3ème – S2 – Musique et engagement

On 14 janvier 2018, in Classe de 3ème, by Aurélie Giordano

En quoi la musique peut-elle être le vecteur d’engagement ?

Comment une œuvre d’art traduit-elle l’engagement des hommes face au pouvoir politique de leur temps ?

 

L’art est porteur d’enjeux esthétiques et politiques.

Quelle que soit la nature de leurs ambitions, les artistes sont amenés à se positionner face au pouvoir politique de leur temps, qu’ils choisissent de : le servir, le combattre, ou se montrer indifférent.

Nous nous interrogerons sur le regard que porte l’artiste sur le XXe siècle, à travers la chanson engagée.

 

 

QU’EST-CE QUE LA SACEM?

C’est une société privée, créée en 1851, à but non lucratif :

Elle ne réalise aucun bénéfice, et toutes les sommes collectées sont redistribuées aux auteurs, hors frais de gestion.

Les adhérents (en 2018 : 161 000) sont obligatoirement, comme son nom l’indique, auteurs, compositeurs ou éditeurs de musique.  La Sacem a été créée par et pour eux.

Les trois principales missions de la SACEM :

 

PROJET MUSICAL : "Le déserteur" (1954) de Boris Vian

BORIS VIAN

Boris Vian (1920-1959) est un écrivain français, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz (trompettiste), né en 1920, à Ville-d'Avray (Hauts-de-Seine), mort en 1959 à Paris. Il fut aussi ingénieur de l'École centrale, scénariste, traducteur, peintre, …

>  Il est issu d’une famille aisée.

>  Sa mère aime la musique et joue de la harpe et du piano. C’est grâce à l’opéra cher à sa mère, « Boris Godounov » de Moussorgski, que Boris doit son prénom.

Sa maladie du cœur, dont ses œuvres porteront la trace, en fera la cible de l'affection trop étouffante de sa mère. Il en parlera dans L'Herbe rouge, et plus encore dans L'Arrache-cœur.

>  Il obtient un baccalauréat philosophie, avec option mathématiques.

Il fréquente les cafés de Saint-Germain-des-Prés qui rassemblent des intellectuels et artistes de la Rive Gauche : Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Miles Davis…

Le jazz est sa passion. En 1939, il assiste à un concert de Duke Ellington : c’est une révélation.

>  Son premier roman célèbre (signé sous le pseudonyme de Vernon Sullivan) est J'irai cracher sur vos tombes, (1946). Le roman est très controversé, notamment parce qu'il est retrouvé sur les lieux d'un crime passionnel. Boris Vian est condamné pour outrage aux bonnes mœurs.

> Après l'échec de L'Arrache-cœur (1953), il abandonne la littérature pour se consacrer à la musique.

> Passionné de jazz, il joue de la trompette de poche dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés. Il est également chroniqueur pour la revue Jazz Hot .

> Son œuvre connait un immense succès public posthume, notamment pendant les événements de mai 68. Les jeunes de la nouvelle génération redécouvrent Vian, l'éternel adolescent, dans lequel ils se retrouvent.

>  Il a écrit onze romans (dont L’écume des jours) quatre recueils de poèmes, des pièces de théâtre, des scénarios de films et plus de quatre cents chansons.

"LE DÉSERTEUR" (1954)

> Présentation de la chanson "Le déserteur" sur France Info dans l'émission "Ces chansons qui font l'histoire" par Bertrand Dicale

"Le déserteur" est une chanson antimilitariste écrite par Boris Vian en 1954 sur une musique d’Harold Berg.

Elle fut enregistrée le 7 Mai 1954, jour de la défaite de l'armée française lors de la bataille de Dien Bien Phu qui sonna le début de la fin de la guerre d'Indochine.

> Vidéos : INA sur Boris Vian (2’55) /L'histoire de la chanson "Le déserteur" (4'04)

> Vidéos : TF1 sur Boris Vian (3’30) / “Boris Vian, le touche à tout génial” (9’22)

> Contexte historique:

En 1954, la France est sous la IVe République et le peuple vient d’élire un nouveau président : René Coty (qui succède à Vincent Auriol).  La France est en guerre en Indochine (1946-1954) et s'apprête, la même année, à entrer dans un autre conflit en Algérie (1954-1962). Tout juste sortie de la Seconde Guerre Mondiale, la France enchaîne les conflits armés et meurtriers avec ces guerres d’indépendance des colonies françaises

> Article sur le Déserteur

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> Analyse des paroles :

>  Le texte écrit par Boris Vian n’est pas autobiographique car il n’a jamais pu faire la guerre en raison de son état de santé (cœur fragile). Il écrit ces paroles en se mettant à la place de tous ces hommes appelés à la guerre.

