B comme b et a ba

18 04 2008

Une petite clarification sur un sujet très largement polémique. Des explications et des analyses de spécialistes et de linguistes ( dont je n’ai pas  gardé la trace, erreur de jeunesse) glanées au cours de ma formation continuée et dont je restitue ici quelques extraits. J’y ai rajouté, en bleu mes propres réflexions en la matière.

Méthode d’apprentissage de la lecture :selon le critère du modèle d’approche, on peut résumer comme ci-après les quatre grandes méthodes de lecture actuelles qui sont la méthode globale, la méthode semi-globale à laquelle est généralement préféré le terme « méthode mixte », la méthode syllabique et la méthode phonétique.

La méthode globale : elle a pour principale caractéristique de commencer l’apprentissage de la lecture par des textes et des phrases  comme si, entre autres raisons, il y avait une relation « naturelle » entre le code écrit et la construction du sens qui est son objectif prioritaire. L’inconvénient majeur inhérent à la méthode globale, lequel est en même temps le principal reproche qui lui a été adressé de manière unanime, est (en l’absence du concept de règle) de conduire à la devinette du code écrit en matière de lecture, ce qui se révèle inévitable puisque les apprenants restent dans l’ignorance du principe de fonctionnement du mot et a fortiori de la phrase.

Constats immédiats:

1/ Cette méthode peut se révéler gratifiante pour le tout jeune élève (de Grande section de maternelle notammant) qui, ne connaissant pas encore le code écrit, fait COMME SI il savait lire en restituant par voie de mémorisation quelques courtes phrases ou textes. De ce premier contact positif avec l’outil social par excellence, on a imaginé faciliter l’entrée en lecture des futurs élèves de C.P. en les « décomplexant » par rapport à l’écrit. (Mais sont-ils si jeunes a priori complexés?)

2/ Quelques phrases répétées et apprises ont, il est vrai,  permis d’offrir au jeune lecteur des textes un peu plus élaborés que le sempiternel « léo et léa vont à l’école. » La tentative était certes alléchante car lire doit ouvrir au sens du texte et non au simple déchiffrage. L’accès à la culture a prévalu sur la contrainte de la règle. ( Curieux contre sens, là où les deux approches me paraissent tout à la fois nécessaires, distinctes et complémentaires! )

Effets secondaires:

1/ Oublier de passer par le filtre de la règle a conduit de jeunes élèves vers la double impasse orthographique et sémantique. Si lire est juste considérer comme une simple devinette, pourquoi l’ensemble de la langue ne fonctionnerait-elle pas ainsi? Ainsi si l’enfant comprend le sens global de la phrase, du texte tout va bien. La communication fonctionne. Globalement certes.

2/ Mais à y regarder de plus près, qu’y a-t-il de glorifiant dans la construction d’une pensée globale? N’est-ce pas un leurre? Aucune pensée n’est globale. Aucun message n’est simple. Toute communication est complexe. Le choix de chaque mot a son importance. Lire, c’est avant tout respecter la parole livrée, inscrite, écrite. Dans un deuxième temps, et seulement dans un deuxième temps, le lecteur pourra  y injecter sa propre distance, son interprétation personnelle.

La Méthode globale a voulu sortir, tout à fait légitimement, d’une approche purement mécanique et mécaniste de la lecture en partant du principe que lire c’est avant tout interpréter, construire du sens. C’est là, me semble-t-il une erreur majeure.

Cela étant dit, cette méthode a très rapidement été laissée de côté par les enseignants, qui faut-il vous le rappeler ne sont pas des machines automates au service des réformes…Bien heureusement.

La méthode mixte :la méthode globale introduit dans l’apprentissage de la lecture par la phrase entière et, la méthode semi-globale ou mixte, par le mot entier ; l’une et l’autre partagent ainsi le qualificatif de « global » ou « entier ». 
Au demeurant, la méthode mixte procède de l’oral vers l’écrit et expose aux mêmes risques de devinettes que celle-ci. Ce grave défaut a obligé certains auteurs à proposer  l’incorporation, dans la pratique, des éléments qui sont de l’ordre de la méthode syllabique, à savoir la lettre et la syllabe. Toutefois, cette perspective n’a guère changé la nature du problème soulevé ni apporté de solution nouvelle ; elle a donné l’occasion seulement de substituer l’expression « méthode mixte » à l’expression « méthode semi-globale » trop proche du terme fortement décrié désormais « méthode globale ». 

