Le jardinier pédagogue (Chap.1)

10 09 2008

IDENTITE ET SOCIALISATION

« Il ne s’agit pas de tuer la liberté individuelle,

mais de la socialiser. »

                                               P.J. Proudhon (1809-1865)

L’identité est un concept à double face. D’une part, l’identité désigne un individu dans ce qu’il a d’unique, dans son physique, sa psychologie : ce que Paul Ricœur nomme l’ipse. D’autre part, l’identité contient l’idée de mêmeté, ce qui est identique dans tous les membres de tel ou tel groupe humain, l’identité citoyenne : ce que Paul Ricœur nomme l’idem. Les enseignants jouent un rôle important, même s’il est souvent ignoré ou sous-estimé, dans le développement de ces deux aspects de l’identité. Par les exemples de comportements qu’ils donnent, par la philosophie qu’ils exposent consciemment ou inconsciemment, par la pédagogie qu’ils pratiquent, par les textes qu’ils proposent, et en particulier les récits. Ils peuvent enthousiasmer, indigner, révulser, passionner les enfants qui réagiront différemment selon leur milieu familial, leur origine. La laïcité doit s’exercer sans concession, non dans des choix restrictifs, mais dans une information neutre de tout ce qu’offre le monde aux jeunes intelligences. Paul Ricœur (5) parle de cette responsabilité subtile et déterminante dans son ouvrage : Soi-même comme un autre, Seuil, Paris, 1996. Je laisse le lecteur accompagner ce grand philosophe dans cette réflexion complexe. Je suis persuadé que les professeurs sont aussi des maîtres qui aident les enfants à se construire, et que cette fondation de ce qu’il y a d’humain dans l’homme doit s’effectuer dans le respect de la liberté de chacun.

C’est un euphémisme de dire que les rapports entre adultes et enfants sont peu amènes. Grossièreté, agressivité sont de mise, bizarrement mêlées à des manifestations exagérées d’amitié factice : baisers (bisous, dit-on) distribués à l’encan, marques incessantes de compassion convenue, manifestations envahissantes de convivialité qui trouvent rarement leur aboutissement. Les modèles médiatiques donnés par les émissions comiques, les talk-shows, les émissions de télé-réalité, les séries, les films, les hommes politiques (« Casse-toi, pauvre con ! ») sont désolants. Les enfants adoptent les modèles que les adultes leur donnent quels que puissent être les efforts de certaines familles pour donner encore un peu d’éducation à leurs rejetons. Cette déliquescence des rapports sociaux est sensible dans le milieu scolaire. De petits caïds se taillent des « territoires », terrorisent et rackettent les plus faibles. Des violences physiques ou sexuelles – verbales ou avec passage à l’acte – sont monnaie courante, y compris envers des adultes. Cela fait partie de l’échec scolaire. On constate aussi un esprit de défi permanent, de challenge, pour utiliser un anglicisme qui masque la violence de l’affrontement. Défis dans le négatif, et des émissions comme Jackass en donnent l’exemple : happy slapping (6), paris stupides, absorption de substances variées, paroxysmes de conduites aberrantes. Défis dans la course au résultat, certains élèves étant classés ou se classant comme surdoués et écrasant les autres, quitte à recevoir des raclées comme « intellos ». La société du spectacle fabrique à la chaîne du « sauvageon » comme Chevènement nomma ces enfants perdus.

Il est certain que l’état devrait agir auprès des médias pour protéger les enfants mais l’école a aussi vocation de donner des habitudes d’urbanité et de solidarité. Les adultes peuvent utiliser un langage irréprochable, éviter toute grossièreté, faire montre d’une correction totale envers leurs pairs ou envers tous les élèves. Cela leur permettrait de bannir de l’école les « cons », « enculés », « nique ta mère », « pétasses », qui fleurissent (fleurs de latrines, j’entends) dès la maternelle. J’en passe et de plus raides !

Plus important : on peut tenter de fonder le groupe de la classe. Mon expérience me suggère de donner deux pistes pour ce faire. Premièrement, présenter le groupe-classe (qui devrait rester stable plusieurs années consécutives) comme une équipe :

« Cette classe est une équipe de foot. Dans une équipe, il n’y a pas des perdants d’un côté et des gagnants de l’autre. Tout le monde gagne ou tout le monde perd, selon que l’équipe a su se montrer solidaire ou non. C’est pourquoi nous ne laisserons personne sur le bord du chemin. Chaque fois qu’un condisciple sera en difficulté, un « sauveteur lui viendra en aide, lui « passera la balle ». Ceux qui sont le plus à l’aise dans telle ou telle matière seront les « tuteurs » (les entraîneurs) de ceux qui éprouvent des difficultés dans ce domaine. Tout le monde peut être tuteur car chacun possède un domaine d’excellence. Le bon slameur, guidera le fort en maths et vice versa. L’angliciste doué aidera de ses conseils l’acteur-né, qui lui donnera ses techniques. Et ainsi nous jouerons notre partie, chacun apprenant autant en partageant qu’en recevant. ».

On est étonné de constater comme les enfants entrent volontiers dans cette solidarité, reconnaissent des compétences qui fondent des hiérarchies estimées. Le maître est le chef d’orchestre qui coordonne l’ensemble.

En second lieu, la classe peut aussi être soudée par le partage culturel si elle reçoit des textes très forts qui suscitent des émotions et d’intenses jouissances intellectuelles d’interprétation. Les récits oraux ou écrits, les poèmes, les extraits de théâtres, les énigmes, les merveilles de la nature, les « exploits » sportifs, les célébrations, les sorties et tant d’autres événements peuvent être magnifiés pour devenir des références qui soudent un ensemble d’enfants en communauté. Pour renforcer cette spécificité, la classe peut adopter le nom d’un héros dont elle se baptisera. La 5e Berlioz, la 4e Courbet, la 6e Marie Curie ont plus de sens que 6e1 ou 3e2 ! Ce héros sera l’objet de travaux divers qui seront échangés et exposés à l’occasion des journées « portes ouvertes », en même temps que les chefs-d’œuvre réalisés par les élèves. Ils pourront aussi être diffusés dans un journal scolaire, ou un cyberjournal, ce qui leur permettra d’être soumis à une critique externe.

