Le jardinier pédagogue (Intro)

6 09 2008

A débattre très prochainement sur BLOG BLEU PRIMAIRE…dans une nouvelle rubrique « La chronique de Christian Montelle »

« Il est hélas devenu évident aujourd’hui que notre technologie a dépassé notre humanité »

Albert Einstein

Résumé

Les enfants en échec doivent passer par les étapes qui leur ont échappé ou qui ne leur ont pas été proposées. Avant d’en venir au « programme », aux remédiations, il est nécessaire de mettre en place les compétences premières et les appétences psychologiques qui permettent d’accéder à la pensée et au savoir.

Pour faire face au problème très préoccupant – mais qui n’est pas nouveau – de l’échec scolaire, de nombreuses réformes ont été proposées, mais jamais évaluées ni même, semble-t-il, massivement appliquées par les enseignants. Une querelle entre modernistes et traditionalistes s’est développée, avec une « victoire » récente de ces derniers. On ne peut attendre des miracles de ce retour en arrière, car les méthodes proposées produisaient déjà un lourd échec là et quand elles étaient (ou quand elles sont encore) mises en œuvre.

Christian Montelle tente d’explorer d’autres voies pour lutter contre le fléau de l’échec scolaire. Il rejette les approches mécanistes qui ne tiennent pas compte de la nature de l’enfant et appliquent des « remèdes » scientistes et technologiques à des élèves qui n’en sont que plus meurtris et humiliés. La violence engendrée par cette incompréhension empoisonne tout le monde scolaire. Un être humain n’est pas une machine dont on pourrait noter les symptômes de dysfonctionnement afin de les réparer de façon normée. Les méthodes employées pour dresser des rats, ou conditionner des hommes à un travail déshumanisé, montrent leur inefficacité : le taylorisme, le fordisme n’ont pas leur place dans l’école républicaine.

Sept pistes sont évoquées plus que traitées de façon exhaustive et beaucoup d’autres sont négligées afin de ne pas trop alourdir cet essai. D’autres points pourraient être pris en compte ou traités de façon plus approfondie. En vrac : l’apprentissage de la lecture et sa pratique, la construction de la parole, l’initiation à la sagesse et la transmission des valeurs, la précocité d’une sexualité dégradée en pulsions, la construction de l’identité psychologique et citoyenne, les errements de la psychiatrie chimique, les interactions entre la culture savante et la culture populaire, l’immense déferlement de la médiocrité et/ou de l’abjection dans les vecteurs médiatiques, le rapport à la nature, l’intégration des enfants issus de l’immigration, le délitement du milieu familial, la destruction de la valeur du travail au profit de l’idolâtrie de l’argent, la fermeture du marché de l’emploi, l’utilisation de la peur comme moyen d’aliénation des masses, le naufrage moral des « élites ». Et la liste n’est pas close ; elle veut simplement suggérer que les approches méthodologiques actuelles de lutte contre l’échec sont très insuffisantes.

On trouvera ici des réflexions et des propositions sur :
– la construction de l’identité psychologique et la socialisation.

– la fracture linguistique ;

– l’appréhension du temps et de l’espace ;

– le développement des compétences d’observation et de raisonnement ;

– l’initiation au monde de la technique ;

– l’appréciation des arts ;

– le bien-être physique ;

L’auteur voudrait simplement ici redonner une dimension humaine à la pédagogie, laisser sa place au cœur tout en respectant sans concession les exigences de la raison et de l’efficacité.

La science du pédagogue…
et le cœur du jardinier
Le Jardinier par Archimboldo

Christian Montelle,

Ornans, Août 2008

Diffusion libre

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22 réponses à “Le jardinier pédagogue (Intro)”

6 09 2008
Ostiane (07:37:03) :

Je voudrais être la première à laisser un commentaire…

Cette réflexion sur l’échec scolaire a été publiée sur de nombreux sites.

Ici, Christian Montelle se livre à un exercice plus délicat encore; en soumettant le fruit de sa réflexion au débat, il accepte « le risque » de la contradiction et du dialogue.

Je vois là comme un geste de partage et l’envie de continuer à plusieurs cette réflexion. C’est ainsi que je conçois la mise en ligne de cette nouvelle rubrique.

Chaque épisode (7 au total) donnera lieu, je l’espère, à des échanges constructifs allant dans le sens d’une meilleure compréhension des diverses problématiques.

Parce que nos enfants, nos élèves, le valent bien!

6 09 2008
sylvie (08:57:27) :

« redonner une dimension humaine à la pédagogie »??
La dimension humaine existe dans n’importe quelle pédagogie, elle se situe dans la pratique, non ?
Chaque type de pédagogie entraîne une relation différente et laisse plus ou moins de place à l’identité de chacun (y compris le prof).
Si l’on prend ce critère de l’individu », la place du « un » dans une pédagogie on peut voir que les étiquettes « traditionalistes et « modernistes » sont caricaturales. Depuis l’antiquité cette question se pose. La réponse est fonction du projet de société qu’ont les dirigeants, élus démocratiquement ou non.