L’intérêt d’une telle approche réside, à mon avis, dans la complémentarité de l’oral et de l’écrit, du global et de l’analytique. Une tentative de consensus, de complémentarité entre la construction du sens et le recours immédiat et systématique à la règle, au code. Mais tous les enfants, de 6/7 ans sont-il capables de cette distinction, de cette alternance? Certains oui, d’autres…

La méthode syllabique : sa particularité consiste à engager justement l’apprentissage de la lecture en partant de l’écrit, ou de la manière dont la langue française s’écrit aujourd’hui, et en allant des lettres à la phrase. 
Elle n’échappe pas néanmoins aux faiblesses qui sont, entre autres, la tendance à présenter des lettres isolées et des syllabes artificielles, auxquelles l’on peut ajouter les mots entiers et qui sont sources de difficultés pour les apprenants.

La seule maîtrise du b et a ba ne fait pas de l’élève un lecteur. Un décodeur, certes. Mais une fois les lettres assemblées et prononcées correctement, le mot trouve-t-il un écho chez l’enfant? Car si le mot n’entre pas en résonance chez l’apprenant avec un référent, s’il n’allume pas le voyant d’un vocable reconnu, l’expérience reste infructueuse et source d’angoisse chez le jeune lecteur. La seule méthode syllabique risque d’installer une rupture entre le jeune lecteur et l’outil de communication. C’est là où le niveau de lecture rejoint le niveau de vocabulaire. Certains lecteurs impriment et s’approprient immédiatement le texte car la grande majorité des mots exprimés sont antérieurement connus. Le mécanisme du déchiffrage profite donc très bien à certains enfants. A d’autres…

La méthode phonétique :elle a pour spécificité d’entreprendre l’apprentissage de la lecture à partir de l’oral et, plus exactement, des sons auxquels sont associés les graphèmes auxquels correspondent les lettres et les séquences de lettres de l’alphabet actuel. Tout se passe alors comme si les apprenants avaient notamment une connaissance discriminatoire des éléments du système phonétique de la langue et comme si celle-ci avait été transcrite phonétiquement ou phonologiquement, ce qui n’est évidemment pas le cas et n’aurait d’ailleurs rien changé à la problématique dans l’hypothèse contraire puisqu’une langue est un système de signes conventionnels et qu’il n’y a pas de correspondance objective entre l’oral et l’écrit.

On comprend ici très aisément les limites d’une pareille approche. Il n’existe pas en français, d’adéquation systématique entre phonème et graphème!

Rien n’est simple en matière de lecture. Pour l’apprenant j’entends. Pour l’adulte qui détricote, cela paraît pourtant à portée de main de n’importe quel esprit bien formé. Oui, c’est pourtant simple voyons, il y a le texte, la phrase, le mot la lettre. Pris dans un sens ou dans un autre on arrive toujours à ces quatres catégories d’unités linguitiques. Parole d’experts!

4 unités= 4 méthodes.

C’est mathématiquement prouvé et chiffré. Choisissez votre camp! Choisissez votre « méthode » et on vous dira à quelle idéologie vous appartenez…Quand cessera donc cette imposture intellectuelle, ce mépris mensonger, cette supercherie qui permet de faire couler tant d’encre et tant de larmes. Comme c’est fatigant!

La Pédagogie justement est là pour nous aider à sortir de cette impasse. S’adapter à son élève, à son groupe. Connaître bien évidemment ces différentes approches afin, non de les imposer, mais de les soumettre en fonction de l’individu, du lieu, du moment. Et si on se montrait moins rigide, moins politiquement correct. Et si on acceptait le fait qu’à ces 4 données, s’interposent une multiplicité d’apprenants et avec eux, une multiplicité de référents culturels et sociaux.

Lire c’est prendre des repères, et il y a autant de stratégies de repérage qu’il y a d’intelligences…Plutôt qu’une méthode, travaillons à mettre en lumière, grâce à l’interactivité des enfants d’une classe, les différents processus d’appropriation des uns et des autres. Ne jamais figer la lecture à une seule activité de décodage. L’insérer dans une démarche d’écriture, elle même inscrite dans le contexte social du groupe classe. Plutôt que de brandir une méthode qui réussira pour certains et se révélera vaine pour d’autres, je préfère opter pour l’organisation par le maître, des échanges entre pairs.