Le but est que les enfants cessent de dénigrer leur établissement, soient fiers de leur classe et de leur école, de leur collège ou de leur lycée. Pour qu’ils apprennent la vie avec autrui, le respect de l’autre, l’urbanité qui fait le charme des rapports sociaux, il est important de prendre très au sérieux les procédures démocratiques d’élections, de ne pas manquer une occasion de donner une illustration d’éducation civique. Non pas dans des « journées de… » , mais de façon beaucoup plus proche, en traitant des exemples locaux. Intervenir toutes les fois que cela est possible, au lieu de se contenter de yaka-ci ou yaka-ça.

D’une manière générale, la socialisation se réalise quand on la vit plus que lorsqu’on en parle. Comme le dit si justement Ostiane Mathon : « Il vaut mieux FAIRE ensemble plutôt que de DIRE aux autres de FAIRE ceci ou cela. »

A SUIVRE…

Christian MONTELLE

Ornans, août 2008

Diffusion libre

 


 

5 On l’aura remarqué, je cite abondamment Paul Ricœur qui nous a quittés récemment. Bien que ce soit pas précisément son propos, il traite dans ses ouvrages  de nombreux sujets intéressant l’enseignement : l’interprétation, l’identité, le temps et le récit, la poésie (La métaphore vive), la mémoire, la responsabilité…

6 On filme subrepticement (avec son portable) une scène d’agression brutale et on la place sur le Net.

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46 réponses à “Le jardinier pédagogue (Chap.1)”

10 09 2008
Ostiane (14:55:31) :

Juste pour dire…ça fait tout bizarre de publier sur mon blog un texte dans lequel mon nom apparaît…et si réclamation il y a…adressez-vous à l’auteur… smileys!

Alors, la classe ou le « groupe classe »? le travail DE groupe ou le travail EN groupe?…

C’est ça le sujet Christian?

10 09 2008
Christian Montelle (16:54:50) :

La classe déjà comme groupe social. Une chose un peu oubliée est que tout groupe est fondé par des rituels et une culture commune, en particulier des récits. Ainsi, les mythes fondent les groupes partageant une même croyance, les épopées fondent les nations, les récits de matches fondent les groupes de supporters, etc.
Ceci suppose l’adoption commune de héros, ici des savants, des artistes, etc.
Les récits sont les livres étudiés en classe, les films regardés, les contes et légendes entendus. Dans une expérimentation menée en maternelle, nous sommes allés jusqu’à fabriquer les marionnettes des héros d’un conte. Ces récits doivent être totalement décodés et intégrés par tous.

On ne devrait pas tout faire pour scinder les groupes-classes, mais les conserver plusieurs années. Ils servent de creuset à la socialisation des enfants.

Dans le même ordre d’esprit, nous avons organisé plusieurs années le forum du collège. Ou une opération « poésie dans la ville ». Ou des spectacles de contes dits par les élèves.
Des réalisations culturelles et non seulement sportives qui donnent la fierté et auxquelles tous participent.
Ça a l’air simplet, mais cela change totalement l’ambiance de la classe et celle de l’établissement.
On ne travaille plus élèves contre profs, mais on travaille ensemble. Tous ensemble, tous ensemble. OUI !

PS Je cite les bons auteurs et les bonnes auteresses ;-)))

10 09 2008
Ostiane (17:12:31) :

« le groupe-classe (qui devrait rester stable plusieurs années consécutives) » C’est pas ce que préconisait d’une certaine manière la réforme des cycles…jamais ou si peu mise en application?

10 09 2008
Julos (18:44:50) :

Dans l’école maternelle où nous avons travaillé, ma femme et moi, pendant une vingtaine d’années, une fois constituée une équipe pédagogique autour d’un projet d’école, nous avons constitué 5 classes multi-âges comprenant des enfants de 3, 4 et 5 ans (PS/MS/GS), les plus jeunes (les 2 ans et 2 ans1/2) étant accueillis dans deux classes de petits-tout-petits.(*)

Ce dispositif a fonctionné pendant près de 15 ans… mais n’a pas résisté au départ de la plupart de ses initiateurs.

Moralité : sans équipe, sans projet pédagogique fédérateur, chaque classe, chaque enseignant ne peut compter que sur ses propres ressources, dans les limites de son espace, de ses caractéristiques et de ses compétences pour créer un tant soit peu les conditions d’une socialisation des individus au travers de la vie scolaire.

(*) dans les multi-âges, les enfants restaient ensemble au minimum 1 an, au maximum 3 ; de même pour l’enseignant.

10 09 2008
Ostiane (19:23:50) :

« Moralité : sans équipe, sans projet pédagogique fédérateur, chaque classe, chaque enseignant ne peut compter que sur ses propres ressources, dans les limites de son espace, de ses caractéristiques et de ses compétences »

SANS PROJET FEDERATEUR, oui, comme je te suis Julos, cela me donne l’occasion de reprendre une phrase du texte de Christian que je ne saisis pas… »La laïcité doit s’exercer sans concession, non dans des choix restrictifs, mais dans une information neutre de tout ce qu’offre le monde  »

Pourquoi NEUTRE?

Je vais mettre les deux pieds dans le plat…

L’Ecole de la République est devenue parfois tellement neutre dans ces propositions, dans ses projets, qu’elle semble s’être vidée de ses valeurs premières.

Je ne pense pas qu’il faille être neutre. Il faut expliciter ses choix éducatifs, il faut les énoncer, il faut qu’ils s’ancrent à l’encre dans des valeurs claires portées par des projets précis. Il faut que chaque école incarne, affiche et assume ses choix en fonction de qui elle est; pas juste une institution, pas juste un groupement de fonctionnaires excutant tel ou tel programme, telle ou telle réforme. Non, une école ce doit être plus que cela.

