Quelle école pour mes enfants?

16 10 2008

DARCOS et la Maternelle. Zéro de conduite !

1/ Des propos mensongers

2/Des préannonces déguisées

3/ Un mépris scandaleux

1/ Notre Ministre n’est pas un ignorant.

Il connaît le métier.

Il sait parfaitement qu’on accepte les très jeunes enfants, à l’école maternelle, uniquement sous réserve d’être propres.

Point de couche donc, en toute petite section, contrairement à la crèche.

Alors pourquoi cette provocation?

Juste pour provoquer ? Pas seulement…

Nous somme ici face à une forme de discours très stratégique en politique: couvrir un mensonge par une réalité…et hop ! L’opinion, docile et non avertie, finira par se laisser bercer et berner :

C’est vrai, finalement, payer des changeurs de couches à surveiller la sieste, vraiment pas besoin d’être diplômé pour cela !

Car oui, les petits se reposent après le déjeuner. Oui, l’école respecte encore ses rythmes biologiques essentiels.

« Pipi, caca, dodo » ça fait partie de la vie Monsieur le Ministre ! Un peu d’honnêteté, s’il vous plaît…

Entre nous, vous ne vous sentez pas plus disposé au travail après un petit instant de récupération, porte du bureau fermée et paupières abaissées ?

Un petit tour aux « wawas » avant de prononcer un discours, cela ne vous soulage-t-il pas?

Le repos, c’est essentiel, c’est même un droit légitime, tout comme l’envie d’uriner et le passage aux toilettes, avec ou sans « petit train » !

Ces deux droits sont tout aussi fondamentaux que ceux d’apprendre que « b et a font ba »  ou « 1+1=2 » !

Nos enfants se lèvent tôt, sont accueillis dans un cadre différent de celui de la maison. Leurs repères familiers sont brouillés. Ils apprennent d’autres codes.

Là est l’enjeu majeur de l’Ecole maternelle. L’enfant entre à la petite Ecole mais comprend vite qu’il intègre ainsi, peu à peu sa longue aventure sociale, culturelle, intellectuelle.

Dans la cour, il voit les grands. Sur le trottoir le matin et le soir, il voit les « encore » plus grands. Oui, ça y est, il fait partie de la grande ronde des humains. C’est important, non ?

Et c’est en maternelle, durant cette  Ecole Premièresi justement renommée par Philippe Meirieu, que le jeune enfant revêt tranquillement son costume d’écolier. Il a deux ou trois  ans pour habiter ce rôle que la société a choisi pour lui. Et ce n’est pas n’importe quel rôle, le bâcler ferait de lui un « non-conforme »,  tout prêt à errer de stage de remise à niveau en heure de soutien…

2/ Alors pourquoi lancer cette polémique, quelles préannonces déguisées sous ces propos ?

Petit exercice d’anticipation, mais si réaliste qu’il en devient quasi réel…

– 1ère étape: rendre l’école obligatoire à partir de 5 ans.

Voyez, nous effectuons un grand pas pour pallier les inégalités, nous donnons un an de formation de plus aux enfants de notre pays! Mais un an de qualité !

– 2ème palier: supprimer peu à peu les petites et moyennes sections.

L’Education nationale ne peut garantir de budgets pour ce qui ne relève pas de sa mission…et la petite enfance ne nous regarde plus!

– Suite logique et prévisible: renvoyer aux parents, aux collectivités locales, aux financements privés, la prise en charge des enfants jusqu’à l’entrée en Grande section.

Cela se fait dans d’autres pays, alors pourquoi pas chez nous ?

– Dernière marche: entériner l’inadaptation de la formation des enseignants.

L’école n’est plus ce qu’elle était, il faut supprimer la formation telle qu’elle existe pour la rendre plus performante et réaliste. Nos élèves méritent mieux!

3/ Voilà l’habile manipulation, à laquelle il faut malheureusement ajouter une dernière dimension, la plus inacceptable de la part d’un Ministre de l’Education nationale : le mépris.

Mépris pour le travail incommensurable et méconnu des enseignants de Maternelle.