Allez, assez de théories pour aujourd’hui, place au jeu!

En commentaires, essayez donc de transcrire le son [è]…Autrement dit les mots où vous entendez [è]

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25 réponses à “B comme b et a ba”

18 04 2008
montelle (06:57:27) :

Parfaitement d’accord avec tes propositions. J’ai écrit un texte qui demande de dépasser cette querelle :
http://www.ecoledemocratique.org/spip.php?article347
querelle qui dure depuis 1923, quand Freinet a proposé sa méthode naturelle !!!!
La récupération politique par Darcos est immonde ! Elle nous fait faire un grand bond en arrière.

18 04 2008
ostiane mathon (08:07:17) :

Merci Christian,

Je souligne ce court passage de conclusion de ton texte. Texte que j’invite à lire dans son intégralité, évidemment!

« D’innombrables travaux ont été consacrés à la lecture, faisant appel à de nombreuses disciplines scientifiques. Ces recherches sont tout à fait nécessaires et valides, mais il ne faut pas qu’elles soient érigées en dogmes. »

Oui Christian, tout apport pédagogique, extérieur à sa propre classe, est le fruit d’UNE expérience UNIQUE entre un maître et ses élèves.

Je ne suis et ne serai jamais Freinet ni Decroly, ni Montessori. Et si j’adopte le tout d’une seule pédagogie, je sombre dans le dogme, je cours droit vers la déception et surtout je risque d’entraîner avec moi, des cohortes d’élèves vers l’échec.

Ces contributions pédagogiques, riches, variées, expérimentales font régulièrement l’objet d’études scientifiques et nous sont rapportées dans nos formations professionnelles initiales ou continuée. Nécessaires contributions!

Mais n’oublions pas de dire et reconnaître que l’éducation ET l’enseignement manient et remanient le plus intime de nous-même, intime auquel nul pédagogue, nul éducateur n’échappe.

Cet intime, il faut d’abord l’avouer et le reconnaître.

A partir de là, parce qu’il sera soumis aux ressources extérieures, aggrémenté d’expériences externes, éclairé de visions annexes, alors oui, de cet intime pourra naître une intime pédagogie(qui n’a rien à voir, je tiens à le préciser avec une intime conviction!)

Soyons fiers, enseignants, d’être inventeurs de pédagogie. Sans gloire, sans individualisme, sans orgueil déplacé, sans renier rien du passé.

Inventeurs et novateurs!

19 04 2008
montelle (07:32:57) :

Jeu [è]
règle, chienne, merci, jouet, mais, maître, payer, treize, être, Noël, volley, aie, aies, ait, aient, haie, haies, hais, hait, serais.
Le différence entre [é] et [è] tend à devenir problématique. Beaucoup de méridionaux ne distinguent pas « serai » [é] et « serais [è] ». La banlieue parisienne durcit (+ de constriction et gutturalisation) le [é]. L’orthoépie (équivalent oral de l’orthographe) est peu connue, non plus que les corrections phonétiques pourtant indispensables. L’école s’intéresse beaucoup plus à l’écrit qu’à l’oral. Pourtant, l’écrit dépend étroitement de l’oral !

19 04 2008
PMB (14:20:50) :

« Eh ben, que j’aie vu une bête ou une belle derrière la haie, qu’est-ce que ça peut vous faire ? »

eh, aie, es, est, haie, hais, hait

Le hic, Montelle, c’est que marquer cette différence est important pour distinguer « chantai » de « chantais », « viendrai » de « viendrais »

19 04 2008
montelle (16:36:37) :

eh, et se prononcent crois-je : [é]

Bien sûr qu’il est important de marquer cette différence ! Et surtout, il faudrait l’enseigner.

20 04 2008
20 04 2008
PMB (14:38:32) :

« hé » et « eh » sont deux graphies de la même interjection, mais de prononciation légèrement différente.

« et » se prononce [è] en terminaison : met, jet, carnet.

