Dicton de saison

22 11 2008

« Terre retournée et blés semés, le ciel peut neiger »

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23 réponses à “Dicton de saison”

22 11 2008
Christian Montelle (16:44:50) :

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
A la douleur que j’ai, que j’ai ?

Emile Nelligan; le Rimbaud québécois, enfermé pour « folie » par sa famille pendant la plus grande partie de sa triste vie. Cf C. Claudel, A. Artaud…

22 11 2008
Christian Montelle (16:49:16) :

Et un poème d’un orfèvre de notre langue :

Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant

Brrrr ! Ambiance !

22 11 2008
Ostiane (17:01:03) :

Un cruel souvenir…à 10 ans, pas facile à apprendre…

Aujourd’hui, quelques timides flocons sur la capitale.

22 11 2008
bouge-toi (17:49:05) :

Chanson pour les enfants l’hiver

Dans la nuit de l’hiver
galope un grand homme blanc
c’est un bonhomme de neige
avec une pipe en bois
un grand bonhomme de neige
poursuivi par le froid
il arrive au village
voyant de la lumière
le voilà rassuré.
Dans une petite maison
il entre sans frapper
et pour se réchauffer
s’assoit sur le poêle rouge,
et d’un coup disparait
ne laissant que sa pipe
au milieu d’une flaque d’eau
ne laissant que sa pipe
et puis son vieux chapeau.

Jacques Prévert

Poème appris en CE1.

22 11 2008
Christian Montelle (19:58:31) :

La poésie, ce n’est pas QUE pour les enfants !
Même si elle semble bien morte à voir sa place dans les librairies ou les bibliothèques.

Ce poème de Maupassant, une dame d’un âge certain l’avait apprise à l’école, il y a bien longtemps. Une phrase était gravée dans sa tête et elle se désolait de ne pas retrouver le reste. Je la lui ai redonnée. Quelque médiocre qu’en soit la prosodie, elle en a eu le cœur rempli de joie. J’en ai été ému et je vous ai proposé ce frisson de neige.

Voilà la petite histoire. La poésie est nécessaire et contagieuse.

23 11 2008
bouge-toi (10:46:17) :

Heureusement que la poésie n’est pas réservée aux enfants !
D’ailleurs tu auras certainement remarqué que sur le net, de nombreux sites sont consacrés à la poésie.
C’est vrai que dans les bibliothèques, les ouvrages sont peu visibles : mais ne faut-il pas donner envie aux lecteurs de les chercher?
Je crois que nous avons un rôle à jouer, encore une fois, en éveillant nos élèves à la poésie ( pas seulement comme « texte à mémoriser »…).

23 11 2008
Christian Montelle (12:54:28) :

Quels sont tes sites préférés de poésie sur le Net ? Il y en a aussi beaucoup qui sont très médiocres et il n’est pas facile de trouver les perles rares.
Celui-là est assez riche, mais aucun Char et aucun Aragon !
http://poesie.webnet.fr/auteurs/liste.html
Celui-là en a plus de 6000, mais ni Eluard, ni Carême.
http://www.mes-poemes.com/auteurs.php

24 11 2008
Julos (20:28:22) :

Je sais que je vais faire plaisir à la cousine d’Envers et Contre tout, là-bas loin, en choisissant cette chanson/poème du grand Gilles, mais je voudrais dire aussi que si j’ai choisi « Mon pays » c’est parce que moi aussi, depuis quelques temps, je trouve que « Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver… »

*******************

« Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver
Mon jardin ce n’est pas un jardin c’est la plaine
Mon chemin ce n’est pas un chemin c’est la neige
Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver

Dans la blanche cérémonie
Où la neige au vent se marie
Dans ce pays de poudrerie
Mon père a fait bâtir maison
Et je m’en vais être fidèle
À sa manière à son modèle
La chambre d’amis sera telle
Qu’on viendra des autres saisons
Pour se bâtir à côté d’elle

Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver
Mon jardin ce n’est pas un jardin c’est la plaine
Mon chemin ce n’est pas un chemin c’est la neige
Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver

De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
À tous les hommes de la terre
Ma maison c’est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
À préparer le feu la place
Pour les humains de l’horizon
Et les humains sont de ma race

Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver
Mon jardin ce n’est pas un jardin c’est la plaine
Mon chemin ce n’est pas un chemin c’est la neige
Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver

Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’envers
D’un pays qui n’était ni pays ni patrie
Ma chanson ce n’est pas ma chanson c’est ma vie
C’est pour toi que je veux posséder mes hivers…

24 11 2008
Ostiane (21:44:01) :

L’hiver inspire des bouffées de langueurs numériques sur mon écran de givre…

24 11 2008
bouge-toi (22:10:41) :

J’ai déjà visité les deux sites de poésies dont tu parles , Christian. C’est vrai…Il manque toujours un auteur ou un poème que l’on cherche en particulier…Mais cela incite à fouiller, à chercher…

Autres sites explorés récemment :
http://www.poesie.net/index.php

ou à destination des enfants :
http:// http://www.franceweb.fr/poesie/enfants/index.html

http://www.takatrouver.net/coin_des_poetes/index.php

24 11 2008
bouge-toi (22:14:40) :

Oups ! Un « http:// » de trop !