6 09 2008
Laurent Carle (10:27:55) :

Quand vous souhaitez redonner une dimension humaine à la pédagogie, je suppose que vous pensez à l’école en écrivant pédagogie. Car si la pédagogie ne peut être qu’humaine, l’école ne l’est pas forcément. On peut passer la totalité de sa carrière dans une classe sans jamais avoir recours à elle et même, diplômé d’un certificat d’aptitude pédagogique, sans avoir la moindre idée de ce que c’est. La tendance actuelle va même jusqu’à dénoncer et condamner les pédagogues pour « excès de pédagogie », cause d’échec scolaire. Bien entendu, ce sont les ignorants qui se prennent pour des justiciers scolaires. Pour ces opposants à la pédagogie, les droits de l’homme s’arrêtent au portail de l’école. Alain Finkielkraut reproche aux « pédagogistes » de cultiver démagogiquement le « droitdel’hommisme ». D’ailleurs, pour les antipédagogues, pédagogie et démagogie c’est pareil.
La pédagogie est l’art de penser l’éducation scolaire autrement, du point de vue de l’apprenant. Autrement que la pensée prêt-à-porter, cousue d’idées reçues, que vendent les journalistes à la botte, les philosophes du régime et les gardiens du temple. Penser autrement l’école est un exercice de voltige périlleux auquel on ne s’adonne pas spontanément. Il faut du courage !

Bien amicalement
Laurent Carle

6 09 2008
Ostiane (10:35:03) :

« redonner une dimension humaine à la pédagogie »

Le propos est provocateur…
Oui Sylvie, la pédagogie a su faire évoluer la relation maître-élève. Elle doit continuer en ce sens.

Mais, tout pédagogue que nous sommes, ne nous arrive-t-il pas de « pratiquer » parfois la pédagogie comme l’application aveugle d’un dogme?

C’est la dérive d’une posture pédagogique immature que rejettent en bloc et avec beaucoup de virulence certains anti-pédagogistes, exédés sans doute de voir que la technique a parfois pris le pas sur l’humain.

Quelle place donnons-nous à la pratique réflexive de notre métier et de la pédagogie?

Trop d’amour tue l’amour
Trop de politique tue la politique
Trop de pédagogie ne nuit-elle pas à la pédagogie?

La question mérite d’être posée!

Qui plaçons-nous au-dessus du reste, l’élève, l’enfant, le maître, l’individuel, le collectif…ou la pédagogie?

Si cette dernière nous empêche de NOUS remettre en cause et de LA remettre en question, alors oui, il est temps de redonner une dimension humaine à la pédagogie.

Je suis d’accord avec toi, qu’on soit plutôt tradi ou plutôt progressiste, on peut toujours trouver une place dans une classe. Et faire bien son boulôt, enfin, le faire au mieux de son possible, et au-delà si possible!

« La réponse est fonction du projet de société qu’ont les dirigeants »

Oui et non. En tant que personne, mère, enseignante, voisine, tante ou amie, j’ai ma part de réponse à apporter, et surtout de questions à me poser.

Notre ministre « gouverne », mais dans notre classe, nous gardons cette formidable responsabilité d’enseigner…avec des outils, avec la raison mais en gardant l’esprit et le coeur ouverts.

6 09 2008
Julos (13:46:13) :

« C’est la dérive d’une posture pédagogique immature que rejettent en bloc et avec beaucoup de virulence certains anti-pédagogistes, excédés sans doute de voir que la technique a parfois pris le pas sur l’humain. »

**************

Mais Christian Montelle n’est pas un anti-pédagogiste, que je sache. De même, je n’ai pas compris sa démarche comme étant une tentative de réconciliation des « frères ennemis » !
Il cherche et propose une 3e voie, me semble-t-il. Ecoutons-le sans enfermer son propos dans cette querelle stérile entre trados et pédagos. Nous savons tous que les réponses aux difficultés actuelles ne sortiront pas de là, n’est-ce pas ? Alors abstenons-nous de distribuer des couronnes de fleurs aux uns et d’épines aux autres. Tout le monde a commis, commet ou commettra des excès dans ce métier, et ne soyons pas angéliques pour autant : tout enseignant qui cherche en permanence à mieux faire, en étant à la fois à l’écoute de ses faiblesses et de celles de ses élèves est, à mes yeux, un pédagogue ; celui qui se répèterait à l’infini, dupliquant d’année en année points forts et points faibles serait, tout au plus, un répétiteur. Se peut-il que ça existe encore ?

6 09 2008
bouge-toi (16:49:55) :

Bonjour à tous !
Je suis heureuse de lire des commentaires qui participent à une vraie discussion…

J’apprécie l’image du jardinier car elle rejoint bien vos commentaires :
-trop de pédagogie ou pas assez, c’est comme trop d’eau ou pas assez pour la fleur.
-le ministre gouverne, le jardinier jardine…mais la plante ne pousse pas toujours comme il l’avait prévu : il ne choisit pas la météo ! Beaucoup de paramètres différents interviennent…

Encore une fois,(je l’ai déjà dit dans un commentaire précédent), tout est question d’équilibre.

« – le développement des compétences d’observation et de raisonnement  » :
indispensable dans un monde sans cesse en mouvement !

« Qui plaçons-nous au-dessus du reste, l’élève, l’enfant, le maître, l’individuel, le collectif…ou la pédagogie? »
Pour ma part ni l’un, ni l’autre : plutôt un mélange, un ensemble qui permet des interactions, qui oblige de remettre en cause ses pratiques en fonction de son public…
D’ailleurs si j’ai choisi ce métier c’est en partie parce qu’il permet justement de ne pas s’enfermer dans des habitudes…habitudes qui pourraient vite devenir dangereuses pour nos élèves car elles ne prennent pas en compte les particularités de chacun…

Chers jardiniers de l’école ou de la maison, je vous souhaite un bon week-end !