Bien sûr il existe des projets ici et là, mais qui en a conscience, qui les porte, qui les fait vivre, qui en parle?

Juste un papier portant le titre de projet d’école ne suffit pas. J’ai l’impression que de ce point de vue, les équipe éducatives ont de sérieuses questions à se poser. Pour être optimiste je dirais que bien des choses restent à faire. Mais il faut sortir de sa réserve.

Non, Christian, je ne comprends pas la neutralité en matière d’éducation. Mais peut-être peux-tu expliciter ta pensée? Tu as porté tant de projets. Etaient-ils neutres? je ne crois pas au regard de ton expérience. Alors pourquoi cette phrase?

10 09 2008
Christian Montelle (20:47:35) :

Pas neutre pédagogiquement ! Neutre idéologiquement. Je voulais dire que le professeur n’a pas le droit, dans le cadre de l’école laïque de tenter d’influencer les enfants qui lui sont confiés dans les domaines politiques ou religieux. Neutre n’est pas le mot correct. Dans une école laïque, on présente tous les systèmes de pensée et de croyances ou de non-croyance, de façon à ce que les enfants puissent choisir librement les repères qui vont guider leur vie.
C’est un peu théorique car je ne pense pas qu’un professeur puisse quitter son système de valeurs en entrant dans une classe. Il devrait cependant s’efforcer de présenter les autres le plus objectivement que cela lui est possible.
Dans les écoles que l’on nommait naguère « libres », c’est exactement le contraire qui est pratiqué. L’honneur de l’école laïque est de respecter la liberté d’opinion de chacun non en cachant, mais en offrant tout l’éventail.

10 09 2008
Ostiane (21:41:34) :

« L’honneur de l’école laïque est de respecter la liberté d’opinion de chacun non en cachant, mais en offrant tout l’éventail. »

Alors il faut l’offrir cet éventail. Il faut dire nous sommes une école laïque, nous défendons la liberté et voilà ce que nous faisons pour cela. Nous croyons en l’égalité et telle est notre démarche pour y contribuer. Nous plaçons la fraternité comme une de nos valeurs fondamentale et nous nous engageons avec nos élèves dans telle action.

Pour porter ces valeurs nous nous efforçons dans tel et tel projet de mettre en pratique des principes d’action: la tolérance, la persévérance, la loyauté, la coopération, etc

Pour que « les enfants choisissent librement les repères qui vont guider leur vie » il faut qu’ils puissent les expérimenter aux côtés des adultes; faire un exposé sur la diversité ne suffit pas. Il faudrait porter un projet concret sur un an au moins autour de cette « idée », pour qu’elle devienne « réalité ».

Et il en va de même pour les écoles « libres ». Elles ont certes leur caractère propre, mais elles sont avant tout des écoles de la République, elles portent cette même responsabilté: garantir la liberté, l’égalité, la fraternité.

Pour avoir enseigné dans ces « deux écoles », pour y avoir inscrit tour à tour mes enfants, je peux te garantir Christian que ce qui fait la différence, ce n’est pas le caractère laïque ou religieux, c’est le projet qu’elles portent ou non et l’engagement de l’équipe dans des projets vivants, ou non.

Education, projets pédagogiques, engagement … afin de mieux socialiser les libertés individuelles.

11 09 2008
Christian Montelle (05:45:53) :

« … afin de mieux socialiser les libertés individuelles », alors que cela semble complètement contradictoire.
Tu as parfaitement raison de dire qu’il faut vivre ces principes et ne pas simplement en parler et c’est pour cela que je te citais à la fin du texte.
Le problème est que, à l’extérieur, des valeurs absolument inverses sont la base de la société consumériste qui est la nôtre. Elles sont tellement présentes qu’elles finissent par sembler naturelles à tous. La liberté prônée par les soi-disant « libéraux » est la liberté d’exploiter son prochain, de jouir éperdument de la vie sans se soucier des conséquences pour autrui ou sur le milieu naturel, d’utiliser la loi à son profit sans se soucier du bien public, d’écraser les concurrents par tous les moyens pour toujours être the winner. Cela va jusqu’au mépris total des valeurs les plus fondamentales comme le respect de la vie, de la liberté d’autrui, de la sauvegarde des espèces qui assurent notre survie.
Oui, la fondation du citoyen libre et responsable pose un vaste problème !
La fondation de l’être psychologique entre aussi dans le cadre de nos responsabilités de parents ou d’enseignants. Ma proposition d’utiliser les récits et textes fondateurs pour aider cette mise en place de l’idem et de l’ipse de chacun vous semble-t-elle valable ? En lieu et place des « leçons de morale » de nouveau préconisées.

11 09 2008
Ostiane (08:11:50) :

« Le problème est que, à l’extérieur, des valeurs absolument inverses sont la base de la société consumériste qui est la nôtre. Elles sont tellement présentes qu’elles finissent par sembler naturelles à tous. »
A l’extérieur…oui, cet extérieur n’est pas toujours joli joli, et les médias n’oublient pas de nous le rappeler à longueur de journée. Nous sommes sous perfusion médiatique, sous influence d’une espèce de pensée unique formidablement tenace et efficace reposant sur le catastrophisme. On utilise tous les biais possibles pour faire vibrer la corde sensible de chacun. « Comme c’est horrible, mon dieu quelle misère, etc… » Et chose navrante depuis quelques temps, les jeunes enfants véhiculent ces messages négatifs de la société terriblement dépréciatifs vis à vis d’eux-mêmes. Ce système est très pernicieux car il s’autoalimente. Ils entrent à l’école le matin, les épaules lourdes, avec sur leur dos leurs cartables remplis des bruits du monde.