20 04 2008
ostiane mathon (15:15:32) :

A propos du « O » et du « A »…

Un petit exercice de diction en ligne, à savourer sans excès…

http://www.dailymotion.com/video/x3vs86_pub-orangina_ads

21 04 2008
Rhumbs (10:26:29) :

Il me semble nécessaire de rectifier quelques affirmations hasardeuses sur la lecture.
La lecture d’un vrai lecteur est globale, « reconnaître les mots à leur gréement » (Alain dont il faut relire les propos sur l’Education en lecture), C’est d’ailleurs pour cela que l’orthographe est aussi importante. Au début, on ne joue pas aux « devinettes » mais on fait du sens, c’est pour cela que les textes doivent élaborés par la classe et que, si livre de lecture il y a, c’est celui du recueil des textes des élèves et non un manuel tout fait. C’est le reproche fait aux autres méthodes ne pas faire du sens avant tout. Si n’importe quel maître de CP peut apprendre à lire à tous ses élèves, quel que soit leur milieu social c’est parce qu’il leur fait donner du sens dès le premier jour à la lecture et dans ce cas peu importe la méthode. L’intérêt de la méthode globale est de mettre l’accent sur le lien vécu-oral-écrit à tout moment, la mémorisation de tout n’est jamais exigée mais on a des surprises sur tout ce qu’un enfant est capable d’absorber.
Je ne peux laisser dire que la méthode globale n’intègre pas l’analyse. Ce sont souvent les enfants qui l’induisent par observation au bout de deux mois, trois au maximum si on les laisse libres d’exprimer leurs découvertes. Le rôle de l’enseignant est de les encourager dans cette voie et, parfois de les mettre sur cette voie. Aucun praticien ne néglige cette étape, la progression des découvertes peut être aléatoire mais il est bien plus efficace de suivre une progression phonétique. Deux remarques : moins de 0,01% des enseignants l’ont pratiquée et tous y ont réussi, il n’existe pas de méthode mixte globale, elle ne peut être qu’intégralement globale.
La méthode syllabique ne présente aucun intérêt, elle n’est que faussement logique puisqu’elle est fausse orthographiquement, voir votre comment écrire[é], toutefois, si elle fait sens, comme je l’ai dit plus haut elle produira des résultats mais la tentation mécaniste logique reste très prégnante et gène la richesse du sens.
« Tout se passe alors comme si les apprenants avaient notamment une connaissance discriminatoire des éléments du système phonétique de la langue et comme si celle-ci avait été transcrite phonétiquement ou phonologiquement, ce qui n’est évidemment pas le cas » Il faut revoir totalement votre position par l’observation de l’enfant, sur les origines de l’écriture et sur la technique d’une méthode phonétique (« Le Sablier », méthode canadienne pourrait vous aider on peut en acheter sur e-bay!!). entre une méthode syllabique et une méthode phonétique il n’y a pas photo puisque le prétendue supériorité du b-a ba en orthographe ne tient pas devant nos procédures d’adulte d’orthographie (globale) et devant la nécessité de montrer les différents « costumes » d’un même son. Un mode de rééducation à l’orthographe d’usage consiste à faire épeler PHONETIQUEMENT et à instaurer chez l’enfant le DOUTE ORTHOGRAPHIQUE.
Les experts en lecture ont oublié qu’un certain nombre d’enfants apprennent à lire avant d’entrer à l’école, ils étaient assez nombreux avant la dernière guerre et dans les régions protestantes. Pourquoi ? ces amateurs réussissaient-ils ? en faisant du sens avec des pâtes à potage, avec la bible, avec un journal… et avec un intérêt fort et ressenti pour leur élève.

21 04 2008
laurent CARLE (10:48:54) :

Chère Ostiane

J’abonde dans votre sens et prolonge dans cette direction. Il n’y a pas de méthode qui fasse réussir quelques-uns mais pas tous. Les méthodes empêchent toutes d’apprendre à lire. Elles sont toutes à mettre à la corbeille. L’élève de fin de CP qui a « bien travaillé » et réussi son année scolaire connaît bien la méthode et son maître l’en félicite. Il ne sait pas lire pour autant. Celui qui sait vraiment lire le savait avant d’entrer au CP ou a appris ailleurs, malgré la méthode.