6 09 2008
Gwenaël / dit le troll ... (18:34:50) :

Voila bien la remarque la plus intelligente que j’ai enfin trouvée sur VOTRE blog (merci Julos !) :
 » Tout le monde a commis, commet ou commettra des excès dans ce métier, et ne soyons pas angéliques pour autant : tout enseignant qui cherche en permanence à mieux faire, en étant à la fois à l’écoute de ses faiblesses et de celles de ses élèves est, à mes yeux, un pédagogue. »

Persiste et signe !

7 09 2008
Laurent Carle (12:31:08) :

« La dérive d’une posture pédagogique immature que rejettent en bloc et avec beaucoup de virulence certains anti-pédagogistes, excédés sans doute de voir que la technique a parfois pris le pas sur l’humain » !!!
« C’est à l’école de se mettre enfin à la mesure de la modernité et des enjeux du XXIème siècle. C’est à ses murs, à ses rythmes, à ses structures internes, sans oublier à ses équipes éducatives en place d’enfin accepter, non plus l’évolution (nous sommes restés trop longtemps sur place), mais sa nécessaire métamorphose. »
Tout véritable pédagogue vise l’autonomie de l’élève par l’émancipation didactique. L’humain est son premier souci. Personne ne peut apprendre à lire à un enfant. On ne peut que l’aider à s’apprendre. D’ailleurs, les gardiens du temple, Alain Finkielkraut et Natacha Polony, lui reprochent surtout d’avoir remplacé l’enseignement des humanités à l’école par l’humanisme et, de dérive en dérive, d’avoir sombré dans le « droitdel’hommisme ». Le pédagogue impose les objectifs, le programme des instructions officielles, mais il laisse aux élèves le choix des moyens pour y parvenir. Je ne vois pas comment des pédagogues, qui, justement, refusent l’enseignement magistral frontal, les méthodes tout-en-un prêt-à-enseigner, les livres de « lecture », les manuels scolaires, les bled et autres joyeusetés didactiques mises sur le marché par les éditeurs scolaires, pourraient commettre des excès « techniques ». Si quelqu’un dans une école veille à éviter le tout didactique, c’est bien le maitre pédagogue ! Si l’élève, l’humain donc, occupe la place centrale dans une classe, c’est bien dans celle du maitre pédagogue ! Si, pour ne pas perdre le précieux temps magistral et se garantir le bouclage du programme avant la fin de l’année, il faut utiliser des outils didactiques qui ne laissent aucune place au tâtonnement de l’élève, ce sont surtout les maitres non pédagogues qui s’y abonnent. Qu’y a-t-il d’humain dans la récitation par cœur des tables de multiplication et des conjugaisons qu’ils exigent des élèves depuis que l’école existe ? Mais, bon, admettons pendant 2 minutes cette hypothèse farfelue de l’excès technique dans les classes pédagogiques ! Les « antipédagogistes virulents, excédés d’excès», pour ne pas se contredire, se déplacent sans doute à cheval ou à vélo, corrigent leurs copies à la lueur du gaz ou d’une bougie, avec une plume, mitaines aux mains et claquant des dents dans leur chambre non chauffée, l’hiver. Quand ils sont malades, ils se soignent sans doute avec de grosses infusions bien chaudes, des cataplasmes, des ampoules pour ventouses, des sangsues, des purgations à l’huile de ricin et des clystères thérapeutiques.
A leur santé et au bonheur des écoliers en blouse noire !
PS : je crois qu’une chronique s’écrit au fil du temps, comme son nom l’indique.
Pour comprendre ce qui se joue :
• La liberté pédagogique des enseignants, Pierre Frackowiak http://www.meirieu.com/FORUM/frackowiak_liberte_pedagogique.pdf
• La liberté pédagogique : si on en parlait ? Eveline Charmeux http://www.charmeux.fr/blog/index.php?2008/09/01/87-la-liberte-pedagogique-si-on-en-parlait

7 09 2008
Julos (16:18:35) :

Vous savez qu’à côté des crèches ou des écoles maternelles, il existe une structure intermédiaire qui porte le nom délicieux de « jardin d’enfants ». On en trouve dans certains services de pédiatrie à l’hôpital par exemple.

« Jardinier d’enfants », je crois que si j’avais pas fait instit j’aurais adoré faire ça moi !

… bon ben c’est pas tout ça, m’dame Germaine, c’est qui faut qu’j’aille arroser mes gamins là !

;-)))

7 09 2008
Christian Montelle (17:22:52) :

Bonsoir à tous,

Je rentre à l’instant d’un voyage de travail d’une semaine en Pays de Loire et je n’avais pas de connexion. Merci pour vos commentaires précieux. Ostiane a si bien répondu que je n’ai pas grand-chose à ajouter. Cette livraison était un résumé et une ouverture sur d’autres pistes. lundi, nous entrerons dans le vif du sujet.
Julos me définit bien. Je ne suis ni antipédagogiste, ni pédagogiste, bien que mes sympathies et mes orientations aillent plutôt vers ces derniers. Mais je ne crois pas que la querelle, la véhémence, les excommunications, les insultes servent à quoi que ce soit. Nous ne sommes pas dans une cour de récré. Nous sommes des adultes responsables et les difficultés demandent des réflexions, des recherches, des propositions, des évaluations, pas des affirmations dogmatiques, des agressions, des exclusions. Vous reconnaissez là la ligne de notre charmante hôtesse.