Charge donc à l’école de vider ce cartable et de le remplir d’autre chose…

1/ de mythes fondateurs, de récits initiatiques, de connaissances de la science et du vivant, en un mot de mémoire collective et universelle.
Oui Christian, ta piste me semble plus que pertinente. Il faut préserver nos enfants de l’actualité bruyante pour les laisser construire leurs rêves. Il faut les nourrir de cette mémoire culturelle, de cette littérature intemporelle, de ces contes et légendes d’hier et d’aujourd’hui, pour qu’ils aient une chance d’y puiser les valeurs qui guideront leur existence. La violence a toujours existé, mais que faire de cette violence ? Comment la transformer ? Pourquoi la refuser ? Ces textes nous parlent de tout cela : de la violence MAIS AUSSI de la beauté, de la mort MAIS AUSSI de la vie, de l’homme MAIS AUSSI de la femme, des humains MAIS AUSSI du monde qui les entoure, de la toute puissance de la nature MAIS AUSSI de la responsabilité des hommes vis-à-vis d’elle, etc.

A la télé, il manque ce MAIS AUSSI. Dans les journaux il n’y a pas de place pour ce MAIS AUSSI. L’information est devenue une somme d’opinions allant toujours dans le même sens…ET encore ET toujours ET pour finir…

2/ de projets et d’engagements au sein mais également à l’extérieur de l’enceinte scolaire qui justement permettront à ces enfants de marquer leur territoire et d’en être fiers ; d’imprimer quelque chose d’eux-mêmes sur leur environnement, et quelque chose de beau ; d’accéder à la citoyenneté en participant à la vie de la cité, aux côtés d’autres enfants, d’autres adultes, d’autres écoles … et pourquoi pas ? (J’ai le droit de rêver moi aussi)…Nous sommes une école privée catho mais nous partageons un projet avec une école laïque. Nous sommes une école dite alternative mais nous nous impliquons aux côtés d’une école traditionnelle. Nous sommes une école rurale mais nous échangeons avec une école urbaine. Nous sommes une école « classée » en zone sensible mais nous nous retrouvons avec telle autre école de quartier ; parce que dans ces écoles, il y a quoi, il y a qui ? Des petits d’homme.

« Nous ne partageons pas les mêmes valeurs » mais c’est de la pub pour rillettes!

SI, nous portons bien des valeurs communes…celles de l’humanisme (Je me répète…)

Une heure de leçon de morale par semaine…de qui se moque-t-on! C’est 24/24h qu’il faut vivre avec diginité et « moralité ».

La morale n’est pas une « discipline scolaire », c’est un axe vital tant intellectuel que corporel, tant conceptuel que praticable, tant émotionnel que raisonné, tant individuel que collectif, tant psychologique que…

Mais je m’envole. Restons sur terre…ou mieux entre terre et ciel…comprenez entre réalité et idéal!

L’école doit incarner le reflet de ces deux pôles. C’est ainsi qu’elle tournera sur son axe.

Bon, à qui le tour?

Si vous passez par là, si vous lisez, si vous réagissez derrière l’écran, passez à l’acte vous aussi…donnez-nous vos points de vue, vos expériences, petites ou grandes, peu importe; c’est à plusieurs qu’on avance. Quelques mots ou de grandes tirades, à chacun son style.

Le texte de Christian Montelle nous fournit une base commune de réflexion qui peut conduire à des échanges divers et variés. Prenons-le comme une chance et l’occasion d’interagir.

P.S Christian, peut-être aurais-tu une liste de quelques-uns de ces textes fondateurs à nous proposer?

11 09 2008
Christian Montelle (09:07:37) :

Ce que je nomme les textes fondateurs sont les textes écrits pour élever l’homme. Ils s’opposent aux textes qui sont écrits et diffusés avec des objectifs d’aliénation philosophique ou spirituelle, ou dans une perspective lucrative. Ce sont les chefs-d’œuvre de la littérature mondiale et les textes de la littérature orale (ou : « orature ») racontés dans la plénitude de leur puissance éthique et poétique.
Chacun choisit de transmettre, donc, ce qui lui semble susceptible de permettre aux enfants de se fonder en tant qu’individu et en tant que citoyen dans le cadre humaniste et laïc que tu définis dans le post précédent (j’ajouterais volontiers l’amour comme valeur humaniste à ta liste).
Pour les enfants qui ne parviennent pas à lire, ce sont les contes, les légendes, les mythes – racontés dans une langue poétique et dans le respect des contenus éthiques et ethniques – qui remplissent ce rôle. L’avantage des textes de la tradition orale est qu’ils sont polysémiques et qu’ils demandent une interprétation. Ce travail d’interprétation garantit la liberté du récepteur et permet aussi une appropriation solide des bases éthiques élaborées, seul ou en discutant avec des pairs.
Les valeurs proposées par ces textes sont profondément humanistes car ils portent l’expérience de centaines de générations qui nous ont précédés.
Autre avantage non négligeable, ces textes transportent l’enfant dans des pays, des époques, des milieux naturels et professionnels très variés, ce qui permet une acquisition de lexique et de connaissance du monde considérable. Avec, en prime, un taux de rétention extrêmement élevé.
Ces textes procurent aussi beaucoup de plaisir et les élèves peuvent se les approprier jusqu’à les raconter à leur tour, ce qui leur permet d’acquérir une compétence du récit considérable. Toutes ces acquisitions trouveront un autre lieu d’application dans la lecture et l’écriture.

11 09 2008
Ostiane (09:37:13) :

Dis, Christian, raconte-nous une histoire…rien qu’une…une toute petite…

11 09 2008
Julos (10:17:11) :

J’ai écouté ce matin l’émission « J’ai mes sources » sur fr.inter. Et j’ai entendu des propos dans la bouche du nouveau directeur des productions de tf1 qui m’ont à la fois hérissé les poils et conforté dans l’idée que l’école doit diffuser plus que jamais des antidotes aux poisons distillés chaque jour par la télé, tout particulièrement.

