Chagrin d’école

23 06 2008

                     Daniel Pennac nous lit un extrait...

J’ai lu, j’ai aimé, j’ai souri, j’ai été émue.

Pas grand chose à ajouter si ce n’est des commentaires…

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17 réponses à “Chagrin d’école”

23 06 2008
Julos (15:19:36) :

Un commentaire… oui, à condition d’avoir lu le livre.

Ce qui est mon cas, mais je ne me sens pas capable de faire mieux que Laurent Carle qui avait rédigé une bien belle contribution lors de la parution de « Chagrin d’école » sur le site d’Eveline.
C’est par là :

http://www.charmeux.fr/carlepennac.html

23 06 2008
montelle (15:48:27) :

Un souvenir évoqué par ce beau texte. J’effectuais un travail d’utilisation des contes de randonnée et des devinettes dans une maternelle 2e année. Ce jour-là, c’était tests.
Un bambin de cinq ans ne faisait rien. Je m’approche :
– Tu ne travailles pas ?
– Moi, c’est pas la peine. Je suis classé. tests : nul.
A cinq ans ! Marqué à vie ! Par des tests débiles qui ne mesurent que des compétences idiotes pour la plupart !
A cinq ans, ils m’ont tuer !
La testomanie, tare spécifiquement française, me fout dans des rognes difficilement contrôlables. Le meilleur outil de la constitution de la fracture linguistique et scolaire. L’arme suprême des imbéciles pour assassiner les enfants !

23 06 2008
bouge-toi (16:56:29) :

Emouvant et tellement vrai…

Qui n’a jamais croisé une « Nathalie »?

Laisser les soucis (ou les joies) à la porte de la classe, difficile ! Un tel semble plus triste que d’habitude, pourquoi ? Un autre n’arrive plus à se concentrer, à être attentif, pourquoi ? Un autre encore devient agressif, pourquoi ? Une autre semble impatiente de quitter la classe, pourquoi ?…

Oui, les enfants emmènent dans leur sac les soucis de leur famille : on ne peut l’ignorer… Et on se doit de les aider à « déposer ce fardeau » l’espace d’un moment, par un regard, une parole, l’écoute…

23 06 2008
Ostiane (19:22:34) :

3 passages retiennent mon attention dans le texte de Laurent Carle et méritent, à mon sens, une vraie réflexion de la part des enseignants.

1/ « C’est pendant ses propres années d’école qu’un futur prof, même celui qui ne le sait pas encore, même celui qui s’orientera vers une autre activité, apprend le métier par imprégnation. C’est aussi pendant ces années de réussite qu’on engrange les dogmes scolastiques de la tradition « formatrice », à travers les attitudes de nos profs. C’est là aussi qu’on accumule bon nombre d’idées reçues et de préjugés. Il y a quelques fausses vérités qui durent. »

2/ « Seul, le mauvais élève futur prof – Pennac nous apprend que ça existe – pataugeant dans des flaques de gadoue parmi ses semblables en échec, imagine les éventuelles attitudes magistrales qui permettraient à tous d’apprendre. Le mauvais élève Pennac, futur prof, n’apprend pas le métier par imprégnation mais par invention pour corriger les aberrations qu’il a observées ou subies. Avant d’entrer dans la profession, il est déjà pédagogue. Il ne connaît pas encore les savoir-faire pédagogiques mais, sachant qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre et que celles des profs qui l’ont sermonné, puni et humilié « pour le stimuler » ne permettent pas d’apprendre, il a déjà l’attitude qui permet de les chercher et de les acquérir. »

3/ « Il ne s’agit pas de faire table rase des siècles d’histoire et du patrimoine culturel de l’humanité, ni d’oublier les savoirs acquis, mais seulement de se défaire intentionnellement des préjugés, idées carrées et lieux communs qu’on a reçus inconsciemment pendant sa tendre enfance, tandis qu’on s’instruisait. Il s’agit d’ouvrir cette boucle d’interaction dans laquelle ne tournent que des élus. Car, l’institution, plus que de transmettre, a besoin de se perpétuer, éternellement telle qu’en elle-même. Se libérer soi-même est indispensable pour changer l’école dans sa classe. »

Un long travail en somme…l’institution ne nous y aide pas. Le maître est bien seul dans cette quête. Il doit ramer à contre-courant ou se former par lui-même. Que de temps perdu!

Tant que la formation continue n’est pas rendue incontournable, c’est à dire obligatoire, l’enseignant isolé et solitaire aura du mal à transformer ce poids du passé, cette imprégnation en un « faire la classe autrement. »

Il y a pourtant tant à découvrir à enseigner contre soi-même. Il faut juste n’avoir peur ni de soi-même ni des autres…Pas facile!

23 06 2008
Julos (19:40:50) :

Je rebondis sur la fin de votre commentaire, Ostiane.

BLONG !