>  Il s’agit d’un texte strophique comportant 12 quatrains en rimes embrassées (ABBA) et épistolaire (rédigé sous forme de lettre)..

>  C’est une lettre argumentative dans laquelle on retrouve tous les procédés pour convaincre : des répétitions (anaphores), des phrases injonctives et une stratégie argumentative.

>  1ère strophe : On comprend qu’il s’agit d’une lettre ouverte adressée à « Monsieur le Président » (le président à cette époque est René Coty) par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation militaire en raison d’un conflit armé Un.  Il révèle son intention de déserter.

>  2ème strophe : L’homme y explique qu’il ne veut pas partir à la guerre, et justifie sa décision par les décès survenus dans sa famille à cause de la guerre, et par le fait qu'il ne veut pas tuer des personnes innocentes.

> 3ème strophe, L’homme incite les gens à suivre son exemple car il prône la non-violence, c'est un appel à la paix. On constate à ce moment-là que l’interlocuteur change, il ne s’adresse plus au Président mais au peuple. Il est également conscient que son acte aura de lourdes conséquences, car déserter est passible de la cour martiale ; il ne fuit pas et s'attend à être arrêté ou bien tué. "Vous pourrez dire à vos gendarmes, que je n'aurai pas d'arme et qu'ils pourront tirer".

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> Analyse musicale :

Formation vocale : Une voix masculine soliste.

Formation instrumentale: Un Jazz Band (petit orchestre de Jazz : piano, contrebasse, batterie (jeu avec les balais), guitare acoustique, hautbois, clarinette). Le choix d'un accompagnement instrumental très léger (peu d'instruments et dans une nuance piano/mezzo-forte) permet de rendre audible le texte qui porte un message important, lequel doit être entendu et compris par tous.

Tonalité : Do Majeur. Le choix d'une tonalité neutre permet de porter une mélodie facile à retenir, et  avec simplicité, un message difficile à entendre et à faire accepter : "Je m'en vais déserter".

Structure(Forme strophique) : Introduction / Strophe 1 / Transition / S2 / Transition / S3 / Coda

Introduction et Coda: Mélodie jouée au hautbois. Le tempo lent et le caractère grave,solennel pourraient évoquer des funérailles militaires.

Strophe 2 : L'accompagnement instrumental change pour illustrer musicalement les paroles (on parle alors de figuralisme) : "Quand j'étais prisonnier, on m'a volé ma femme, on m'a volé mon âme et tout mon cher passé", L'accompagnement n'est plus mélodique mais au contraire très rythmique. En effet, les instruments jouent tous en homorythmie (=même rythme) et le batteur n'utilise plus les balais mais les baguettes pour marquer le rythme et accentuer la nuance forte. Cet accompagnement renforce le texte qui évoque la détention, la souffrance physique, affective et morale de cet homme qui a souffert des précédentes guerres et qui ne veut plus revivre ces moments-là.

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> Reprises du "Déserteur"

> Ce chant fut repris par de nombreux artistes dont la militante pacifiste Joan Baez pendant la guerre du Vietnam.

- Marcel Mouloudji (écouter) : 1ère interprétation avec modification du texte original

- Serge Reggiani  (Dormeur du val + Déserteur) (écouter) - Après la levée de la censure, il popularise ce chant en l'associant au poème d'Arthur Rimbaud.

- Peter, Paul and Mary (écouter) : Groupe américain qui a interprété ce chant pour dénoncer l'absurdité de la guerre du Vietnam en 1964. Les paroles sont chantées en français et en anglais.

- Leny Escudero (écouter) - Marc Robine (écouter) - Les Sunlights (écouter) - Les Sans Culottes (écouter) - Esther & Abi Ofarim (écouter) - Nadim (écouter) Richard Anthony (écouter)

- Renaud (écouter) : Déserteur (1983) extrait de l'album « Morgane de toi ». Sa reprise (titre paroles) est fortement inspirée de la chanson de Boris Vian mais la mélodie est entièrement différente. Les paroles sont beaucoup plus familières mais la contestation et le message de non violence restent conservés. Le texte est un appel à la paix et à l'amour "Je n'suis qu'un militant du parti des oiseaux, des baleines, des enfants, de la Terre et de l'eau".

 

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PROJET MUSICAL : "Diego, libre dans sa tête" (1981) de Michel Berger

Cette chanson engagée dénonce les dictatures sud-américaines des années 1980 (notamment celle du Général Pinochet au Chili et celle des généraux en Argentine). « Diego »  représente un de ces milliers d'opposants aux régimes dictatoriaux jetés en prison «pour quelques mots qu'il pensait si fort ».