Quelques mots sur l’origine de mon travail. Au mois de juillet dernier, j’ai eu l’occasion de consulter le projet pédagogique d’une institution qui s’occupe d’enfants en refus scolaire complet. Ce projet comportait une page et ne proposait qu’un renforcement des connaissances de base, selon une pédagogie (pardon Laurent !) de gavage. Les enfants étaient agressifs, les progrès quasi inexistants.
J’ai réfléchi au problèmes liés à l’échec scolaire et j’ai dégagé sept points que l’on pourrait mieux prendre en compte de façon à travailler de façon préventive.
Nous nous proposons de soumettre à vos critiques ces approches de l’échec qui s’enrichiront de vos propositions, critiques, réserves, etc.
Je n’ai aucune ambition de carrière ou d’édition, étant en retraite depuis dix années et affligé d’un âge assez canonique. Je voudrais simplement mettre à la disposition de tous ce que j’ai appris au cours de ma longue carrière de professeur de français de collège (dont dix ans au Maroc) et de formateur. Mon métier m’a passionné, je l’ai aimé et je l’aime. Je souhaite le même bonheur à tous mes collègues.

7 09 2008
Ostiane (20:57:24) :

Bonsoir Christian, nous t’attendions!

Déjà de nombreuses réactions qui concernent le terme même de « pédagogie ». Un mot qui s’il mérite plus que jamais de trouver une place d’honneur dans nos classes, mérite également qu’on s’y attarde pour comprendre de quoi il est question au quotidien.

8 09 2008
Christian Montelle (00:16:29) :

Excellente discussion qui consiste à se mettre d’accord sur la définition des termes que l’on emploie. Au risque de le froisser, je dois signaler à Laurent Carle que sa définition du pédagogue est toute personnelle et relève largement de l’acte de foi. Quant à moi, je m’en réfère aux dictionnaires.
D’abord le Larousse du XXe siècle.
Pédagogue n.m. et adj (en latin paedagogus) :
Précepteur, maître qui instruit, qui élève des enfants. Par extension : qui fait parade de sa science. Antiquité romaine : esclave qui conduisait à l’école les enfants de ses maîtres (il était souvent grec).
Dans un petit Larousse contemporain, le sens a évolué.
Pédagogue, n.m. : Personne qui instruit les enfants// Personne qui a le sens de l’enseignement.
Nous voilà fort peu avancés. La définition moderne est contradictoire. Elle donne une définition qui englobe tous ceux qui « instruisent les enfants », puis elle restreint ce titre à ceux qui « ont le sens de l’enseignement ».
Bizarrement, le terme de « pédagogue » (ou « pédagogiste » ou « pédagogo ») est devenu une insulte chez certains militants apparentés plus ou moins à l’extrême-droite (sans s’en apercevoir souvent).
Pour d’autres, il est devenu le nec plus ultra du professeur et on en voit la preuve dans la définition messianique et enthousiaste qu’en donne notre ami Laurent Carle ci-dessus.
La querelle sur ce terme est très idéologique et manque d’intérêt. Le mieux est de s’en tenir à la définition la plus générale : personne qui instruit des enfants. Mais le mot instruire pose aussitôt problème car il fait surgir la question des méthodes : les uns voient le maître comme une source de savoirs à laquelle viennent s’abreuver les élèves. D’autres contestent violemment cette conception liberticide et voient la professeur comme un catalyseur qui permet à l’enfant de fonctionner comme structure apprenante.
Afin de dépasser par le haut cette querelle qui ne pourra jamais aboutir à un quelconque accord, ne vaudrait-il pas mieux se pencher sur les problèmes réels en convenant que le maître endosse successivement ces deux fonctions dans sa pratique ? Des moments de transmission, des moments de recherches et de productions individuelles. Et beaucoup d’autres choses dont on peut discuter aimablement en tenant pour acquis que la vérité est complexe et que personne n’en est le détenteur exclusif.
Parlons donc des causes de l’échec scolaire et des façons d’y trouver remède, en oubliant un peu nos passions excessives.

8 09 2008
Laurent Carle (09:10:28) :

« Ni pédagogiste, ni antipédagogiste »
Encore faudrait-il que ces mots recouvrent une réalité tangible. Or, ils sonnent creux, ils sont vides. Le néologisme pédagogiste, qui se veut péjoratif et insultant, a été inventé il y a peu par les antipédagogues pour calomnier les pédagogues sans les nommer. Les nommer risquerait de leur offrir une publicité positive, résultat contraire au but recherché. Cette stigmatisation vise uniquement les pédagogues, non les enseignants. Les antipédagogues, eux, ne font pas la confusion entre ces deux termes, qui ne sont pas synonymes. Si Freinet était vivant, il aurait droit, comme Meirieu, aux attaques des antipédagogues, les « scolastiques », comme il les désignait. Il y a cinquante ans, déjà les réactionnaires de l’époque étaient excédés par les « excès » des progressistes. Et pourtant, les réactionnaires d’aujourd’hui parlent de ce temps-là comme d’un âge d’or de l’école.
Le « pédagogisme » est l’enfant grimaçant d’une cabale devenue rumeur d’abord – elle court, elle court -, fable ensuite, en se popularisant. C’est aujourd’hui un abus de langage.
Qui a rencontré une fois un « pédagogiste » ? Comme l’Arlésienne, tout le monde en parle, personne ne l’a vu. Ce qui compte, n’est-ce-pas, n’est pas la vérité mais seulement ce que l’on croit.
Pour être ni pédagogiste, ni antipédagogiste, il faut être ni rien, ni rien. Quelque chose donc !

8 09 2008
Ostiane (12:03:47) :

« Mais, bon, admettons pendant 2 minutes cette hypothèse farfelue de l’excès technique dans les classes pédagogiques »

Si vous m’accordez ce temps, cher Laurent, je vais essayer d’expliciter ce que j’entends derrière les termes d' »immaturité pédagogique » et d' »excès technique » en matière de pédagogie.

