La philosophie à l’école

3 09 2008

Un apologue grec d’utilité publique…

Pris sur le vif, retour de récré: « Maîtresse, i ma traité…M’dam c’est le copain de la soeur de Polo qui m’a dit que…Même pas vrai, y’a quelqu’un qu’est…STOP!…Ecoutez plutôt mon histoire, une très très vieille histoire, et après, c’est promis, nous reparlerons de tout ça… »

Et oui, même du temps béni des anciens et des vieux sages, ces questions se posaient déjà…

LES TROIS TAMIS

 » Un jour, quelqu’un vint voir Socrate et lui dit :

– Écoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit.

– Arrête ! interrompit l’homme sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?

– Trois tamis ? dit l’autre, rempli d’étonnement.

– Oui, mon bon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si tout ce que tu veux me raconter est vrai ?

– Non, je l’ai entendu raconter et…

– Bien, bien. Mais assurément tu l’as fait passer à travers le deuxième tamis. C’est celui de la bonté. Ce que tu veux me raconter, si ce n’est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?

Hésitant, l’autre répondit : Non, ce n’est pas quelque chose de bon, au contraire…

– Hum ! dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as envie de me dire…

– Utile ? Pas précisément…

– Eh bien ! dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l’oublier… « 

AUTEUR INCONNU

Voilà, mon histoire est finie…Et maintenant, si on reprenait votre histoire depuis le début?

Une joile manière, je trouve, d’aider les enfants à prendre du recul, une façon de dédramatiser, un moyen de faire baisser les tensions, un texte qui pose le débat de la citoyenneté et du respect.

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3 réponses à “La philosophie à l’école”

3 09 2008
CecileRay (09:16:25) :

Hello Ostiane

Le conte est mignon, certainement profond (je ne le connais pas, me promet de le tester un de ces 4 matins), en revanche difficile à mettre en application en situation de stress, d’angoisse, de pression, et Dieu sait s’il y en a face à un enfant qui vient chercher l’assistance d’un adulte…….. qu’il soit en primaire ou plus loin dans sa scolarité d’ailleurs :))

Sinon, blague à part, question philosophie, je ne saurais que trop recommander la lecture commentée/débatue des livres de la collection « philoz’enfants ». Je les ai tous testés, avec toujours autant de succès, et encore aujourd’hui, maintenant que mes enfants sont de grands ado, nous y faisons référence.

C’est dire

Sinon-bis, je vois Ostiane que tu exploites la semaine des 4 jours pour écrire MEME LE MERCREDI MATIN. Je te dis pas comment tes compteurs vont exploser cette année :)))).

Bonne journée à tous

Cécile

7 09 2008
Christian Montelle (17:27:46) :

Il existe de nombreux contes qui peuvent servir de point de départ à une « palabre ».

Ces maquettes de vie sont vraiment le meilleur moyen d’engager les jeunes enfants sur le chemin de la réflexion philosophique.

8 09 2008
Christian Montelle (00:27:35) :

Il est peut-être bon de donner un exemple de conte qui peut ouvrir à une réflexion philosophique. Voilà un petit conte inuit cité et analysé par Edith Montelle dans son ouvrage « Paroles conteuses », hélas épuisé :

 » La lune au rond visage parcourait le ciel en traîneau et se vantait : Je suis plus gaie et plus grande que le soleil lui-même ! Un minuscule lac, au milieu de la toundra, l’entendit et dit : Tu n’es qu’une vantarde ! Regarde-moi et tu verras que je suis le plus grand ! La lune se pencha sur le lac et y vit son reflet. Le lac poursuivit : Vois, je suis plus grand que toi puisque tu peux te loger chez moi avec le soleil ! Les deux antagonistes se disputèrent tant qu’ils réveillèrent le lemming, Sikiq, qui sortit de son terrier. Il s’étira, bâilla en ouvrant si largement la bouche que son œil gauche se ferma. Il regarda d’un œil le lac, puis la lune et constata : En fait, le plus grand de tous est mon œil droit puisqu’ils y entrent ensemble : le lac et la lune ! La chouette qui volait par-là ricana. Elle s’empara du lemming, l’engloutit et dit : Hou ! Hou ! Quelle tête intelligente porte mon cou ! La lune et le soleil ont pris place dans le lac, le lac, la lune et le soleil se sont installés dans l’œil du lemming et celui-ci habite désormais dans mon estomac !
À ton avis, lequel d’entre eux est le plus grand ?

Ce conte est une excellente introduction à la notion de relativité : le mythe de la caverne de Platon aura déjà son cadre d’accueil, voire Einstein et ses théories ! Première leçon de la philosophie : la perception du réel n’est pas la perception de la réalité. chacun a un angle de regard, un cadrage, un point de vue, des connaissances différentes qui déterminent sa perception et son interprétation du monde. Donc, personne ne détient une vérité absolue qu’il aurait le droit d’imposer aux autres. La vérité n’est qu’une convention entre humains, influencée par la narration du monde que chacun se construit (voir : Nancy Huston, L’espèce fabulatrice, Actes Sud, Avril 2008)

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