Voici l’extrait et le lien vers l’émission réécoutable pendant une semaine :

A propos d’un fléchissement des courbes d’audience, la réponse de tf1 :
« Tant que dans les cours de récré et au bureau la vraie communion sociale sera autour des programmes de télé, nous n’avons rien à redouter. »

Gloups…

Pour réécouter ou podcaster :

http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/jaimessources/

11 09 2008
Ostiane (11:09:11) :

Merci Julos, très instructif…

Et juste AVANT ta citation, située entre la 11è et la 13è min, on a pu entendre, entre la 7è et la 9è min,
à propose des nouveaux programmes de TF1:

Enquête et révélation, une nouvelle émission dont nous sommes très fiers et qui proposera un documentaire sur
« les jeunes et la violence à l’école, un sujet extrêmemnt fort et dramatique qui va faire prendre conscience à l’ensemble des télespectateurs des difficultés qu’il y a en ce moment dans les cours de récré »

Alors il faut savoir messieurs les directeurs de la communication, vous commencez par annoncer un fait TERRIBLE, la violence à l’école…et vous vous félicitez juste après de la présence de la télé dans les cours de récré…

Y a un problème de cohérence dans ces propos….En tout cas, ça a le mérite d’être clair!!!
Le système s’autoalimente…

Regloups julos!

11 09 2008
Laurent Carle (11:58:24) :

Transmis par Laurent Carle

ENTRE LES MURS

« Le film est d’abord une œuvre d’art, juste et sensible. L’histoire d’un parcours singulier d’un enseignant aux prises avec des difficultés sociales. François Marin est un homme généreux, solidaire… Mais, par manque de savoirs pédagogiques il reste englué avec ses élèves dans des relations trop exclusivement centrées sur l’affectif. Je ne voudrais pas que ce film laisse croire que ce qui se fait ici est la seule manière d’être proche des élèves : on peut aider les élèves plus efficacement en proposant un cadre pédagogique structuré, en travaillant de manière rigoureuse, en n’empruntant pas systématiquement leur propre langage… Au fond, la classe est gérée ici de manière très traditionnelle : pas de construction d’un projet commun, pas d’enjeux culturels forts, pas de pédagogie différenciée ni d’accompagnement personnalisé. Un face à face qui devient, parfois, un corps à corps. Les pédagogues savent que la générosité des intentions peut, sans rigueur pédagogique, produire de l’échec, de l’incompréhension et de l’exclusion. »

Philippe Meirieu

11 09 2008
Laurent Carle (12:04:09) :

ENTRE LES MURS

« Le film montre exactement ce qu’il ne faut pas faire en matière de pédagogie. L’enseignant déborde d’intentions généreuses, mais sa pratique pédagogique est dangereuse. Elle est exclusivement fondée sur l’affect. Il gère sa classe dans un face-à-face qui devient un corps à corps. Sa pratique manque de rigueur et d’attention à toutes les personnes. Dans le film, seuls six élèves émergent du lot, du fait d’une relation affective ambivalente très forte avec leur professeur. On assiste à une pédagogie du vide, à savoir un cours magistral assaisonné de joutes verbales à peine maîtrisées. C’est à l’inverse de ce que je préconise, à savoir une pédagogie exigeante en termes de contenu. François Marin est sans cesse entraîné par les élèves sur leur propre terrain, au lieu de les tirer vers le haut, vers la culture et le savoir. On est au mieux dans le registre de l’animation socio-culturelle. La pédagogie différenciée, ce n’est pas seulement être proche de ses élèves et les écouter. Ça, c’est l’image que veulent bien véhiculer de nous les adversaires de la pédagogie comme Alain Finkielkraut ou Jean-Paul Brighelli. Or je redoute que ce film n’ouvre un boulevard aux anti-pédagogues. »

Philippe Meirieu

11 09 2008
Gwenaël (13:39:31) :

C’est pas terrible de mettre en exergue un antisémite notoire…(je parle de Proudhon)

Proudhon écrit : « CENSURE »

11 09 2008
Gwenaël (13:42:08) :

C’est bien sympa d’écrire des lignes et des lignes… mais à un moment on se prend les pinceaux…

11 09 2008
Ostiane (15:23:56) :

Gwenaël, après réflexion, je me permets de censurer non pas votre commentaire mais les propos cités.
Je ne souhaite pas que de tels discours aient une quelconque place ici.

Pour aller dans votre sens, je vais également supprimer le portrait en tête de l’article puisque la mise en page du texte est de mon fait.

Pour le reste, je laisse à Christian le soin de vous répondre; je ferais juste une remarque, la citation du texte introduit une réflexion sur la socialisation. Débat sur lequel je préfère que nous nous recentrions pour éviter de déraper. Je suis certaine que vous me comprendrez.

11 09 2008
Gwenaël (15:37:47) :

vous avez eu raison de censurer le texte… avouez qu’il a été au-delà des limites !
je ne connaissais pas le personnage sous cet angle (antisémite) et quand je ne sais pas, je cherche. ce que j’ai trouvé m’a rendu le personnage tout à fait antipathique…

11 09 2008
Christian Montelle (15:43:17) :

Mais mon pauvre Gwenaël, cultivez-vous un peu. Si vous supprimez tous les auteurs qui ont eu des positions antisémites dans notre patrimoine littéraire antérieur à la seconde moitié du XXe siècle, il ne restera plus personne ! Vous jugez des personnes du passé avec des critères du présent. C’est véritablement inepte.
Je parlerai justement de ce « présentisme » dans une réflexion ultérieure sur le temps et l’échec.

11 09 2008
Julos (16:27:57) :

Décidément, Gwenaël, vous êtes incorrigible. Vous me faites penser à ces grands nigauds qui passent leur temps à faire des croche-pieds à leurs camarades de récré, plutôt que de participer à leurs courses.