Quand l’acte pédagogique n’est pas intériorisé, quand il n’est pas sans cesse revisité afin d’être lui-même soumis au réajustement, il risque alors de se vider de son essence humaine pour ne devenir qu’une technique derrière laquelle l’enseignant pourra se cacher.

« Mais c’est pédagogiquement correct, mais c’est écrit dans mes cours de pédagogie, mais j’ai bien suivi ma progression, mais j’ai préparé mes « fiches de prép » tout le w.e, mais untel a écrit que..etc) »

Et cette réalité existe…oui, même si à l’échelle de l’Education nationale, elle demeure minime, largement dépassée par le dicours ô combien majoritairement répandu du « Le Bled a dit », j’exécute. »

La pédagogie ne peut être qu’humaine, OUI Laurent, SI et SEULEMENT si elle fait preuve d’une incessante remise en cause et si l’enseignant accepte d’exercer son métier à la manière d’une pratique réflexive et vivante. La formation initiale doit en avertir le jeune enseignant, la formation continue essentielle et incontournable doit nous accompagner dans ce sens, l’expérience et les échanges de pratiques font également leur oeuvre.

C’est certain, ces derniers mois l’actualité n’a eu de cesse de rouler dans la farine les chercheurs en science de l’éducation, allant comme vous dites jusqu’à accuser les enseignants pédagogues du délabrement du niveau scolaire; Cette imposture intellectuelle est insuportable, car elle touche en premier lieu les élèves et tente de réduire à néant le travail incommensurable d’hommes et de femmes qui dévouent leur vie à la recherche dans ce domaine. Vous en citez fort justement un certain nombre.

Alors instinctivement, on se cabre, on se raidit et on risque de tomber dans le piège de l’excès corollaire inverse qui consisterait en une attitude toute aussi vaine « les uns (nous)ont tous raison, les autres (eux)ont tous tort ».

Nous sommes de nombreux passionnés de l’école. Nous croyons en ce que nous faisons. Mais ce que nous faisons n’est assez. Cela a toujours été ainsi…

Pour éviter de rester sur place, de laisser courir des rumeurs infondées et continuer d’avancer, quoi de mieux que de se plonger vers de nouvelles pistes de réflexions? Nouvelles pistes qui viendront,il faut le souhaiter, élargir notre champ de vision et donc nourrir humainement nos actes pédagogiques…

Comme c’est difficile d’être à la fois passionné, rationnel, équilibré…Mais c’est ce qui rend ce métier si beau, si exigeant, si totalement prenant, si humain.

8 09 2008
Eveline Charmeux (13:39:02) :

Chère Ostiane, sachez qu’en matière de travail sérieux, rigoureux, et qui prend en mains tous les aspects du métier, il ne peut pas y avoir d’excès…
Lorsque vous affirmez :
«Trop d’amour tue l’amour,
Trop de politique tue la politique,
Trop de pédagogie ne nuit-elle pas à la pédagogie? »,
je reconnais là une « brève de comptoir », souvent entendue, très amusante avec son apparence de logique, mais qui, pour chacun de ces trois domaines, n’a vraiment pas beaucoup de sens.
Ce qui tue l’amour, ce n’est pas le « trop » d’amour, c’est l’amour qui n’en est pas un, celui qui est de soi, avant d’être celui de l’autre.
Ce qui tue la politique, ce n’est pas le «trop» de politique, c’est une politique qui n’en est pas une, et qui pense à la carrière du politicien, avant de penser au fonctionnement du pays.
Ce qui tue, non la pédagogie, (elle ne peut pas mourir), mais l’école et l’avenir de nos enfants, ce n’est pas l’excès de pédagogie, c’est, comme le dit excellemment Laurent, l’absence de pédagogie !!
Celle qu’on nou promet aujourd’hui.
C’est-à-dire la classe qui fonctionne à l’instinct, sans ouvrages théoriques, sans objectifs et sans recherche des moyens permettant de les atteindre. Celle qui se prend pour un art — ou un don — , alors qu’elle n’est que l’exercice d’un métier, qui doit s’apprendre, comme n’importe quel autre…

