Ecole et paradoxes

25 08 2008

 

Allez, quand faut y aller…faut y aller! 

 

L’heure de la pause s’achève et pour sortir BLOG BLEU PRIMAIRE de sa torpeur estivale…un article en 10 points, comme autant d’invitations à réfléchir, rebondir et réagir.

 

L’Ecole primaire de la fin du XXè et du début du XXIème siècle, entre institution et ambition, génère de fait ses propres paradoxes et ses contradictions intimes. Doit-elle s’y résoudre ? Peut-elle y échapper ? Comment les assumer, les absorber ou les contourner ? Une première étape de conscientisation de ces oppositions inhérentes à l’Ecole permet, me semble-t-il, d’éviter l’écueil d’une attitude très à la mode du confortable « c’est la faute à » suivi de la réplique immédiatement apposable du « Ya-ka »…

 

Sans culpabilité excessive ni réquisitoire stérile, j’ai tenté d’en identifier un échantillon pour les soumettre ici à discussion.

 

Voici donc, en guise de « prérentrée », un éventail non exhaustif de ces douloureux paradoxes auxquels enseignants, élèves et familles sont confrontés depuis plus d’un demi-siècle donnant peu à peu naissance à d’indissociables binômes, antinomiques pour certains, complémentaires pour d’autres…

 

L’Ecole…

 

1/ s’adresse au plus grand nombre quand les attentes sont toujours d’ordre individuel (collectif/unicité)

 

2/ ouvre ses portes à tous les élèves mais ne délivre de laissez-passer final qu’à un certain nombre d’entre eux (démocratisation/sélection)

 

3/ s’inscrit dans la durée des apprentissages dans une société de l’immédiateté, du prêt-à consommer et du prêt-à-jeter (permanence/zapping)

 

4/ fait face à la modernité tout en évoluant dans des structures ancestrales (adaptation/ rigidité)

 

5/ participe à une éducation traditionnelle relativement standardisée là où les modèles éducatifs, familiaux, culturels et sociaux sont multiples, complexes et modulables à l’infini (uniformisation/ diversité)

 

L’Ecole est sensée…

 

5/ donner accès à l’ascenseur social mais sans plus pouvoir y faire monter ses propres enseignants (progression/immobilisme)

 

6/ livrer les clés du monde futur là où elle scelle ses frontières aux portes de ses établissements (ouverture/enclave)

 

7/ favoriser l’autonomie et l’esprit d’initiative dans un cadre où l’erreur est sanctionnée et où les programmes font office de projet (recherche/contention)

 

8/ développer l’esprit critique là où toute forme de contradiction est vécue comme force d’opposition (participation/soumission)

 

9/ véhiculer le progrès humain tout en répondant à des critères orthonormés d’objectifs et de résultats chiffrés (humanisme/pragmatisme)

 

10/ porter haut les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité dans un univers où le caprice, l’incivilité et la misère se vendent sur écrans géants 24 H/24 (utopie/réalité)

 

10 points, 10 problématiques, 10 manières d’appréhender les enjeux et les défis d’une Ecole qui reste à construire, à adapter, à protéger… Une fois encore, entre le dire et le faire, sur le terrain, et en dehors de toute posture partisane, il existe un panel de possibles permettant à chacun de s’y développer sereinement et de contribuer à la faire évoluer au travers d’attitudes inventives et de conceptions nouvelles. Une Ecole qui doit apprendre à se nourrir de ses exigences contradictoires pour continuer de grandir. Une Ecole qui ne peut ni renier son passé ni s’y engluer. Une Ecole dont les efforts sont constants mais restent à parfaire sans cesse.

 

Bon, ben c’est tout pour aujourd’hui mais c’est déjà bien assez pour une reprise!