D’un point de vue pédagogique et humain, il n’y a pas de plus grande responsabilité que celle d’enseigner en Maternelle. Et c’est bien ce qui la différencie des autres structures collectives. C’est une Ecole.

Les enfants y apprennent car les maîtres sont formés pour cela. L’enseignant construit tout au long de l’année des projets spécifiques qui permettent à l’enfant de grandir physiquement, psychiquement, intellectuellement, personnellement, collectivement. Il met en place des ateliers, des progressions, des évaluations qu’il régule en fonction des apprentissages attendus et des enfants qui lui sont confiés.

Alors, lorsque ces compétences professionnelles sont réduites à l’image mentale d’une couche qui déborde, on comprend mieux pourquoi ces mêmes enseignants, poussés jusqu‘aux limites de l’inacceptable, sortent dans la rue, crient et réclament le minimum vital, la reconnaissance de leur METIER et de leur professionnalisme.

Mépris vis-à-vis des efforts consentis et des acquisitions effectuées par les élèves les deux premières années de scolarisation.

Regarde papa le beau tableau que j’ai peindu, t’as vu mon cravail comme il est dur, écoute maman la poésie que ze te chante, venez tous les deux au  pestacle de Noël.

Bien sûr, le langage se construit, évidemment les apprentissages n’en sont qu’à leurs débuts.

Mais à ces âges, TOUT est apprentissage, du tout petit geste quotidien à la moindre situation nouvelle. Imaginons, adultes que nous sommes devenus, repartir de là…Nous aurions TOUT à réapprendre…Alors, décréter que ces années d’Ecole ne comptent pas…C’est un peu dire à nos enfants « Pauvres de vous, depuis trois ans, vous n’avez rien fait, rien appris, vous êtes restés des bébés, reprenez vos tétines et vos doudous et rentrez chez vous ! »

Mépris enfin vis-à-vis des familles qui pour certaines d’entre elles n’ont aujourd’hui pas d’autres moyens d’insertion que cette Ecole. Que vont-ils devenir tous ces enfants, coupés du lien social et culturel que représente l’Ecole maternelle ? Des oubliés, des retranchés, des marginaux, des laisser pour compte, des parasites. Mais bon sang, ce sont des enfants. Ce sont nos enfants ! Quel parent, quel éducateur honnête peut se détourner de ce devoir d’accompagnement éducatif et humain que notre Ecole Maternelle française doit préserver à tout prix !

Pour ma part, je ne veux éduquer mes enfants ni faire classe à mes élèves dans une société ou une école qui relèguerait à l’arrière plan cette dimension primaire, existentielle et fondamentale qu’est l’humanité.

Parents que nous sommes, ne nous endormons pas !

L’Ecole, leurs maîtres et leurs professeurs ont besoin de notre soutien ferme et proactif !

Une maman d’élèves inquiète.

Une maîtresse d’école concernée.

Article paru dans la magazine parental Côté Mômes

C’est pourquoi dimanche 19 octobre j’irai Place d’Italie. J’irai parce que je suis une maman concernée. Oui, j’irai défendre une école digne. J’irai exprimer ma solidarité à ces enseignants qui jour après jour, année après année partagent le quotidien de mes enfants. J’irai marcher à leurs côtés. Dimanche, c’est un beau jour pour manifester.

L’itinéraire et les infos ici

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9 réponses à “Quelle école pour mes enfants?”

16 10 2008
Christian Montelle (08:07:39) :

Et s’il n’y avait que la maternelle ! Sylvain Granserre tente un inventaire qui est loin d’être complet :
« Alors, nouveaux « vieux » programmes, suppression imposée du samedi matin, de la carte scolaire, des RASED, d’enseignants mis à disposition (MAD) et des IUFM, mise en concurrence des établissements et des formations, loi sur le service minimum
d’accueil (SMA), diminution du nombre de postes malgré un nombre d’élèves au
primaire en hausse, chèque éducation dans les esprits, projet d’EPEP ou de salaires au
mérite, stages de remise à niveau et aide personnalisée dans une logique de soutien et non plus d’aide spécialisée, évaluations intempestives, formation continue en peau de chagrin, favoritisme de l’enseignement privé, retour du religieux… Ces pièces du puzzle qui s’assemblent jour après jour sous nos yeux ont été découpées par une main de fer qui ne tremble pas. »
Oui, il est temps de remplir son devoir de citoyen autrement que dans un isoloir.