Il faudrait peut-être cesser de débattre du sexe des anges, et d’amalgamer la pédagogie à toutes sortes d’activités qui n’ont rien à voir avec elle.
Non, — excusez-moi Cher Christian ! — être pédagogue, ce n’est pas être jardinier, quelque jolie que soit la comparaison, pas plus que l’école maternelle n’aurait à voir avec un « jardin d’enfants », cher Julos.
Personnellement je n’aime pas du tout cette formule. Elle oublie un détail capital, comme les actuels programmes du primaire : le fait qu’un enfant n’a rien à voir avec une plante. Un enfant, c’est une personne : on n’a pas à l’arroser, même avec d’excellents cours. On a à l’équiper d’outils lui permettant de construire lui-même ses savoirs. Et ce n’est pas évident.
La pédagogie n’est rien de moins — ni de plus ! — que l’ensemble des conditions d’efficacité de notre métier d’enseignant. Elle consiste à réunir les conditions pour que les enfants apprennent, c’est-à-dire, à mettre en relation ce qu’on sait aujourd’hui (grâce à ceux qui travaillent avec précision et rigueur là-dessus) sur les trois domaines que ce métier concerne:
1- L’enfant : comment il fonctionne ? Est-ce la même chose qu’un adolescent ? Un adulte ?
2- Apprendre : comment ça se passe? A quelles conditions ? Qu’est-ce qui peut en perturber le processus ?
3- Ce que j’ai à enseigner : à quoi ça sert ? Quelle place cela occupe-t-il dans la vie adulte ? Qu’en sait-on de nouveau aujourd’hui ?
A partir du moment où l’on se pose ces questions, où l’on a trouvé des réponses (il y en a pour tous les goûts !), et où l’on travaille à les mettre en relation de cohérence (« la conception de l’apprentissage qui me séduit, est-elle cohérente avec ce que je sais de l’enfant de cet âge ? », par exemple), il s’agit simplement (ce n’est pas simple du tout, en fait !) de transformer tout ceci en pratiques concrètes pour les enfants, ceux que j’ai aujourd’hui, qui sont très différents de ceux de l’année dernière, et encore plus de ceux de l’année prochaine.
C’est dire qu’aucun outil tout fait ne peut remplacer l’enseignant ici.
Etre pédagogue, c’est savoir ce qu’on fait en classe et surtout pourquoi.
Comme le rappelle Laurent Carle, les antipédagogues sont, eux, comme des bouchons sur la vague, qui ne maîtrisent rien, et se laissent aller au gré des fantasmes de quelque éditeur, soucieux avant tout des bénéfices qu’il va en tirer.
Feriez-vous confiance à un pilote de ligne, ou à un chirurgien qui aurait appris dans un manuel son métier, et se contenterait d’en suivre le mode d’emploi ?
Qui oserait accuser un plombier de savoir trop son métier ?
De grâce, un peu de raison dans ce débat !
Vous savez bien tous, qu’à part environ dix pour cent des collègues du primaire, qui, contre vents et marées, sous une hostilité épaisse de leurs supérieurs hiérarchiques, des parents, et surtout de leurs propres collègues, ont essayé de faire autrement, et d’insuffler un peu de rigueur dans leur enseignement, les 90% restant ont travaillé depuis les années 80, comme avant 1939…
Donc, s’il y a échec aujourd’hui,
1- il n’est pas pire que celui des années 60: 53 % de la population française ne lisait jamais, et un enfant sur deux redoublait au moins une fois en primaire. Les chiffres actuels sont encore inquiétants, mais pas autant qu’alors…
2- Il ne peut être dû qu’à la pédagogie inexistante de l’écrasante majorité des enseignants, balancés sans formation dans les classes, ou formés aux pratiques les plus traditionnelles jusqu’à aujourd’hui, jour de gloire du n’importe quoi, avec les «nouveaux» programmes.

8 09 2008
Christian Montelle (16:05:11) :

Chers Laurent et Eveline,

Quand je dis que je ne suis ni pégagogiste ni antipédagogiste, je veux simplement dire que cette querelle ne m’intéresse pas. Je la trouve puérile et nuisible. Elle est alimentée par ceux qui y entrent. J’aimerais tant que nous parlions de l’échec scolaire, de ce que j’écris et propose, au lieu de voir un Laurent Carle prendre feu à la simple vue du mot pédagogue et répéter toujours la même antienne, aussi haineuse que le discours de ceux qui sont en face de lui !

S’il vous plaît !

8 09 2008
Ostiane (17:10:25) :

Bonsoir Eveline,

Vous dites avec beaucoup de justesse qu’un travail sérieux, rigoureux, prend en mains tous les aspects du métier. C’est justement sur ces TOUS LES ASPECTS que nous essayons d’avancer au travers d’une réflexion collective sur le texte de Christian.

Lorsque j’écris « trop de pédagogie ne nuit-elle pas à la pédagogie? » évidemment, cela ressemble à une brève de comptoir mais si j’ajoute immédiatement « La question mérite d’être posée », je ne réponds pas par l’affirmative!

Sous cette formule d’apparence « facile » vous savez bien qu’il n’y a aucune volonté de nuire à la pédagogie (!!), il y a la volonté farouche de lui trouver et de lui donner une vraie place dans la classe. J’essaie au quotidien, comme de nombreux collègues, car il y en a, de trouver une voie sensée, un chemin compréhensible pour installer sereinement cette nécessaire pédagogie, pour qu’elle devienne incontournable pour moi, pour les collègues, pour les parents; bref pour qu’elle vive. Je ne veux pas qu’elle soit le symbole d’une « guerre mortifère » entre « ceux qui et ceux qui ».

« Etre pédagogue, c’est savoir ce qu’on fait en classe et surtout pourquoi. »

Bien sûr, mais ce « que » et ce « pourquoi » n’évoluent-ils pas au cours du temps? Ne faut-il pas sans cesse se repositionner? C’est encore ce que nous tentons de faire ici. Nous n’avons pas tous la même expérience, et la mémoire collective s’enrichit grâce aux échanges comme ceux là.

Nous savons bien combien l’exercice est difficile et délicat…preuve en est cette intro qui suscite bien des commentaires avant même que nous soyons entrés dans le coeur du texte.

Mais après tout, il est fréquent, utile et sain avant tout débat que chacun puisse « se dire », exprimer ses craintes ou ses attentes afin de réduire certaines aspérités qui risquent de parasiter la réflexion.

Car une chose paraît évidente, chère Eveline, nous avons tous envie de réfléchir!

N’oublions pas aussi les limites du blog, c’est le risque d’une interprétation immédiate et d’une parole trop rapide. Nous devons en tenir compte pour tenter de bien nous comprendre.

