Les majuscules, une histoire personnelle.

11 03 2008

mathis a dix ans. une écriture rythmée par les pulsations de ses poings. ses mots guillotinés n’adhèrent pas à la page. le regard bas pour cacher des yeux trop vifs. assis dans un coin. élève récalcitrant, enfant désemparé.

Contrôle de copie. lettres électriques entrecoupées de tâches d’encre. mathis n’aime pas les majuscules. les belles anglaises ne sont pas pour lui et les bâtons lui font peur.

le texte est illisible pas de ponctuation aucun sens même sans produire  mathis est incapable de reproduire

Et puis un soir, merci monsieur Pennac, je lis votre chagrin d’école. Je pleure et je ris. Merci pennachionni!

Le lendemain: « Mathis au tableau ».

Sa voisine lui dicte une phrase (vous savez une suite de mots ayant un sens, qui commence par une majuscule et qui finit par un point.)

Sur l’estrade, le rythme mal cadencé de Mathis égratigne le joli tableau blanc.

« Maîtresse, y la oublié la majuscule!

Et le poing final aussi!

C’est vrai Mathis, regarde. Mais tu sais, je vais te dire quelque chose. Hier soir je lisais un beau livre. Un livre qui parlait de toi. »

Rire dans la classe. Haussements d’épaules. Regards incrédules.

« Tu vois, il existe un Monsieur très connu aujourd’hui. Il écrit des romans, des livres pour adultes et pour enfants. Tu te souviens L’oeil du loup?

Et bien vois-tu, ce Monsieur, il s’appelle Pennac, avec un P majuscule. Mais quand il était petit, il était comme toi. Jamais de majuscule. Il n’était qu’un pennachionni minuscule. Tout en minuscules.

Alors, Mathis, tu peux bien avoir zéro en contrôle de dictée ou de copie, dis-toi que cela ne t’empêche pas d’être Mathis, d’être quelqu’un avec un nom aussi propre que le meilleur des élèves. Et puis, qui sait, toi aussi tu écriras peut-être tes chagrins d’école! »

Que vous le croyiez ou non, depuis ce jour Mathis n’a plus jamais oublié d’habiller son prénom et son nom d’une jolie majuscule. A l’anglaise s’il vous plaît!

La notation ne prend en compte que l’adéquation immédiate d’une réponse à une question relative à une norme fixée par la règle. Cette notation ne doit pas exclure l’évaluation qui, elle, intègre dans son statut, le processus d’apprentissage, voire de résistance à l’apprentissage. Une toute autre affaire!

Des « garçons manqués » qui ne connaissent pas le féminin, des jumeaux séparés qui n’intègrent pas le pluriel, des enfants uniques qui mettent des « s » partout….oui oui, ça existe!

L’ORTHOGRAPHE, plus qu’un ensemble de règles, l’orthographe, l’expression de soi, du plus profond de soi.

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7 réponses à “Les majuscules, une histoire personnelle.”

11 03 2008
Eveline (17:00:01) :

Oui, Ostiane ! l’orthographe, qui contrairement à une idée coriace et fausse (les idées fausses sont souvent coriaces !) transcrit le SENS et non la prononciation, touche au profond de soi. Ceux qui prétendent, par exemple, que les noms propres n’ont pas d’orthographe se plantent complètement : ce sont ceux qui en ont le plus !
Si l’on écrit Eveline avec un « y » et non le « i » que mes parents ont jugé bon d’y mettre, je ne me reconnais plus : ce n’est pas mon nom.
En fait, l’orthographe joue, par rapport à l’écrit, le même rôle que la prononciation par rapport à l’oral.
Mal prononcer un mot (nom propre ou non) ou mal l’orthographier, c’est une grave INDÉLICATESSE, que l’on ressent toujours fort désagréablement. (Entre parenthèses, on a bien souvent l’occasion de reprocher cette indélicatesse aux journalistes !!)
Si comme cela se passe dansla classe d’Ostiane, ceci était appris dès l’enfance et de façon VALORISANTE (et non sous forme de règles à apprendre et à réciter), il y aurait moins de problèmes par la suite…
Quand les collègues le comprendront-ils ?

13 03 2008
ostiane mathon (09:32:08) :

Je crois, Chère Eveline, que les enseignants le comprennent, intuitivement du moins. Le problème de cette démarche, c’est qu’elle nécessite de pratiquer ce que j’appelle des détours pédagogiques.

1 Ces détours ne sont enseignés nullepart ( ou presque) et ne figurent dans aucun livre du maître. Seules l’intuition, puis la recherche et enfin l’expérimentation par l’enseignant, permettent la pratique de telles démarches.

2 Ces détours pédagogiques demandent du temps; et du temps, nous en avons peu si l’on regarde scupuleusement les quotas d’heures réservés à ces apprentissages: 1h30 par semaine d’Observation Réfléchie de la Langue…

3 Ces détours pédagogiques comportent des risques. Même pensée et préparée minutieusement en amont, une telle démarche pédagogique oblige l’enseignant, s’il souhaite respecter le chemin entrepris par son élève, à accepter de s’aventurer sur des sentiers pas toujours balisés. Et lorsque de surcroît, ce même collègue accompagne une trentaine d’élèves, on imagine qu’une telle approche relève du jeu de piste, voir du labyrinthe…

4 Ces détours pédagogiques ne sont pas toujours compris et acceptés par les parents qui souhaitent,légitimement il faut le reconnaître, que leur enfant avance.
Hors le principe de détour implique inévitablement des retours en arrière, des allées et venues, et des moments de stagnation difficilement acceptables par les familles, voire parfois, l’enseignant lui-même!