Interprété par France Gall (femme de Michel Berger) :

Interprété par Johnny Hallyday :

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PROJET MUSICAL : "Wind of change" (1990) de Scorpions

wind of change présentation giordano

Extrait d'une interview avec le chanteur Klaus Meine sur les circonstances de composition de cette chanson :

Source : L'avenir.net

"Wind of change" (Vent du changement) ne trouve pourtant pas son origine entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, mais à Moscou, en août 1989, se souvient Klaus Meine, chanteur-compositeur.
The Scorpions, en pleine gloire, participent alors à un festival de rock avec d'autres groupes occidentaux. "L'Armée Rouge était devant la scène pour faire la sécurité et nous tournait le dos. Quand nous sommes arrivés (...) ils se sont retournés vers nous et n'ont plus fait qu'un avec les fans, ils ont lancé leurs casquettes en l'air", raconte le chanteur, le visage ridé mais fidèle à son pantalon de cuir, à son béret et à son foulard à têtes de mort.
"En rentrant à la maison nous avions le sentiment d'avoir vu le monde changer sous nos yeux. "Wind of change" est né peu après", explique-t-il dans une petite salle tapissée de disques d'or à Hanovre (nord), la ville d'origine du groupe.


La ballade, qui ne sort qu'en 1990, devient un tube international, au point d'être en 1991 la chanson la plus vendue au monde. Elle obtient même le symbole musical de la chute du Mur. En effet, en 1999, lors des cérémonies pour le dixième anniversaire de la chute du Mur, les rockeurs jouent leur tube accompagnés de 160 violoncellistes, sous la baguette de Rostropovitch. L'image du virtuose russe jouant Bach au pied du Mur, peu après sa chute, avait fait le tour du monde en 1989.

VIDÉO JOURNAL TÉLÉVISÉ SUR LES 10 ANS DE LA CHUTE DU MUR > A voir ici


Au moment historique de l'ouverture du Mur, The Scorpions étaient à Paris, raconte Rudolf Schenker, le guitariste du groupe, "Klaus regardait par-dessus mon épaule une télé qui était au bar et m'a tout à coup dit "Hé regarde, c'est pas le Mur? il y a des gens sur le Mur!", se souvient-il.

Du temps de la guerre froide, The Scorpions, un des groupes préférés des Allemands, n'a jamais pu jouer en RDA.
Leurs fans d'Allemagne de l'Est en étaient réduits à se déplacer en masse pour voir leurs idoles à Budapest ou encore Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg), dormant sur les pelouses "parce qu'ils n'avaient pas le droit de changer assez d'argent pour se payer l'hôtel", se souvient Rudolf Schenker.

Sur l'Allemagne d'aujourd'hui, Klaus Meine, porte un regard mitigé. "A l'Ouest comme à l'Est nous avons tendance à oublier ce qu'était notre passé", estime-t-il. "Il faut se retourner et se dire tout ne s'est pas passé aussi parfaitement que prévu, mais (...) le fait que le Mur est tombé, que les gens sont libres, que plus personne ne doit mourir pour vivre en liberté, c'est quelque chose d'irréversible", martèle-t-il.

intro wind of change giordano

Clip officiel de 1990

Live

Pour s'entraîner : Paroles + traduction

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PROJET MUSICAL : No Bravery (2004) de James Blunt

> Partition

James Blunt, anglais, apprend dans son enfance à jouer du violon, piano et guitare électrique.

Issu d’une famille de militaires, James ne déroge pas à la règle : après avoir suivi des études dans l’aérospatiale, il s’engage dans l’armée britannique où il atteint le grade de capitaine.

Il participe à la mission de paix en ex-Yougoslavie. Il compose « NO BRAVERY » (trad. Aucun courage) lors de son séjour militaire au Kosovo alors qu’il était soldat pour l’OTAN en 1999.

Il raconte : « J’ai servi au Kosovo lors de la campagne de bombardements, et des accords de paix. Nous devions tout faire pour éviter que les gens s’entre-tuent. Vous entriez dans des maisons incendiées, dans des champs de cadavres et vous aviez vraiment le sentiment que quelqu’un ou quelque chose d’incroyablement démoniaque était passé par là ».

No Bravery n’est pas seulement une chanson de protestation contre la guerre, « c’est une chanson fataliste, tout comme le reste de l’album », a expliqué James Blunt.

Il quitte l’armée en 2002 pour se consacrer pleinement à sa passion : la musique.

 

Documentaire sur James Blunt : Du soldat au chanteur

 

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