Et la citation suivante effacée par mégarde ( plutôt la fatigue…):

« On ne peut trouver de poésie nulle part si on n’en porte pas en soi. »
Hassan Massoudy

25 11 2008
Christian Montelle (14:37:29) :

Merci pour les sites et pour la belle citation de Massoudy.
Comment fait-on pour porter de la poésie en soi ? Il me semble que c’est très tôt que ce goût se prend. Par la musique des mots assemblés d’abord, la prosodie qui berce l’oreille. Puis par la découverte de la métaphore, de ces étranges mariages de mots, qui portent sens cependant, qui renouvellent le réel et le regard que nous lui accordons. Non pas pour jouer, mais pour jouir encore mieux des choses, pour être présent au monde. Présent pour de vrai.
Dommage que la poésie soit souvent ramenée à des jeux stériles où prime le bizarre insignifiant ou à l’exhibitionnisme complaisant. La poésie ne peut se contenter de chatouiller l’esprit ; elle doit nous ré-jouir.

25 11 2008
Julos (20:38:42) :

Il me semble qu’on ne peut entrer en poésie sans éprouver un amour des mots ; ressentir ou exprimer un sentiment, une sensation, une forme poétique ou empreinte de poésie, c’est entretenir un rapport au monde (le monde extérieur comme notre propre monde intérieur) particulier, à la fois fragile et sensible, où les mots seraient comme une seconde peau, recouverte de mille capteurs ultra-sensibles.

26 11 2008
Christian Montelle (07:44:34) :

Je crois que la poésie suppose plus que ressentir ou exprimer et trouver les mots pour le chanter. Tu le dis avec ces capteurs ultra-sensibles qui évoquent les conceptions hugoliennes de poète phare.
Mais je crois qu’il y a encore plus et ce plus est difficile à définir. Il se devine dans l’étymologie : poieïn, faire. La poésie est un acte qui dit non. Qui regarde autrement le monde, qui veut le dire autrement, qui veut le transformer et transformer l’homme.
La poésie ne peut se cantonner à dire autrement comme on l’a cru, à une période, ce qui a donné l’immense bulle creuse du formalisme. Mais voir autrement pour transformer. Je ne parle pas de poètes engagés, mais de démarches plus modestes. Ainsi Bonnefoy interroge-t-il la notion de seuil et développe-t-il toute une vision sur ce mot qui semble si insignifiant. Et Guillevic parle avec les objets les plus triviaux qui lui répondent et lui/nous révèlent ce qui pourrait être leur essence.
La poésie est un art visionnaire qui éclaire le monde. Elle est proche de la science qui nous donne un autre éclairage. Ses cousines picturales et musicales sont d’autres auxiliaires de lucidité qui peuvent nous aider à mieux vivre ensemble.

26 11 2008
Julos (11:02:29) :

« La poésie est un acte qui dit non. Qui regarde autrement le monde, qui veut le dire autrement, qui veut le transformer et transformer l’homme. »

***************

Oui, je suis d’accord avec cette idée que le regard que pose le poète sur le monde est en quelque sorte « décalé » par rapport au monde. Comme si le poète était au bord du monde. Tout en étant aussi dedans! Et c’est peut-être cette sorte d’ubiquité qui rend le phénomène difficile à définir, parce que finalement insaisissable.

26 11 2008
Christian Montelle (12:36:24) :

Mon poète préféré : René Char. Et ce poème :

« Allégeance

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima ?
Il cherche son pareil dans le vœu des regards. L’espace qu’il parcourt est ma fidélité. Il dessine l’espoir et léger l’éconduit. Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. À son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, ma liberté le creuse.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas ? » »

Des mots simples, musicaux, mystérieux qui me bouleversent.

26 11 2008
Julos (17:29:21) :

Guillevic : épuré et essentiel

« J’ai vu le menuisier… »

J’ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.

J’ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.

J’ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.

J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.

J’ai vu le menuisier
Donner la juste forme.

Tu chantais, menuisier,
En assemblant l’armoire.

Je garde ton image
Avec l’odeur du bois.

Moi, j’assemble des mots
Et c’est un peu pareil.

26 11 2008
Christian Montelle (21:25:51) :

Un beau florilège de Guillevic :
http://lieucommun.canalblog.com/archives/_printemps_des_poetes_2008___guillevic/index.html

Elégie, en particulier.

Un que j’aime beaucoup pour des raisons particulières :

C’est mon automne, amour, ou mon été qui dure ?
Un si long, un splendide été. C’est mon été.
Je vois bien que je suis dans son immensité
Entre le bleu du ciel et la terre en verdure.