Restez avec nous Eveline, nous avons beaucoup à apprendre des uns et des autres, mais également nous avons à transformer ce que nous recevons pour le faire nôtre afin de mieux le redistribuer…

Il ne faudrait pas non plus, et là je m’adresse à tous, oublier les familles qui accompagnent leurs enfants à l’école. La « finalité initiale » de BLOG BLEU PRIMAIRE, c’est de permettre aux parents de comprendre et de prendre part aux réflexions dans ce domaine. Ce n’est déjà pas facile entre nous, alors, imaginez pour le père ou la mère…Bon courage!

8 09 2008
bouge-toi (17:40:53) :

Querelle de mots autour de maux…
Bien que pas d’accord sur les mots (et ce qu’ils évoquent ), vous cherchez tous une explication aux maux de l’école (et des solutions possibles).
Simple « instit » de campagne, je n’ai pas de réponse toute faite. Dans ma classe, chaque année, je cherche avant tout à comprendre pourquoi tel ou tel de mes élèves rencontre des difficultés ( qu’elles soient persistantes ou temporaires) , et comment je peux l’aider.

Juste quelques réflexions :

Depuis l’époque où mes parents étaient élèves à aujourd’hui, le monde a changé très vite et profondément…l’école a-t-elle su s’adapter ?
Quelle est la place dans notre société des élèves qui pour x raisons n’entrent pas dans le « moule » scolaire ? Qu’avons-nous à leur proposer de différent ?

Voilà une modeste contribution au débat…

8 09 2008
Laurent Carle (17:58:28) :