Contrairement à ce qu’affirment les formateurs d’enseignants et les auteurs de « méthodes de lecture » (les manuels), les méthodes dites de lecture ne servent pas à apprendre à lire mais à enseigner la correspondance graphie-phonie. Quand on enseigne la lecture comme une matière, il faut un corpus, le catalogue des sons et des lettres, un code, les règles de correspondance entre les sons et leurs « habits graphiques ». C’est à partir de ce postulat simpliste et pseudoscientifique que les méthodes « magiques » fleurissent. Synthétiques, analytiques, mixtes, syllabiques, phonétiques, orthophoniques, phonomimiques, gestuelles, elles béabêtifient à qui mieux mieux. Ce qui est utile au maître ne l’est pas automatiquement à l’élève. Ce qui lui convient ne va pas forcément comme un gant à l’enfant. Autre contradiction institutionnalisée : à croire les ci-devant, l’écriture serait la transcription des sons de l’oral alors qu’elle est la représentation graphique de la langue et de la pensée. Les textes racontent la vie de l’humanité, ils créent de la pensée et des idées, le progrès. Sans eux, pas d’histoire, pas de philosophes. Nous habiterions toujours des cavernes. Ils ne sont pas la mémoire de l’oral. On peut écrire et parler dans une même langue, mais il n’y a pas correspondance phonographique, terme à terme entre les deux. Le code écrit n’est pas le code oral et inversement. Il n’existe aucun Code de correspondance scientifique et avéré, digne de ce nom, entre graphèmes et phonèmes. C’est pourquoi l’oreille n’a pas de fonction réelle dans l’action de lire. L’entendement, oui ! Le réductionnisme scolaire qui fait de l’écrit un outil d’enregistrement des sons de la parole est outrageant pour les écrivains et les auteurs en général, débilitant pour les enfants venus apprendre à lire. L’enseignement du « code » est une tromperie avérée, un abus didactique.

bien amicalement

Laurent

21 04 2008
montelle (13:57:38) :

Puisque le code est un simple détail qu’il est inutile et trompeur d’enseigner, vous vous ferez un plaisir de lire cette phrase grâce à votre « entendement ».
?? ?????? ?????? ??cq??, ??????? ?????????.

21 04 2008
Rhumbs (14:19:27) :

S’il n’y a pas de méthode pour empêcher un enfant d’apprendre à lire, la première des choses à faire pour un professeur de CP c’est de réunir les parents dès le premier jour de classe, de les persuader que sans leur intérêt pour les progrès en lecture de l’enfant clairement exprimé et leur conviction affirmée au jour le jour de la nécessité de la lecture dans la vie, leur enfant ne peut apprendre à lire. L’enseignant leur expliquera sa méthode, ce qu’il attend des parents même analphabètes et non francophones et il les invitera, par petits groupes à assister à sa classe.
C’est pour ces raisons que des enfants apprenaient à lire dans les familles avant d’entrer à l’école, d’une vieille grand mère, d’un parent attentif.

21 04 2008
ostiane mathon (15:57:22) :

CHRISTIAN, pour vous j’imagine, je viens de recevoir un message électroniqe anonyme qui vient d’Allemagne et dont de ne fais ici qu’un copier/coller en espérant qu’il ne s’agit pas d’un Virus!

ëÅÊÔÅÒÉÎÇÏ×ÁÑ ÓÌÕÖÂÁ
òÅÓÔÏÒÁÎ « çÁÌÅÒÅÑ »
ðÒÅÄÌÁÇÁÅÔ ÏÒÇÁÎÉÚÁÃÉÀ ×ÙÅÚÄÎÙÈ ÂÉÚÎÅÓ-ÌÁÎÞÅÊ × ÏÆÉÓ,
Á ÔÁË ÖÅ ÐÒÏ×ÅÄÅÎÉÅ ÂÁÎËÅÔÏ×, Ó×ÁÄÅÂ É ËÏÒÐÏÒÁÔÉ×ÎÙÈ ×ÅÞÅÒÉÎÏË × ÌÀÂÏÍ ÍÅÓÔÅ ÎÁ ÷ÁÛ ×ÙÂÏÒ.

íÙ ÐÏÍÏÖÅÍ ÷ÁÍ ÕËÒÁÓÉÔØ ÓÅÒÙÅ ÒÁÂÏÞÉÅ ÂÕÄÎÉ ×ËÕÓÎÙÍ ÏÂÅÄÏÍ ÉÌÉ ÕÓÔÒÏÉÔØ
ÇÒÁÎÄÉÏÚÎÙÊ ÐÒÁÚÄÎÉË ÄÌÑ ËÏÌÌÅÇ.

îÁÛÉ ÐÒÏÆÅÓÓÉÏÎÁÌØÎÙÅ ÏÆÉÃÉÁÎÔÙ É ÐÏ×ÁÒÁ ×ÙÓÛÅÇÏ ÒÁÚÒÑÄÁ ÓÏÚÄÁÄÕÔ ÁÔÍÏÓÆÅÒÕ ÐÒÅÂÙ×ÁÎÉÑ × ÌÕÞÛÅÍ ÒÅÓÔÏÒÁÎÅ ÐÒÑÍÏ × ÏÆÉÓÅ ÷ÁÛÅÊ ËÏÍÐÁÎÉÉ.

