La ponctuation, ça sert à quoi?

2 10 2008

Bon, j’ai corrigé vos petits textes…Des idées intéressantes mais parfois un peu confuses, disons, pas toujours très claires. Regardons ensemble ces 4 exemples et dites-moi ce que vous en pensez:

A/ La maîtresse dit la directrice est absente

B/ L’élève pense le maître n’est pas au niveau

C/ Yassine demande papa veux-tu jouer avec moi

D/ Véra chuchote Arthur est un âne

– Y manque le point à la fin des phrases: « Une phrase, ça commence toujours par une majuscule et ça finit toujours par un point! »

– Mais non! même avec un point, ça fait bizarre.

– Dans la A/, c’est la directrice ou la maîtresse qui est absente?

– En fait c’est pas possible, c’est Yassine qui demande à son père de jouer. Là, c’est le contraire qui est écrit.

Bien, bien, bien. Vous voyez, ce n’est pas très facile de s’y retrouver. Allez, mettez-moi donc un peu de sens dans tout ça. Qui dit quoi, qui parle à qui?

Sans enlever, ni déplacer, ni rajouter de mots, juste avec des virgules, des guillemets, des points d’interrogation ou d’exclamation et une ou deux majuscules si vous en avez besoin…

Installez-vous par deux, dans dix minutes nous faisons le point! Proposez-nous des phrases compréhensibles.

                                          

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11 réponses à “La ponctuation, ça sert à quoi?”

3 10 2008
Julos (08:38:19) :

Oui, oui, oui bien sûr, la ponctuation porte sa part de sens et contribue à la signification des phrases, facilitant même la compréhension immédiate.
Nos jeunes élèves, encore longtemps apprentis lecteurs, doivent prendre conscience de cette réalité linguistique et en apprendre les bases et les subtilités.

******************
Cala étant dit, fermons la porte et parlons entre adultes. Que recherche l’écrivain qui tente de s’émanciper de la ponctuation, soit en l’utilisant à minima, soit en la supprimant totalement ?
Un exemple très récent : le roman « Zone » de Mathias Enard ! Une seule phrase sur 500 pages, sans ponctuation ! Et il parait que ce n’est pas gênant !!! (dixit le libraire vu sur fr5 dans « La grande émission » hier soir)

Pour moi, qui suis un peu musicien, un texte sans ponctuation c’est un peu comme une partition musicale où ne figureraient que les notes : pas de soupirs, pas de pauses, pas d’indications forte, allegro, decrescendo etc… La musique est entre les notes, la musique vit toujours entre deux silences.

3 10 2008
Ostiane (15:59:53) :

Le pays

C’est un petit pays qui se cache parmi
ses bois et ses collines;
il est paisible, va sa vie
sans se presser sous ses noyers;
il a de beaux vergers et de beaux champs de blé,
des champs de trèfles et de luzerne,
roses et jaunes dans les prés,
par grands carrés mal arrangés;
il monte vers les bois, il s’abandonne aux pentes
vers les vallons étroits où coulent des ruisseaux
et, la nuit, leurs musiques d’eau
sont là comme un autre silence.

Charles-ferdinand Ramuz

Remarque d’un élève aujourd’hui: »une seule grande phrase avec plein de ponctuation comme un long voyage »

Que dire de plus…

3 10 2008
Juloserratum (16:47:39) :

Pas « la grande émission », vous aurez rectifié « la grande librairie » !

***********
Ostiane, le texte de Ramuz s’apparente à un poème, sans en avoir vraiment le format. La poésie s’affranchit plus facilement de la ponctuation que la prose, je trouve.

3 10 2008
Ostiane (18:03:07) :

tout à fait d’accord Julos.

Ce qui était intéressant dans ce texte poétique c’est justement de parler de cette musique, de ces silences, de ces soupirs, de cette respiration qui semble accompagner le texte. Le promeneur se promène et le lecteur le suit au rythme des collines et des pentes qui se succèdent. Les enfants ont très bien « senti » cela.

Pour le roman cité, je ne sais pas, j’y vois un terrain d’expérimentation stylistique et syntaxique intéressant. L’auteur a dû énormément travaillER son texte pour le rendre lisible.
A découvrir donc.

Julos musicien…quel instrument? interprète ou compositeur?

