L’école et la Shoah (bis)

20 02 2008

Cette semaine, dans ma « boîte à textes », la contribution d’un visiteur avisé, clair et éclairant.

Je laisse donc la parole à Greg, qui fait suite à mon article (L’école et la Shoah I ) et à l’intervention d’Emmanuelle Mignon, chef de Cabinet du Président, dimanche 17 dans le JDD )

« Ce que je pense, c’est qu’EM fait un amalgame désastreux entre racisme au sens large et antisémitisme. Utiliser la Shoah comme rempart psychologique contre le racisme (c’est l’objectif qu’elle affiche) entraîne deux conséquences paradoxales : elle dévalorise la cause de la Shoah et elle affranchit les actes de racisme qui ne relèvent pas de l’antisémitisme.

La Shoah est trop inconcevable pour être résolue par une mise en scène à l’école (c’est ce que tu dénonces dans ton article l’école et la Shoa, comme la procuration donnée au primaire). Elle est trop dure à porter par les enfants, non pas parce que ceux-ci seraient trop faibles ou mal équipés, mais simplement parce que la cause est insupportable. Je soupçonne que c’est ce qui provoque l’indignation de S. Veil. Elle s’attendrit sur les enfants, mais en fait elle revendique que l’on ne banalise pas l’affaire en la « traitant » ou en la « résolvant » en classe.

Madame Veil sait bien que les élèves de ta classe, le vendredi matin, même si tu fonds en larmes, ne seront pas immédiatement foudroyés sur leur chaise. Ils mettront en place les mécanismes leur permettant de survivre. Or c’est précisément cela qui a été impossible pour 6 millions de gens il y a 65 ans : ils ont été anéantis sans aucune raison théoriquement concevable et sans échappatoire possible !

Donc, on le sait bien, on ne peut partager, mesurer, mémoriser une telle horreur sans la vivre soi-même. Il n’y a pas d’explication, pas plus que d’expiation possible, et c’est bien cet état instable qu’il faut maintenir. Surtout vu des juifs.

Et puis, bien sûr, il y a le petit Rwandais. A cela E. Mignon répond qu’il faut distinguer entre conflits politiques et conflits racistes. Comme s’il n’y avait de conflits racistes que la Shoah. Or c’est totalement faux à deux égards : primo, la Shoah n’était pas un conflit guerrier, mais une répression civile ; et secundo les conflits comportent presque tous une composante raciste, même si elle n’est pas tout à fait explicite (Rwanda, Soudan, Serbie, etc. – et même, dans une certaine mesure le terrorisme islamiste anti-occidental).

Donc tout cela est assez confus et très déroutant, je suis bien d’accord avec toi, même si je ne le prends pas par le même bout de la lorgnette. »

Merci Greg. C’est justement ces différences de point de vue qui importent, car elles obligent à la distanciation, et permettent de se décentrer, de quitter l’émotionnel pour appréhender la réflexion par le jugement, c’est à dire la capacité de raisonner à partir du savoir et de la connaissance. Je n’ai rien à rajouter, aujourd’hui, j’écoute, je lis, j’essaye de mieux comprendre. Il y aura certainement un article « ter » sur le sujet. Un sujet qu’il ne faut évidemment pas taire, loin de là, mais qui mérite tellement mieux que la polémique politicienne.

Avis aux amateurs, dans ma « boîte à textes », vous pouvez, vous aussi contribuer aux débats en m’envoyant vos propres textes! Voir la barre transversale située dans la partie haute du blog.

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Une réponse à “L’école et la Shoah (bis)”

21 02 2008
Caro (18:48:35) :

L’oubli, c’est l’oubli qui me fait peur. Et nous vivons dans un monde d’oublis, pour mieux consommer.
Est-il inutile de dire à nos jeunes élèves la réalité de notre histoire, la réalité de notre face la plus sombre ?
Quand j’aborde l’holocauste et la Shoah avec des élèves de 3ème, je suis terriblement désemparée par la majorité de leurs réactions, initéressées au mieux, le pire vous ne le croiriez pas.
Et les réactions de tous ces adultes, que bien que masquées, l’on sent violentes voir agressives, de part et d’autre, me font dire que de l’histoire nous ne retenons rien ou que ce qui nous arrange.
Quel désarroi !
Mais un grand merci à tous mes élèves qui me permettent de vieillir en perdant toutes mes certitudes mais en gagnant un idéal de vie.

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