De l’école obligatoire à la réussite obligatoire…

19 02 2008

L’évaluation des enseignants sera donc désormais calculée en fonction de la réussite des élèves…

C’est nouveau, ça vient de sortir! Ce qu’il y a de commode, en ce moment, c’est qu’il ne se passe pas une heure sans que l’actualité ne me fasse cadeau de sujets à traiter! Monsieur le Président, encore vous, je vous suis grée de cette manne que vous m’offrez.

Bien alors donc, peu importe les méthodes pédagogiques, l’essentiel, c’est le résultat. La fin justifie les moyens en quelque sorte. Ca me rapelle quelque chose, pas vous?

Et bien voyez-vous, avec tout le respect que je vous dois, pour ce qui concerne l’éducation, l’instruction, l’enseignement, c’est bien tout le contraire. Et oui, messieurs les experts. La vérité est parfois, souvent, ailleurs…Mais il faut l’avoir pratiqué pour en prendre pleinement conscience…

Le chemin emprunté est tellement plus formateur pour l’enfant apprenant que le résultat obtenu.

(Un peu comme dans une promenade, vous savez, les paysages, les chants des oiseaux, les odeurs, les rencontres, les difficultés, les raccourcis, les surprises…ne sont-ils pas en définitive le coeur de la démarche? Le chemin nous mènera peut-être à Rome, peut-être pas, mais qu’il est beau ce chemin! Selon qu’il fasse soleil, ou bien qu’il pleuve, il n’est jamais pareil. Chaque heure, une lumière différente, chaque minute, un regard particulier).

 Mais je m’égare.

Oui, la relation pédagogique entre l’enseignant et son élève est autrement plus libératrice que le seul verdict du livret scolaire. Et cette relation est le fruit d’un long travail, quotidien et sans relâche. Une relation fragile, toujours sous tension. Une relation fondée sur l’exigence et la bienveillance. Une relation qui puise son fondement dans la nécessité absolue de faire grandir l’élève par le savoir mais qui trouve aussi ses propres limites dans l’acceptation par l’enseignant de la liberté de l’élève d’accepter ou non cette relation. Vous me suivez?

Les détours pédagogiques se révèlent autant de conditions d’autonomisation qui permettront, dans la durée, ( et oui…le temps…) à l’élève, à l’enfant, au petit d’homme de se construire en fonction des aptitudes et des compétences qui sont en lui et que l’école doit révéler. Oui, cela, c’est mon devoir. J’ai l’obbligation d’aider mon élève à se connaître et à connaître le monde. Je n’ai ni le droit, ni le pouvoir de lui imposer le monde. Quel monde? Le mien? Le vôtre? Celui qu’on a décidé pour lui ou celui qu’il va tenter de dessiner, avec sa palette, avec ses crayons, ses couleurs. A cela, je l’y aiderai. Farouchement. Obstinément. Avec exigence et bienveillance. (Toujours et encore). Oui, je l’aiderai à touver sa place, ou mieux, à la fabriquer. Je ne sais pas à quoi ressemblera sa vie, son destin. Je ne sais pas quel sera son avenir, ni le niveau de salaire qu’il touchera. je ne sais pas s’il sera heureux ou malheureux. Et vous, le savez-vous? Si oui, surtout, ne me dites rien. Je ne veux pas savoir.

La réussite obligatoire.

Je ne suis pas d’accord.

Et puis quelle réussite? (Cliquez ici pour lire mon article « Attali, le nouvel Attila »)

Et l’imbécile heureux, alors, n’a-t-il pas sa place à l’école?

Et Juliette la simplette, faut-il la radier de la classe?

Et Edouard le « cossard », est-il inapte à la société?

A 8 ans, l’école, c’est important. Mais la vie, la confiance, le droit à l’erreur, c’est tellement plus nécessaire. Tellement plus vital.

Alors donc, si je veux être bien notée par mesdames et messieurs les inspecteurs, oui, j’ai intéret à faire le ménage! Allez, oust! Les moins de 8/10, allez voir chez le voisin, ou plus loin, ou nul part si j’y suis. Demain, il y a inspection!

Des résultats, je veux des résultats!

Mais non, Mdam! Nous, on veut rester là, avec vous! Alors, demain, yaka dire qu’on a tous 10/10!

Ah, le petit malin….

Lui, pas de souci, avec ou sans diplôme, il ira loin dans la vie!

Un de sauvé!

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