Parents enseignants…un contact délicat

23 05 2008

Parents – enseignants : améliorer le contact

Un entretien à lire sur le site du Café Pédagogique

Ma petite contribution sur leur forum…

Cette thématique de la relation Ecole Famille me paraît, plus encore aujourd’hui qu’hier, fondamentale et incontournable. Merci à vous d’ouvrir ici un espace de réflexion sur ce sujet. Pourtant, je suis surprise de constater le peu, pour ne pas dire l’absence totale de réaction à votre entretien. 

Est-ce là le reflet du malaise que cette problématique génère? Et pourquoi cette timidité? J’ose proposer quelques axes de réflexion. 

1 / De très nombreux discours négatifs sur l’école et le rôle des enseignants circulent depuis quelques années dans TOUS les médias et diffusent au quotidien, auprès des parents et des élèves, un message pessimiste et destructeur. A force de lire et d’entendre: TOUT VA MAL A L’ECOLE…on finit par y croire…puisque tout le monde le dit! Premier paradoxe: on croit ce que l’on entend plus facilement que ce que l’on vit réellement.  Les enseignants, par instinct de survie, se raidissent donc et n’ont plus qu’à bien se tenir: moins ils font de bruits, mieux tout le monde se porte…La politique de l’autruche…

 2/ Les enseignants, peu habitués à la relation à l’adulte, reçoivent mal cet appel au dialogue avec les familles. Notre formation ne nous a pas ouverts à cette dimension relationnelle HORS CLASSE. On nous a appris à gérer le groupe classe, on nous a informé sur la relation pédagogique maître- élève. On nous a appris à réfléchir sur les pratiques et les théories des auteurs et des penseurs. On nous a enseigné les grands courants pédagogiques. Bref, on nous a appris à rester EN classe, au sein de l’institution. SURTOUT ne pas en sortir, ni ne laisser ENTRER personne. Alors, du jour au lendemain, vous imaginez, « affronter » les parents d’élèves…c’est un peu s’affronter soi-même…Et cela est loin d’être facile. Je dirais même plus, cela s’apprend.  

3/ Les seuls contacts existants à l’heure actuelle, entre l’école et les familles, sont essentiellement d’ordre administratif ou « répressif ». Règlements scolaires, conseils d’établissement, rendez-vous de mauvais augures, mots à l’encre rouge sur les cahiers de correspondance, etc… Comment, dans un contexte pareil de suspicion d’une part et de formalisation à l’extrême de l’autre, comment donc est-il imaginable de construire les prémices d’un début d’un envisageable vrai PARTENARIAT? 

Pourtant… 

1 / Partout où les écoles et les familles élaborent de VRAIS PROJETS éducatifs avec au centre, l’enfant-élève, on voit les tensions disparaître, et les premiers bénéficiaires en sont forcément les élèves, les enfants donc. Puis, par effet de dominos, les parents et les enseignants. La chaîne est bouclée et chacun est entré dans la danse. La communication passe par la coopération. PARLER pour FAIRE. DIRE pour AGIR. Ces expériences restent pourtant limitées pour tout un tas de raisons, dont la plus simple à évoquer ici, reste celle des horaires. Pendant que les élèves sont à l’école, bien souvent, les parents travaillent. 

2/ Un deuxième axe peut alors être exploité, celui des TICE. L’Internet au service de la relation école-famille. Par le biais de Site Web d’école ou par celui de blog d’enseignant ou de parent, nous voyons là émerger un nouveau mode de communication sur lequel il me semble très intéressant de réfléchir. Pas de contraintes d’horaire, pas de délocalisation, pas d’angoisse du face à face direct. Un moyen rapide et efficace donc mais qui ne doit pas se substituer à la relation « physique » entre l’école et les familles. C’est un outil de plus à la communication. Il ne doit pas devenir un ECRAN de plus entre les uns et les autres. Et cela s’apprend également… 