16 10 2008
Julos (16:15:15) :

Merci et bravo Ostiane pour ce vibrant plaidoyer en faveur de l’école maternelle.
Pour ma part, j’ai exercé en élémentaire et en maternelle. Dans les deux cas j’y ai vécu, j’y ai perçu la même exigence, le même professionnalisme, le même engagement.Il m’est arrivé une fois ou deux, au cours d’une discussion avec un parent, de devoir expliquer qu’un enseignant de petite section de maternelle et un collègue enseignant au cm2 touchaient, à ancienneté et grade identiques, le même salaire !

M.Darcos arrache un à un tous les clous que nous avons mis des années à planter dans les esprits mal ou pas informés. Et ça fait très mal.

TOUS A LA MANIF DIMANCHE !!!

19 10 2008
emartin (09:27:48) :

Je me joins à votre « combat » bien que je ne sois pas prof des écoles. Je suis documentaliste depuis 15 ans et ma profession est aussi en danger. Je pensais avoir fait un gros effort de travail sur les TICE tout en gardant un projet lecture important chaque année… mais mon inspecteur a réduit à néant tous mes espoirs de me voir un peu « considérée ».
Je gère quasiment toute seule le site du collège, j’ai commencé mon blog sur le WP il y a un an, ce qui me permet, cette année, de faire un blog de classe avec une classe de 4ème. En outre, je suis bénévolement la trésorière du Foyer, l’organisatrice de la fête du collège, l’animatrice des pots de départ mais cet investiment ne fait pas partie des textes officiels !!
Je me suis donc vue opposer par mon supérieur : CE QUE JE NE FAIS PAS, à savoir une politique pluriannuelle documentaire (avec des collègues qui changent à 40 % tous les ans, c’est facile !), un projet documentaire (que j’ai remis à ma principale) mais qui ne correspond pas à toutes les missions d’une doc, le non-achat du logiciel dernier cri (qui coûte une fortune et qui ne rentre pas dans les crédits de mon petit collège), le faible pourcentage de collègues qui collaborent avec le CDI (quand les recherches se font directement depuis la salle multimedia sans que j’en sois avertie, qu’y puis-je ?… Ca va plus vite en effet que de construire une séquence avec moi).

Bref, Ostiane, vous comprenez que je sois amère. Je n’atteindrai pas la « Hors Classe » parce que je suis « hors textes officiels » et sans doute parce que je suis plus près des 40 h que des 30 imposées.
Il faut sans doute que notre profession disparaisse pour que l’on s’aperçoive que nous servions à quelque chose… et encore !
Décidément, j’envie mon mari qui est à la retraite. Dommage !

19 10 2008
Ostiane (10:39:14) :

Ce « combat » que vous évoquez Elisabeth, reflète bien le malaise général qui flotte dans toutes les sphères de l’éducation. Maternelle, élémentaire, collège, lycée, enseignants spécialisés, documentalistes, parents, etc…

Les objectifs budgétaires à court terme prennent le dessus sur les finalités à long terme…Voilà la grand fossé qui sépare les hommes politiques des « agents d’éducation ».

Les premiers se calent sur des réformes aux allures de miroir aux alouettes quand les seconds tentent en vain d’installer une « éducation durable ».

Ce que vous faites au quotidien n’est pas reconnu, les projets entrepris ne collent pas aux textes officiels…le problème c’est que ces textes officiels changent à chaque gouvernement, selon les humeurs et les discours à la mode.

Confidence pour confidence et pour que les uns et les autres hors éducation nationale comprennent un peu la manière dont nous sommes traités…(Je n’aime pas les lamentations, mais c’est une manière d’illustrer et compléter vos propos.)

