Satisfaction » sur France Info dans l’émission « Ces chansons qui font l’histoire » par Bertrand Dicale

POUR ALLER PLUS LOIN DANS LES ARTS :

> Art et consommation de masse

 

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