Article Taggué‘insecte’

Découverte du plus ancien insecte complet vendredi, 17 août 2012

 

Jeudi 2 août, la revue Nature a publié le compte-rendu de l’étude du plus ancien fossile d’insecte complet, daté de la fin du Dévonien (il y a 365 millions d’années). On doit cette découverte à une équipe internationale (rassemblant Français, Américain, Belges et Suédois) dirigée notamment par l’entomologiste Romain Garrouste, du laboratoire « Origine structure évolution de la biodiversité » (Muséum national d’Histoire naturelle/CNRS) et le paléontologue Gaël Clément du Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements (Muséum national d’Histoire naturelle/CNRS/UPMC).

 

Bien que les arbres phylogénétiques (c’est-à-dire qui schématisent les liens de parentés entre les êtres vivants) élaborés pour ce groupe fassent théoriquement remonter l’origine des Insectes au Silurien, ces derniers n’étaient jusqu’à maintenant bien connus dans les registres fossiles qu’à partir de la fin du Carbonifère, les restes plus anciens se faisant aussi rares que fragmentaires. La trouvaille de Garrouste et de son équipe permet donc non seulement de combler enfin ce « vide paléontologique », mais également d’affiner la phyllogénie des tout premiers insectes.

Découvert dans les argiles dévoniennes de Strud en Belgique (un site déjà connu pour avoir livré au XIXe siècle des restes du tétrapode primitif Ichthyostega), l’insecte a été nommé Strudiella devonica, simplement d’après son âge et sa localisation. Malgré la petite taille du fossile (moins d’un centimètre de long), les photographies fournies par Nature permettent d’apprécier son remarquable état de conservation :

 

  iiiii

Ci-dessus, à droite : le fossile de Strudiella devonica (© Romain Garrouste). Barre d’échelle : 1 mm. On distingue aisément la tête (h), les mandibules (md), deux grandes antennes (ant), l’abdomen (abd) ainsi que plusieurs pattes indiquées par les flèches blanches. A gauche : reconstitution de l’insecte (© Romain Garrouste/Gaël Clément/Patricia Nel/Michael S. Engel/Philippe Grandcolas/Cyrille D’Haese/Linda Lagebro/Julien Denayer/Pierre Gueriau/Patrick Lafaite/Sébastien Olive/Cyrille Prestianni/André Nel).

 iiiii

Si l’insecte a été retrouvé aux côtés de crustacés d’eau douce, aucune éventuelle adaptation à un mode de vie aquatique n’a été relevée sur le fossile, aussi peut-on facilement imaginer que l’individu s’est tout simplement noyé.

iiiii

iiiii

Ci-dessus : Strudiella devonica incorporée à arbre phylogénétique des premiers insectes (© Romain Garrouste/Gaël Clément/Patricia Nel/Michael S. Engel/Philippe Grandcolas/Cyrille D’Haese/Linda Lagebro/Julien Denayer/Pierre Gueriau/Patrick Lafaite/Sébastien Olive/Cyrille Prestianni/André Nel). 1, 2 et 3 indiquent les places respectives de trois autres fossiles fragmentaires plus anciens.

 

Sur l’arbre phylogénétique proposé dans l’article de Nature, Strudiella devonica est interprété comme appartenant au groupe frère des actuels Ephemeroptera (éphémères), Odonatoptera (libellules) et Neoptera (mouches, papillons, sauterelles, coléoptères, hyménoptères, etc.).

Comme le souligne le communiqué de presse du CNRS et de l’UPCM, la découverte de Strudiella devonica apporte son lot de nouvelles questions : la rareté des fossiles d’insectes de cette période traduit-elle leur faible présence dans l’environnement d’alors, ou bien est-elle due aux caprices de la conservation ? Quels facteurs écologiques ont provoqué la diversification des insectes à l’époque de Strudiella ? Autant d’interrogations qui motivent et motiveront encore dans les années à venir la recherche fondamentale !

 

Sources :

 

iiiii

Igor Terminale S