B comme b et a ba

18 04 2008

Une petite clarification sur un sujet très largement polémique. Des explications et des analyses de spécialistes et de linguistes ( dont je n’ai pas  gardé la trace, erreur de jeunesse) glanées au cours de ma formation continuée et dont je restitue ici quelques extraits. J’y ai rajouté, en bleu mes propres réflexions en la matière.

Méthode d’apprentissage de la lecture :selon le critère du modèle d’approche, on peut résumer comme ci-après les quatre grandes méthodes de lecture actuelles qui sont la méthode globale, la méthode semi-globale à laquelle est généralement préféré le terme « méthode mixte », la méthode syllabique et la méthode phonétique.

La méthode globale : elle a pour principale caractéristique de commencer l’apprentissage de la lecture par des textes et des phrases  comme si, entre autres raisons, il y avait une relation « naturelle » entre le code écrit et la construction du sens qui est son objectif prioritaire. L’inconvénient majeur inhérent à la méthode globale, lequel est en même temps le principal reproche qui lui a été adressé de manière unanime, est (en l’absence du concept de règle) de conduire à la devinette du code écrit en matière de lecture, ce qui se révèle inévitable puisque les apprenants restent dans l’ignorance du principe de fonctionnement du mot et a fortiori de la phrase.

Constats immédiats:

1/ Cette méthode peut se révéler gratifiante pour le tout jeune élève (de Grande section de maternelle notammant) qui, ne connaissant pas encore le code écrit, fait COMME SI il savait lire en restituant par voie de mémorisation quelques courtes phrases ou textes. De ce premier contact positif avec l’outil social par excellence, on a imaginé faciliter l’entrée en lecture des futurs élèves de C.P. en les « décomplexant » par rapport à l’écrit. (Mais sont-ils si jeunes a priori complexés?)

2/ Quelques phrases répétées et apprises ont, il est vrai,  permis d’offrir au jeune lecteur des textes un peu plus élaborés que le sempiternel « léo et léa vont à l’école. » La tentative était certes alléchante car lire doit ouvrir au sens du texte et non au simple déchiffrage. L’accès à la culture a prévalu sur la contrainte de la règle. ( Curieux contre sens, là où les deux approches me paraissent tout à la fois nécessaires, distinctes et complémentaires! )

Effets secondaires:

1/ Oublier de passer par le filtre de la règle a conduit de jeunes élèves vers la double impasse orthographique et sémantique. Si lire est juste considérer comme une simple devinette, pourquoi l’ensemble de la langue ne fonctionnerait-elle pas ainsi? Ainsi si l’enfant comprend le sens global de la phrase, du texte tout va bien. La communication fonctionne. Globalement certes.

2/ Mais à y regarder de plus près, qu’y a-t-il de glorifiant dans la construction d’une pensée globale? N’est-ce pas un leurre? Aucune pensée n’est globale. Aucun message n’est simple. Toute communication est complexe. Le choix de chaque mot a son importance. Lire, c’est avant tout respecter la parole livrée, inscrite, écrite. Dans un deuxième temps, et seulement dans un deuxième temps, le lecteur pourra  y injecter sa propre distance, son interprétation personnelle.

La Méthode globale a voulu sortir, tout à fait légitimement, d’une approche purement mécanique et mécaniste de la lecture en partant du principe que lire c’est avant tout interpréter, construire du sens. C’est là, me semble-t-il une erreur majeure.

Cela étant dit, cette méthode a très rapidement été laissée de côté par les enseignants, qui faut-il vous le rappeler ne sont pas des machines automates au service des réformes…Bien heureusement.

La méthode mixte :la méthode globale introduit dans l’apprentissage de la lecture par la phrase entière et, la méthode semi-globale ou mixte, par le mot entier ; l’une et l’autre partagent ainsi le qualificatif de « global » ou « entier ». 
Au demeurant, la méthode mixte procède de l’oral vers l’écrit et expose aux mêmes risques de devinettes que celle-ci. Ce grave défaut a obligé certains auteurs à proposer  l’incorporation, dans la pratique, des éléments qui sont de l’ordre de la méthode syllabique, à savoir la lettre et la syllabe. Toutefois, cette perspective n’a guère changé la nature du problème soulevé ni apporté de solution nouvelle ; elle a donné l’occasion seulement de substituer l’expression « méthode mixte » à l’expression « méthode semi-globale » trop proche du terme fortement décrié désormais « méthode globale ». 