Vous feriez mieux, à mon avis, de relire attentivement le 1er paragraphe du texte de Christian et de nous donner votre sentiment sur cette nécessaire articulation entre « l’ipse » et « l’idem ». Autrement dit, soi et les autres.
Pour moi qui ai exploré, dans différentes classes et à différents niveaux de scolarité, de m’appuyer sur le groupe pour apporter ma pierre à la socialisation des individus qui m’étaient confiés, je trouve ce point d’une importance capitale. Car, ici comme ailleurs, la bonne distance est dans l’équilibre et l’interaction entre le « je » et le « nous ». Trop de « je » conduisant à l’égotisme, trop de « nous » provoquant la dictature du groupe et à terme le rejet ou la transgression de ses règles par le sujet.

Ça vous parle ou pas ?

11 09 2008
Gwenaël (16:31:37) :

Je laisse à « mon pauvre montelle » la responsabilité de ses propos…

11 09 2008
Christian Montelle (16:56:45) :

Pour répondre à la demande d’Ostiane, un conte fribourgeois, qui existe tout autour du monde.
LA SOUPE A LA PIERRE
Bouillard était une figure connue dans le canton de Fribourg. Cheminot sans feu ni frette, il vaguait toujours par les chemins. Le soir il se présentait à une ferme.
– Entre donc Bouillard ! Qu’est-ce qui t’amènes ?
– La soupe ! J’voudrais bien vous préparer ma soupe à la pierre.
-Mais bien sûr, Bouillard. La patronne n’a justement pas eu le temps de la faire !
Bouillard sortait de sa musette une belle pierre noire, bien ronde, bien polie et il la plaçait dans la marmite avec un bon peu de l’eau de la fontaine. Le tout sur le feu et il attendait. Passait la grand-mère :
– Alors, Bouillard, ça cuit. On peut voir ?
– De sûr ! Fais donc, la Fernande !
– Ah ! la bonne soupe… et c’est qu’elle sent bon. Mais attends, Bouillard, il manque juste deux ou trois légumes. J’m’en vais t’en quérir au potager.
Elle revenait avec des carottes, des cartoufles et des poireaux plus un rameau de céleri qui se trouvaient vite dans la marmite.
Passait alors le grand-père :
– T’as salé ta soupe, Bouillard ?
– Ben non !
– V’là qu’c’est fait. Trois bonnes pincées et elle n’en sera que meilleure !
Passait le maître de la ferme :
– Alors Bouillard, elle avance cette soupe ?
– Ça bouille présentement !
– On peut sentir ?
– Que oui ! Faites donc !
– Ah ! la belle soupe. Juste qu’il manque une morce de lard. Je vais t’en quérir une laisse à la cave.
Et le lard atterrissait dans la marmite.
Passait la mère.
– Dis, Bouillard, j’y pense. J’ai là des herbes que j’sais pas qu’en faire. Mets les donc dans ta soupe !

A nuit tombante, toute la cuisine était embaumée d’une délicieuse odeur d’une soupe qui ne traînait pas dans la marmite. et tout le monde de féliciter le cuisinier pour sa soupe à la pierre.
Bouillard faisait la vaisselle, lavait et essuyait soigneisement sa pierre noire, la rangeait dans sa musette, disait bonsoir à la compagnie et allait coucher à la grange ou rêver aux étoiles.

Voilà comment on faisait autrefois pour donner sans froisser.

Comme le dit l’écrivain marocain Tahar Benjelloun :
Dans mon pays, on ne donne pas, on partage.

C’est ma version. Ce conte a été souvent parodié de façon niaise, montrant le vagabond comme un escroc qui a mangé à l’œil.

11 09 2008
Julos (17:06:18) :

Non, non, non… vous ne laissez rien du tout. Ça s’appelle se défiler ce que vous faites-là.
Allez, courage ! parlez-nous des jeux de « je/nous ». Ou bien c’est si douloureux ? Vous êtes encore bien jeune pour avoir des soucis articulaires pourtant !

😉

11 09 2008
Ostiane (17:17:40) :

Laurent, je n’ai ni lu ni vu le film…je ne peux donc me prononcer sur le sujet. Ce que je retiens de l’intervetion de Philippe Meirieu et qui apporte de l’eau à notre moulin du jour: pour un autre regard sur l’échec.

Nécessité de:

Construire un projet commun
Proposer des enjeux culturels forts
Faire preuve de rigueur pédagogique
Accompagner la « personne élève »
Se montrer exigeant quant au contenu

Placer le savoir, la connaissance, les compétences, la culture, au-dessus de l’affect qui va à l’encontre d’une véritable une relation pédagogique.(Eveline vient d’écrire un article à ce propos
http://www.charmeux.fr/blog/index.php
)

S’adresser au groupe classe tout en respectant les demandes particulières.

Respecter cet équilibre fragile entre ipse et idem…pour éviter les incompréhensions et les exclusions.

Et pour y parvenir…se former encore et toujours! Ne jamais cesser d’apprendre…

11 09 2008
Christian Montelle (17:40:24) :

« Construire un projet commun.
Proposer des enjeux culturels forts.
Faire preuve de rigueur pédagogique
Accompagner la “personne » élève.
Se montrer exigeant quant au contenu.
Placer le savoir, la connaissance, les compétences, la culture, au-dessus de l’affect qui va à l’encontre d’une véritable une relation pédagogique. »

Voilà des éléments qui manquent terriblement dans beaucoup de classes. Peut-être la formation a-t-elle trop privilégié la didactique au détriment de la psychologie ?
Va-t-on aller dans le bon sens avec Cosdar ? J’en doute si j’en crois ses origines et ses amitiés, selon le Canard enchaîné d’aujourd’hui : « Main basse sur l’école publique, d’Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi, Démopolis, 224 pages, 20 euros.
Je vais vite lire ce bouquin. Je crois qu’il confirme mes craintes.

11 09 2008
Ostiane (18:10:52) :

justement, Lofi en parle sur son blog

http://educpol.over-blog.com/article-22398946.html

Je ne suis descendue qu’une fois dans la rue, et ce bien avant d’être prof dézécolle, c’était pour défendre l’école libre. S’il faut y retourner pour défendre l’école laïque, j’en serais aussi!

Tous ensemble, tous!