Je ne jalouse plus les choses de nature.
Me rappelant celui que j’ai longtemps été,
Je les regarde et ce que j’ai c’est la fierté :
Les blés sont avec moi pour la vie en droiture.

Je connais des milliers de choses. Cœur à cœur
Avec les hommes je vois clair. Je vis d’ardeur.
Même en parlant de moi c’est leur chant que j’entonne.

C’est mon été, mon bel été qui dure, amour,
Et je ne sais comment j’entrerai dans l’automne,
Tellement de t’aimer me fait aimer les jours.

Eugène Guillevic, l’Age d’homme, Editions Cercle d’Art, Paris, 1955

26 11 2008
bouge-toi (22:07:10) :

La poésie, c’est voir au-delà du monde, c’est voir l’invisible, c’est regarder le monde à travers un voile, c’est regarder le monde avec les yeux de mille personnes en même temps, c’est…écouter le MONDE avec ses yeux et son coeur,c’est sonder l’infini des sentiments !

Bref, la poésie c’est quelquechose d’indéfinissable et d’omniprésent.

27 11 2008
Ostiane (05:36:09) :

Merci les amis pour vos contributions si riches! Peu de temps ces
derniers temps pour converser avec vous mais je vous lis, je vous
écoute…D’un dicton populaire vous vous êtes mis à chanter les
louanges de notre si belle langue. Troubadours du net, voilà ce
que vous êtes! Merci!

Un lien vers un nouveau site que je viens de découvrir.
« Les écoles primaires du port ».

La aussi il y est question de poésie. Un article poétique et heuristique…

http://lewebpedagogique.com/ecolesprimairesduport/files/2008/11/le-texte-poetique-avance-couleurs.jpg

27 11 2008
Christian Montelle (08:49:32) :

Champions de l’organigramme, les profs des écoles du Port de la Réunion ! Sur le conte, ils sont un peu courts et surtout inexacts.
Le tableau sur les formes de la poésie en vers est très pratique mais il est encore tôt pour aborder ces aspects de la poésie. Surtout quand on découvre, en dessous, les productions écrites des élèves de CM2.
Si on introduit trop tôt la rime, les enfants se focalisent dessus et pensent que c’est un jeu auquel se réduit la poésie. Ils font rimer n’importe quoi et pensent écrire de la poésie. Je pense qu’il vaut mieux commencer par les mariages insolites de mots, mariages qui créent des sens nouveaux. Donner un sens nouveau aux mots de la tribu. On est alors au cœur de la poésie, dans le domaine de la métaphore qui n’est acceptée que si elle est signifiante.
Une autre erreur consiste à se fixer sur l' »expression ». La poésie n’est pas un citron dont on exprime le jus ! Le citron étant l’enfant, en l’occurrence. Se frapper le cœur ne donne pas un poème, mais des textes stéréotypés qui disent :  » Le monde est méchant, je suis gentil, personne ne me comprend ! ». Voir le monde autrement, voilà une autre entrée.

Amusant : mon filtre anti-spam est : réunion !

27 11 2008
Julos (11:07:49) :

« …Je pense qu’il vaut mieux commencer par les mariages insolites de mots, mariages qui créent des sens nouveaux… »

*************

Je me souviens que, tout jeune enseignant, débutant dans un CP, je tenais absolument à sensibiliser mes petits élèves, à peine lecteurs, au poétique.
Un matin, je les ai laissés découvrir (et réagir) le fameux « La Terre est bleue comme une orange »

Mais je ne me souviens plus si ce fut un succès ou un échec. Mauvais présage…

😉

27 11 2008
Christian Montelle (15:36:59) :

Les tout-petits n’aiment pas que l’étrange leur vienne de l’adulte. Ils le produisent eux-mêmes et s’esclaffent de leur propre audace.
Plus tard, la terre deviendra une orage bleue, ce qu’elle est d’ailleurs vue de la lune. C’est cela la vraie poésie : quand la vision est juste et les mots musicaux.
Pour les maternelles et les CP : la prosodie, la musique des comptines et des berceuses. Accoutumer l’oreille à l’harmonie.

Ainsi (pour les grands !), étudier comment va cette musique :
« La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur »
Pourquoi ce vers fait-il du bien à l’ouïe, emplit-il de douceur ?
c(ourbe) et cœur)
our et œur
(y)eux et (c)œur
(t)es et (ait
t(es) et t(our)

L’écriture poétique, c’est du travail d’ébéniste (Guillevic !) pas du travail de bûcheron. Les enfants aiment faire de belles choses, quitte à transpirer. Le spontané déçoit.

Ecoutons Anne (quand elle était en quatrième) :

La poésie est
immense de silence

C’est un lac blanc
d’abord une vapeur
puis une image
le cœur à fleur de peau

La délivrance d’un chant nouveau
prend trace sur la page.

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