L’intérêt d’une telle approche réside, à mon avis, dans la complémentarité de l’oral et de l’écrit, du global et de l’analytique. Une tentative de consensus, de complémentarité entre la construction du sens et le recours immédiat et systématique à la règle, au code. Mais tous les enfants, de 6/7 ans sont-il capables de cette distinction, de cette alternance? Certains oui, d’autres…

La méthode syllabique : sa particularité consiste à engager justement l’apprentissage de la lecture en partant de l’écrit, ou de la manière dont la langue française s’écrit aujourd’hui, et en allant des lettres à la phrase. 
Elle n’échappe pas néanmoins aux faiblesses qui sont, entre autres, la tendance à présenter des lettres isolées et des syllabes artificielles, auxquelles l’on peut ajouter les mots entiers et qui sont sources de difficultés pour les apprenants.

La seule maîtrise du b et a ba ne fait pas de l’élève un lecteur. Un décodeur, certes. Mais une fois les lettres assemblées et prononcées correctement, le mot trouve-t-il un écho chez l’enfant? Car si le mot n’entre pas en résonance chez l’apprenant avec un référent, s’il n’allume pas le voyant d’un vocable reconnu, l’expérience reste infructueuse et source d’angoisse chez le jeune lecteur. La seule méthode syllabique risque d’installer une rupture entre le jeune lecteur et l’outil de communication. C’est là où le niveau de lecture rejoint le niveau de vocabulaire. Certains lecteurs impriment et s’approprient immédiatement le texte car la grande majorité des mots exprimés sont antérieurement connus. Le mécanisme du déchiffrage profite donc très bien à certains enfants. A d’autres…

La méthode phonétique :elle a pour spécificité d’entreprendre l’apprentissage de la lecture à partir de l’oral et, plus exactement, des sons auxquels sont associés les graphèmes auxquels correspondent les lettres et les séquences de lettres de l’alphabet actuel. Tout se passe alors comme si les apprenants avaient notamment une connaissance discriminatoire des éléments du système phonétique de la langue et comme si celle-ci avait été transcrite phonétiquement ou phonologiquement, ce qui n’est évidemment pas le cas et n’aurait d’ailleurs rien changé à la problématique dans l’hypothèse contraire puisqu’une langue est un système de signes conventionnels et qu’il n’y a pas de correspondance objective entre l’oral et l’écrit.

On comprend ici très aisément les limites d’une pareille approche. Il n’existe pas en français, d’adéquation systématique entre phonème et graphème!

Rien n’est simple en matière de lecture. Pour l’apprenant j’entends. Pour l’adulte qui détricote, cela paraît pourtant à portée de main de n’importe quel esprit bien formé. Oui, c’est pourtant simple voyons, il y a le texte, la phrase, le mot la lettre. Pris dans un sens ou dans un autre on arrive toujours à ces quatres catégories d’unités linguitiques. Parole d’experts!

4 unités= 4 méthodes.

C’est mathématiquement prouvé et chiffré. Choisissez votre camp! Choisissez votre « méthode » et on vous dira à quelle idéologie vous appartenez…Quand cessera donc cette imposture intellectuelle, ce mépris mensonger, cette supercherie qui permet de faire couler tant d’encre et tant de larmes. Comme c’est fatigant!

La Pédagogie justement est là pour nous aider à sortir de cette impasse. S’adapter à son élève, à son groupe. Connaître bien évidemment ces différentes approches afin, non de les imposer, mais de les soumettre en fonction de l’individu, du lieu, du moment. Et si on se montrait moins rigide, moins politiquement correct. Et si on acceptait le fait qu’à ces 4 données, s’interposent une multiplicité d’apprenants et avec eux, une multiplicité de référents culturels et sociaux.

Lire c’est prendre des repères, et il y a autant de stratégies de repérage qu’il y a d’intelligences…Plutôt qu’une méthode, travaillons à mettre en lumière, grâce à l’interactivité des enfants d’une classe, les différents processus d’appropriation des uns et des autres. Ne jamais figer la lecture à une seule activité de décodage. L’insérer dans une démarche d’écriture, elle même inscrite dans le contexte social du groupe classe. Plutôt que de brandir une méthode qui réussira pour certains et se révélera vaine pour d’autres, je préfère opter pour l’organisation par le maître, des échanges entre pairs.

Allez, assez de théories pour aujourd’hui, place au jeu!

En commentaires, essayez donc de transcrire le son [è]…Autrement dit les mots où vous entendez [è]