En plus d’une formation, initiale et continue, qui tienne(nt) la route (et actuellement on roule vers le fossé !)il faudrait pouvoir assurer dans chaque école les conditions d’une vie d’équipe. Car l’isolement et la solitude pédagogique se nourrissent de cette quasi absence de travail et de réflexion collective qui s’installe dans un trop grand nombre d’établissements.

Oui, j’ai dit « il faudrait », yaka faucon ! mais j’ai dis « je rebondis » pas « j’ai la solution ».
Non plus.

😉

23 06 2008
bouge-toi (20:23:38) :

Je rebondis à mon tour :

REBLONG !

Notre formation ( en tout cas la mienne ) ne contenait aucun volet  » travail en équipe « .
Enfin, je connaissais le travail en équipe mais dans des cadres différents ( encadrement sportif, vie associative de mes parents…), ouf sauvée !

Eh bien non !… Premier poste sur une classe de CP ( en pleine crise entre professeur des écoles et instituteurs): quelle méthode choisir?… Débrouille-toi !Fais avec le matériel disponible (pour un an, pas la peine d’investir!).
Concertation : on fait ce que les anciens décident, ils savent mieux que toi et pas question de partager … Bref « sois là et tais -toi »
Concertation officieuse : laissant ma porte ouverte le soir en corrigeant les cahiers, j’en apprends plus sur le fonctionnement de l’école qu’en concertation !

Heureusement, par la suite j’ai rejoins une véritable équipe et grâce à un « partenariat » avec une collègue, mon bateau n’a pas sombré !

Alors oui, « il faudrait pouvoir assurer dans chaque école les conditions d’une vie d’équipe ».

23 06 2008
bouge-toi (20:31:29) :

« Seul, le mauvais élève futur prof – Pennac nous apprend que ça existe – pataugeant dans des flaques de gadoue parmi ses semblables en échec, imagine les éventuelles attitudes magistrales qui permettraient à tous d’apprendre. »

Je rajouterais aussi les bons élèves qui ont vu patauger des amis, des proches et voudraient éviter cela à d’autres…

24 06 2008
montelle (06:55:50) :

« C’est pendant ses propres années d’école qu’un futur prof, même celui qui ne le sait pas encore, même celui qui s’orientera vers une autre activité, apprend le métier par imprégnation » dixit Ostiane.
J’ai tout appris de mon métier au cours de mes quatre premières années de lycée. Entré en sixième « Nouvelles » en 1950 (classes devenues « Pilotes », en 1952), j’ai bénéficié d’une pédagogie de rêve. Travaux en groupes,liberté d’initiative, équipe réduite d’enseignants enthousiastes et polyvalents, initiation au travail manuel (4 heures d’atelier professionnel par semaine avec des MTM) : tous les principes de l’éducation nouvelle de Paul Langevin et autres Jean Zay.
Mais s’est posé un problème à un enfant soumis tout à coup à un régime tout à fait différent : cours magistraux souvent insipides. Il était réduit à une écoute passive et morne en lieu et place des recherches, des monographies, des exposés.
Révolte, punitions incessantes. J’ai quitté le lycée en première et j’ai appris le reste, pédagogie comprise, sans maîtres autres que les livres et toujours en compagnie de collègues souvent organisés en équipes.
Je me suis beaucoup formé aussi en formant les autres (très vite, j’ai été conseiller pédagogique, puis formateur, titres dûs certainement à mon ignorance de l’inutile !) ou en participant à des colloques savants.

24 06 2008
Ostiane (10:48:53) :

“C’est pendant ses propres années d’école qu’un futur prof, même celui qui ne le sait pas encore, même celui qui s’orientera vers une autre activité, apprend le métier par imprégnation” dixit Ostiane.

Petite rectification, Christian, je citais un passage du texte de Laurent Carle.

24 06 2008
Julos (13:26:44) :

Spécial « bouge-toi » :

Séquence nostalgie…

J’avais 27 ans lorsque j’ai débarqué dans mon 1er CP, quelques années d’enseignement du CE1 à la 5e transition de collège (niveau cm2 faible) et une licence de lettres modernes à terminer… après la classe.

L’école comptait 3 CP. J’ai été accueilli par deux collègues,une trentenaire très cool et une ex militante Freinet, adepte de la méthode naturelle, très expérimentée et proche de la retraite.
En quelques années, à raison de 2 réunions par semaine, le lundi pour la lecture, le jeudi pour les maths (en plus des conseils de maîtres), elles m’ont appris la brasse et la nage-libre. Ensuite, j’ai exploré d’autres fonds marins avec mon propre oxygène.
Merci Eliane, merci Renée !

24 06 2008
Ostiane (16:37:31) :

« En quelques années, à raison de 2 réunions par semaine, le lundi pour la lecture, le jeudi pour les maths (en plus des conseils de maîtres) »

Et bien…cela laisse songeur…Chapeau bas à Eliane, Renée et vous Julos!