(495) 455`78_24
Connaissez-vous ce langage?!

Pour LAURENT:
J’aime votre expression « Abus didactique », elle vous va bien et me convient assez, je l’avoue.
Mais plus que des méthodes elles-même,l’abus vient davantage de la querelle de ces méthodes et des maisons d’édition qui s’y raccrochent…à chaque tournant électoral et politique!

Pour le reste, Laurent, je ne jette rien, je préfère garder et remanier.
Pas un livre entier sur mes étagères, mais des livres-classeurs fabriqués artisanalement à partir de manuels dont j’ai soigneusement arraché les pages pour les réassortir au gré de mes humeurs pédagogiques. Si les éditeurs voyaient cela, ils seraient effarés!

Pour RHUMBS:
« L’enseignant leur expliquera sa méthode, ce qu’il attend des parents même analphabètes et non francophones et il les invitera, par petits groupes à assister à sa classe. »

OK a fond avec cette proposistion! Et pas qu’en CP et pas que pour la lecture et pas que pour assiter à mais bien pour servir d’assistants!
Y’en a qui vont sauter de joie, d’autres…Idem pour les collègues…

Tiens, une idée de prochain article. Les parents à l’école, dans la classe avec l’enseignant, pour l’enfant-élève…

21 04 2008
montelle (19:30:20) :

Ma fille aînée a fréquenté durant deux ans une école Decroly, à Casablanca. Les parents pouvaient assister à volonté aux cours,animer des ateliers ou des conférences sur des sujets concernant leur métier. Les enfants qui avaient fini leur travail pouvaient se lever, aller chercher un livre, terminer une recherche. L’équipe était formidable. Hélas, nous avons dû rentre en France et, pour elle, ça a été la cata. Une ancienne maîtresse de travail manuel, recyclée cette même année en institutrice.Le choc aurait été moins rude si elle n’était pas venue d’une école aussi exceptionnelle.

22 04 2008
Laurent Carle (12:31:29) :

CHAOS

La théorie dominante affirme que c’est le son qui donne accès au sens. Toutes les méthodes, dites de lecture, appliquant ce postulat, invitent le novice à déchiffrer (oraliser les graphèmes). D’abord on lirait (au sens dogmatique, lire = déchiffrer), ensuite on comprendrait. Par conséquence, les enfants en difficulté « ne comprendraient pas ce qu’ils lisent ». L’oreille, serait le canal sensoriel de perception et d’intelligence de l’écrit. L’œil, peu futé, devrait transmettre ses informations à l’oreille, plus intelligente.
Faut-il sonoriser cahot et chaos pour en saisir le sens ou reconnaitre et comprendre ces mots d’un regard pour pouvoir les oraliser (reconnaitre les mots à leur gréement comme le matelot reconnait les navires, disait Alain)?

23 04 2008
montelle (08:49:19) :

N’est-il pas un peu imprudent de théoriser à partir d’un seul exemple ? Il me semble que la lecture ne fait pas appel à l’œil OU l’oreille, mais à l’œil ET à l’oreille, et aussi à un appel permanent aux formes mémorisées (visuelles, auditives, sensorielles, émotives…) de mots et de phrases. C’est un processus extrêmement complexe que l’on aurait tort de ramener à des décodages simples, qu’ils fussent auditifs ou visuels.
Ce qui semble acquis, selon les travaux de Sticht (Auding and Reading : a Developmental Model – 1975), c’est que « si vous ne reconnaissez ni ne comprenez un mot en l’entendant, vous ne le comprendrez pas en le lisant ».
Ces thèses sont peu connues, en France, et c’est dommage car elles remettent en cause pas mal d’idées reçues et répétées sans grand esprit critique.

23 04 2008
PMB (14:39:13) :

« à l’oeil et à l’oreille » : pas mieux. Se référer aussi aux travaux d’Antoine de la Garanderie sur la gestion mentale.

A mes éléves qui ont du mal à apprendre, je signale qu’ils peuvent utiliser quatre capteurs au lieu d’un (les yeux).

– Les yeux.
– La bouche et les oreilles (lire à haute voix).
– La main (écrire en même temps).