Mais, tout pédagogue que nous sommes, ne nous arrive-t-il pas de “pratiquer” parfois la pédagogie comme l’application aveugle d’un dogme?
En ce cas, ce n’est pas de la pédagogie !
C’est la dérive d’une posture pédagogique immature que rejettent en bloc et avec beaucoup de virulence certains anti-pédagogistes, exédés sans doute de voir que la technique a parfois pris le pas sur l’humain.
Voir plus loin.
Quelle place donnons-nous à la pratique réflexive de notre métier et de la pédagogie?
Heureusement, ici on réfléchit !
Trop d’amour tue l’amour
Trop de politique tue la politique
Trop de pédagogie ne nuit-elle pas à la pédagogie?
Emportée par l’éloquence, t’exagères pas un peu là, Ostiane ?
Quand l’acte pédagogique n’est pas intériorisé, quand il n’est pas sans cesse revisité afin d’être lui-même soumis au réajustement, il risque alors de se vider de son essence humaine pour ne devenir qu’une technique derrière laquelle l’enseignant pourra se cacher.
Mais la pédagogie, c’est la démocratie à l’école, dans la classe sinon dans l’école ! Est-ce que trop de démocratie tue la démocratie ? A la vitesse de la marche arrière de la politique scolaire du parti au pouvoir, le trop pédagogique n’est pas pour demain. On a le temps de voir venir et d’avoir des cheveux blancs.
Très juste, Ostiane : un « enseignant » (traditionnel et magistral) peut se cacher derrière une technique. Mais pas un pédagogue. Ils n’ont pas le même but. L’enseignant magistral exerce une profession consacrée à transmettre des connaissances et à contrôler ce qui reste de son enseignement dans la mémoire de l’élève, qu’il juge à travers sa capacité de restitution au cours des « contrôles ». Il définit l’élève comme le destinataire autant que possible docile et consentant de son enseignement. Sinon, il faut l’obliger. Tout ce qui n’est pas transmission de savoirs lui est étranger. Le pédagogue dans le cadre de sa profession met en œuvre un projet éducatif centré sur l’élève. Il considère l’élève comme l’acteur-coopérateur-coévaluateur de son apprentissage. Il pense que tous les enfants sont éducables et il se fait obligation de les éduquer. Il a confiance en lui, dans la vie et dans les enfants. Il travaille à se rendre inutile non en instruisant mais en donnant aux enfants les moyens de s’instruire. L’enseignant qui se cache derrière une technique pense qu’avec les «mauvais » il n’y a rien à faire. Il fait son cours pour les « bons », se considère indispensable et laisse tomber les faibles. Il y a bien des faux prophètes, des faux monnayeurs, des faux tableaux et des faux bijoux, pourquoi pas des faux pédagogues ? Cela n’enlève aucune valeur aux vrais. Au contraire ! Avec une observation perspicace et un peu d’esprit critique on ne se laisse pas berner longtemps par les faux.
La pédagogie n’est ni une technique, ni une panoplie d’outils didactiques, ni une technologie. L’école pédagogique, là où elle existe, est un lieu d’apprentissage en communauté d’intérêts. C’est la recherche de l’intérêt général en commun et en coopération. C’est l’entraide et la solidarité. On n’y proscrit pas l’entraide (le « copiage » des moralistes), on l’encourage. Un pour tous, tous pour un ! En pédagogie, on ne confond pas une situation d’apprentissage avec une situation de compétition et de contrôle « continu ». Pour les antipédagogues, l’école n’est qu’un stade où s’affrontent des individus réunis en même temps en un même lieu mais isolés dans l’acquisition des connaissances (moins on autorise les échanges plus on laisse aux familles le soin d’instruire les élèves), chacun pour soi, le maitre pour tous, juge-arbitre, entraineur-sélectionneur. C’est la compétition, le conflit d’intérêts à la Bernusconi, le tandem Darco-Sarko (demandez donc à vos antipédagogues comment ils ont voté à la dernière présidentielle !). A la fin, ce sont toujours les héritiers, les fils de famille, fils de cadres, fils de professions libérales, fils de professeurs, qui gagnent la partie et fréquentent les classes prépa de Louis-le-Grand et Henri IV. Les antipédagogues ne manifestent pas de la « virulence » mais de la haine pour ces pédagogues qui voudraient faire de l’école un lieu d’apprentissage pour tous, sans distinction d’appartenance sociale. Ce n’est pas la technique qui les agace, au contraire. La technique permet de maquiller les buts inavoués, de « se cacher ». C’est l’égalité républicaine qui agace les antipédagogues. Pour enseigner, les pédagogues donnent à lire, à se lire, à écrire, à s’écrire, à entendre, à s’entendre, à écouter, à s’écouter, à parler, à se parler, à jouer, à échanger, à construire, à faire comme on fait dans la vie. Ils ne travaillent pas pour boucler le programme avant juin. Ils ne remettent pas à ce mois de juin le moment de s’occuper des élèves en difficulté, sachant qu’en juin on jouera aux cartes à l’ombre des platanes. Ils n’emploient ni manuels scolaires, ni bled, ni exercices d’application, ni leçons par-cœur, ni tables de multiplication, ni tableaux de conjugaison. Ils ne donnent jamais de punition « pour le travail ». Ils imposent les objectifs à atteindre dans l’année (les programmes), mais ils offrent aux élèves le choix parmi une palette de moyens pour les réussir. Surtout, ils postulent l’éducabilité de tous les enfants et leurs leçons répondent à des questions, non à des programmes. Les antipédagogues postulent que, si on ne les obligeait pas, les enfants n’apprendraient rien. Refusant de prendre en compte le vivant, ils abusent des manuels et « des méthodes qui ont fait leurs preuves ». S’ils devaient apprendre à marcher aux bébés, il y aurait beaucoup de boiteux en France.
Je ne vois pas comment la pédagogie, la démocratie à l’école donc, de dérive en dérive, pourrait commettre des abus. L’histoire nous raconte les abus, les crimes des despotes, des tyrans, des dictatures, de Mussolini, de Staline, de Hitler, de Franco, de Pinochet, etc. mais des démocraties aucun. La démocratie n’a jamais tué personne. On ne connait ni peuple qui se soit plaint d’un excès de démocratie, ni classe qui se soit plainte d’un excès de pédagogie. D’abus didactiques, oui ! Les Suisses n’ont jamais voté contre leur régime démocratique, ils n’ont jamais fait de meetings pour exiger la dictature. Les ados finlandais qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires dans les évaluations internationales ne réclament pas à leurs profs pédagogues le retour aux méthodes des années 80 et avant. Ils ne déclarent pas : « nous en avons assez de pratiquer des activités scolaires intelligentes, qui ont du sens, qui nous sont utiles dans l’immédiat et nous passionnent ; nous en avons assez d’être considérés comme des personnes ; nous voulons des devoirs stupides, bêtes et méchants qui n’ont pas de sens, genre bled, méthode syllabique et dictée 5 fautes, qui ne servent à rien mais qui pourraient nous servir plus tard quand nous serons grands, si nous avons « bien travaillé » ; nous voulons des punitions pour le travail, nous voulons être méprisés par les profs ! ».
Il serait d’autant plus difficile aux pédagogues de faire trop de pédagogie qu’ils ne sont pas plus de 5% dans l’institution (Eveline est optimiste). Pour rencontrer peut-être un pédagogue (1), il faut réunir au moins 20 enseignants et aller voir ce qui se fait dans les 20 classes. La porte du maitre pédagogue est toujours ouverte. Pourtant, on ne l’entend pas et si on s’approche on ne le voit pas. On se demande : « y a-t-il un maitre dans la classe ? ». Pour vraiment entendre et saisir la différence entre enseignant et pédagogue, il faut vraiment avoir assisté à la classe du vrai. Sinon, c’est impensable. Demandez à Julos !
Les chercheurs en sciences de l’éducation ne sont pas tous pédagogues, loin s’en faut. Certains sont même antipédagogues. Oui, c’est inimaginable !
La distinction entre enseignement et pédagogie n’est pas un acte de foi, Christian. C’est un acte de raison, un jugement étayé par une réalité concrète et observable. Croire qu’il suffit d’enseigner pour que les élèves s’instruisent, si ! C’est bel et bien un acte de foi ! Aveugle !
Pour savoir sans plus tarder en quoi la pédagogie, minoritaire, n’est pas l’enseignement traditionnel majoritaire : « Pour y voir (un peu plus) clair dans les débats sur la pédagogie… par Philippe Meirieu », sur le site d’Eveline Charmeux : Qu’est-ce que la pédagogie ?
http://www.charmeux.fr/lapedacquoi2.html
Tout le site d’Eveline est à lire. On peut se former aussi sur le site de Philippe : http://www.meirieu.com/
Prévoir un an ou deux de formation.

8 09 2008
Gwenaël (18:25:59) :

Eh ben dites donc, on n’est pas sorti de l’auberge !
Avec de tels discours, c’est sûr, les parents vont passer leur chemin…

9 09 2008
Laurent Carle (11:45:43) :

Réponse rapide pour satisfaire le souhait de Gwenaël :
Ecole sans pédagogie = échec scolaire
Enseignement des sons au CP : échec lecture.
à Ostiane:
Contre l’échec scolaire : 50% d’enseignement magistral, 50% de pédagogie.
Contre l’échec lecture: donner les méthodes de lecture au musée, cesser l’enseignement des sons.

9 09 2008
Gwenaël (16:38:15) :

Heureusement cher Laurent Karl que vous êtes là … je vais de ce pas réviser ma méthode, merci !

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