Pour terminer je dirais que l’école ne peut plus faire l’impasse d’une réflexion en profondeur sur cette dimension relationnelle et contractuelle.  A l’heure où de nombreuses familles se trouvent légitimement en attente d’éducation et d’enseignement, où les discours démagogiques et « catastrophistes » débordent de tous médias, où la société peine à trouver des valeurs communes, où les individualismes prônent sur les projets coopératifs; il me paraît incontournable d’envisager autour de l’enfant, de l’élève un véritable PARTENARIAT d’EDUCATION. Un partenariat positif, concret, citoyen, réaliste et porteur de vraies promesses pour les élèves. A chacun de le définir en fonction des attentes et des besoins qu’il rencontre dans son quartier et son école. A nous, enseignants de saisir à bras le corps ce formidable défi. Je pense que tous, nous y gagnerions, en reconnaissance et en confiance réciproque. 

Ostiane Mathon

Et si nous continuions ce petit débat ici…avec vous…entre partenaires bleu primaire!

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23 réponses à “Parents enseignants…un contact délicat”

23 05 2008
entredeux (07:14:53) :

Ostiane,

Je reste sans voix…….. Ce qui est dit dans l’entretien du café, et ce que tu (vous ?) exprimes dans ta réaction est un coup de massue pour moi.

A l’heure où le monde devient réseau COMMENT de telles FRONTIERES ont-elles pu s’établir entre parents et enseignants ? et COMMENT se fait-il que les FONDATIONS en soient batîes dès la formation des professeurs……

Je suis un peu démoralisée, là…….

Juste un petit mot avant de retourner à mon boulot : le monde de l’entreprise a pu se révolutionner par la notion de PROJET ; mon expérience me fait donc dire que tu es dans le VRAI en mettant en avant cette même nécessité au sein de l’éducation !!!!!!!! Mais pour que le retour sur expérience se fasse, encore faudrait-il qu’il n’y ait pas non plus de frontière entre l’EDUCATION et le MONDE DU TRAVAIL…..

23 05 2008
ostiane mathon (15:44:12) :

Non Cécile, ne sois pas démoralisée!!

Ce n’est pas le moment…nous avons besoin de parents comme toi qui prennent la parole et expriment de manière constructive et sans tabou leurs points de vue.

Non, ne sois pas démoralisée…Voilà au contraire un bon sujet à aborder auprès de tes amis parents d’élèves…et dis-leur de venir nous rejoindre ici, ou ailleurs…(Mais ici, ce serait pas mal…)

Merci à toi, qui n’a plus d’enfant en primaire de continuer à faire exister ce lien entre l’école et la famille.

25 05 2008
montelle (02:11:31) :

Je crois que le malaise qui existe fréquemment entre les enseignants et les parents a plusieurs origines :
1- tout Français normalement constitué pense être un expert dans les domaines de l’enseignement (et celui de la médecine). Or, ce sont là domaine d’experts et les spécialistes supportent difficilement des ingérences dans leur domaine (voir l’imbécile querelle sur les méthodes d’enseignement de la lecture qui dure depuis… 1923). Il est sage de délimiter précisément et fermement les domaines (nombreux) où les parents et les enfants peuvent et doivent intervenir et ceux où ils peuvent simplement s’informer et être informés.
2- L’école a parfois dépassé ses prérogatives et a exprimé l’ambition de prendre en charge plus ou moins exclusivement certains domaines de l’éducation qui relèvent de l’autorité parentale. Il faudrait que là aussi les frontières soient toujours clairement tracées.
3- En fait, la responsabilité de l’échec scolaire est souvent à trouver dans le domaine familial :
– insuffisances d’attention à l’enfant (parole, temps qui lui est consacré, accès à la culture…),
– lacunes culturelles de l’entourage (familles TF1 24 h/24, par exemple),
– familles déchirées, recomposées, décomposées, mauvais traitements des enfants, difficultés personnelles des parents (finances, travail….), mauvaises conditions de vie,
Les parents en ont plus ou moins conscience mais très normalement tente de se décharger de cette responsabilité sur l’instituteur et le professeur. D’autant plus que c’est une occasion de liquider de vieux contentieux qui date du temps où l’enseignant était omnipotent et où, eux-mêmes, ont passé des moments difficiles.
De plus beaucoup de parents éprouvent des sentiments de jalousie par le fait qu’ils confient leur cher petit à une autre personne. Ils ont des ambitions aussi démesurées qu’iraisonnables pour leurs rejetons. La réalité est souvent plus rude et c’est l’enseignant qui a le dernier mot dans les décisionse : tout un travail est à faire pour l’admettre.
4- De vieilles querelles entre l’école « sans Dieu » et l’école « libre » flottent encore dans certains milieux et forment un background peu favorable à une entente cordiale.