23 04 2008
montelle (16:39:18) :

Bien sûr, la gestuelle aussi que je lilite pas à l’écriture ! Donner dès la maternelle cette ponctuation de la voix. Les contes énumératifs ou de randonnée sont un outil précieux pour ce faire. Ensuite, le théâtre, la grammaire du corps, le langage kinésique. Il y a beaucoup à faire encore dans ce domaine !
Nous avons des habitudes très castratrices par rapport au geste. Je m’en suis aperçu en enseignant au Maroc, où les enfants étaient beaucoup plus libres dans leur corps. Quant à nos amis du Mezzogiorno, ils peuvent faire l’économie des mots, tant ils parlent avec leur corps et leurs mains !

23 04 2008
ostiane mathon (16:58:13) :

Les oreils, les yeux, la bouche, la main: écrire.

Oui, et en allant plus loin encore, le toucher: appréhender le contour de lettre. Manipuler l’objet lettre à l’endroit, à l’envers et différencier ainsi p, b, d dans l’espace.

Bien des sens sont mis à contribution dans l’apprentissage de la lecture. Mais l’école élémentaire s’arc-boute encore souvent sur le seul binôme oeil/oreille

J’ai eu il y a une dizaine d’année, un élève totalement sourd en classe. Il a fallu revoir tout mon système d’enseignement. Il a fallu faire entrer les couleurs et les gestes. Il a fallu travailler en petits groupes. Il a fallu revoir les évaluations. Bref. Une année de sueur et de bricolage dans un univers où je m’étais tranquilement installé avec ma meilleure alliée jusqu’alors, la tradition!

Les parents de cet enfant refusaient de le scolariser dans une institution spécialisée. Et je les comprends. MAIS ils étaient prêts à assumer jusqu’au bout leur position en intégrant mes propres limites d’enseignante.

Ils ont réussi ce triple travail extraordinaire d’acceptation du handicap de leur fils, de refus de mise à l’écart et d’une nécessaire adaptation des apprentissages scolaires. Bref exigeants et lucides.

Cet exemple de complémentarité et d’écoute réciproque a non seulement permis à Charles de progresser et de se sentir « entendu » dans sa surdité mais cette expérience partagée a décuplé mon désir de me mettre à niveau.

Ces parents ont bouleversé ma vision de l’enseignement.

Il faut absolument que parents et enseignants travaillent dans ce sens. Celui d’un contrat d’éducation dont le bénéficiare est l’enfant-élève.

Mais je me suis égarée…

Lire: mobiliser tout l’ensemble de l’appareil cognitif de l’apprenant; et plus il est jeune, plus l’enfant intuitivement met en branle tous les sens qui lui sont donnés. Le bébé machouille son poupon pour mieux le reconnaître. Le jeune lecteur, même s’il est sorti de ce stade oral, n’en reste pas moins un petit animal qui découvre un nouveau code.

Il utilise naturellement les ressources qui sont en lui! Sachons nous en servir comme autant d’outils qui permettent de dégrossir un travail qui sera peu à peu affiné.

Les stratégies d’apprentissage ne sont pas purement intellectuelles. Elles passent nécessairement par des stratégies sensorielles et motrices.

7 ans, l’âge de raison. Est-ce une raison pour nier du jour au lendemain ce qu’est un enfant?!
7 ans, triste anniversaire…

Cela étant dit, j’ai remis à plus tard mon retour au CP…Mais un jour, c’est certain je reviendrai à mes premières amours!

Aujourd’hui en CM1, je travaille à mi-temps en classe et à mi-temps en recherche! Deux plein-temps en définitive!

D’ailleurs, je suis en vacances depuis samedi…J’y retourne!

Merci pour vos nombreuses et précieuses interventions.

27 04 2008
Laurent Carle (15:50:18) :

LE PLEIN DES SENS
A l’œil et à l’oreille ? Et la bouche ?
Les aveugles peuvent-ils lire un livre sans leur vision ?
Les sourds peuvent-ils lire un livre sans leur audition ?
Les muets peuvent-ils lire un livre sans leur phonation ?
J’ai connu des lecteurs sourds-muets. Quelqu’un connait-il un aveugle lecteur (sur papier ou sur écran, évidemment) ?