3 10 2008
Julos (19:05:40) :

« Quel instrument ? interprète ou compositeur ? »

**********

Ah Ah… va savoir…

;-))

En fait, ce Julos a failli être une rock star… dans une autre vie… mais failli seulement…
(un peu comme Bégaudeau quoi !)

De ce fait, il sait :

-écrire des chansons
-les chanter en s’accompagnant à la guitare
-jouer de la flûte à bec
-jouer de l’harmonica
-jouer de la guimbarde
-faire des percussions

… ce qui est très utile quand on est maître d’école !

Et puis aussi, le pseudo « Julos » est une sorte d’hommage à un grand poète-auteur-compositeur wallon qui s’appelle Julos Beaucarne.

Son site officiel est par ici :

http://users.skynet.be/fa410880/index.html

4 10 2008
bouge-toi (07:32:22) :

Histoire de la ponctuation sur ce site :
http://www.la-ponctuation.com/histoire-ponctuation.html

@ Julos

Pourriez-vous partager un de vos textes avec nous ?

4 10 2008
Julos (17:06:24) :

Voici le texte d’une chanson écrite et composée en 1976, soit 3 ans après que j’ai quitté ma Sarthe bucolique et verdoyante pour le béton et les tours du 93. Elle n’est malheureusement pas destinée aux enfants.
J’avais 27 ans, dont 7 dans l’éducation nationale.

**************

Le blues de l’instit :
complainte d’un fonctionnaire qui déconnecte.

Quand la cloche retentit
Que la récré est finie
Faut se dépêcher d’ rentrer
Pour s’mijoter une dictée
Maths, lecture et écriture
Faut leur mener la vie dure
A ces bambins surexcités
Sinon ils risquent de tout casser !

C’est l’blues d’l’instit
Qu’est fatigué de sa journée
C’est l’blues d’l’instit
Qui en a marre de cravacher
…de cravacher …

A onze heures une larme de café
Ça nous aide à y retourner
Midi, cantine, mousseline et cris
J’ai les oreilles qui coulent à grands bruits
A trois heures on n’a pas terminé
C’qu’on avait prévu pour la journée
Plus question d’parler mathématique
Tant pis on f’ra d’la gymnastique

C’est l’blues d’l’instit
Ecoutez-le vous comprendrez
C’est l’blues d’l’instit
Pourquoi il a besoin d’congés
… besoin d’congés …

L’heure c’est l’heure
Faut pas déborder, faut pas traîner
Et surtout pas rêver
A une école sans horloge
Sans cadences et sans sucres d’orge
Les programmes aussi c’est les programmes
Et bourre et bourre et ratatam
Quant aux gosses qui restent sur l’carreau
C’est normal c’est qu’des fils de prolos

C’est l’blues d’l’instit
Qui n’en finit pas de crever
C’est l’blues d’l’instit
Qui n’en finit pas de rêver
… oui de rêver …

A autre chose, à un ailleurs
Loin des cités crématoires
Un truc qui ressemble au bonheur
D’apprendre à vivre, d’apprendre à voir
Un rêve fou me direz-vous
Du fond de votre vie tranquille
Mais s’il faut vivre votre vie de fous
Autant s’en rêver une à l’asile !
… à l’asile … à l’asile l’instit …

******************

Rassurez-vous, j’ai survécu… et réussi à éviter l’asile.

😉

5 10 2008
Ostiane (07:46:34) :

Faut que j’installe un module audio-stéréo sur le blog…Merci Julos pour cette petite part de vie partagée!

5 10 2008
bouge-toi (19:09:06) :

Merci Julos ! Avec la mélodie, c’est vrai que ce serait encore mieux…

6 10 2008
Christian Montelle (08:40:47) :

Quelle belle écriture ! Elle est gravée quelque part ?

Tu avais déjà fait le tour du problème !!!

6 10 2008
Julos (12:23:18) :

Malheureusement, cette chanson , et d’autres, a été enregistrée à peu près proprement par un ami, il y a longtemps, avec un 4 pistes Reevox. Mais où est la bande magnétique ?

Cela dit, j’ai encore une mémoire intégrée et un peu de voix, donc je peux l’interpréter. Un jour ? qui sait ? à la veillée ?…

;-))

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