Il faut regarder ces éléments avec franchise et les éclaircir avec les parents au lieu de les cacher sous le tapis, comme s’ils n’existaient pas. Diplomatie et habileté sont de rigueur. Hélas, les enseignants sont souvent les premiers à déglinguer leurs collègues : voir les nombreux ouvrages de professeurs qui s’emploient à calomnier la profession, par exemple et aussi les conversations en ville. Les Boutonnet et autres Brighelli n’instaurent pas un climat de confiance dans le système éducatif, c’est le moins que l’on puisse dire ! Et les médias font chorus.

Mais de nombreux exemples montrent qu’il est possible que les enseignants et les parents collaborent fructueusement pour le plus grand bien des enfants, chaque catégorie ayant bien pris conscience de son domaine de compétence.

25 05 2008
Ostiane Mathon (20:48:56) :

j’invite ceux que cette problématique intéresse, (c’est à dire tout le monde ici présent…n’est-ce pas!), à lire ce qu’en dit Bernard Collot, enseignant et parent. Très éclairant!

http://education3.canalblog.com/archives/cote_parent/index.html

Le document PDF vaut le détour, comme tout le site d’ailleurs…

26 05 2008
Julos (09:52:55) :

Le film « Entre les murs » Palme d’Or 2008 permettra à tous les spectateurs/parents qui se déplaceront pour le voir en salle en octobre prochain, de franchir ces fameux murs qui séparent la salle de classe du reste du monde. C’est l’un des messages que délivrait son réalisateur ce matin sur les ondes.
Et ce n’est pas le moindre mérite de ce travail !

En attendant, on peut conseiller la lecture du livre de F. Bégaudeau dont s’inspire le film.

26 05 2008
Ostiane Mathon (10:19:57) :

Bonjour Julos!

Et pour ceux qui ne sont pas encore convaincus…un petit retour en arrière dans les coulisses du webpédagogique

http://lewebpedagogique.com/entretiens/rencontre-avec-francois-begaudeau/

Pour info, demain à l’école, dans le cadre de mon forum des métiers, un papa très au fait des actualités cannoises vient nous présenter sa revue de presse du Festival…je suis très impatiente, vous imaginez, Cannes en direct, dans la classe de CM1!

Pas de jaloux, vous aurez droit à un peit billet sur le sujet. Bloguer, c’est partager!

26 05 2008
JMD (18:53:26) :
26 05 2008
Ostiane Mathon (19:25:29) :

Ah, le beau Clint, moi aussi il me fait rêver…

Quant à La Palme qui semble déchaîner les passions les plus torrides et les fantasmes les plus inassouvis, je vous le confesse, je ne l’ai ni lue, ni vue…mais personne n’est parfait!

Et vous JMD, vous en pensez quoi de toute cette effervescence chez les pro et les anti JPB?

Je veux bien qu’on soit tous mi-ange, mi démon, mais ce démon là ne m’attire absolument pas.

J’y ai goûté une fois au bonnet d’âne…la tentation…et puis ça a fait flop. Une petite récompense tout de même, nous nous y sommes rencontrés, me trompe-je?