11 09 2008
Christian Montelle (18:25:31) :

L’école laïque est en grand danger. j’ai suivi le processus mis en place aux Etats-Unis par le frère de Bush (écoles charters…). Bush (W.) avait promis de privatiser entièrement l’enseignement. Il en a pris le chemin. Mac Cain qui sera certainement élu en raison de la bêtise intrinsèque des gauches de par le monde va terminer le travail? C’est le modèle de Kosar et Cosdar.
Nous suivons donc le même chemin, celui du démantèlement de notre école républicaine. C’est la principale raison qui me pousse à être aussi consensuel et à critiquer les querelles internes.
Quand le bateau est pris d’assaut, tout le monde va aux brèches, pédagos, comme trados, globalos, comme analytos !

Enfin, les yeux s’ouvrent !
Ai-je assez mis en garde sur le forum du Monde !

11 09 2008
Gwenaël (18:59:12) :

Sur ce blog j’ai la nette impression que l’on peut appliquer le proverbe marocain suivant:

« Si l’on te dit : regarde la chèvre qui s’envole, ajoute : oui, bien sûr avec une touffe d’herbe entre les dents. »

A méditer !
Perso, je n’ai jamais vu de chèvre s’envoler.
Cordialement

11 09 2008
Christian Montelle (20:29:32) :

Attends là, je pouffe ! J’en peux plus, moi. Un humour pareil, ça me tue.
Prends garde, Bigard . La relève est là, tout au fond.

12 09 2008
Christian Montelle (05:29:57) :

A propos de Bégaudeau, une petite réflexion sur le terme « pétasse » dont il a affublé deux déléguées d’élèves qui avaient pouffé de rire de façon ridicule, au cours du conseil de classe. Entretien avec Meirieu :
http://www.meirieu.com/RADIO/francoisbegaudeau.mp3

Selon Begaudeau, pétasse ne veut pas dire : prostituée, comme le prétendent les élèves.
Grand Larousse de la langue française :
pétasse, n.f.
1- pop, prostituée
2- pop, avoir la pétasse : avoir peur.
Le professeur a bien traité ses élèves de putes (c’est la connotation) et ses élèves sont plus savantes que lui sur ce coup. A force de vouloir parler comme ses élèves, il a perdu sa langue !
Les jugements de Meirieu, Carle, Charmeux sur ce professeur sont très durs, à la sortie du film. « Pédagogie du vide » dit Meirieu : à méditer.
Comment ce professeur d’élite en est-il arrivé là : c’est sur cela qu’il faudrait réfléchir.
Dans l’entretien, il parle d’une « remise à égalité des profs et des élèves ». Quelle absurdité ! Je crois que cette idée est assez partagée et qu’elle est à l’origine de grands troubles.

12 09 2008
Julos (13:47:21) :

« Les jugements de Meirieu, Carle, Charmeux sur ce professeur sont très durs, à la sortie du film. “Pédagogie du vide” dit Meirieu : à méditer.
Comment ce professeur d’élite en est-il arrivé là : c’est sur cela qu’il faudrait réfléchir.
Dans l’entretien, il parle d’une “remise à égalité des profs et des élèves”. Quelle absurdité ! Je crois que cette idée est assez partagée et qu’elle est à l’origine de grands troubles. »

*************

Là je trouve que tu exagères Christian. Je viens de réécouter les 45′ d’entretien Bégaudeau/Meirieu, qui datent, il faut quand même le préciser de quelques années, c.a.d de la sortie du livre.(juin 2007)

Les échanges révèlent la complexité de la matière à traiter mais aussi le soin et la réflexion que l’auteur a mis dans la manière de la représenter.
Rien à voir avec la caricature d’un prof nul, débordé par ses élèves à force de vouloir paraître d’jeun et sympa à leurs yeux !
On peut ne pas être d’accord avec les options pédagogiques de Bégaudeau, sans aller jusqu’à lui tirer dessus comme on ferait d’un bouc-émissaire.

C’est aussi pour cette raison que j’attends personnellement le film pour entrer dans le débat utile/pas utile ? dangereux/pas dangereux ? car avec le film, il y a de nouveaux filtres qui interviennent entre la réalité vécue et celle qui est représentée : le regard d’un cinéaste, l’adaptation d’une écriture au langage et aux codes cinématographiques.

******************
Pour se rafraîchir ma mémoire sur la façon dont on pouvait parler du livre à sa sortie :

http://www.livres-online.com/Entre-les-murs.html

12 09 2008
Rejulos (13:50:13) :

Euh… « ma » mémoire mais aussi la vôtre !

ps : à quand une fonction Edit sur ce bon blog ?

😉

12 09 2008
Christian Montelle (16:11:31) :

Je n’exagère pas. Je dis ce que je pense. Je me trompe peut-être, mais je n’approuve pas du tout la pédagogie de M. Bégaudeau. Et je ne suis pas le seul : je ne parle pas des trados, mais des pédagogues.
J’ai eu tout le loisir d’analyser ses pratiques en lisant son livre et en l’écoutant.

Le film ne m’intéresse pas du tout.

12 09 2008
Julos (16:51:24) :

… »je n’approuve pas du tout la pédagogie de M. Bégaudeau. »

Sauf que rien (ou pas grand chose) ne te permet de décrire avec certitude la pédagogie de Bégaudeau à partir de son livre (un « docuroment » comme il le qualifie lui-même. Donc tu extrapoles, sans plus, avec une grosse marge d’erreur possible.

Quant au film, qui ne t’intéresse pas, on prend les paris que tu iras le voir si l’occasion se présente ?

12 09 2008
bouge-toi (17:34:46) :

Je n’interviendrai pas au sujet du film « Entre les murs », je ne l’ai pas vu…Mais je suppose que comme pour tous les films les avis seront très partagés. Ce ne sont pas toujours les films dont on entend le plus parler les meilleurs…Il y en a beaucoup qui passent presque inaperçus et qui mériteraient un public plus large.

Mais je suis hors sujet !