28 04 2008
montelle (06:30:47) :

Un aveugle apprend à lire avec ses doigts.
Un sourd apprend les lettres en plaçant les doigts sur sa gorge et sur celle de son moniteur. S’il ne connaît pas les formes phoniques des lettres, il ne peut lire.
La lecture n’est pas qu’une affaire visuelle, même si elle comporte bien un décodage visuel de signes. Elle fait appel à beaucoup d’autres perceptions et à des compétences cognitives et linguistiques, des capacités d’interprétations, des motivations psychologiques…
L’aborder sous les seuls aspects de la vision et du sens est extrêmement réducteur. C’est comme si l’on disait que la marche ne dépend que des pieds et de la direction empruntée !

29 04 2008
Laurent Carle (07:01:23) :

DECROLY CASABLANCA
Dans les écoles Decroly, on apprend à lire avec… la méthode Decroly, la « globale », celle qui apprend à lire avant d’apprendre à déchiffrer, qui met du sens tout de suite sur l’écrit, sans détour par le son. Et à l’école Decroly de Casablanca, il n’y a aucune raison pour qu’on n’y utilise pas sa méthode. Les enfants qui la fréquentent, ou l’ont fréquentée, ont bien de la chance ! Car, écrire c’est peser le sens des mots pour les étaler sur du papier et lire c’est donner du sens à l’écrit. Rien d’autre ! Pourquoi perdre son temps à écrire du son, avec tous les moyens modernes d’enregistrement ?

29 04 2008
montelle (12:44:20) :

« lire c’est donner du sens à l’écrit », dites vous. Pourquoi seulement à l’écrit ? Lire, c’est donner du sens à des signes de quelque nature qu’ils soient. Et pour donner du sens à ces signes, le lecteur fait appel à de multiples stratégies.
Prenons un exemple :
Dimanche dernier, j’ai longuement observé un couple de harles et leur petit, au bord du Doubs, près d’Aveney.
Vous avez bien vu les signes graphémiques et les avez déchiffrés sans grande difficulté, sauf à savoir s’il fallait prononcer le « b » de Doubs (nous sommes loin de Nice !). Pour donner du sens à « harles », il vous a fallu interroger vos bases de données internes. Si vous ne connaissez pas les harles, rien ne vous est venu. Vous pouvez demander autour de vous, consulter un dictionnaire, internet… Mais on voit bien que la difficulté principale ne consiste pas dans le déchiffrage, mais dans la richesse de votre base de données personnelle, votre « réservoir sémantique ». C’est là que le bât blesse et c’est dans les insuffisances lexicales et cognitives que résident véritablement les origines des échecs en lecture et subséquemment des échecs scolaires.
Vous perdez autant votre temps que les adeptes du sinistre SLECC en vous hypnotisant sur les méthodes, alors que la querelle de la globale dure depuis 1923, sans qu’aucun progrès n’ait été observé.
Pour vous en convaincre puis-je vous donner une référence de l’American Educator ?
Spring 2003
The Early Catastrophe
The 30 Million Word Gap
By Betty Hart and Todd R. Risley
et surtiout cet article :
Reading Comprehension Requires Knowledge–of Words and the World
sur ce site :
http://www.aft.org/pubs-reports/american_educator/spring2003/

Des difficultés de lecture pour ces articles ?
Qu’est-ce qui vous manque ? Des capacités de déchiffrage visuel ou une connaissance suffisante de la langue anglaise ?

Ma fille aînée a fréquenté de 1970 à 1972 l’école Decroly de Casablanca. Quelle merveilleuse équipe ! Je n’ai jamais rencontré ailleurs une école de cette qualité.

1 05 2008
Laurent Carle (12:27:16) :

Le déchiffrage étant la sonorisation des syllabes par la bouche, l’oralisation, il n’existe pas de déchiffrage visuel.

Entre 1970 et 1972, la merveilleuse équipe de cette école de qualité enseignait la lecture par la méthode globale, comme toutes les écoles Decroly.

1 05 2008
montelle (17:04:28) :

J’étais à Casa de 1970 à 1972. Nous avons connu la même équipe dirigée par un homme aussi admirable que modeste. J’habitais à deux pas de l’école, place de la Résistance, en bordure du boulevard Zerktouni.
Ma fille n’a pas appris à lire dans cette école ; elle y est entrée en CE1. Mais elle s’y est épanouie : ateliers du soir, pédagogie différenciée, intelligente, école et classes ouvertes aux parents. Que du bonheur.
Le retour en France fut très, très brutal !

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