27 05 2008
Julos (15:38:15) :

Le texte de Faubert auquel nous renvoie JMD fait un énorme contresens, en plus de sentir la mauvaise foi qui produit de la mauvaise bile.
Ni Cantet, ni Bégaudeau ne demandent de la compassion ou de l’angélisme devant leur travail, ils espèrent simplement contribuer à ce que le plus grand nombre comprenne ce qui se passe, ce qui se « joue » dans une salle de classe entre un prof, des élèves et le Savoir.

Quant à Eastwood, on peut regretter que Cannes ne l’ait pas récompensé une fois encore, ça n’enlève rien à son immense talent, reconnu amplement par ailleurs. En outre, on peut penser que le film de Cantet a plus besoin de la Palme, pour bien se défendre, que « l’Echange ».

Question subsidiaire : Faubert a-t-il vu ou non « Entre les murs » ? Pas sûr.

27 05 2008
montelle (17:03:27) :

Hé, Julos, tu l’as déjà vu, « Entre les murs » ? Dans notre trou, ya bien un film avec une classe :  » Les Choristes ». Ah ! la province !
Ben moi, j’ai pris ma retraite pour ne plus voir d’élèves. Alors, ça ne me tente pas trop Intra muros ! Faudra plus que des critiques de mauvaise foi ou des éloges amphigouriques pour me mouvoir !

27 05 2008
Ostiane Mathon (17:18:48) :

« amphigouriques »…tiens, je viens d’apprendre un nouveau mot…Comme quoi, en bloguant, on peut enrichir son vocabulaire!

27 05 2008
Julos (20:06:14) :

@ montelle :

Le film sort en octobre, donc pas vu. Mais j’ai lu le livre comme toi, sans doute.

Soyons patients et attendons l’automne pour juger sur pièces. Qui aurait parié pour une récompense, même minime, ne serait-ce que 2 jours avant la clôture ? Je trouve que trop de gens parlent trop, à propos d’un film dont ils ne savent pas grand chose, parlant d’une réalité (la classe) dont ils ignorent tout. En outre, lorsqu’on regarde la composition du jury cannois, en plus de son président, il y figure des personnes talentueuses et dignes de respect.
Alors basta le bla bla et le tam tam médiatique !

28 05 2008
montelle (05:41:35) :

Parfaitement d’accord avec toi, Julos ! Ce n’est pas le sujet ni la « vérité », ni la « nécessité sociologique » qui font la valeur d’un film, mais le fait qu’il vous étonne, qu’il vous scotche sur votre fauteuil, qu’il vous touche et vous fait voir le monde autrement.
J’ai regardé Manderlay, cette semaine, un film de Lars von Trier qui m’avait échappé. Non seulement les qualités évoquées ci-dessus sont là et bien là, mais on a en prime un dispositif scénique génial (un plateau unique), une actrice et des acteurs fascinants (surtout Bryce Dallas Howard !), des éclairages et des prises de vues pleines de mystère et de poésie, une musique discrète, mais qui sert d’écrin aux actes et aux dialogues. Et en prime, une réflexion sur l’esclavage et la démocratie d’une finesse qui ouvre des jours de méditation. Voilà de quoi on pourrait parler au sujet des films au lieu de sonder les états d’âme (ou de fesses) des acteurs, de s’attarder sur les effets spéciaux, de se noyer dans la compassion politiquement correcte, de baver devant le budget ou les conditions de tournage.
Télérama m’énerve !!!! )Prends vite tes gouttes, Papy)

30 05 2008
montelle (07:12:00) :

Un avis de Françoise Bailly sur le film de Bégaudeau :

http://www.meirieu.com/FORUM/bailly_enfants_papier_calque.pdf

31 05 2008
Julos (10:07:04) :

Merci m’ieur Montelle !

Un beau texte, une belle écriture, avec sans doute derrière « une belle personne ».

Une petite retouche au commentaire cependant : ce n’est pas « le film de Bégaudeau », c’est « le film de Cantet » à partir du livre de Bégaudeau.
Plus cet évènement provoque de réactions négatives et fielleuses, plus je me dis qu’il est juste.