C’est vrai, le travail d’équipe me semble à la base de tout projet d’école. Cela semble tellement évident, et pourtant cela manque cruellement. Bien sûr on se réunit, on discute, on échange, et cela est nécessaire. Aujourd’hui ,les conseils de maîtres et les concertations ressemblent davantage à des moments d’informations internes, nécessaires je le répète. Mais il est rare d’y construire des outils concrêts directement au service de la classe et des apprentissages.

Bon, une fois que c’est dit…on fait quoi? On se bouge!

24 06 2008
Julos (17:20:14) :

Oui c’est ça « Bouge ! Bouge ! Bouge de là ! »

Cette association que je fais là n’a peut-être qu’un rapport lointain avec notre discussion mais les associations d’idées… vous savez ce que c’est… comme bien des associations, ça n’engage à rien et même, parfois, ça ne rime à rien !

http://www.paroles.net/chanson/11773.1

24 06 2008
bouge-toi (19:36:14) :

à Julos :

« elles m’ont appris la brasse et la nage-libre. Ensuite, j’ai exploré d’autres fonds marins avec mon propre oxygène. »

Quelle chance vous avez eu !J’aurais aimer découvrir les profondeurs avec de telles sirènes… Moi, tel Ulysse, elles ont bien failli m’y engloutir…Il a fallu s’accrocher solidement au mât et résister.( surtout qu’une autre sirène m’attendait à la maison : un p’tit bout de quelques mois).

Et ma foi, on s’en est pas trop mal sorti : on a cherché des idées, des conseils ailleurs ( auprès de collègues des écoles voisines, par exemple…)!
Puis on a passé notre chemin et continuer de voguer vers de nouveaux horizons…

Changement d’école, autres collègues, et comme je l’ai dit enfin un partenariat avec une collègue prête à partager son expérience et ouverte à la discussion : on se retrouvait sur le temps de midi très régulièrement et parfois le mercredi.
A mon tour, je remercie donc Catherine.

Alors, message aux jeunes collègues, si vous rencontrez des murs de silence, des cyclopes ou autres minotaures… Ne lâchez pas le fil d’Ariane : sachez qu’il existe aussi des bonnes fées ou des sorciers bienveillants prêts à vous guider…

24 06 2008
montelle (19:54:41) :

Ben, ce blog, c’est pas déjà un travail d’équipe ?
Comme dab, y en a une (ou un) qui se tape le gros du boulot et les autres qui suivent. J’ai toujours vu fonctionner comme cela. En plus, les collègues freinent des quatre fers parce qu’ils ont peur que ça marche et qu’on les oblige à faire pareil.
C’est la vie ordinaire mais on s’en fout parce qu’on prend un pied terrible à bosser ensemble.

Oui, je sais, mon style se relâche, mais y a des soirs comme ça. Ce doit être cette tiaffe d’enfer ! (Une tiaffe, c’est une grosse chaleur dans le parler du Haut-Doubs et de la région suisse voisine. Avec Eveline, vive les langues régionales !).

24 06 2008
bouge-toi (20:19:37) :

Pour ça, c’est vrai une sacrée tiaffe ! Dire qu’il y a une semaine à peine on grelottait…n’est-ce pas, Christian ?

Allez, une petite devise régionale avant d’aller dormir :

« Comtois rends-toi, nenni ma foi ! »

24 06 2008
Ostiane (20:53:21) :

Et bien vous êtes en forme ce soir!
On voit que la fin d’année approche!

Annecdote: à la sortie d’un dîner entre amis, il y a quelques jours, on se dit tous au revoir et très naturellement une amie prof de collège et moi nous souhaitons une bonne fin d’année très solennelle en grandes embrassades. Le reste du groupe est resté un dixième de seconde interloqué…Ah oui, c’est vrai, nos amis les profs…il font jamais rien comme les autres!

Ben ouais, la fin d’année en juin, c’est un moment particulier dans la vie d’un enseignant. Et chaque année, c’est la même chose, un mélange de grande fatigue, de soulagement presque, et puis en même temps, un sentiment étrange, celui qu’on peut éprouver lors d’une séparation, que dis-je, de 32 séparations…Des liens forts se sont établis, des regards, des larmes ont coulé, des colères et des fous rire. Et puis, hop! On range la classe. La cour de récré est vide, ne reste juste que quelques vieux habits qui trainent sur un banc, vestiges d’une année révolue…

AU REVOIR LES ENFANTS…

25 06 2008
montelle (09:42:17) :

« “Comtois rends-toi, nenni ma foi !”
C’est qu’elle fut rude la conquête de la Franche-Comté, même s’il elle a été effacée des livres d’histoire. Le siège de Dôle fut terrible. Des combattants furent obligés de se rendr, malgré la devise, à bout de cartouches. On les amena au général en chef :
– On les fusille ?
– Non, ce sont des braves ! Gardez-les pour la graine !

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