1/J’enseigne depuis 18 ans, mais mes 7 années d’enseignement à l’étranger, dans les écoles françaises locales, ne sont pas prises en compte. Je suis toujours à un échelon de quasi débutante malgré les inspections… »votre travail est excellent mais je ne peux rien pour vous, vous n’entrez pas dans les cases »…
Comme quoi, bonne ou moins bonne, l’inspection ne participe en rien à notre « progression ». Il y a des cases. Si vous êtes docile, vous avancez toutes les X années d’une case. En réalité, vous faites du sur place. Si vous êtes « hors catégorie » vous faîtes du sur place…en reculant…La règle du jeu est à revoir avant qu’on ne se transforme en oies empaillées!

2/ Lorsque je suis rentrée il y a 4 ans en France, j’ai attendu 1 an une proposition de poste (sans être payée et sans chômage). Dossier égaré… Au final, on me propose 2 mi-temps totalement éclatés géographiquement!!!Deux niveaux différents à 10 arrondissements l’un de l’autre…

3/ J’ai accepté l’un des 2 mi-temps…je n’ai été payée que 6 mois plus tard!!!Heureusement que nous sommes 1,5 à travailler pour 6 bouches à nourrir. Mais lorsque l’on pense à ceux qui doivent assumer seul le reste de la famille…

4/ J’ai participé aux stages de remise à niveau cet été…toujours rien sur le bulletin de paye. Une fois encore, si je l’ai fait, ce n’est pas pour le maigre salaire, mais tout de même, il n’y a que l’Education nationale pour traiter ainsi ses salariés!

5/ En revanche, 6 mois avant les 16 ans de mon fils ainé on me demande (comptabilité oblige!!!) les justificatifs de scolarité de celui-ci…sinon, plus de complément familial…Alors là, l’anticipation est de mise…Comme par hasard!

Bref, des économies sur le dos des gens, le sytème en fait largement!

Votre témoignage, le mien viennent compléter la liste de milliers de doléances…le ras le bol…la colère…

Pour autant, ni la passion, ni l’engagement ne nous nous lâchent. Curieux paradoxe qui nous enchaîne…
Car si je vais dans la rue tout à l’heure, pour y rejoindre des milliers de collègues et de parents, c’est pour défendre l’école, les enfants et l’éducation…pas pour pleurer sur ma condition perso…que j’ai choisie et que j’assume.

Faut que je file Place d’Italie!!

Merci pour votre passage Elisabeth, renenez…quelle est l’adresse de votre blog sur le web pédagogique?

19 10 2008
Ostiane (17:33:17) :

…et bien voilà qui est fait: mon baptème du défilé, ma toute première manif! Une ambiance bon enfant, un panel intéressant et variés d’enseignants et de parents, une promenade éducative et dominicale sous le soleil de Paris et en bonne compagnie!

Combien étions-nous? Aucune idée, mais nous y étions!

19 10 2008
sylvie (19:45:50) :

C’est un beau succès Ostiane, près de 100 000 tu auras d’autres chiffres mais je peux te dire que par rapport à mai nous êtions beaucoup, beaucoup plus nombreux. Plus de parents et des badauds plus curieux sur le sens de notre manif. Maintenant il faut que cela passe encore à une autre vitesse. Cela fait deux ans que je trépigne et cela m’a paru long mais on y est!

20 10 2008
emartin (07:52:36) :

Merci de votre soutien, Ostiane, j’en avais gros sur le coeur, en effet et je sais que je ne suis pas la seule !
Je rends visite à Bleu Primaire » et vous êtes déjà passé sur mon blog (http://lewebpedagogique.com/docablog) mais voici le BB des 4ème http://lewebpedagogique.com/4alog
Il y a encore du boulot !!
A bientôt.

2 11 2008
bouge-toi (10:27:22) :
2 11 2008
Ostiane (15:48:01) :

Bien vu…
Et pour que les choses soient vraiment claire pour tout le monde, une petite minute audio…à écouter…

http://educpol.over-blog.com/article-24255060.html

…c’est limpide et sans détour! Un homme politique qui dit tout haut ce qui se murmure en coulisses…incroyable mais impitoyablement vrai!

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