;-))

31 05 2008
montelle (18:30:01) :

Mais le texte de Bailly ne me semble pas négatif.
Quant à moi j’attends maintenant avec impatience de voir le film de Cantet à partir du livre de Bégaudeau pour me faire une opinion.
Dans un film, ce n’est pas le sujet qui est le plus important !

1 06 2008
Julos (09:55:07) :

Le texte de F. Bailly n’est aucunement négatif. Elle prend au contraire le contrepied des critiques émanant de ceux que semble déranger la justesse de la réalité dépeinte dans le film (avant même de l’avoir vu bien entendu !)

1 06 2008
montelle (18:48:38) :

Ah bien ! C’était moi, alors qui émettais des réactions négatives et fielleuses ! Elles ont dépassé ma pensée, alors.
Je veux bien croire à la justesse de la réalité dépeinte dans le film, si tu me le dis !
reste à savoir si le rôle d’un film est de dépeindre la réalité ou de la sublimer dans une fiction. Voilà un vaste et intéressant débat.

2 06 2008
mamazon (22:29:38) :

Commentaire sur le commentaire numéro 3, de « montelle », qui fait le parallèle entre enseignement et médecine et demande à ce que les non-experts soient soigneusement mis de côté et se contentent de recevoir sans broncher les soins et enseignements de « ceux qui savent ».

Justement, en médecine, on constate l’émergence des représentants de patients, d’usgers, pardon pour le mot. Reconnaissance d’un droit individuel du patient (droit d’être informé des intérêts et désavantages d’un traitement, devoir pour le soignant de recevoir le consentement éclairé du patient) et reconnaissance de la représentation des usagers. Lesquels, désormais, siègent dans les instances médicales à tous les niveaux, instances nationales, régionales, et jusque dans chaque établissement de santé, au CA et dans certaines commissions. La loi qui entérine tout cela date de 2003.

La conséquence, c’est que les décisions de soin (d’organisation de soins, de création de référentiels destinés aux professionnels, des définition de priorités lors de décisions…) ont maintenant une chance d’être prise dans l’intérêt des usagers tel qu’ils l’expriment, eux.

Je ne crois pas que les « usagers » de l’éducation (nationale) aient encore cette reconnaissance individuelle et collective. Ou alors, la manière dont elle s’excerce n’a pas de sens pour moi.

3 06 2008
montelle (07:49:51) :

Parfaitement d’accord sur la défense des droits légitimes des usagers, que ce soit dans le domaine de la médecine, de celui de l’éducation ou autres.
Je visais les excès. Quand des parents prétendent en savoir plus que les maîtres sur l’enseignement de la lecture et se contentent de répéter la propagande du Figaro, par exemple. Les propos qu’ils tiennent – souvent devant leurs enfants – sont absolument désastreux pour l’efficacité de l’enseignement.

6 06 2008
montelle (06:22:29) :

Majuscules, reality et transcendance
Cher Julos,
La colère que tu as manifestée après mes propos (un peu abrupt et rapide, j’en conviens) sur le film « Entre les murs » m’a été très bénéfique car elle m’a contraint à me demander pourquoi je les avais écrits. Voilà quelques réflexions qui me sont venues après que j’ai assisté hier soir à une très belle conférence, sous le titre : « Le rêve du bonheur par la science ».

Je partirai de cette question : « L’art a-t-il pour vocation de présenter la réalité ? ». Cette idée s’est développée autour de l’école réaliste à la fin du XIXe siècle et s’est largement développée au XXe, en particulier dans ce que l’on a appelé le « réalisme socialiste ». Un autre avatar très récent se trouve dans la télé-réalité qui prétend montrer ce que sont les choses de la vie et qui va de Mireille Dumas au Loft, en passant par d’innombrables œuvres livresques, télévisuelles ou cinématographiques, et aussi picturales.
Très sincèrement, je pense que cette approche de l’art est extrêmement réductrice. La spécificité de l’homme, par rapport à l’animal est le fait qu’il parvient justement à échapper à la contingence, à « l’être des choses et des déterminations » grâce au rêve et à l’imagination qui lui permettent de s’imaginer un destin qui le libère du duel désespérant du hasard et de la nécessité. Pour ce faire, l’art (ou la science) invente autre chose que la réalité, un monde fictionnel où l’impossible devient possible (un Noir prétendant être président des USA, par exemple).