5 Ces détours pédagogiques ne se bornent pas à une seule matière….mais à un ensemble pharaonique de connaissances à acquérir…le fameux programme lui même dépendant du précieux socle commun. Si l’enjeu demeure honorable, il faut l’avouer, l’enseignant se trouve souvent, en réalité, face à une montagne à gravir. Seul, sans équipement valable, sans cordée à qui se rattacher…

Voilà, chère eveline, quelques points douloureusement vécus par nos collègues, qui par ailleurs, sont de plus en plus soumis à une obligation de résultats immédiats.

Pourtant,l a seule obligation qui me semble devoir incomber à l’enseignant, c’est l’obligation de PEDAGOGIE, l’obligation de mise en pratique de moyens et d’outils, qui permettront ou faciliteront de fait, l’acquisition des compétences et connaissances, des savoirs et savoirs-faire que l’école doit partager avec ses élèves et avec ses familles.

Lourde tâche, enjeu majeur…

Ne tapons pas sur la tête des enseignants? N’oublions pas, nous sommes nous-même issus de cette école, de ce système. Difficile de s’en distancer. Difficile d’être en rupture (évolution conviendrait mieux) avec son passé.

Je crois fermement que les enseignants, comme tout un chacun, doivent, pour bien enseigner, continuer d’apprendre. Mais alors, respectons leurs appréhensions, leur droit à l’erreur. Innover, entreprendre, requièrent temps, tâtonnements et accompagnement. Le maître n’est ni une icône, ni une machine, ni un soldat…juste un homme, une femme. Professionnel de l’enseignement, certes, mais pas tout-puissant!

Merci Eveline, pour votre visite, et revenez, revenez nous donner un peu de votre temps et beaucoup de votre sagesse!

Ostiane

13 03 2008
PMB (10:41:30) :

Merci d’avoir permis à mathis de devenir, à son rythme, Mathis.

La perte de la majuscule, intiée de longtemps par les artistes et les éditeurs (J’ai sous les yeux la couverture et les pages de garde de « les héritiers » aux Editions de Minuit, 1990) s’est généralisée avec Internet.

Hormis dans les livres et revues d’art où elle peut être bienvenue, on ne doit pas s’y résigner. Pas avaliser de perte d’indentité, ni de repère. La majuscule est la porte d’entrée dans la phrase. Une maison sans porte est une maison ouverte, certes. Ouvertes à tous vents de connaissance, peut-être. A tous vents de désordre : sûrement.

(Sur la perte du M/F et du S/P, grave selon moi, je me suis exprimé chez Lofi, je crois. Je retrouve ce texte si je peux)

13 03 2008
PMB (10:51:50) :

A yest. J’avais mis ça sur une note de Nestor Romero, Rue 89, note où je suis intervenu à plusieurs reprises.

http://www.rue89.com/restez-assis/le-rapport-bentolila-sur-les-maternelles-offensive-reactionnaire?page=1#commentaires

Je (…) souhaite donc qu’on réponde non à moi ou sur moi mais à cette question : pourquoi des gens de gauche souhaitent, non le retour à la tradition mais le retour à l’acquisition des fondamentaux. Ben oui, moi je crois qu’une personne qui ne marque pas la différence entre le singulier et le pluriel, le masculin et le féminin, le passé le présent et le futur, cette personne a de gros problèmes d’identité : singulier/pluriel, vous savez que vous êtes un individu avec droits et devoirs dans un groupe ; masculin/pluriel les vivants supérieurs sont sexués, passé/présent/futur vous pouvez vous situer dans une histoire, la vôtre comme celle de votre pays, comme celle du monde.

14 03 2008
Eveline (08:10:38) :

Deux mots sur la prétendue disparition des majuscules. Prétendue, oui, car il n’en est rien.
Il importe de ne pas confondre le fonctionnement de l’orthographe dans les textes et hors des textes.
Il arrive souvent que, dans un souci d’esthétique, et pour conserver une certaine harmonie de signes dans les titres, les génériques, les noms propres inscrits isolément, comme sur les cartes de visite, on supprime les majuscules. C’est parfaitement défendable… et cela n’a aucune incidence sur leur rôle dans le langage écrit : il est évident que, dans les textes, les majuscules sont un repère essentiel de lecture.
C’est aussi pour cette raison, entre autres, qu’il faut rejeter les manuels d’apprentissage de la lecture, notamment ceux qui sont préconisés en haut lieu, les manuels de méthodes syllabiques (les plus dangereux de tous), car ils enseignent la lecture sans les majuscules…
Il est vrai qu’ils sont tellement remplis d’erreurs sur ce qu’est la lecture et la langue de l’écrit, qu’on en est plus à une majuscule près…!

19 03 2008
pepe (21:40:54) :

La révolusion de l’ortograf è déja komansé é èl sepropaj rapidman -> http://www.ortograf.net

19 03 2008
ostiane mathon (22:00:25) :

Ki ne continu pa daprendr è tindign dansègné…
c comsa condi?

Ostiane

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