L’école et la Shoah I

16 02 2008

« Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l’existence d’un enfant mort dans la Shoah. Rien n’est plus intime que le nom et le prénom d’une personne. Rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’histoire d’un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui ».

Il faut donc émouvoir.

Il faut donc que nos enfants soient les confidents intimes des douleurs de ce monde.

Il faut donc enseigner l’Histoire par le sentiment.

Mais Monsieur le Président, mes élèves me verront donc pleurer tous les vendredis matin?

Oui, certainement, car sentimentale, je le suis.

Ces enfants de la Shoah, ils sont inscrits dans nos âmes, à tout jamais. La souffrance d’un enfant, qu’il soit d’ici ou de là-bas, est une chose qui est insupportable, qui m’est insupportable et que je ne veux en aucun cas rendre supportable. Alors je continuerai de pleurer. Je le faisais dans l’intimité de ma conscience, je devrai donc l’assumer face à mes élèves. Curieuse situation. Vraiment. Vendredi matin, psychodrame en CM2, c’est inscrit dans les programmes!

Confier le drame d’un génocide à un enfant, lui en faire porter la souffrance ou la culpabilité. L’idée est surprenante, déroutante. Mais une autre question me vient alors, immédiatement. « Et le petit Rwandais, il n’y pas si longtemps…Vous vous souvenez? Qu’a-t-on fait de lui, de sa mémoire? Qui connaît son prénom? Celui de sa petite soeur? Du bébé à peine sevré? A quoi jouait-il lorsque les machettes lui ont tranché la tête? Et vous tous, les politiciens donneurs de leçons d’Histoire, à quoi étiez-vous occupés lorsque la maman de Bamgy se faisait violée sous ses yeux? »

Pourquoi avoir choisi un peuple plutôt qu’un autre? Ne sommes-nous pas tout autant responsables du drame de David comme de celui de Djumbé?

La loi du silence, sans doute, entretenue par des lois invisibles, par d’indicibles secrets.

Et les enfants serbes? Et tous les autres? Oui, tous les autres…

Enfin, Monsieur le Président, je terminerai par cette dernière question « Est-ce donc à l’école primaire, encore elle, de prendre en charge l’irresponsabilité des hommes politiques et de gérer la mauvaise conscience collective? »
 

Vraiment, je m’étonne. Enfin, non, à vrai dire, je ne suis plus étonnée.

Une fois encore, l’école va faire ce que les adultes ne savent plus faire, ou ne veulent plus. C’est tellement plus simple comme ça. On a coché la sale case. On a classé l’innommable dossier. On a donné procuration à l’école pour nous débarrasser d’un malaise insurmontable, d’un monstre monstrueusement laid. Mais l’école, Monsieur le Président, elle en crève de la douleur du monde!

Confier à nos enfants ce que l’humanité a produit de plus nauséabond, je ne trouve pas cela très honnête ni pour nos enfants, ni pour nos élèves, ni pour Samuel ni pour Zawan.

Voilà, ce n’est que la parole d’une instit’. Et vous êtes le Président.

Mais si les mots d’une enseignante ne pèsent pas lourd, écoutez ceux d’une ancienne déportée, d’une femme qui n’était alors qu’une toute jeune fille au doux prénom de Simone.

« C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste, tranche l’ancien ministre, déportée à 16 ans et demi à Auschwitz. On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent -très bien- de ces sujets à l’école. » Simone Veil

Merci Madame, merci Simone.

Je vous invite également à partager, sur cette question, les réflexions et analyses d’Hugo Billard, professeur d’Histoire Géographie à Meaux. ( Voir son site. ) « Le jardin des retours »

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5 réponses à “L’école et la Shoah I”

16 02 2008
mandarinfou (01:28:01) :

Chere Ostiane,

Je decouvre ton blog avec plaisir Ostiane. C’est le blog d’une passionnee et dans notre systeme educatif c’est certainement la valeur la plus en desuetude, la plus attaquee par la lassitude due a une multidude d’interventions ministerielles, politiques ou bien meme par le manque de reconnaissance d’une fonction qui enferme bien des tresors pour notre societe….

Dernierement, avec les enfants nous regardions la video de ton fils s’evertuant a nous enseigner la « tecktonick », danse des temps modernes. Nous etions tous les cinq « ecroules » de rire tant le carisme du fiston et son humour etaient decapants !. Ca nous fait plaisir de voir qu’en France quand les affairistes de tout poils (banquier, homme politiques) s’evertuent a casser le morale des francais les jeunes ont encore le punch et la facon. Merci a lui!

J’en arrive a ton article sur la Shoa…

Vu de Taipei, la crise politique que traverse la France est tout a fait digne du contexte local:

Bagarre au parlement, parti politique en deroute, candidat a la presidentiel peu soutenu pas les partis et les elites, une presse libre mais fixee sur la rubrique des « chiens ecrases »…
Seulement a Taiwan l’enjeu est de taille. « Faut-il aller vers l’independance vis a vis de la Chine ou s’en rapprocher? »…

En France non, rien de tout ca, l’enjeu est grand mais n’implique en rien l’integrite des libertes individuelles! et comme ca ne suffit pas, notre president, comme pour mieux faire oublier son inefficacite remarquee des derniers mois et la sur-mediatisation de sa vie privee triste comme un roman de gare, plonge la France dans un bain de compassion, de prise de conscience collective sur un passe « nauseabond » sur lequel est deja intervenu notre ancien president Chirac avec une demande de pardon qui, elle, me semble a propos.

OUi chere blogueuse, continue d’aller dans le paradis des enfants qu’est l’ecole de la petite enfance et transmet a nos enfants la passion qui t’anime, enseigne a tes eleves l’usage des sentiments, celui de la bonte, de la generosite sans transformer la realite. J’ose croire que ces enfants se construirons d’eux memes avec toi et leur environnement familliale.

Mandarinfou

16 02 2008
ostiane mathon (07:52:01) :

Quand la France dort encore Taipei s’éveille!
Bienvenu à toi vénérable Mandarinfou.
Et quand ce soir l’allumeur de réverbère accomplira sa tâche, qu’il te transmette mes très respectueuses salutations!

16 02 2008
Whimper (17:04:12) :

Il est juste taré.
Que peut-ont dire d’un tantinet édulcoré face à une démagogie aussi nauséabonde!
C’est se foutre totalement des enfants que d’oser proposer cela.
C’est insulter les professeurs que de laisser penser qu’il sont incapable de faire passer un message éducatif sur la Shoa.
C’est prendre les français pour des cons ou des irresponsables que de se défendre en disant que la violence est partout et surtout à la télévision. Et c’est faire méconnaitre l’Histoire que de comparer ces deux violences
Merde. Je n’ai été le parrain d’aucun enfant et pourtant je sais ce que sais que la Shoa.
Merci Maman, merci Papa vous me suffisez!

16 02 2008
ostiane mathon (19:58:37) :

Olé!
Euh, qui veut prendre la parole?
Bon, quand même, n’oubliez pas d’aller lire ma Charte…dans la barre transversale d’accueil
Juste deux ou trois petits clins d’oeil pour les coléreux.
Mais il en faut!

21 02 2008
Hugo Billard (17:06:50) :

Bonjour,
Petit mot pour vous remercier d’avoir mis mon blog en lien. Il est toujours agréable et réconfortant de savoir que l’on est lu. Et lorsque ça permet l’échange c’est l’idéal.
A bientôt et merci
Hugo Billard
Le Jardin des Retours

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