Ramener l’art à la transcription de la réalité, c’est contraindre l’homme dans le cadre de son être, de son existence, en oubliant ou refusant son Essence, sa capacité à transcender cette existence. Ah ! voilà la majuscule, cette majuscule si courante autrefois, mais que l’on a répudiée aujourd’hui, par crainte de la transcendance. Oui, cette majuscule qui donne à l’Ecole un statut qui l’arrache aux pesanteurs mammouthéennes, qui la hisse au niveau des plus nobles ambitions. C’est en imaginant l’Ecole que nous pourrons sauver l’école. Ce n’est pas en filmant une école réelle et en la montrant que nous pourrons convaincre qui que ce soit, car nous sommes là dans le domaine du particulier et le particulier n’apporte ni preuve ni arguments, ni adhésion si ce n’est fugace.
L’art, lui vise le général, l’universel. Il utilise le symbole et le mythe pour arracher son propos du particulier, du contingent, afin d’échapper aux déterminismes, afin de construire un monde humain. Il ne vise pas à présenter la réalité (qui nous est inacessible, de toute façon), mais à la re-présenter, à la refigurer, en la transcendant afin de la dépasser.

J’espère que Cantet a eu ces objectifs et j’ai eu tort de m’irriter prématurément, en parlant de ce que je n’avais pas vu. C’est que je suis exaspéré par l’invasion de cette « réalité » non seulement dans notre vie, mais aussi à l’école, réalité qui n’est pas la réalité, en fait, mais ce que je nomme la « reality », un ersatz, qui est au réel ce que le macdo est à la cuisine. Un outil d’aliénation qui veut réduire l’être humain à l’état d’homo economicus, de consommateur, de pousse-caddie docile et gavé.

J’ai parlé de transcendance ce qui est presque un blasphème dans le cadre de l’école laïque. Il faudrait que je précise le sens que je donne à ce terme qui n’a ici rien à voir avec les religions, mais plutôt avec la « religion » dans son sens étymologique : ce qui sert à relier les hommes de bonne volonté. Je ne développe pas ici, mais ce serait un sujet de discussion intéressant.

7 06 2008
Julos (12:10:11) :

@ montelle

Je ne crois pas avoir exprimé de la colère à propos de quelque avis que ce soit sur le film de Cantet. A peine un agacement devant des propos péremptoires émanant de personnes qui n’ont pas vu le film. Je me refuse désormais à en parler ou à répondre à quiconque n’en sait manifestement pas plus que moi SUR ce film.

J’apprécie le travail de Cantet (notamment « Ressources humaines »), je trouve la démarche de Bégaudeau plus constructive et intéressante que la complainte lancinante des antipédagos. J’attends la sortie du film pour me reconcentrer sur le sujet. Mon seul postulat c’est que le film n’est sans doute pas un chef d’oeuvre cinématographique mais très certainement une oeuvre honnête et utile au nécessaire débat public sur l’école.
A suivre donc…

😉

7 06 2008
Ostiane Mathon (12:49:48) :

« …une oeuvre honnête et utile au nécessaire débat public sur l’école. »

Oh combien nécessaire ce débat Julos!

Débat n’est pas combat…Et vous me voyez tous profondément heureuse de réaliser que chaque jour vous êtes un peu plus nombreux à venir lire et apporter vos contributions, ici, sur BLOG BLEU PRIMAIRE.

Il ne s’agit aucunement de la satisfaction d’un égo d’instit en quête de public mais d’un véritable désir de créer un espace ouvert et convivial. Un espace qui n’esquive pas les difficultés du dialogue sans pour autant tomber dans les travers des joutes oratoires stériles et sans fin.

Merci donc à vous tous silencieux et bavards! Voilà…qui est dit!

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