J’en reviens à la notion de projet unificateur ( j’allais écrire universel…) : j’aimerais juste faire part de quelques expériences vécus avec les élèves de notre école, qui vont justement dans ce sens.

1) Il y a deux ans,la première partie de notre projet d’école portait sur « s’exprimer à l’oral ». Nous avons à cette occasion créé une chorale d’école ( qui fonctionne encore cette année ), les élèves de CM lisaient ou racontaient des contes aux élèves de maternelle, les autres classes ont mis en scène des pièces de théâtre qui ont été présentées à tous les élèves, puis aux parents, sans oublier des échanges interclasses sur les textes rédigés par les élèves…
Avec mes élèves de CE2 /CM1(dont beaucoup rencontraient des difficultés de compréhension et pour prendre la parole ), nous avons mis en scène « Le long voyage du pingouin vers la jungle » de Jean-Gabriel Nordmann : ce projet a créé une dynamique de classe très appréciable !
Les élèves donnaient des idées pour la mise en scène, s’aidaient à réviser leur texte, trouvaient des idées pour les décors ( que quelques parents nous ont aidés à réaliser)… Les élèves les plus timides ont souhaité fabriquer des masques, et se sont métamorphosés lors des représentations : qu’ils étaient fiers d’avoir réussi à monter ce spectacle, qu’ils étaient fiers d’avoir réussi à mémoriser un texte ardu pour eux au départ, d’avoir ébloui leur public et reçu des félicitations des parents, des autres enseignants et surtout des autres élèves …

2)écrire pour quelqu’un, pas pour la maîtresse et son appréciation : la correspondance scolaire avec une classe d’un milieu différent ( rural / urbain )

3) Et cette année ? Deux projets pour le moment : en arts visuels une après-midi commune aux trois classes du CP au CM2 tous les deux mois, et en littérature la participation à l’opération annuelle « Le livre Elu » avec d’autres classes du secteur( à partir d’une liste de livres proposés, chaque classe participante créé une réalisation qui sera présentée lors d’une exposition ouverte au public en juin.

Voilà, ce qui pour moi, appartient à des projets unificateurs…

12 09 2008
Gwenaël (18:14:35) :

Il me semble que tt le monde est hors sujet : l’objet c’est l’ipse et l’idem…
Il faudrait quand même en parler, non ?

12 09 2008
Julos (19:03:40) :

On vous écoute, vilain petit canard.

Coin coin coin…

Un peu coincé comme réponse…

12 09 2008
Ostiane (19:05:02) :

Mais l’ipse et l’idem, Gwenaël, ne sont-ils pas en JEU dans les projets évoqués par Bouge-toi? Non seulement le travail de groupe permet de développer l’ipse et l’idem des élèves, des enseignants, mais même, en allant plus loin, lorsque ces projets sont portés par plusieurs classes, voire plusieurs écoles, ce sont l’ipse et de l’idem de chacun des groupes qui sont développés. Non?

Socialiser les libertés individuelles, désenclaver les groupes, s’ouvrir sur le monde, laisser une trace de soi, accepter que l’autre vous transforme…pas facile sans projet!

13 09 2008
Christian Montelle (07:00:48) :

Le livre de référence pour approfondir les notions de l’idem et de l’ipse est : Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Seuil, l’ordre philosophique, Paris, 1990, Cinquième étude : L’identité personnelle et l’identité narrative. Sixième étude : Le soi et l’identité narrative. Septième étude : Le soi et la visée éthique. Dans le même livre, on peut lire une thèse fondamentale sur l’identité narrative, thèse que l’on trouve exposée de façon plus ludique et accessible dans : Nancy Huston, L’espèce fabulatrice, Actes Sud, 2008.
Attention : Ricœur, c’est du lourd !

Tous les livres de Ricœur méritent une lecture attentive de la part d’un pédagogue. On parlera plus tard de : Temps et récit, L’interprétation, La mémoire, l’histoire, l’oubli.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ricoeur

13 09 2008
Gwenaël (07:59:44) :

Dire que j’ai manié l’ipse et l’idem depuis des années et des années sans le savoir me laisse pantois !
Vraiment ça m’en bouche un coin !

13 09 2008
Christian Montelle (12:16:36) :

Si vous avez l’impression d’être bouché, je crois que vous vous approchez de la vérité. Et pas qu’un coin ! Essayez le séné ou cassier.

13 09 2008
Julos (12:47:47) :

C’est le moment, pour vous, de relire « Le Bourgeois Gentilhomme » Monsieur Jourd… euh Gwenaël !

13 09 2008
Gwenaël (13:18:10) :

Chez les individus à l’intelligence supérieure le sens de l’humour et de la dérision est généralement développé… ce n’est pas souvent le cas ici !

13 09 2008
Ostiane (13:34:50) :

Heureusement, vous relevez le défi! Faut dire vous avez un avantage, vous êtes palmé! Coin, coin!

Pour ceux qui suivent le débat de loin, ne vous méprenez pas nous ne sommes pas dans la mare aux canards mais bien dans le jardin du pédagogue. Si cela peut vous rassurer…

13 09 2008
Christian Montelle (13:39:02) :

Pour Gwenaël
Et les mecs qui sont incapables de rester dans le cadre d’un débat et qui disent n’importe quoi sur les coccinelles ou autres balivernes, s’accrochant à un mot isolé pour se rendre intéressants (ou du moins le croient-ils). Il y en plein sur les blogs qui souffrent de cette pathologie : la bloguite aiguë, incontinence chronique du clavier.
Ils se font rarement remarquer par leur humour laborieux qu’ils sont bien les seuls à priser et qui veut seulement mépriser autrui.
Vous n’avez peut-être pas remarqué, mais ce n’est pas un lieu de dérision, ici. C’est un blog d’adultes qui parlent de sujet sérieux et intéressants. Ils s’amusent ailleurs, ne vous inquiétez pas pour leur humour. Allez jouer avec les enfants de votre âge.

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